Rénal

Dyskaliémies aiguës (hyperkaliémie et hypokaliémie)

Anomalies aiguës de la kaliémie : hyperkaliémie supérieure à 5 mmol/L (risque d'arrêt cardiaque) et hypokaliémie inférieure à 3,5 mmol/L (risque de torsades de pointes). L'IDE surveille l'ECG, applique sur prescription les antidotes et trace chaque débit de KCl IV.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Les dyskaliémies aiguës regroupent l'hyperkaliémie (kaliémie supérieure à 5,0 mmol/L) et l'hypokaliémie (kaliémie inférieure à 3,5 mmol/L), deux anomalies fréquentes du patient hospitalisé. Elles exposent à des troubles du rythme cardiaque pouvant aller jusqu'à l'arrêt cardiaque (hyperkaliémie) ou aux torsades de pointes (hypokaliémie). Pour l'IDE, l'enjeu est de repérer le contexte à risque, de réaliser l'ECG sans délai, de surveiller le scope pendant la correction et de tracer chaque débit de KCl IV en respectant strictement les règles ANSM.
Prévalence
Les dyskaliémies sont les troubles électrolytiques les plus fréquents en milieu hospitalier. L'hyperkaliémie concerne environ 1 à 10 % des patients hospitalisés selon les séries françaises, jusqu'à 30 % en réanimation et chez l'insuffisant rénal chronique sous IEC ou ARA2. L'hypokaliémie est retrouvée chez environ 20 % des patients sous diurétiques thiazidiques et chez la quasi-totalité des patients en acidocétose diabétique avant traitement (CUEN 2023, SFE item 267).
Âge typique
Toutes tranches d'âge concernées. Hyperkaliémie : prédominance chez l'insuffisant rénal chronique, le sujet âgé polymédicamenté (IEC/ARA2/spironolactone) et le diabétique. Hypokaliémie : femme adulte sous diurétiques pour HTA, patient en acidocétose diabétique, patient en post-opératoire digestif avec pertes prolongées.
Mortalité
Données spécifiques françaises limitées sur la mortalité hospitalière directement attribuable. À retenir pour l'IDE : la mortalité est liée aux complications cardiaques (fibrillation ventriculaire, asystolie pour l'hyperkaliémie ; torsades de pointes pour l'hypokaliémie) et au respect strict des règles de débit de KCl IV (un bolus IV est létal en quelques secondes selon les alertes ANSM réitérées).

Précoces

Signes précoces

Faiblesse musculaire et paresthésies (hyper et hypokaliémie)Fatigue proximale, faiblesse des cuisses ou des bras, paresthésies des extrémités, crampes. Signes communs aux deux dyskaliémies, à transmettre au médecin avec la valeur de kaliémie
Contexte évocateurPour l'hyperkaliémie : IRA, IRC, prise d'IEC ou de spironolactone, rhabdomyolyse, transfusion massive. Pour l'hypokaliémie : diurétiques, vomissements ou diarrhée prolongés, acidocétose, aspiration gastrique
Troubles digestifs (hypokaliémie)Constipation, ballonnement, parfois iléus paralytique avec absence de matières et de gaz. Signe d'orientation chez le patient post-opératoire ou sous diurétiques au long cours

Évolutifs

Signes évolutifs

Ondes T pointues et symétriques (hyperkaliémie)Premier signe ECG de l'hyperkaliémie, apparaît dès une kaliémie autour de 5,5 mmol/L (CUEN). Visible en V3-V5 sur le scope ou l'ECG 12 dérivations, impose la transmission immédiate au médecin
Ondes U et allongement du QT (hypokaliémie)Affaissement ou inversion de l'onde T, apparition d'ondes U, sous-décalage du ST et allongement du QT à l'ECG. Visible au scope ou à l'ECG 12 dérivations, expose aux torsades de pointes

Tardifs

Signes tardifs

Anomalies neuromusculaires marquéesFaiblesse musculaire proximale invalidante, paresthésies importantes, parfois début de paralysie ascendante. Témoignent d'une dyskaliémie déjà sévère justifiant un bilan biologique et un ECG immédiats

