Rénal

Acidose Métabolique

Trouble acido-basique : pH inférieur à 7,38, bicarbonates inférieurs à 22 mmol/L, accumulation d'acides ou perte de bases, urgence si pH inférieur à 7,10

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'acidose métabolique est un trouble acido-basique défini par un pH artériel inférieur à 7,38 et des bicarbonates plasmatiques inférieurs à 22 mmol/L, résultant d'une accumulation d'acides ou d'une perte de bases. Le trou anionique oriente l'étiologie et l'IDE joue un rôle central dans la surveillance rapprochée des gaz du sang, de la kaliémie et de l'état hémodynamique.
Prévalence
Pathologie fréquente en réanimation et en médecine d'urgence. Étiologies principales : acidocétose diabétique (surtout DT1), acidose lactique sur choc, insuffisance rénale chronique avancée.
Âge typique
Tout âge. Acidocétose diabétique : adulte jeune (DT1). Acidose lactique sur choc : toutes tranches d'âge. Acidose chronique sur IRC : surtout au-delà de 60 ans (DFG abaissé).

Précoces

Signes précoces

Hyperventilation de KussmaulRespiration ample, profonde et régulière. Fréquence respiratoire augmentée. Compensation respiratoire dès que le pH s'abaisse sous la normale
Asthénie et faiblesse musculaireFatigue, hypotonie musculaire liée à l'hyperkaliémie de transfert
Nausées et douleurs abdominalesTroubles digestifs fréquents, surtout dans l'acidocétose diabétique

Évolutifs

Signes évolutifs

Hypotension et tachycardieVasodilatation et inotropisme négatif en cas d'acidose modérée à sévère. Pression artérielle systolique abaissée, fréquence cardiaque augmentée
Hyperkaliémie symptomatiqueKaliémie nettement élevée : paresthésies, faiblesse musculaire, modifications ECG (ondes T pointues)

Tardifs

Signes tardifs

Somnolence et confusionAltération progressive de la conscience en cas d'acidose modérée à sévère. Score de Glasgow abaissé

Gravité

Signes de gravité

ChocCollapsus cardiovasculaire, marbrures, oligurie franche, résistance aux vasopresseurs
ComaTroubles de conscience sévères en cas d'acidose profonde. Glasgow très abaissé, nécessitant intubation
Arrêt cardiaqueAcidose sévère associée à une hyperkaliémie majeure pouvant entraîner une fibrillation ventriculaire ou une asystolie

Mécanisme

Accumulation d'acides (TA augmenté) : le sang devient trop acide par excès de lactates (choc), de corps cétoniques (diabète décompensé), d'urée (IRC) ou de toxiques ingérés.
Perte de bicarbonates (TA normal) : le sang perd ses tampons alcalins lors de diarrhées profuses, d'acidose tubulaire rénale ou d'apports chlorés excessifs.
Compensation respiratoire visible : le patient hyperventile (respiration de Kussmaul, ample et profonde) pour éliminer le CO2 et tenter de remonter le pH.
Hyperkaliémie de transfert : l'acidose fait sortir le potassium des cellules vers le sang, provoquant une hyperkaliémie visible sur l'ECG (ondes T pointues, QRS larges).
Déminéralisation osseuse : en acidose chronique (IRC), l'organisme puise dans le calcium osseux, aggravant le risque de fractures.

Conséquences

Hyperventilation compensatrice de Kussmaul : respiration ample, profonde et régulière
Hyperkaliémie de transfert : risque de troubles du rythme (ondes T pointues, QRS larges, FV)
Dépression cardiovasculaire : vasodilatation, inotropisme négatif, résistance aux catécholamines si pH très abaissé
Troubles neurologiques : confusion si acidose modérée à sévère, coma si acidose profonde
Insuffisance rénale fonctionnelle : vasoconstriction rénale, réduction du DFG

Évolution

Acidose aiguë (acidocétose, acidose lactique) : installation en heures, urgence vitale. Le pronostic dépend de la profondeur de l'acidose et de la rapidité du traitement étiologique. Acidose chronique (IRC avancée) : compensation progressive sur semaines à mois, retentissement osseux et musculaire. Réversible si traitement étiologique adapté et précoce.
Diabète décompensé : acidocétose (DT1 surtout), acidose lactique sous metformine si IRA
Choc septique ou cardiogénique : acidose lactique par hypoxie tissulaire (lactates élevés)
Insuffisance rénale : aiguë (accumulation acides) ou chronique avancée (DFG abaissé)
Diarrhée profuse : perte digestive de bicarbonates (choléra · laxatifs · fistule digestive)
Intoxications : salicylés · méthanol · éthylène glycol (trou osmolaire associé)
Tubulopathies rénales : acidose tubulaire distale (type I) ou proximale (type II)

