Dyskaliémies aiguës (hyperkaliémie et hypokaliémie)
Anomalies aiguës de la kaliémie : hyperkaliémie supérieure à 5 mmol/L (risque d'arrêt cardiaque) et hypokaliémie inférieure à 3,5 mmol/L (risque de torsades de pointes). L'IDE surveille l'ECG, applique sur prescription les antidotes et trace chaque débit de KCl IV.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Les dyskaliémies sont les troubles électrolytiques les plus fréquents en milieu hospitalier. L'hyperkaliémie concerne environ 1 à 10 % des patients hospitalisés selon les séries françaises, jusqu'à 30 % en réanimation et chez l'insuffisant rénal chronique sous IEC ou ARA2. L'hypokaliémie est retrouvée chez environ 20 % des patients sous diurétiques thiazidiques et chez la quasi-totalité des patients en acidocétose diabétique avant traitement (CUEN 2023, SFE item 267).
- Âge typique
- Toutes tranches d'âge concernées. Hyperkaliémie : prédominance chez l'insuffisant rénal chronique, le sujet âgé polymédicamenté (IEC/ARA2/spironolactone) et le diabétique. Hypokaliémie : femme adulte sous diurétiques pour HTA, patient en acidocétose diabétique, patient en post-opératoire digestif avec pertes prolongées.
- Mortalité
- Données spécifiques françaises limitées sur la mortalité hospitalière directement attribuable. À retenir pour l'IDE : la mortalité est liée aux complications cardiaques (fibrillation ventriculaire, asystolie pour l'hyperkaliémie ; torsades de pointes pour l'hypokaliémie) et au respect strict des règles de débit de KCl IV (un bolus IV est létal en quelques secondes selon les alertes ANSM réitérées).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
L'évolution dépend de la rapidité de la prise en charge et du respect strict des règles d'administration. Une hyperkaliémie supérieure à 6,5 mmol/L avec signes ECG impose une cardioprotection IV immédiate sur prescription, suivie d'un traitement de transfert puis d'élimination. Une hypokaliémie sévère en dessous de 2,5 mmol/L (SRLF) ou avec signes ECG impose une supplémentation IV sous scope ECG avec respect du débit ANSM (débit usuel 10 mmol/h chez l'adulte, les paliers supérieurs relevant des soins intensifs sous ECG continu). Sous traitement bien conduit, normalisation en quelques heures à 48 heures, à condition de traiter aussi la cause sous-jacente.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Ionogramme sanguin (kaliémie)
Kaliémie normale entre 3,5 et 5,0 mmol/L (SFE item 267). Hyperkaliémie supérieure à 5,0 mmol/L, sévère ou menace vitale au-delà de 7 mmol/L et/ou en présence de signes ECG (le seuil de 6,5 mmol/L correspond à l'élargissement du QRS à l'ECG, CUEN). Hypokaliémie inférieure à 3,5 mmol/L, sévère en dessous de 2,5 mmol/L (SRLF) ou avec signes ECG. La SFE souligne qu'une kaliémie inférieure à 3,8 mmol/L peut déjà être considérée comme une hypokaliémie débutanteL'IDE prélève sur prescription en respectant l'absence de garrot prolongé (faux positifs par hémolyse). Transmet la valeur au médecin et alerte sans délai en cas d'hyperkaliémie supérieure à 6,0 mmol/L ou d'hypokaliémie inférieure à 3,0 mmol/L. En cas de prélèvement hémolysé, prélever à nouveau sur prescription.ECG 12 dérivations et scope
Hyperkaliémie : ondes T pointues et symétriques (souvent le premier signe, sans seuil de kaliémie fiable), allongement du PR, élargissement du QRS, disparition de l'onde P, aspect sinusoïdal selon la sévérité. Hypokaliémie : aplatissement de l'onde T, apparition d'ondes U, sous-décalage du ST, allongement du QT (CUEN, e-cardiogram)L'IDE réalise l'ECG 12 dérivations sans délai et sans attendre de prescription : depuis l'arrêté du 26 juin 2026, l'ECG standard 12 dérivations relève du rôle propre, dans le cadre d'une prise en charge en équipe pluriprofessionnelle. Il installe le scope continu et transmet le tracé au médecin. Alerte sans délai en cas de QRS larges, de disparition de l'onde P, de QT long, d'ondes U marquées ou de toute extrasystole ventriculaire.Magnésémie