Gravité

Signes de gravité

Élargissement du QRS et bradycardie hyperkaliémiqueQRS supérieur à 120 ms, disparition de l'onde P, aspect sinusoïdal au scope. Apparaît pour des kaliémies supérieures à 6,5 mmol/L (CUEN). Risque immédiat de fibrillation ventriculaire : alerter le médecin sans délai, préparer le matériel d'urgence vitale
Torsades de pointes (hypokaliémie sévère)Tachycardie ventriculaire polymorphe sur QT long, favorisée par une kaliémie inférieure à 3 mmol/L surtout si hypomagnésémie associée. Risque syncopal puis de fibrillation ventriculaire : alerter le médecin sans délai et préparer la défibrillation
Arrêt cardiaque per-correctionSurvenue d'une fibrillation ventriculaire ou d'une asystolie pendant la perfusion de KCl IV (bolus accidentel, débit trop rapide, concentration trop élevée). Risque vital immédiat évitable par le respect strict des règles ANSM (perfusion lente, jamais IV directe)

Mécanisme

Pool potassique : 98 % du potassium est intracellulaire ; la kaliémie reflète mal le déficit ou l'excès total et peut changer brutalement avec l'acidose, l'insuline ou la lyse cellulaire.
Hyperkaliémie : excès d'apport, défaut d'élimination rénale (IRA, IRC, médicaments) ou transfert extracellulaire (acidose métabolique hyperchlorémique, lyse, déficit insulinique).
Hypokaliémie : pertes rénales (diurétiques, hyperaldostéronisme), pertes digestives (diarrhée, vomissements), transferts intracellulaires (insuline, alcalose, salbutamol), ou apports insuffisants.
Retentissement cardiaque : la kaliémie modifie le potentiel de membrane des cellules cardiaques. L'hyperkaliémie ralentit la conduction et élargit le QRS ; l'hypokaliémie allonge le QT et expose aux torsades de pointes.
Interaction magnésium-potassium : l'hypomagnésémie entretient l'hypokaliémie en favorisant la fuite urinaire de K+ ; la correction magnésique conditionne souvent la correction potassique.

Conséquences

Troubles du rythme cardiaque : ondes T pointues, élargissement du QRS, BAV, fibrillation ventriculaire, asystolie pour l'hyperkaliémie ; ondes U, allongement du QT, torsades de pointes pour l'hypokaliémie
Faiblesse musculaire et paresthésies : symptômes neuromusculaires partagés (faiblesse proximale, crampes), parfois paralysie ascendante pour les formes sévères
Iléus paralytique et constipation : surtout dans l'hypokaliémie sévère, peut retarder la reprise du transit en post-opératoire
Risque d'arrêt cardiaque per-correction : un bolus IV de KCl ou une correction trop rapide peuvent provoquer une fibrillation ventriculaire immédiate (alertes ANSM réitérées)

Évolution

L'évolution dépend de la rapidité de la prise en charge et du respect strict des règles d'administration. Une hyperkaliémie supérieure à 6,5 mmol/L avec signes ECG impose une cardioprotection IV immédiate sur prescription, suivie d'un traitement de transfert puis d'élimination. Une hypokaliémie sévère en dessous de 2,5 mmol/L (SRLF) ou avec signes ECG impose une supplémentation IV sous scope ECG avec respect du débit ANSM (débit usuel 10 mmol/h chez l'adulte, les paliers supérieurs relevant des soins intensifs sous ECG continu). Sous traitement bien conduit, normalisation en quelques heures à 48 heures, à condition de traiter aussi la cause sous-jacente.
Médicaments hyperkaliémiants : IEC · ARA2 · spironolactone · amiloride · AINS · héparine non fractionnée · triméthoprime
Insuffisance rénale aiguë ou chronique : défaut d'élimination du potassium, surtout sous IEC ou spironolactone
Pertes digestives ou rénales (hypokaliémie) : diurétiques thiazidiques · diarrhée · vomissements · laxatifs · aspiration gastrique
Acidose métabolique hyperchlorémique ou insulinothérapie : transferts cellulaires majeurs entre acidose hyperchlorémique (sortie de K+) et insuline IV (entrée de K+)
Rhabdomyolyse, hémolyse, lyse tumorale, brûlures étendues : libération massive de potassium intracellulaire
Hypomagnésémie associée : entretient l'hypokaliémie et impose la correction du magnésium en parallèle (SFE item 267)

