Cystite aiguë de la femme (simple et récidivante)
Infection bactérienne de la vessie, motif fréquent de consultation chez la femme adulte. Diagnostic clinique appuyé par la bandelette, antibiothérapie courte sur prescription. Trois formes orientent la conduite IDE : simple, à risque de complications, récidivante.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- La cystite aiguë est l'infection bactérienne communautaire la plus fréquente chez la femme adulte. En France, environ une femme sur deux présente au moins un épisode au cours de sa vie, et environ une femme sur dix consulte chaque année pour ce motif. Escherichia coli est responsable d'environ 70 à 95 % des cystites simples ; Staphylococcus saprophyticus représente la deuxième cause chez la femme jeune (jusqu'à 10 %). Le risque de récidive concerne environ un tiers des femmes après un premier épisode (HAS, SPILF 2018).
- Âge typique
- Femme adulte, deux pics : femme jeune en activité sexuelle (20 à 40 ans) et femme ménopausée (après 60 ans) par carence oestrogénique. La cystite chez l'homme reste rare et entre par définition dans la catégorie « infection urinaire à risque de complications »
- Mortalité
- La cystite aiguë non compliquée est une pathologie bénigne sans surmortalité directe. L'enjeu vital réside dans l'absence de retard diagnostique d'une pyélonéphrite aiguë chez les patients à risque de complications, et dans la limitation de l'antibiorésistance (les fluoroquinolones ne sont plus recommandées dans cette indication, et non pas seulement reléguées derrière un premier choix, en raison de la pression de sélection)
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
La cystite simple chez la femme jeune sans terrain à risque évolue favorablement en 24 à 72 heures sous antibiothérapie courte adaptée, parfois spontanément. La cystite à risque de complications peut évoluer vers la pyélonéphrite aiguë si elle est négligée ou traitée à l'aveugle, d'où la nécessité d'un ECBU sur prescription et d'un traitement adapté à l'antibiogramme. La cystite récidivante (au moins 4 épisodes en 12 mois) impose un bilan étiologique (anomalie urologique, comportement mictionnel, ménopause) et des mesures de prévention (mesures hygiéno-diététiques à discuter, prophylaxie antibiotique uniquement si récidives très fréquentes selon prescription). L'évolution dépend largement de la qualité de l'éducation thérapeutique IDE (HAS, SPILF).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Bandelette urinaire (BU)
Recherche de leucocytes et de nitrites sur un échantillon d'urines fraîches du milieu de jet. BU positive si présence de leucocytes ET/OU de nitrites. Une BU négative chez la femme jeune sans terrain à risque a une bonne valeur prédictive négative et rend le diagnostic de cystite peu probable. La BU est l'examen de référence en première intention dans la cystite simple (HAS, SPILF)L'IDE explique le recueil propre du milieu de jet à la patiente (toilette préalable, élimination du premier jet, recueil aseptique), réalise ou interprète la bandelette selon le protocole de service, trace le résultat. Transmet le résultat au médecin et alerte sans délai en cas de signe de gravité associé (fièvre, douleur lombaire).ECBU (examen cytobactériologique des urines)
Quantification de la leucocyturie (seuil de positivité : leucocyturie supérieure ou égale à 10⁴/mL) et de la bactériurie avec identification du germe et antibiogramme. Seuil de bactériurie significatif : supérieur ou égal à 10³ UFC/mL pour Escherichia coli et Staphylococcus saprophyticus, supérieur ou égal à 10⁴ UFC/mL pour les autres germes chez la femme. ECBU non recommandé dans la cystite simple, indispensable en cas de cystite à risque de complications, de cystite récidivante, d'échec d'antibiothérapie probabiliste ou de signes orientant vers une pyélonéphriteL'IDE prélève l'ECBU sur prescription en respectant l'asepsie (toilette périnéale, milieu de jet, recueil dans un flacon stérile), identifie le tube, achemine au laboratoire rapidement (ou réfrigéré si délai). Transmet le résultat au médecin avec la valeur de leucocyturie, de bactériurie, le germe et l'antibiogramme. Alerte sans délai en cas de germe résistant aux antibiotiques de première intention ou de souche productrice de BLSE.Échographie réno-vésicale
Recherche d'une anomalie de l'arbre urinaire : résidu post-mictionnel, lithiase urinaire, dilatation des cavités pyélocalicielles, abcès. Non systématique dans la cystite simple. Indiquée en cas de cystite récidivante, de cystite à risque de complications avec suspicion d'obstacle, ou en cas de signes orientant vers une pyélonéphriteL'IDE accompagne la patiente à l'examen sur prescription, explique le déroulement (réplétion vésicale préalable selon protocole), transmet le compte rendu au médecin. Alerte sans délai en cas de dilatation pyélocalicielle ou d'obstacle nécessitant une prise en charge urologique en urgence.Bilan biologique selon terrain