Magnésémie souvent abaissée en parallèle d'une hypokaliémie persistante (entretien par fuite urinaire). La correction de la magnésémie conditionne la correction potassique selon les recommandations françaises (SFE item 267)L'IDE prélève sur prescription dans les hypokaliémies persistantes malgré supplémentation ou en présence de torsades de pointes. Transmet la valeur au médecin pour décision de supplémentation magnésique préalable.Gaz du sang et bilan rénal
Recherche d'une acidose métabolique (hyperkaliémie de transfert) ou d'une alcalose métabolique (hypokaliémie associée). Créatinine et DFG estimé par CKD-EPI pour évaluer le retentissement rénal d'une hyperkaliémieL'IDE prélève sur prescription, étiquette et achemine sans délai au laboratoire. Transmet les résultats au médecin et alerte en cas d'acidose sévère, d'aggravation de la fonction rénale ou de discordance entre les paramètres et la clinique.Actif
Gluconate de calcium 10 % IV (hyperkaliémie avec signes ECG)En cas d'hyperkaliémie sévère avec modifications ECG, l'IDE administre sur prescription une ampoule de gluconate de calcium 10 % (10 mL) en injection IV lente, sous scope continu, sur la durée fixée par la prescription. Ne jamais accélérer l'injection de sa propre initiative, même quand le tracé inquiète : la vitesse relève du prescripteur. Action sur la membrane cardiaque en 1 à 3 minutes, durée 30 à 60 minutes (CUEN, item 267). L'IDE surveille le scope pendant l'injection et transmet la cinétique. Geste de cardioprotection : ne baisse pas la kaliémie mais protège le coeur le temps que les autres traitements agissent.Effet 30 à 60 minutes, répétition sur prescription si ECG ne se normalise pas en 5 minutes
Actif
Insuline rapide IV avec soluté glucosé (transfert intracellulaire du potassium)Sur prescription, l'IDE administre une insuline rapide IV en association à un soluté glucosé pour transférer le potassium vers les cellules. Surveillance IDE : glycémie capillaire avant et toutes les 30 minutes pendant 2 heures (risque d'hypoglycémie iatrogène), kaliémie de contrôle sur prescription. Action en environ 30 minutes, durée 4 à 6 heures (effet transitoire).Effet transitoire 4 à 6 heures, kaliémie de rebond à surveiller
Actif
Salbutamol en nébulisation (transfert intracellulaire)Sur prescription, l'IDE administre du salbutamol en nébulisation (dose de l'hyperkaliémie, environ 4 fois celle de l'asthme, sur prescription) pour transférer le potassium vers les cellules. Surveillance IDE : tremblements, tachycardie, agitation. Geste complémentaire de l'insuline-glucose dans l'hyperkaliémie sévère.Effet transitoire 2 à 4 heures, à associer aux autres traitements
Actif
Résine échangeuse d'ions ou piégeur du potassium (élimination digestive)Sur prescription, l'IDE administre une résine échangeuse d'ions (polystyrène sulfonate de sodium) ou un piégeur du potassium (cyclosilicate de zirconium sodique, Lokelma) par voie orale ou en lavement. Action retardée de plusieurs heures (jusqu'à 24 heures). Surveillance IDE : tolérance digestive, transit, kaliémie de contrôle sur prescription.Action retardée, traitement d'attente ou de relais en hyperkaliémie chronique
Actif
KCl IV sur prescription (hypokaliémie sévère ou symptomatique)En cas d'hypokaliémie sévère ou symptomatique (impossibilité de la voie orale, signes ECG, torsades de pointes), l'IDE administre le KCl en perfusion IV LENTE UNIQUEMENT sur prescription, en respectant les deux repères : plafond de l'affiche ANSM hors soins intensifs (1 g/h, soit 13,4 mmol/h), et RCP au-delà (jusqu'à 10 mmol/h chez l'adulte en correction progressive, paliers supérieurs jusqu'à 40 mmol/h en soins intensifs sous ECG continu) ; concentration maximale 4 g/L (53,6 mmol/L) ; JAMAIS d'IV directe, ni SC, ni IM. Surveillance IDE : scope ECG continu, débit de perfusion vérifié à chaque tour, intégrité de la voie veineuse.Selon ionogrammes répétés, scope ECG continu obligatoire