Critères diagnostiques

Hyperkaliémie : kaliémie supérieure à 5,0 mmol/L confirmée sur prélèvement non hémolysé, classée en modérée (5,5 à 6,4 mmol/L) ; menace vitale au-delà de 7 mmol/L et/ou en présence de signes ECG, sachant que le QRS s'élargit à l'ECG à partir de 6,5 mmol/L (CUEN)
Hypokaliémie : kaliémie inférieure à 3,5 mmol/L confirmée sur prélèvement, classée en modérée (2,5 à 3,4 mmol/L) ou sévère en dessous de 2,5 mmol/L (SRLF) ou avec signes ECG
Signes ECG associés : ondes T pointues, QRS larges, aspect sinusoïdal pour l'hyperkaliémie ; ondes U, QT long, torsades de pointes pour l'hypokaliémie
Recherche systématique du contexte : médicaments en cours (IEC, ARA2, spironolactone, diurétiques), pertes digestives ou rénales, acidocétose, rhabdomyolyse, transfusion
Bilan d'orientation sur prescription : ionogramme complet, créatinine, gaz du sang, magnésémie en cas d'hypokaliémie persistante. ECG 12 dérivations au titre du rôle propre, dans le cadre d'une prise en charge en équipe pluriprofessionnelle et avec transmission systématique du tracé au médecin (arrêté du 26 juin 2026, article 1er, section II)

Diagnostic différentiel

Fausse hyperkaliémie par hémolyse de prélèvement : garrot trop serré ou prolongé, retard d'acheminement, contrôle systématique avant traitement si discordance clinique
Troubles ECG d'origine ischémique : douleur thoracique associée, modifications ST orientant vers une cause coronaire, ECG comparatif et dosage de troponine sur prescription
Hypokaliémie périodique familiale (rare) : épisodes récurrents de paralysie flasque chez un sujet jeune, contexte familial évocateur
Trouble de la repolarisation sur médicaments (allongement du QT iatrogène) : antiarythmiques, neuroleptiques, certains antibiotiques, à différencier d'une vraie hypokaliémie
Acidose métabolique hyperchlorémique : elle seule induit une hyperkaliémie de transfert, en bloquant l'entrée cellulaire du potassium. Les acidoses respiratoires et les acidoses métaboliques organiques, acidose lactique et acidocétose comprises, ne la produisent pas (CUEN). L'alcalose, à l'inverse, favorise l'entrée du potassium dans les cellules. Correction sur prescription

Examens complémentaires

Ionogramme sanguin (kaliémie)

Kaliémie normale entre 3,5 et 5,0 mmol/L (SFE item 267). Hyperkaliémie supérieure à 5,0 mmol/L, sévère ou menace vitale au-delà de 7 mmol/L et/ou en présence de signes ECG (le seuil de 6,5 mmol/L correspond à l'élargissement du QRS à l'ECG, CUEN). Hypokaliémie inférieure à 3,5 mmol/L, sévère en dessous de 2,5 mmol/L (SRLF) ou avec signes ECG. La SFE souligne qu'une kaliémie inférieure à 3,8 mmol/L peut déjà être considérée comme une hypokaliémie débutanteL'IDE prélève sur prescription en respectant l'absence de garrot prolongé (faux positifs par hémolyse). Transmet la valeur au médecin et alerte sans délai en cas d'hyperkaliémie supérieure à 6,0 mmol/L ou d'hypokaliémie inférieure à 3,0 mmol/L. En cas de prélèvement hémolysé, prélever à nouveau sur prescription.