Critères diagnostiques

pH artériel inférieur à 7,38 et bicarbonates plasmatiques inférieurs à 22 mmol/L (GDS artériel)
Trou anionique calculé à partir du ionogramme. Normal autour de 12 mmol/L. Augmenté : accumulation d'acides
Compensation respiratoire vérifiée par la formule de Winter (PaCO2 attendue selon le niveau de bicarbonates)
Sévérité : acidose sévère si pH inférieur ou égal à 7,20 (RFE SRLF-SFMU 2019). Urgence vitale si pH inférieur à 7,10 ou bicarbonates inférieurs à 8 mmol/L (CUEN)

Diagnostic différentiel

Acidose respiratoire : pH bas mais PaCO2 élevée (hypoventilation), bicarbonates normaux ou augmentés (compensation rénale)
Alcalose métabolique : pH élevé, bicarbonates augmentés (vomissements, diurétiques)
Acidose mixte (métabolique + respiratoire) : PaCO2 plus élevée que la compensation attendue
Cétose de jeûne : cétonémie modérée sans acidose franche, pas de traitement spécifique

Examens complémentaires

Gaz du sang artériel

pH abaissé, bicarbonates diminués, PaCO2 diminuée (compensation). Sévère : pH très abaissé, bicarbonates effondrésPréparer le matériel de prélèvement artériel (seringue héparinée, glace). Alerter immédiatement le médecin si pH très abaissé (acidose sévère). Transmettre les résultats au réanimateur ou à l'urgentiste pour adaptation thérapeutique immédiate.

Ionogramme sanguin complet

Calcul du trou anionique à partir du ionogramme. Normal autour de 12 mmol/L. Augmenté si accumulation d'acides. Kaliémie souvent élevéePrélever sur prescription médicale. Alerter immédiatement le médecin si hyperkaliémie sévère. Transmettre les résultats au réanimateur pour calcul du trou anionique et orientation étiologique.

Lactates artériels

Normal inférieur à 2 mmol/L. Pathologique au-delà. Choc : nettement élevés. Sévère : très élevésPrélever sur prescription médicale (tube sec, acheminement immédiat). Alerter immédiatement le médecin si lactates nettement élevés (hypoxie tissulaire, choc). Transmettre les résultats au réanimateur pour adaptation du traitement vasopresseur.

Glycémie et cétonémie capillaire

Glycémie élevée avec cétonémie élevée : acidocétose diabétique probable. Cétonémie très élevée : forme sévèreRéaliser la glycémie et cétonémie capillaires selon PM. Alerter le médecin si glycémie et cétonémie concordantes pour une acidocétose. Transmettre les résultats à l'urgentiste ou à l'endocrinologue pour adaptation de l'insuline IVSE.

Phase aiguë

Spécialisé

Épuration extrarénale (hémodialyse)Indiquée si acidose réfractaire au traitement médical, insuffisance rénale sévère ou intoxication par méthanol ou éthylène glycol. L'IDE prépare le patient, vérifie l'abord vasculaire et surveille les constantes pendant la séance.

Selon indication, relais par traitement conservateur dès que possible

Traitement de fond

Éducation

Prévention des récidivesÉducation du patient diabétique : ne jamais arrêter l'insuline même en cas de nausées ou jeûne. Surveillance régulière de la créatinine si insuffisance rénale chronique. Éviter les AINS et l'automédication néphrotoxique. Consultation rapide si diarrhée profuse persistant plus de 48h.

Au long cours, consultations de suivi régulières

Actif

Traitement étiologique prioritaireL'IDE administre le traitement étiologique sur prescription médicale : insuline IVSE si acidocétose diabétique, remplissage vasculaire si choc hypovolémique, antibiotiques IV si sepsis, antidote si intoxication. Surveillance IDE : scope continu, gaz du sang de contrôle réguliers, kaliémie avant et après chaque traitement.

Selon étiologie, jusqu'à correction de la cause

Actif

Bicarbonates de sodium IVIndication ciblée : acidémie profonde (pH inférieur ou égal à 7,20) avec insuffisance rénale (RFE SRLF-SFMU 2019, R3.6), pas toute acidose sévère. L'IDE vérifie la kaliémie avant perfusion (supplémentation potassique préalable si kaliémie basse), administre sur prescription médicale et contrôle la kaliémie et les gaz du sang après la perfusion.

Jusqu'à correction du pH, contrôle GDS après chaque perfusion

Actif

Correction de l'hyperkaliémieIndication : hyperkaliémie sévère ou modifications ECG. L'IDE administre sur prescription médicale le gluconate de calcium IV pour cardioprotection, puis les traitements de transfert intracellulaire du potassium. Surveillance IDE : scope continu, contrôle régulier de la kaliémie, guetter les signes ECG.

Jusqu'à normalisation de la kaliémie, contrôle ionogramme régulier

Support

Réhydratation intraveineuseSoluté de remplissage selon prescription médicale si déshydratation (acidocétose, diarrhée profuse). L'IDE adapte le débit au bilan entrées-sorties et à la fonction cardiaque du patient.

24 à 48h, réévaluation clinique et biologique régulière

Hypokaliémie de correction

La correction de l'acidose (bicarbonates, insuline) fait rentrer le potassium dans les cellules, provoquant une chute brutale de la kaliémie avec risque de troubles du rythme graves (torsades de pointes, fibrillation ventriculaire).