Actif
KCl per os (hypokaliémie modérée)En cas d'hypokaliémie modérée sans signe ECG et avec voie orale possible, l'IDE administre la supplémentation potassique per os sur prescription (gélules, sirops). Voie privilégiée par l'ANSM en première intention pour les hypokaliémies modérées. Surveillance IDE : observance, tolérance digestive, kaliémie de contrôle sur prescription.Selon ionogrammes répétés, relais après IV ou en première intention si modérée
Support
Hémodialyse en urgence (hyperkaliémie réfractaire)Sur décision médicale (réanimateur ou néphrologue), l'hémodialyse est indiquée en cas d'hyperkaliémie sévère réfractaire aux traitements médicaux, particulièrement chez l'insuffisant rénal. L'IDE prépare l'abord vasculaire selon prescription, transmet le bilan et coordonne avec l'équipe de dialyse.Selon kaliémie de contrôle et fonction rénale
Éducation
Réévaluation et arrêt des médicaments en causeL'IDE recueille la liste complète des médicaments en cours (IEC, ARA2, spironolactone, AINS, diurétiques, héparine) et transmet au médecin pour réévaluation. L'IDE ne suspend jamais un traitement de sa propre initiative mais signale les associations à risque (IEC + spironolactone + AINS, par exemple).Réévaluation médicale à chaque épisode de dyskaliémie
Arrêt cardiaque hyperkaliémique
Complication la plus redoutée de l'hyperkaliémie sévère. Évolution progressive : ondes T pointues, élargissement du QRS, aspect sinusoïdal, fibrillation ventriculaire ou asystolie. Survient pour des kaliémies habituellement supérieures à 7 mmol/L mais peut être plus précoce sur terrain fragilisé.Prévention
Repérage IDE des patients à risque (IRA, IRC sous IEC ou spironolactone, rhabdomyolyse), ECG sans délai dès la kaliémie connue, gluconate de calcium IV sur prescription en cas de signes ECG, transmission immédiate au médecinSignes d'alerte
Ondes T pointues et symétriques (souvent le premier signe, sans seuil de kaliémie fiable) · Allongement du PR et élargissement du QRS · Disparition de l'onde P · Aspect sinusoïdal au scope
Torsades de pointes (hypokaliémie sévère)
Tachycardie ventriculaire polymorphe survenant sur QT long, favorisée par une hypokaliémie inférieure à 3 mmol/L surtout si hypomagnésémie associée ou prise de médicaments allongeant le QT. Risque de syncope, de fibrillation ventriculaire et d'arrêt cardiaque.Prévention
Repérage IDE des patients à risque (diurétiques, vomissements, acidocétose, post-opératoire digestif), ECG sans délai, supplémentation potassique sur prescription en respectant les règles ANSM, correction parallèle du magnésiumSignes d'alerte
Ondes U marquées et allongement du QT · Extrasystoles ventriculaires · Sensation de palpitations ou de malaise · Syncope ou perte de connaissance brève
Erreur d'administration de KCl IV
Bolus IV accidentel, débit trop rapide, concentration trop élevée ou voie d'administration inadaptée. L'ANSM a réitéré plusieurs alertes sur le caractère potentiellement létal en quelques secondes d'une administration non conforme.Prévention
Respect strict des repères, et ils sont deux : plafond de l'affiche ANSM hors soins intensifs (1 g/h, soit 13,4 mmol/h), repères du RCP au-delà (jusqu'à 10 mmol/h chez l'adulte en correction progressive, paliers supérieurs jusqu'à 40 mmol/h en soins intensifs sous ECG continu ; concentration maximale 4 g/L ; perfusion lente uniquement, jamais IV directe, SC ni IM), double vérification de la prescription, étiquetage clair, scope ECG continu, traçabilité horaireSignes d'alerte
Discordance entre débit programmé et débit observé · Étiquetage manquant ou ambigu sur la poche · Signes ECG aigus apparaissant en cours de perfusion · Douleur au point d'insertion ou extravasation
