Neurologique

Séquelles d'AVC : rééducation

Déficits neurologiques persistants après un AVC (moteurs, sensitifs, cognitifs, langage, déglutition), justifiant une rééducation pluridisciplinaire au long cours.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Les séquelles d'AVC correspondent aux déficits neurologiques persistants au-delà de la phase aiguë : déficits moteurs, sensitifs, cognitifs, troubles du langage et de la déglutition. La phase chronique débute au-delà de 6 mois après l'AVC. La prise en charge repose sur une rééducation pluridisciplinaire intensive précoce, la prévention des complications, l'observance de la prévention secondaire et la coordination IDE avec les rééducateurs, le patient et son entourage.
Prévalence
En France, environ 155 000 nouveaux AVC par an selon la SFNV, avec plus de 500 000 personnes vivant avec des séquelles. L'AVC est la première cause de handicap acquis de l'adulte. La phase chronique débute au-delà de 6 mois après l'AVC.
Âge typique
Principalement au-delà de 65 ans, avec une incidence croissante avec l'âge, tout en restant possible à tout âge.
Mortalité
En France, la SFNV rapporte environ 155 000 nouveaux AVC par an et 62 000 décès par an. Les décès sont principalement liés à la gravité initiale, aux récidives et aux complications respiratoires ou de décubitus. La rééducation précoce et l'observance de la prévention secondaire réduisent nettement la morbi-mortalité à long terme.

Précoces

Signes précoces

Hémiparésie ou hémiplégieDéficit moteur unilatéral, prédominant souvent au membre supérieur. L'IDE évalue la force musculaire quotidiennement.
Hypoesthésie hémicorporelleDiminution de la sensibilité tactile, thermique et douloureuse d'un hémicorps
Aphasie ou dysarthrieTroubles de l'expression ou de la compréhension du langage (aphasie) ou de l'articulation (dysarthrie)

Évolutifs

Signes évolutifs

SpasticitéRaideur musculaire installée après la phase flasque initiale, avec schéma en flexion au membre supérieur et en extension au membre inférieur
Douleur neuropathiqueDouleur centrale post-AVC, souvent difficile à traiter. L'IDE évalue la douleur avec une échelle validée.
HéminégligenceDéfaut d'attention et d'exploration de l'hémichamp controlatéral, plus fréquent après une atteinte hémisphérique droite
Dépression post-AVCComplication fréquente : tristesse, anhédonie, repli, troubles du sommeil. Retentit directement sur la rééducation.

Gravité

Signes de gravité

Récidive d'AVCNouveau déficit neurologique brutal imposant une prise en charge en urgence. L'IDE note l'heure d'apparition et alerte immédiatement.
Pneumopathie d'inhalationComplication fréquente de la dysphagie : fièvre, encombrement bronchique, désaturation. Première cause de mortalité post-AVC en phase aiguë.
Escarre profondeNécrose cutanée profonde aux zones d'appui (sacrum, talons, trochanter), avec risque septique. L'IDE surveille l'état cutané quotidiennement.

Mécanisme

Nécrose neuronale définitive dans la zone cérébrale touchée, responsable du déficit permanent focal.
Plasticité cérébrale : réorganisation des zones voisines, base de la récupération fonctionnelle stimulée par la rééducation précoce et intensive.
Spasticité : raideur musculaire apparaissant après la phase flasque initiale, par perte du contrôle moteur central.
Le rôle IDE est d'entretenir la mobilité, prévenir les complications d'alitement et accompagner l'observance des rééducations et des traitements préventifs.

Conséquences

Déficit moteur focal : hémiplégie ou hémiparésie du côté opposé à la lésion cérébrale.
Troubles du langage et de la déglutition : aphasie, dysarthrie, dysphagie avec risque de fausse route.
Troubles cognitifs : attention, mémoire, héminégligence, fonctions exécutives.
Complications d'alitement et vie quotidienne : escarres, TVP, rétractions tendineuses, dépression post-AVC.