ECG 12 dérivations et scope

Hyperkaliémie : ondes T pointues et symétriques (souvent le premier signe, sans seuil de kaliémie fiable), allongement du PR, élargissement du QRS, disparition de l'onde P, aspect sinusoïdal selon la sévérité. Hypokaliémie : aplatissement de l'onde T, apparition d'ondes U, sous-décalage du ST, allongement du QT (CUEN, e-cardiogram)L'IDE réalise l'ECG 12 dérivations sans délai et sans attendre de prescription : depuis l'arrêté du 26 juin 2026, l'ECG standard 12 dérivations relève du rôle propre, dans le cadre d'une prise en charge en équipe pluriprofessionnelle. Il installe le scope continu et transmet le tracé au médecin. Alerte sans délai en cas de QRS larges, de disparition de l'onde P, de QT long, d'ondes U marquées ou de toute extrasystole ventriculaire.

Magnésémie

Magnésémie souvent abaissée en parallèle d'une hypokaliémie persistante (entretien par fuite urinaire). La correction de la magnésémie conditionne la correction potassique selon les recommandations françaises (SFE item 267)L'IDE prélève sur prescription dans les hypokaliémies persistantes malgré supplémentation ou en présence de torsades de pointes. Transmet la valeur au médecin pour décision de supplémentation magnésique préalable.

Gaz du sang et bilan rénal

Recherche d'une acidose métabolique (hyperkaliémie de transfert) ou d'une alcalose métabolique (hypokaliémie associée). Créatinine et DFG estimé par CKD-EPI pour évaluer le retentissement rénal d'une hyperkaliémieL'IDE prélève sur prescription, étiquette et achemine sans délai au laboratoire. Transmet les résultats au médecin et alerte en cas d'acidose sévère, d'aggravation de la fonction rénale ou de discordance entre les paramètres et la clinique.

Actif

Gluconate de calcium 10 % IV (hyperkaliémie avec signes ECG)En cas d'hyperkaliémie sévère avec modifications ECG, l'IDE administre sur prescription une ampoule de gluconate de calcium 10 % (10 mL) en injection IV lente, sous scope continu, sur la durée fixée par la prescription. Ne jamais accélérer l'injection de sa propre initiative, même quand le tracé inquiète : la vitesse relève du prescripteur. Action sur la membrane cardiaque en 1 à 3 minutes, durée 30 à 60 minutes (CUEN, item 267). L'IDE surveille le scope pendant l'injection et transmet la cinétique. Geste de cardioprotection : ne baisse pas la kaliémie mais protège le coeur le temps que les autres traitements agissent.

Effet 30 à 60 minutes, répétition sur prescription si ECG ne se normalise pas en 5 minutes

Actif

Insuline rapide IV avec soluté glucosé (transfert intracellulaire du potassium)Sur prescription, l'IDE administre une insuline rapide IV en association à un soluté glucosé pour transférer le potassium vers les cellules. Surveillance IDE : glycémie capillaire avant et toutes les 30 minutes pendant 2 heures (risque d'hypoglycémie iatrogène), kaliémie de contrôle sur prescription. Action en environ 30 minutes, durée 4 à 6 heures (effet transitoire).

Effet transitoire 4 à 6 heures, kaliémie de rebond à surveiller

Actif

Salbutamol en nébulisation (transfert intracellulaire)Sur prescription, l'IDE administre du salbutamol en nébulisation (dose de l'hyperkaliémie, environ 4 fois celle de l'asthme, sur prescription) pour transférer le potassium vers les cellules. Surveillance IDE : tremblements, tachycardie, agitation. Geste complémentaire de l'insuline-glucose dans l'hyperkaliémie sévère.

Effet transitoire 2 à 4 heures, à associer aux autres traitements

Actif

Résine échangeuse d'ions ou piégeur du potassium (élimination digestive)Sur prescription, l'IDE administre une résine échangeuse d'ions (polystyrène sulfonate de sodium) ou un piégeur du potassium (cyclosilicate de zirconium sodique, Lokelma) par voie orale ou en lavement. Action retardée de plusieurs heures (jusqu'à 24 heures). Surveillance IDE : tolérance digestive, transit, kaliémie de contrôle sur prescription.

