Rénal

Transplantation Rénale (Greffe Rénale)

Traitement de référence de l'insuffisance rénale chronique terminale : greffe d'un rein provenant d'un donneur vivant ou décédé, immunosuppression à vie, surveillance IDE essentielle

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La transplantation rénale est le traitement de référence de l'insuffisance rénale chronique terminale, consistant à greffer un rein sain en fosse iliaque avec immunosuppression à vie. L'IDE joue un rôle central dans la surveillance post-greffe (diurèse, créatinine, taux résiduels d'immunosuppresseurs) et dans l'éducation du patient à l'observance thérapeutique.
Prévalence
Environ 3 500 greffes rénales par an en France (3 525 en 2023, Agence de la biomédecine). File d'attente importante, délai médian de plusieurs années pour un donneur décédé. Le donneur vivant représente une part croissante des greffes.
Âge typique
Âge médian du receveur autour de 55 ans. Greffe pédiatrique prioritaire. Sujet âgé : évaluation au cas par cas selon les comorbidités.
Mortalité
Mortalité péri-opératoire faible. La greffe offre une meilleure survie et qualité de vie que la dialyse à long terme. Causes de décès tardifs : cardiovasculaire, infections et cancers.

Précoces

Signes précoces

Reprise de diurèse post-opératoireDiurèse immédiate (donneur vivant) ou retardée nécessitant une dialyse temporaire (donneur décédé)
Douleur fosse iliaqueDouleur post-opératoire modérée du site de greffe, drain aspiratif en place les premiers jours

Évolutifs

Signes évolutifs

Décroissance de la créatininémieNormalisation progressive dans les deux premières semaines, l'IDE transmet les résultats quotidiens au néphrologue
Effets secondaires des immunosuppresseursTremblements, néphrotoxicité, diabète secondaire (tacrolimus). Diarrhées fréquentes (mycophénolate). Syndrome de Cushing, ostéoporose (corticoïdes)

Tardifs

Signes tardifs

Infections opportunistesCMV, BK virus et pneumocystose possibles sous immunosuppression. L'IDE surveille la fièvre, la NFS et les PCR virales
Cancers secondairesRisque accru de cancers cutanés et de lymphomes sous immunosuppression prolongée. Protection solaire et dépistage dermatologique essentiels

Gravité

Signes de gravité

Rejet aiguFièvre, douleur et gonflement du greffon, oligurie, augmentation de la créatinine. L'IDE alerte le néphrologue en urgence
Thrombose vasculaire du greffonAnurie brutale dans les premières heures post-greffe, abolition du flux doppler. Urgence chirurgicale absolue
Sepsis sur immunodépressionFièvre élevée, frissons, hypotension, défaillance d'organe. L'IDE alerte et réalise les hémocultures en urgence

Mécanisme

Chirurgie : le rein greffé est placé en fosse iliaque, les reins natifs malades restent en place sauf exception (polykystose volumineuse)
Branchements vasculaires : les vaisseaux du greffon sont raccordés aux vaisseaux iliaques du receveur pour irriguer le nouveau rein
Branchement urinaire : l'uretère du greffon est connecté à la vessie, avec une sonde JJ protectrice retirée entre M1 et M2
Ischémie froide : le temps sans irrigation du greffon doit être le plus court possible pour préserver la fonction rénale
Immunosuppression à vie : le système immunitaire du receveur est freiné en permanence pour éviter le rejet du greffon

Conséquences

Reprise de diurèse : immédiate dans la majorité des cas (donneur vivant) ou retardée nécessitant une dialyse temporaire (donneur décédé)
Amélioration de la qualité de vie : fin des contraintes de dialyse, alimentation plus libre, reprise possible de l'activité professionnelle
Risque infectieux accru : infections opportunistes (CMV, BK virus, pneumocystose) liées à l'immunosuppression prolongée
Perte progressive du greffon : le rejet chronique est la première cause de perte de greffon à long terme

Évolution

Phase post-opératoire immédiate (J0 à J15) : surveillance intensive du rejet aigu et des complications chirurgicales. Phase précoce (M1 à M6) : adaptation de l'immunosuppression, prophylaxie des infections. Phase tardive : suivi régulier, dépistage du rejet chronique, des cancers et du risque cardiovasculaire. Retour en dialyse si perte du greffon.
IRC terminale : causes principales : néphropathie diabétique · polykystose · glomérulonéphrites · néphro-angiosclérose
Compatibilité HLA : la meilleure compatibilité possible améliore la survie du greffon
Cross-match négatif : absence d'anticorps cytotoxiques chez le receveur, condition obligatoire avant greffe
Donneur vivant : meilleure survie du greffon grâce à une ischémie froide courte
Bilan pré-greffe : évaluation cardiaque · urologique · infectieuse et cancérologique validée en RCP
Absence de contre-indication absolue : cancer actif · infection évolutive non contrôlée · espérance de vie très réduite