Évolution

Sans rééducation précoce, les déficits se fixent et les complications d'alitement s'aggravent. Avec une rééducation intensive et prolongée dans les premiers mois, la plasticité cérébrale permet une récupération fonctionnelle significative chez une part importante des patients. La phase chronique débute au-delà de 6 mois et peut encore bénéficier de rééducation ciblée sur les séquelles persistantes.
Sévérité initiale de l'AVC : déficit neurologique important au moment de l'accident
Prise en charge tardive : absence de reperfusion dans les délais recommandés
Absence de rééducation précoce : pas de mobilisation dès la stabilisation hémodynamique
Âge avancé : plasticité cérébrale réduite et récupération plus lente
Comorbidités : diabète · fibrillation atriale · insuffisance cardiaque · dénutrition
Dépression post-AVC et isolement social : facteurs majeurs de mauvaise récupération

Critères diagnostiques

Déficits neurologiques focaux persistants au-delà de 3 semaines après un AVC documenté
Cohérence clinique : les déficits observés correspondent à la zone cérébrale touchée à l'imagerie
Limitation fonctionnelle objectivée par les échelles validées (MIF, Barthel)
Bilan pluridisciplinaire : évaluation motrice, cognitive, du langage et de la déglutition confirmant les déficits

Diagnostic différentiel

Récidive d'AVC : nouveau déficit brutal nécessitant une imagerie cérébrale urgente
Tumeur cérébrale : déficit progressif avec signes d'HTIC, imagerie complémentaire sur prescription
Dépression post-AVC sévère : apathie et ralentissement psychomoteur pouvant mimer un déficit fonctionnel, sans nouvelle lésion
Pathologie neurodégénérative associée : aggravation progressive au-delà des déficits attendus après l'AVC

Examens complémentaires

IRM cérébrale de contrôle

Séquelle d'infarctus cérébral visible à l'IRM, évaluation de l'étendue de la lésion résiduelleL'IDE prépare le patient pour l'IRM, vérifie la check-list matériel ferromagnétique, recueille les antécédents et allergies, accompagne la réalisation et transmet les résultats au médecin pour adaptation du programme de rééducation.

Dépistage standardisé de la dysphagie

Toux, voix mouillée, désaturation ou fuite buccale lors du test font suspecter une dysphagieL'IDE réalise le dépistage standardisé de la déglutition avant toute prise orale. En cas de test positif, elle maintient le patient à jeun, applique des textures modifiées sur prescription, selon le bilan de l'orthophoniste, et demande un bilan orthophonique.

Échelles fonctionnelles (MIF, Barthel)

MIF 18 à 126 (autonomie dans les activités quotidiennes), Barthel 0 à 100 (100 = indépendant)L'IDE calcule les scores à chaque évaluation programmée et transmet à l'équipe pluridisciplinaire pour ajuster le plan de soins et de rééducation.

Bilan biologique de prévention secondaire

Bilan lipidique, HbA1c, NFS, bilan hépatique, INR selon traitement anticoagulant en coursL'IDE prélève sur prescription médicale, transmet les résultats au médecin et signale toute valeur hors cible pour adaptation thérapeutique.

Support

KinésithérapieRééducation motrice quotidienne selon prescription et protocole : mobilisations passives et actives, renforcement musculaire, rééducation de la marche et de l'équilibre, prévention des rétractions tendineuses. L'IDE maintient les postures entre les séances.

Intensive dans les premiers mois puis entretien au long cours selon évolution

Support

ErgothérapieRééducation des activités de la vie quotidienne (habillage, toilette, alimentation) et aménagement du domicile avec préconisation d'aides techniques (fauteuil, canne, barres d'appui).

Plusieurs mois, puis suivi régulier au long cours

Support

OrthophonieRééducation de l'aphasie, de la dysarthrie et de la dysphagie. Adaptation de la communication (pictogrammes, questions fermées) et des textures alimentaires selon l'évaluation.

Plusieurs mois selon la sévérité

Support

Soutien psychologique et dépistage de la dépressionAccompagnement de la dépression post-AVC et de l'adaptation au handicap, dépistage systématique par l'IDE avec un outil validé, soutien aux aidants et proposition de groupes de parole.