Action retardée, traitement d'attente ou de relais en hyperkaliémie chronique

Actif

KCl IV sur prescription (hypokaliémie sévère ou symptomatique)En cas d'hypokaliémie sévère ou symptomatique (impossibilité de la voie orale, signes ECG, torsades de pointes), l'IDE administre le KCl en perfusion IV LENTE UNIQUEMENT sur prescription, en respectant les deux repères : plafond de l'affiche ANSM hors soins intensifs (1 g/h, soit 13,4 mmol/h), et RCP au-delà (jusqu'à 10 mmol/h chez l'adulte en correction progressive, paliers supérieurs jusqu'à 40 mmol/h en soins intensifs sous ECG continu) ; concentration maximale 4 g/L (53,6 mmol/L) ; JAMAIS d'IV directe, ni SC, ni IM. Surveillance IDE : scope ECG continu, débit de perfusion vérifié à chaque tour, intégrité de la voie veineuse.

Selon ionogrammes répétés, scope ECG continu obligatoire

Actif

KCl per os (hypokaliémie modérée)En cas d'hypokaliémie modérée sans signe ECG et avec voie orale possible, l'IDE administre la supplémentation potassique per os sur prescription (gélules, sirops). Voie privilégiée par l'ANSM en première intention pour les hypokaliémies modérées. Surveillance IDE : observance, tolérance digestive, kaliémie de contrôle sur prescription.

Selon ionogrammes répétés, relais après IV ou en première intention si modérée

Support

Hémodialyse en urgence (hyperkaliémie réfractaire)Sur décision médicale (réanimateur ou néphrologue), l'hémodialyse est indiquée en cas d'hyperkaliémie sévère réfractaire aux traitements médicaux, particulièrement chez l'insuffisant rénal. L'IDE prépare l'abord vasculaire selon prescription, transmet le bilan et coordonne avec l'équipe de dialyse.

Selon kaliémie de contrôle et fonction rénale

Éducation

Réévaluation et arrêt des médicaments en causeL'IDE recueille la liste complète des médicaments en cours (IEC, ARA2, spironolactone, AINS, diurétiques, héparine) et transmet au médecin pour réévaluation. L'IDE ne suspend jamais un traitement de sa propre initiative mais signale les associations à risque (IEC + spironolactone + AINS, par exemple).

Réévaluation médicale à chaque épisode de dyskaliémie

Arrêt cardiaque hyperkaliémique

Complication la plus redoutée de l'hyperkaliémie sévère. Évolution progressive : ondes T pointues, élargissement du QRS, aspect sinusoïdal, fibrillation ventriculaire ou asystolie. Survient pour des kaliémies habituellement supérieures à 7 mmol/L mais peut être plus précoce sur terrain fragilisé.

Prévention

Repérage IDE des patients à risque (IRA, IRC sous IEC ou spironolactone, rhabdomyolyse), ECG sans délai dès la kaliémie connue, gluconate de calcium IV sur prescription en cas de signes ECG, transmission immédiate au médecin

Signes d'alerte

Ondes T pointues et symétriques (souvent le premier signe, sans seuil de kaliémie fiable) · Allongement du PR et élargissement du QRS · Disparition de l'onde P · Aspect sinusoïdal au scope

Torsades de pointes (hypokaliémie sévère)

Tachycardie ventriculaire polymorphe survenant sur QT long, favorisée par une hypokaliémie inférieure à 3 mmol/L surtout si hypomagnésémie associée ou prise de médicaments allongeant le QT. Risque de syncope, de fibrillation ventriculaire et d'arrêt cardiaque.

Prévention

Repérage IDE des patients à risque (diurétiques, vomissements, acidocétose, post-opératoire digestif), ECG sans délai, supplémentation potassique sur prescription en respectant les règles ANSM, correction parallèle du magnésium

Signes d'alerte

Ondes U marquées et allongement du QT · Extrasystoles ventriculaires · Sensation de palpitations ou de malaise · Syncope ou perte de connaissance brève

Erreur d'administration de KCl IV

Bolus IV accidentel, débit trop rapide, concentration trop élevée ou voie d'administration inadaptée. L'ANSM a réitéré plusieurs alertes sur le caractère potentiellement létal en quelques secondes d'une administration non conforme.