Créatininémie et débit de filtration glomérulaire pour évaluer la fonction rénale. La HAS exprime le seuil en mL/min sans l'indexer à la surface corporelle : terrain à risque de complications en dessous de 30 mL/min, et contre-indication de la nitrofurantoïne en dessous de 45 mL/min. Ce n'est pas un détail de notation, un débit indexé et une clairance ne donnent pas le même chiffre chez un patient très corpulent ou très menu. CRP et NFS si suspicion de pyélonéphrite ou de sepsis sur prescription. Pas de bilan glycémique au titre de l'infection urinaire : le diabète n'est pas un facteur de risque de complication (HAS 2024)L'IDE prélève sur prescription et achemine au laboratoire. Transmet les valeurs au médecin avec leur tendance par rapport aux valeurs antérieures. Alerte en cas d'aggravation de la fonction rénale ou de syndrome inflammatoire biologique évocateur d'infection ascendante.Phase aiguë
Actif
Fosfomycine-trométamol (Monuril) en première intention dans la cystite simpleAntibiotique de première intention dans la cystite aiguë simple de la femme jeune sans terrain à risque, en dose unique orale par sachet (HAS, SPILF). L'IDE administre selon prescription, vérifie la prise effective à jeun ou à distance des repas selon protocole, explique la disparition progressive des symptômes en 24 à 72 heures, trace l'administration.Dose unique selon prescription
Actif
Pivmécillinam en deuxième intentionAprès la fosfomycine, la cystite aiguë simple se traite sur prescription par pivmécillinam pendant 3 jours. Les deux sources françaises divergent ensuite : la fiche mémo de la HAS ferme la liste et écrit que les autres antibiotiques ne sont pas indiqués dans cette forme (HAS 2024), quand l'Info-antibio de la SPILF de décembre 2025 retient « pivmécillinam ou nitrofurantoïne 3J ». L'IDE administre ce qui est prescrit. Si la prescription porte de la nitrofurantoïne, la HAS la contre-indique en dessous de 45 mL/min de débit de filtration glomérulaire et en traitements itératifs. Les recommandations plus anciennes retenaient 5 jours de pivmécillinam : ce n'est plus la durée en vigueur. L'IDE vérifie l'observance des prises, surveille la tolérance digestive et trace l'évolution clinique.3 jours selon prescription
Traitement de fond
Support
Hydratation et mictions régulièresApports hydriques suffisants et mictions régulières pour favoriser le drainage vésical. Les recommandations ne fixent pas de volume chiffré : la quantité s'adapte à la tolérance, à l'insuffisance cardiaque et à l'insuffisance rénale. L'IDE explique l'intérêt de ces mesures simples, vérifie leur mise en place et trace la diurèse en milieu hospitalier sur prescription.Pendant l'épisode et au long cours en prévention des récidives
Éducation
Mesures de prévention des récidives (cystite récidivante)Mesures à discuter avec la patiente : apports hydriques suffisants, mictions non retenues, régularisation du transit intestinal et arrêt des spermicides s'il y a lieu (HAS 2024). La canneberge (proanthocyanidines 36 mg/jour) peut être proposée en prévention des cystites récidivantes à E. coli. Les oestrogènes locaux sont une option chez la femme ménopausée, sur prescription et après avis gynécologique. L'IDE éduque, reformule, vérifie la compréhension.Au long cours
Actif
Antibiothérapie adaptée à l'antibiogramme dans la cystite à risque de complicationsEn cas de cystite à risque de complications, le traitement de référence est différé après ECBU et adapté à l'antibiogramme sur prescription. En cas d'impossibilité de différer, antibiothérapie probabiliste à réévaluer dès réception de l'antibiogramme. L'IDE administre selon prescription, transmet le résultat de l'antibiogramme au médecin et vérifie l'adaptation thérapeutique.Selon la molécule prescrite, et non selon le germe : trois prises à J1, J3 et J5 pour la fosfomycine-trométamol, 5 jours pour le cotrimoxazole, 7 jours pour les autres molécules dont l'amoxicilline, le pivmécillinam et la nitrofurantoïne (SPILF 2025). Le germe choisit la molécule par l'antibiogramme ; c'est ensuite la molécule qui fixe la durée
Éducation
Antalgique symptomatiqueParacétamol par voie orale en première intention pour la douleur sus-pubienne et la gêne mictionnelle, sur prescription. L'IDE administre selon prescription, surveille l'efficacité et la tolérance, alerte le médecin en cas de douleur résistante ou d'aggravation clinique.Le temps des symptômes
Support
Antibioprophylaxie au long cours (cas particuliers de cystite récidivante)Réservée aux récidives très fréquentes (au moins un épisode par mois) après échec des mesures hygiéno-diététiques, sur prescription après ECBU initial et avis spécialisé. Posologie et durée définies par le médecin pour limiter la pression de sélection bactérienne. L'IDE administre selon prescription, surveille la tolérance et la persistance des récidives, transmet au médecin pour réévaluation.Selon prescription, réévaluation périodique
Pyélonéphrite aiguë