Critères diagnostiques

Indication : insuffisance rénale chronique terminale avec bilan pré-greffe validé en réunion pluridisciplinaire (cardio, infectieux, cancérologique, urologique)
Compatibilité immunologique : cross-match lymphocytaire négatif obligatoire, compatibilité HLA, absence de DSA
Bilan donneur vivant : fonction rénale satisfaisante, absence de comorbidité contre-indiquant le don, angio-TDM rénale et évaluation psychologique
Contre-indications absolues : cancer actif non guéri, infection évolutive, cross-match positif, espérance de vie très réduite, défaut d'observance prévisible

Diagnostic différentiel

Dialyse péritonéale : alternative si contre-indication ou attente de greffe, autonomie à domicile
Hémodialyse chronique : séances régulières, contraintes horaires, régime strict, fistule artérioveineuse nécessaire
Retard de reprise de fonction : se distingue du rejet aigu par le doppler et la biopsie, correspond à une nécrose tubulaire ischémique réversible
Néphrotoxicité du tacrolimus : la biopsie est indispensable pour distinguer la toxicité du médicament du rejet du greffon

Examens complémentaires

Créatininémie et diurèse

Décroissance progressive de la créatinine dans les deux premières semaines. Diurèse horaire puis quotidiennePrélever sur prescription médicale selon le calendrier de suivi post-greffe. Alerter le néphrologue si augmentation de la créatinine par rapport au nadir. Transmettre les résultats pour adaptation thérapeutique.

Taux résiduel tacrolimus (T0)

Prélèvement juste avant la prise du matin (T0 strict). L'IDE transmet le résultat au néphrologue pour vérifier que le taux est dans la ciblePrélever impérativement avant la prise du matin. Alerter le médecin si taux trop bas (risque de rejet) ou trop haut (risque de néphrotoxicité). Vérifier l'observance du patient et l'heure de la dernière prise.

Échographie-doppler du greffon

Flux artériel et veineux présents. Absence de collection péri-rénale, pas de dilatation pyélocaliciellePréparer le patient (décubitus dorsal). Alerter immédiatement le chirurgien si absence de flux doppler (thrombose vasculaire). Transmettre les résultats au néphrologue.

NFS, ionogramme, PCR virales (CMV, BK virus)

Surveillance de la leucopénie sous mycophénolate, du ionogramme et des virémies CMV et BK virusPrélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si leucopénie, anomalie ionique ou virémie positive. Transmettre les résultats au néphrologue et à l'infectiologue référent.

Spécialisé

Transplantation rénale (technique chirurgicale)Greffe en fosse iliaque avec anastomoses vasculaires et urinaires. Sonde JJ de protection retirée entre M1 et M2. Ischémie froide la plus courte possible.

Intervention unique, hospitalisation 7 à 14 jours

Actif

Induction immunosuppressiveImmunosuppression intensive péri-opératoire sur prescription médicale (perfusion lente sous scope). L'IDE surveille les réactions allergiques (frissons, hypotension, rash) et la température.

Péri-opératoire uniquement

Actif

Tacrolimus (anti-calcineurine)Immunosuppresseur principal administré à heure fixe sur prescription médicale. L'IDE réalise le prélèvement T0 juste avant la prise du matin et surveille les tremblements et la glycémie.

À vie (sauf switch pour intolérance sur décision médicale)

Actif

Mycophénolate mofétil (antimétabolite)Immunosuppresseur associé, administré sur prescription médicale. L'IDE surveille la NFS (risque de leucopénie) et la tolérance digestive (diarrhées fréquentes).

À vie

Actif

Corticothérapie d'entretienCorticoïdes à doses dégressives sur prescription médicale. L'IDE surveille la glycémie, la prise de poids et les signes d'ostéoporose. Sevrage progressif discuté selon le protocole du centre.

À vie ou sevrage progressif sur décision médicale

Actif

Traitement du rejet aiguBolus de corticoïdes ou immunosuppression renforcée sur prescription médicale. L'IDE prépare et administre le traitement, surveille la tolérance et la fonction rénale.

Quelques jours selon le type et la sévérité

Éducation

Mesures hygiéno-diététiques post-greffeRégime libre après la greffe, fin des restrictions de dialyse. Hydratation suffisante. Éviter pamplemousse et millepertuis (interactions). Protection solaire à vie (risque cutané majeur sous immunosuppression).

À vie

Rejet aigu

Complication fréquente la première année. Le rejet cellulaire est le plus courant, le rejet humoral est plus rare mais plus grave. Réversible si traité précocement.

Prévention

Observance stricte des immunosuppresseurs, taux résiduels de tacrolimus dans la cible, surveillance biologique régulière

Signes d'alerte

Augmentation de la créatinine · Fièvre, douleur du greffon · Oligurie · Protéinurie de novo

Thrombose vasculaire du greffon

Survient surtout dans les premières heures post-greffe. Urgence chirurgicale absolue avec risque de perte du greffon.