Prévention

Respect strict des repères, et ils sont deux : plafond de l'affiche ANSM hors soins intensifs (1 g/h, soit 13,4 mmol/h), repères du RCP au-delà (jusqu'à 10 mmol/h chez l'adulte en correction progressive, paliers supérieurs jusqu'à 40 mmol/h en soins intensifs sous ECG continu ; concentration maximale 4 g/L ; perfusion lente uniquement, jamais IV directe, SC ni IM), double vérification de la prescription, étiquetage clair, scope ECG continu, traçabilité horaire

Signes d'alerte

Discordance entre débit programmé et débit observé · Étiquetage manquant ou ambigu sur la poche · Signes ECG aigus apparaissant en cours de perfusion · Douleur au point d'insertion ou extravasation

Hypoglycémie iatrogène sous insuline-glucose

Complication classique de l'insuline IV administrée pour transfert intracellulaire du potassium dans l'hyperkaliémie. Survient en quelques heures, parfois après la sortie du tableau initial d'hyperkaliémie.

Prévention

Surveillance IDE de la glycémie capillaire avant l'insuline puis toutes les 30 minutes pendant 2 heures selon prescription, application du protocole de resucrage de service, transmission au médecin si glycémie basse

Signes d'alerte

Sueurs, tremblements, pâleur · Tachycardie, agitation, confusion · Glycémie capillaire en baisse à la mesure · Convulsions ou coma si hypoglycémie sévère non corrigée

Expliquer au patient sous IEC, ARA2 ou spironolactone l'importance du contrôle régulier de la kaliémie et de la créatinine sur prescription, et de signaler tout épisode de diarrhée, de vomissements ou de déshydratation
Reformuler les médicaments à éviter en automédication chez l'insuffisant rénal ou le patient sous IEC : AINS, sels de potassium en complément alimentaire, certaines tisanes riches en potassium
Insister sur la nécessité de ne jamais arrêter un traitement antihypertenseur sans avis médical, mais de signaler rapidement les signes évocateurs (faiblesse, palpitations, malaise)
Reformuler la conduite en cas de diurétiques au long cours : surveillance biologique régulière sur prescription, signaler crampes, faiblesse musculaire, palpitations
Vérifier la compréhension des aliments riches en potassium (banane, fruits secs, chocolat, légumineuses) à modérer chez l'insuffisant rénal sur conseil du médecin ou de la diététicienne
S'assurer que le patient sait quand consulter sans attendre : palpitations, malaise, syncope, faiblesse musculaire d'aggravation rapide, ou tout signe ECG signalé par un automesure connecté

Surveillance prioritaire

Scope ECG continu et ECG 12 dérivations

Scope continu pendant toute la durée de la correction (hyperkaliémie ou hypokaliémie sévère). ECG 12 dérivations à l'admission, après chaque administration de gluconate de calcium et toutes les heures pendant la correction selon prescription · Tracé sans onde T pointue, sans QRS large, sans onde U, sans allongement du QT, sans extrasystole ventriculaire. Toute anomalie nouvelle ou réapparition après amélioration impose une transmission immédiate au médecin

Alerte

Ondes T pointues ou QRS larges au scope : réaliser un ECG 12 dérivations et alerter le médecin sans délai pour évaluer la nécessité d'un gluconate de calcium sur prescriptionApparition d'ondes U, allongement du QT ou extrasystoles ventriculaires : alerter sans délai le médecin pour kaliémie et magnésémie de contrôle sur prescriptionTorsades de pointes ou fibrillation ventriculaire : déclencher la procédure d'urgence vitale de l'établissement (le 15 hors établissement), préparer la défibrillation et le matériel de réanimation

Kaliémie de contrôle et bilan biologique

Kaliémie horaire pendant la correction selon prescription, puis espacement progressif. Ionogramme complet et magnésémie sur prescription en cas d'hypokaliémie persistante · Kaliémie en cours de correction vers la cible définie par le médecin (zone usuelle 3,5 à 5,0 mmol/L selon SFE item 267). Magnésémie corrigée si elle conditionne la correction potassique

Alerte

Kaliémie ne diminuant pas ou continuant à monter malgré les traitements (hyperkaliémie) : alerter le médecin sans délai pour réévaluation et discussion de l'hémodialyse en urgenceKaliémie ne remontant pas malgré la supplémentation (hypokaliémie) : prélever la magnésémie sur prescription et transmettre au médecin pour adaptation thérapeutiqueBaisse trop rapide ou rebond inattendu : transmettre la cinétique au médecin pour ajuster le débit ou la voie d'administration