Ascension bactérienne de la vessie vers le rein, complication la plus fréquente de la cystite non ou mal traitée ou survenant sur un terrain à risque. Se manifeste par de la fièvre, des frissons, une douleur lombaire unilatérale, parfois des nausées et des vomissements.Prévention
Repérage IDE des terrains à risque de complications, transmission rapide de tout signe orientant vers une pyélonéphrite (fièvre, douleur lombaire), éducation à l'hydratation et aux mictions régulières, suivi de l'évolution clinique sous antibiothérapie.Signes d'alerte
Fièvre avec frissons · Douleur lombaire unilatérale ou de l'angle costo-vertébral · Persistance des signes fonctionnels au-delà de 72 heures sous antibiothérapie
Sepsis urinaire
Forme grave d'infection urinaire avec retentissement systémique. Sont graves les pyélonéphrites et les infections urinaires masculines associées à un sepsis grave, à un choc septique ou à une indication de drainage chirurgical ou interventionnel (Collège d'urologie). Met en jeu le pronostic vital et impose une prise en charge urgente.Prévention
Repérage IDE précoce des terrains à risque, surveillance des constantes en cas de cystite à risque de complications sur prescription, transmission sans délai de tout signe de sepsis, déclenchement de la procédure d'urgence vitale de l'établissement en cas de signes de choc.Signes d'alerte
Tachycardie persistante et hypotension · Marbrures, confusion ou altération de la vigilance · Oligurie ou anurie débutante
Récidives fréquentes et antibiorésistance
Récidives de cystite favorisant la pression de sélection bactérienne et l'émergence de souches résistantes, en particulier productrices de bêta-lactamases à spectre étendu (BLSE). Complication majeure de santé publique liée à l'usage répété d'antibiotiques.Prévention
Éducation IDE aux mesures hygiéno-diététiques, accompagnement à la mise en œuvre effective, limitation de l'automédication antibiotique, traçabilité des ECBU et des antibiogrammes, transmission au médecin pour adaptation thérapeutique et antibioprophylaxie raisonnée selon prescription.Signes d'alerte
Récidives à plus de 4 épisodes sur 12 mois · Échec d'antibiothérapie probabiliste avec ECBU mettant en évidence un germe résistant · Identification d'une souche BLSE à l'antibiogramme
Surveillance prioritaire
Évolution des signes fonctionnels urinaires sous traitement
Évaluation clinique à 48 à 72 heures de l'initiation du traitement selon protocole, puis selon prescription en cas de récidive · Disparition progressive des brûlures mictionnelles, de la pollakiurie et des impériosités en 24 à 72 heures pour la cystite simple. Persistance ou aggravation des symptômes au-delà de 72 heures = échec thérapeutique à transmettre au médecin pour ECBU et réévaluation
Alerte
Constantes et signes de sepsis
Selon prescription en cas de cystite à risque de complications ou de doute sur une infection ascendante (température, fréquence cardiaque, pression artérielle, fréquence respiratoire) · Apyrexie et constantes stables : température inférieure à 38 degrés, fréquence cardiaque inférieure à 100/min hors comorbidités, pression artérielle systolique supérieure à 100 mmHg, conscience normale. Tracer les valeurs et comparer aux valeurs antérieures
Alerte
Suivi spécifique de la cystite récidivante
Selon prescription : point trimestriel ou semestriel sur la fréquence des récidives, l'observance des mesures hygiéno-diététiques et la tolérance d'une éventuelle antibioprophylaxie. ECBU avant une antibioprophylaxie et devant une récidive précoce, non à chaque épisode · Réduction du nombre d'épisodes par rapport à la période antérieure, tracée par la patiente sur un carnet de suivi. Mesures hygiéno-diététiques effectivement mises en œuvre (apports hydriques, mictions non retenues, transit régularisé, arrêt des spermicides s'il y a lieu). ECBU stérile en dehors des épisodes (la bactériurie asymptomatique ne se traite pas, sauf grossesse ou geste urologique programmé)
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Choix et durées d'antibiothérapies : cystite aiguë simple, à risque de complication ou récidivante, de la femme (fiche mémo validée en novembre 2016, mise à jour en juillet 2021 puis en juillet 2024) · HAS · 2024
Infections urinaires de l'enfant et de l'adulte : référentiel du Collège français des urologues · Association française d'urologie · 2024
Mémo cystite aiguë simple de la femme : cas général après avis de la HAS · Ministère de la Santé / Assurance Maladie · 2024
Diagnostic et antibiothérapie des infections urinaires bactériennes communautaires (texte court, actualisation) · SPILF · 2018
Antibioguide AntibioEst : cystite aiguë simple, mise à jour 2024 · AntibioEst · 2024
Chapitre 11 - Infections urinaires de l'enfant et de l'adulte (référentiel du Collège d'Urologie, 5e édition) · AFU / Urofrance · 2024
Info-antibio n° 107 décembre 2025 : durées d'antibiothérapie courantes · SPILF · 2025
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre de l'infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur depuis le 30 juin 2026) · Légifrance · 2026
Loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.