Prévention

Ne jamais administrer de bicarbonates si kaliémie basse sans supplémentation préalable. Ionogrammes fréquents, scope continu.

Signes d'alerte

Faiblesse musculaire aiguë · Ondes U sur l'ECG · Kaliémie effondrée

Oedème cérébral

La correction trop rapide de l'acidose (surtout acidocétose de l'enfant) provoque une entrée d'eau dans les cellules cérébrales par gradient osmotique, pouvant entraîner un engagement cérébral.

Prévention

Correction progressive du pH, surveillance neurologique rapprochée, traitement anti-oedémateux sur prescription médicale si suspicion

Signes d'alerte

Céphalées soudaines · Vomissements en jet · Bradycardie · Anisocorie

Troubles du rythme cardiaque

L'association acidose sévère et hyperkaliémie majeure expose à la bradycardie, au BAV, à la fibrillation ventriculaire et à l'asystolie.

Prévention

Scope continu, correction conjointe acidose et kaliémie, gluconate de calcium IV si hyperkaliémie sévère ou modifications ECG

Signes d'alerte

Ondes T pointues symétriques · Élargissement du QRS · Bradycardie sinusale

Choc réfractaire aux catécholamines

L'acidose profonde provoque une vasodilatation majeure et un inotropisme négatif résistant aux amines vasopressives.

Prévention

Traitement étiologique le plus précoce possible, bicarbonates IV sur prescription médicale si acidose profonde pour restaurer la sensibilité aux catécholamines

Signes d'alerte

Doses croissantes de noradrénaline sans efficacité · Lactates en ascension · Oligurie persistante

Acidocétose diabétique : ne jamais arrêter l'insuline même en cas de nausées ou jeûne
Signes d'alerte : polypnée, nausées, douleurs abdominales ou confusion imposent d'appeler le 15
Hydratation : maintenir des apports hydriques suffisants, augmenter si diarrhée ou chaleur
Diarrhée profuse : consulter si persistance au-delà de 48h (risque de perte de bicarbonates)
Insuffisance rénale : observance du régime et des traitements, éviter AINS et automédication
Suivi biologique : contrôle régulier du ionogramme et de la fonction rénale selon prescription

Surveillance prioritaire

Gaz du sang artériel

Toutes les 2-4h en phase aiguë, puis /6-8h après stabilisation · pH >7,35, HCO3- >18 mmol/L, PaCO2 adaptée à la compensation

Alerte

pH <7,10 sur GDS : réaliser un contrôle à 30 min et alerter le réanimateurAggravation du pH malgré traitement : noter la cinétique des valeurs et transmettre au médecinPaCO2 élevée inadaptée (épuisement respiratoire) : surveiller la FR et préparer le matériel d'intubation

Kaliémie et ionogramme

Toutes les 2-4h en phase aiguë, puis /4-6h après stabilisation · K+ 3,5-5,0 mmol/L, Na+ 135-145 mmol/L, Cl- 95-105 mmol/L

Alerte

K+ >6 mmol/L : réaliser un ECG 12 dérivations et alerter le médecin en urgenceK+ <3,0 mmol/L lors de la correction : vérifier la supplémentation en cours et transmettre au médecinVariations rapides du K+ sous bicarbonates ou insuline : surveiller le scope en continu et noter les valeurs

État hémodynamique et scope

Monitoring continu (scope, PNI /15 min, SpO2) · PAS >90 mmHg, PAM >65 mmHg, FC 60-100 bpm, SpO2 >94%

Alerte

PAS <90 mmHg ou PAM <65 mmHg : mesurer la PA aux deux bras et alerter le médecinTroubles du rythme au scope (FV, TV, BAV) : réaliser un tracé ECG et préparer le chariot d'urgenceMarbrures ou TRC >3 s : quantifier la diurèse horaire et transmettre le bilan au réanimateur

État neurologique et respiratoire

Horaire (Glasgow, FR, amplitude respiratoire) · Glasgow 15, FR 12-20/min, absence de tirage

Alerte

Polypnée >30/min (Kussmaul majeure) : réaliser un GDS de contrôle et alerter le médecinBradypnée <12/min (épuisement respiratoire) : préparer le matériel d'intubation et surveiller la SpO2Glasgow <12 : noter le score détaillé (Y/V/M) et alerter le réanimateur

Rôle IDE détaillé

Évaluer les gaz du sang artériels : pH, bicarbonates, PaCO2 et lactates, calculer le trou anionique
Évaluer les signes cliniques : respiration de Kussmaul, état de conscience (Glasgow), hémodynamique
Rechercher le facteur déclenchant : infection, arrêt de l'insuline, diarrhée, intoxication

Références

Diagnostic et prise en charge de l'acidose métabolique (RFE commune) · RFE SRLF-SFMU 2019 · 2019

Insuffisance rénale chronique : diagnostic et prise en charge · HAS · 2021

Référentiel de néphrologie : troubles acido-basiques · CUEN · 2023

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.