Selon les besoins, souvent prolongé dans les premiers mois

Actif

Antiagrégant plaquettaire ou anticoagulantAdministré sur prescription médicale : antiagrégant en prévention secondaire, anticoagulant oral si source cardio-embolique (fibrillation atriale, FA). L'IDE surveille les signes hémorragiques et accompagne l'observance.

Au long cours selon la prescription

Actif

Statine en prévention secondaireAdministrée sur prescription médicale. L'IDE surveille la tolérance (douleurs musculaires, bilan hépatique) et transmet les résultats du bilan lipidique au médecin.

Au long cours selon la prescription

Actif

AntihypertenseurAdministré sur prescription médicale. L'IDE surveille la PA selon la fréquence prescrite et alerte si valeurs hors cible fixée par le médecin.

Au long cours selon la prescription

Actif

Traitement de la spasticitéAdministré sur prescription médicale (antispastique oral ou toxine botulique locale sur décision du spécialiste MPR). L'IDE surveille l'efficacité et les effets indésirables.

Selon l'indication et l'évaluation régulière

Éducation

Prévention secondaire et éducation thérapeutiqueAccompagner l'observance au long cours, l'arrêt du tabac et l'activité physique adaptée. Rappeler les signes d'alerte de récidive (FAST) au patient et à l'entourage.

Au long cours

Pneumopathie d'inhalation

Complication majeure de la dysphagie post-AVC, première cause de mortalité en phase aiguë et de réhospitalisation en phase chronique.

Prévention

Réaliser le dépistage standardisé de la dysphagie avant toute reprise alimentaire, appliquer des textures modifiées sur prescription, selon le bilan de l'orthophoniste, installer le patient en position assise stricte pendant et 30 min après les repas.

Signes d'alerte

Toux répétée pendant les repas · Encombrement bronchique et fièvre · Désaturation en oxygène sous l'objectif prescrit

Escarres

Nécrose cutanée aux zones d'appui (sacrum, talons, trochanter), favorisée par l'immobilité et la dénutrition.

Prévention

Assurer la mobilisation toutes les 2 h, installer un matelas adapté, surveiller l'état cutané quotidiennement, maintenir un état nutritionnel optimal.

Signes d'alerte

Érythème ne blanchissant pas à la pression · Phlyctène ou nécrose cutanée débutante · Douleur aux zones d'appui

Thrombose veineuse profonde

Risque élevé au membre inférieur paralysé sans prévention, avec risque secondaire d'embolie pulmonaire.

Prévention

Administrer l'anticoagulant préventif sur prescription, mettre en place les bas de contention, assurer la mobilisation précoce et l'hydratation correcte.

Signes d'alerte

Œdème unilatéral du membre inférieur · Douleur du mollet à la palpation · Dyspnée brutale si embolie pulmonaire associée

Dépression post-AVC

Complication fréquente et sous-diagnostiquée, retentissant directement sur l'adhésion à la rééducation et le pronostic fonctionnel.

Prévention

Dépistage standardisé par l'IDE (par exemple PHQ-9), écoute active du patient et de son entourage, orientation précoce vers le psychologue ou le médecin en cas de signe d'alerte.

Signes d'alerte

Tristesse et anhédonie persistantes · Refus prolongé de rééducation · Expression d'idées noires ou troubles du sommeil majeurs

Expliquer au patient et à l'entourage l'importance de participer activement aux séances de kinésithérapie, d'orthophonie et d'ergothérapie, même lorsque la progression paraît lente.
Insister sur l'observance des traitements préventifs : antiagrégant ou anticoagulant, statine, antihypertenseur, pris chaque jour selon la prescription, jamais interrompus sans avis médical.
Rappeler les signes d'alerte AVC (FAST) au patient et à son entourage : appel du 15 sans délai devant toute asymétrie du visage, faiblesse d'un bras ou trouble de la parole.
Accompagner l'aménagement du domicile avec l'ergothérapeute : suppression des tapis, installation de barres d'appui, adaptation de la douche, pour sécuriser les déplacements.
Expliquer l'alimentation adaptée en cas de dysphagie : textures modifiées sur prescription, selon le bilan de l'orthophoniste, position assise stricte maintenue 30 min après chaque repas.
Accompagner la prévention cardiovasculaire : arrêt du tabac, activité physique adaptée, suivi des objectifs tensionnels fixés par le médecin, hygiène de vie globale.