Hypoglycémie iatrogène sous insuline-glucose
Complication classique de l'insuline IV administrée pour transfert intracellulaire du potassium dans l'hyperkaliémie. Survient en quelques heures, parfois après la sortie du tableau initial d'hyperkaliémie.Prévention
Surveillance IDE de la glycémie capillaire avant l'insuline puis toutes les 30 minutes pendant 2 heures selon prescription, application du protocole de resucrage de service, transmission au médecin si glycémie basseSignes d'alerte
Sueurs, tremblements, pâleur · Tachycardie, agitation, confusion · Glycémie capillaire en baisse à la mesure · Convulsions ou coma si hypoglycémie sévère non corrigée
Surveillance prioritaire
Scope ECG continu et ECG 12 dérivations
Scope continu pendant toute la durée de la correction (hyperkaliémie ou hypokaliémie sévère). ECG 12 dérivations à l'admission, après chaque administration de gluconate de calcium et toutes les heures pendant la correction selon prescription · Tracé sans onde T pointue, sans QRS large, sans onde U, sans allongement du QT, sans extrasystole ventriculaire. Toute anomalie nouvelle ou réapparition après amélioration impose une transmission immédiate au médecin
Alerte
Kaliémie de contrôle et bilan biologique
Kaliémie horaire pendant la correction selon prescription, puis espacement progressif. Ionogramme complet et magnésémie sur prescription en cas d'hypokaliémie persistante · Kaliémie en cours de correction vers la cible définie par le médecin (zone usuelle 3,5 à 5,0 mmol/L selon SFE item 267). Magnésémie corrigée si elle conditionne la correction potassique
Alerte
Débit de KCl IV et intégrité de la voie veineuse
Vérification du débit et de la voie à chaque tour pendant toute la durée de la perfusion de KCl IV, traçabilité horaire · Deux repères qui ne se confondent pas, et les confondre expose dans les deux sens. Hors soins intensifs, le plafond de l'affiche ANSM s'applique : ne pas dépasser 1 g/h de KCl, soit 13,4 mmol/h de K+, et une concentration maximale de 4 g/L (53,6 mmol/L). En soins intensifs sous surveillance ECG continue, le RCP autorise des paliers supérieurs sur prescription, jusqu'à 40 mmol/h quand la kaliémie est inférieure à 2 mmol/L. Une prescription au-dessus du plafond ANSM n'est donc pas forcément une erreur : elle se vérifie auprès du prescripteur et se confronte au contexte, elle ne se ralentit pas d'autorité. Ce qui ne varie jamais : perfusion lente et diluée, jamais d'IV directe, ni SC, ni IM. Voie veineuse perméable, absence d'extravasation
Alerte
Glycémie capillaire (sous insuline-glucose pour hyperkaliémie)
Glycémie capillaire avant l'insuline-glucose, puis toutes les 30 minutes pendant 2 heures selon prescription, puis selon protocole de service · Glycémie en cours de correction stable selon la cible définie par le médecin. Repère IDE universel : alerter sur toute hypoglycémie en dessous de 0,70 g/L, sueurs, tremblements ou confusion
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Chlorure de potassium par voie IV : rappel des règles de bon usage · OMEDIT Ile-de-France · 2022
Chlorure de potassium injectable à diluer : affiche de bon usage · ANSM · 2022
Item 267 - Désordres hydroélectrolytiques : dyskaliémie · SFE · 2023
Anomalies du bilan du potassium (item 267) · CUEN · 2025
Prise en charge de l'hyperkaliémie aux urgences · Annales françaises de médecine d'urgence (SFMU) · 2019
Diagnostic et prise en charge de l'acidose métabolique (RFE V1.2) · SFMU et SRLF · 2019
Avis de la Commission de la Transparence sur Lokelma (cyclosilicate de zirconium sodique) · HAS · 2024
Article R.4311-6 du code de la santé publique : actes infirmiers sur prescription médicale ou protocole écrit (décret n° 2025-1306, en vigueur depuis le 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.