Prévention

Hydratation correcte, anticoagulation prophylactique si facteur de risque sur prescription médicale, doppler systématique le premier jour

Signes d'alerte

Anurie brutale en post-greffe immédiat · Douleur aiguë de la fosse iliaque · Greffon tendu et gonflé · Absence de flux au doppler

Infections opportunistes

CMV, BK virus et pneumocystose sont les infections les plus fréquentes sous immunosuppression. L'IDE surveille la fièvre, la NFS et les PCR virales.

Prévention

Prophylaxie anti-infectieuse sur prescription médicale pendant les premiers mois post-greffe. Surveillance PCR régulière. Vaccination pré-greffe complète (pas de vaccins vivants après la greffe)

Signes d'alerte

Fièvre persistante · Leucopénie sous mycophénolate · Créatinine en augmentation progressive (BK virus) · Toux et dyspnée (pneumocystose)

Cancers secondaires

Risque accru sous immunosuppression prolongée. Cancers cutanés (surtout carcinomes spinocellulaires) et lymphomes sont les plus fréquents.

Prévention

Protection solaire à vie, examen dermatologique annuel, dépistages réguliers, réduction de l'immunosuppression si cancer sur décision médicale

Signes d'alerte

Lésions cutanées suspectes (kératoses, ulcérations) · Adénopathies inexpliquées · Altération de l'état général et amaigrissement

Immunosuppresseurs : prendre à heure fixe chaque jour, ne jamais oublier ni arrêter spontanément car le risque de rejet est majeur
Tacrolimus : se présenter au prélèvement T0 avant la prise du matin, éviter le pamplemousse et le millepertuis (interactions)
Signes d'alerte : fièvre, douleur du greffon, urines rouges ou troubles, baisse de diurèse : consulter en urgence
Hygiène et prévention : lavage fréquent des mains, éviter les contacts avec des personnes malades, pas de vaccins vivants
Protection solaire : crème à indice élevé toute l'année, chapeau, vêtements couvrants, consultation dermatologique annuelle
Suivi à vie : consultations néphrologiques régulières, bilans biologiques, dépistage des cancers et du risque cardiovasculaire

Surveillance prioritaire

Créatininémie et diurèse

Créatinine quotidienne les deux premières semaines puis espacement progressif. Diurèse horaire les premiers jours puis quotidienne · Décroissance régulière de la créatinine. Diurèse >1 500 mL/24h chez l'adulte

Alerte

Créatinine en hausse par rapport au nadir : prélever un contrôle et alerter le néphrologueAnurie brutale en post-greffe immédiat : vérifier la sonde urinaire et appeler le chirurgien en urgenceDiurèse insuffisante persistante : quantifier la diurèse horaire et noter le bilan entrées-sorties

Taux résiduel tacrolimus (T0)

Plusieurs fois par semaine le premier mois puis espacement progressif. Prélèvement juste avant la prise du matin · Taux dans la cible fixée par le néphrologue (adaptée selon la période post-greffe)

Alerte

T0 tacrolimus trop bas : vérifier l'heure de la dernière prise et alerter le néphrologue (risque de rejet)T0 tacrolimus trop haut : rechercher tremblements ou glycémie élevée et transmettre au médecin (risque de néphrotoxicité)Variation importante entre deux dosages : interroger le patient sur l'observance et noter les horaires de prise

Température et signes infectieux

Pluriquotidienne en hospitalisation, quotidienne ensuite. Autosurveillance après la sortie · Température <37,5 °C. Pas de signe focal infectieux

Alerte

Fièvre >38,5 °C : réaliser les hémocultures et alerter le néphrologue pour bilan infectieux urgentLeucopénie sous mycophénolate : surveiller la température et transmettre le résultat au médecinFièvre prolongée avec anomalies hépatiques : vérifier la dernière PCR CMV et noter les signes associés

Doppler greffon et site opératoire

Doppler les premiers jours puis selon la clinique. Pansement du site opératoire selon le protocole du service · Flux artériel et veineux présents. Cicatrisation correcte, absence de collection

Alerte

Absence de flux au doppler du greffon : alerter le chirurgien en urgence (thrombose vasculaire probable)Index de résistivité élevé au doppler : noter la valeur et transmettre au néphrologue pour discussion biopsieCollection péri-rénale croissante : mesurer le périmètre abdominal et surveiller le drain

Rôle IDE détaillé

Post-opératoire : diurèse horaire, créatinine quotidienne, poids, drain aspiratif, pansement
Greffon : palpation (douleur, gonflement, température locale) et évaluation de la fistule désactivée
Complications : fièvre, signes de rejet, état du site opératoire (hématome, lymphocèle)
Observance : vérifier la prise des immunosuppresseurs et repérer les effets secondaires (tremblements, diarrhées, diabète)

Références

Transplantation rénale : accès à la liste d'attente nationale · HAS · 2015

Rapport annuel Agence de la biomédecine : greffe rénale 2023 · ABM · 2023

RCP ANSM tacrolimus (Prograf, Advagraf) : taux résiduel et marge thérapeutique · ANSM · 2024

Référentiel de néphrologie CUEN, item 201 : transplantation d'organes · CUEN · 2023

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.