Surveillance prioritaire

Déficit neurologique

Testing moteur quotidien, évaluation fonctionnelle hebdomadaire · Force musculaire cotée de 0 à 5 par groupe musculaire sur l'échelle MRC, MIF de 18 à 126 et Barthel de 0 à 100 stables ou en progression documentée à chaque réévaluation programmée

Alerte

Aggravation du déficit moteur ou sensitif : tester la motricité des 4 membres et alerter le médecin (suspicion de récidive)Nouveau déficit focal brutal : noter l'heure d'apparition des symptômes et prévenir immédiatement le médecinTroubles de conscience ou désorientation nouvelle : évaluer le Glasgow et transmettre le score au médecin en urgence

Complications de décubitus

Mobilisation toutes les 2 h, surveillance cutanée quotidienne · Peau intacte sans érythème persistant aux points d'appui, score de Braden réévalué selon le protocole du service, périmètre des mollets symétrique ou écart documenté inférieur au seuil d'alerte du service

Alerte

Érythème ne blanchissant pas à la pression : positionner sur un support de décharge et alerter le médecin (escarre stade 1)Œdème unilatéral du membre inférieur : mesurer le périmètre du mollet et alerter le médecin (suspicion de TVP)Rougeur débutante aux points d'appui : repositionner le patient et renforcer la fréquence de mobilisation

Déglutition et nutrition

Surveillance pendant chaque repas, pesée hebdomadaire · Aucune toux ni voix mouillée pendant les repas, poids stable avec variation inférieure à 5 % sur 1 mois, apports hydriques et alimentaires tracés selon la prescription

Alerte

Toux répétée pendant le repas : suspendre l'alimentation orale et surveiller la déglutition selon le protocoleFièvre avec encombrement bronchique : installer en proclive 30 degrés et alerter le médecin (suspicion de pneumopathie d'inhalation)Perte de poids supérieure à 5 % en un mois : évaluer les apports et transmettre au médecin pour adaptation nutritionnelle

État psychologique

Évaluation quotidienne de l'humeur et de la motivation, dépistage standardisé périodique · Score PHQ-9 tracé lors des évaluations programmées, absence d'idées suicidaires exprimées, participation aux séances de rééducation documentée quotidiennement

Alerte

Tristesse persistante ou anhédonie depuis plus de 2 semaines : évaluer avec un outil validé (PHQ-9) et transmettre au médecinExpression d'idées noires ou suicidaires : sécuriser l'environnement et alerter immédiatement le médecinRefus prolongé de rééducation : rechercher les causes (douleur, fatigue, dépression) et alerter l'équipe pluridisciplinaire

Rôle IDE détaillé

Évaluer le déficit neurologique : testing moteur quotidien (force musculaire 0 à 5 sur l'échelle MRC, par groupe musculaire).
Évaluer l'autonomie fonctionnelle : scores MIF et Barthel hebdomadaires.
Réaliser le dépistage standardisé de la dysphagie avant toute reprise alimentaire orale.
Dépister les complications : surveillance cutanée (risque d'escarre, score de Braden), œdème du membre paralysé (TVP), température (pneumopathie).
Dépister la dépression post-AVC avec un outil validé (par exemple PHQ-9), évaluer l'humeur, la motivation et les idées noires éventuelles.

Références

Rééducation à la phase chronique d'un AVC de l'adulte : pertinence, indications et modalités · HAS / SOFMER · 2022

Prévention vasculaire après un infarctus cérébral ou un accident ischémique transitoire · HAS · 2018

Guide du parcours de santé : Accident vasculaire cérébral de l'adulte · HAS · 2025

Enjeu de santé publique : l'accident vasculaire cérébral · SFNV · 2024

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.