Débit de KCl IV et intégrité de la voie veineuse

Vérification du débit et de la voie à chaque tour pendant toute la durée de la perfusion de KCl IV, traçabilité horaire · Deux repères qui ne se confondent pas, et les confondre expose dans les deux sens. Hors soins intensifs, le plafond de l'affiche ANSM s'applique : ne pas dépasser 1 g/h de KCl, soit 13,4 mmol/h de K+, et une concentration maximale de 4 g/L (53,6 mmol/L). En soins intensifs sous surveillance ECG continue, le RCP autorise des paliers supérieurs sur prescription, jusqu'à 40 mmol/h quand la kaliémie est inférieure à 2 mmol/L. Une prescription au-dessus du plafond ANSM n'est donc pas forcément une erreur : elle se vérifie auprès du prescripteur et se confronte au contexte, elle ne se ralentit pas d'autorité. Ce qui ne varie jamais : perfusion lente et diluée, jamais d'IV directe, ni SC, ni IM. Voie veineuse perméable, absence d'extravasation

Alerte

Débit anormalement élevé constaté à la vérification : arrêter immédiatement la perfusion, vérifier la prescription et le calcul de dilution, alerter le médecin avant toute repriseExtravasation, douleur ou rougeur au point d'insertion : arrêter la perfusion, surélever le membre et transmettre au médecin pour décision de changement de voieSuspicion d'erreur d'administration (poche non identifiée, étiquetage incomplet) : ne jamais administrer en cas de doute, vérifier la prescription et alerter le médecin sans délai

Glycémie capillaire (sous insuline-glucose pour hyperkaliémie)

Glycémie capillaire avant l'insuline-glucose, puis toutes les 30 minutes pendant 2 heures selon prescription, puis selon protocole de service · Glycémie en cours de correction stable selon la cible définie par le médecin. Repère IDE universel : alerter sur toute hypoglycémie en dessous de 0,70 g/L, sueurs, tremblements ou confusion

Alerte

Glycémie en dessous de 0,70 g/L : appliquer le protocole de resucrage de service et alerter le médecin sans délaiTremblements, sueurs, confusion ou agitation : mesurer la glycémie capillaire et transmettre au médecinBaisse glycémique rapide entre deux contrôles : vérifier le débit de soluté glucosé et alerter le médecin pour adaptation

Rôle IDE détaillé

Recueillir le contexte : médicaments en cours (IEC, ARA2, spironolactone, diurétiques, AINS, héparine), pertes digestives ou rénales récentes, fonction rénale connue, antécédent de dyskaliémie
Évaluer les signes neuromusculaires : faiblesse proximale, paresthésies, crampes, état du transit, recherche d'iléus
Recueillir les paramètres vitaux : pression artérielle, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, conscience, score de Glasgow si altération
Identifier les terrains à risque vital immédiat : IRC sous IEC, rhabdomyolyse, transfusion massive, acidocétose, post-opératoire digestif avec aspiration gastrique

Références

Chlorure de potassium par voie IV : rappel des règles de bon usage · OMEDIT Ile-de-France · 2022

Chlorure de potassium injectable à diluer : affiche de bon usage · ANSM · 2022

Item 267 - Désordres hydroélectrolytiques : dyskaliémie · SFE · 2023

Anomalies du bilan du potassium (item 267) · CUEN · 2025

Prise en charge de l'hyperkaliémie aux urgences · Annales françaises de médecine d'urgence (SFMU) · 2019

Diagnostic et prise en charge de l'acidose métabolique (RFE V1.2) · SFMU et SRLF · 2019

Avis de la Commission de la Transparence sur Lokelma (cyclosilicate de zirconium sodique) · HAS · 2024

Article R.4311-6 du code de la santé publique : actes infirmiers sur prescription médicale ou protocole écrit (décret n° 2025-1306, en vigueur depuis le 30 juin 2026) · Légifrance · 2025

Loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.