Anémie (vue d'ensemble)
Diminution du taux d'hémoglobine sous les valeurs normales. Syndrome aux étiologies multiples : carences martiales/vitaminiques, hémorragies, hémolyse, insuffisance médullaire.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Trouble hématologique le plus fréquent au monde. En France, la carence en fer est la cause majoritaire, particulièrement chez les femmes en âge de procréer.
- Âge typique
- Tout âge. Enfants en période de croissance, femmes en âge fertile (règles, grossesses), personnes âgées (polypathologie, IRC, cancers).
- Mortalité
- Mortalité directe rare, mais risque de décompensation cardiaque si anémie profonde prolongée. Facteur pronostique péjoratif en hospitalisation et en chirurgie.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Installation progressive si cause chronique, avec bonne tolérance initiale grâce à l'adaptation cardiovasculaire. Réversibilité selon la cause : excellente si carence (Hb normalisée en 6 à 12 semaines sous traitement), partielle si IRC ou cancer, nulle si hémoglobinopathie constitutionnelle.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
NFS complète
Hb : anémie si inférieure à 12 g/dL chez la femme non ménopausée, à 13 g/dL chez la femme ménopausée (comme chez l'homme) et chez l'homme (seuils OMS). Sévérité : légère 10-12, modérée 8-10, sévère inférieure à 8 g/dL. VGM : microcytaire inférieur à 80 fL, normocytaire 80-100, macrocytaire supérieur à 100 fL.Prélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si Hb inférieure à 7 g/dL, pancytopénie ou blastes circulants. Transmettre le résultat au médecin pour orientation étiologique selon le VGM.Réticulocytes
Normaux 25 000 à 100 000/mm3. Arégénérative inférieure à 80 000 (moelle défaillante). Régénérative supérieure à 120 000 (moelle active : hémolyse ou hémorragie).Prélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si absence de réticulocytose à J7-J10 sous traitement martial (observance ou diagnostic à réévaluer). Transmettre le résultat au médecin.Bilan martial (fer, ferritine, CST)
Ferritine inférieure à 30 microg/L : carence fer quasi-certaine. Fer sérique inférieur à 10 micromol/L. CST inférieur à 20 %. Attention : ferritine faussement normale si inflammation associée.Prélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si ferritine inférieure à 30 microg/L ou CST inférieur à 20 % (carence martiale). Transmettre le résultat avec la CRP pour distinction entre carence vraie et anémie inflammatoire.Vitamine B12 et folates
B12 normale supérieure à 200 pg/mL, carence si inférieure à 200. Folates normaux supérieurs à 3 ng/mL.Prélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si B12 inférieure à 200 pg/mL ou folates inférieurs à 3 ng/mL. Signaler tout signe neurologique associé (paresthésies, ataxie) évoquant une carence B12 sévère.Phase aiguë
Support
Mesures généralesRepos adapté et limitation des efforts intenses jusqu'à correction de l'anémie. Oxygénothérapie si SpO2 inférieure à 90 % ou dyspnée majeure. Prévention thromboembolique par HBPM si alitement prolongé.Jusqu'à stabilisation clinique et Hb supérieure à 10 g/dL.
Support
Transfusion de CGRIndication sur prescription médicale si anémie sévère mal tolérée. Vérifications obligatoires : identité, groupe ABO/Rh, RAI, compatibilité. L'IDE surveille les constantes à intervalles réguliers et recherche les signes de réaction transfusionnelle.Transfusion ponctuelle en urgence ou chronique si hémoglobinopathie.
Traitement de fond
Actif
B12 IMTraitement de la carence B12 sur prescription médicale. Phase d'attaque puis entretien mensuel. Traitement à vie si maladie de Biermer.Phase d'attaque puis entretien mensuel à vie si Biermer.
Éducation
Éducation nutritionnelle et observanceAlimentation riche en fer héminique (viandes rouges, abats, boudin noir). Vitamine C aux repas pour améliorer l'absorption du fer végétal. Éviter thé et café pendant les repas. Supplémentation B12 obligatoire si régime végétalien strict.Mesures diététiques au long cours.
Actif
Fer per osTraitement de référence de la carence martiale sur prescription médicale. Prise à jeun, loin du thé/café/lait. Vitamine C pour améliorer l'absorption. Informer le patient que les selles noires sont normales.3 à 6 mois : normalisation de l'Hb en 6 à 12 semaines puis reconstitution des réserves.
Actif
Fer IVIndication : malabsorption, intolérance au fer oral ou nécessité de correction rapide. Perfusion sur prescription médicale avec surveillance 30 minutes post-injection (risque allergique).1 à 3 perfusions selon le déficit calculé.
Actif
Acide foliqueTraitement de la carence en folates après avoir éliminé une carence B12 associée. Ne jamais supplémenter en folates seuls sans dosage B12 préalable (risque de masquer la neuropathie).3 à 4 mois de traitement.
Insuffisance cardiaque anémique
Cardiomyopathie dilatée par surcharge chronique du débit si anémie profonde prolongée. La tachycardie permanente entraîne un remodelage ventriculaire avec risque d'IC irréversible.Prévention
Dépistage précoce et traitement rapide de l'anémie. Échographie cardiaque si anémie profonde prolongée. Correction progressive par transfusion lente avec diurétiques.Signes d'alerte
Dyspnée permanente avec orthopnée · Oedèmes malléolaires bilatéraux · Tachycardie persistante supérieure à 100 bpm au repos
Sclérose combinée de la moelle (carence B12)
Démyélinisation irréversible des cordons postérieurs et latéraux si carence B12 prolongée plus de 12 mois. Paresthésies évoluant vers l'ataxie proprioceptive puis la paraparésie spastique.Prévention
Dépistage B12 chez les sujets à risque (végétaliens, gastrectomisés, Biermer). Traitement B12 IM dès confirmation de la carence, même sans symptômes.Signes d'alerte
Paresthésies distales symétriques (mains, pieds) · Ataxie proprioceptive avec Romberg positif · Hypoesthésie vibratoire au diapason
Hémolyse post-transfusionnelle retardée
Allo-immunisation avec destruction des CGR transfusés entre J5 et J15. Fièvre, ictère et rechute paradoxale de l'Hb. Gravité variable, de bénigne à l'insuffisance rénale aiguë.Prévention
Phénotypage étendu si transfusions répétées. RAI de moins de 72h avant chaque transfusion. CGR phénotypés compatibles systématiques.Signes d'alerte
Fièvre avec ictère J5 à J10 post-transfusion · Hb en rechute sous le niveau pré-transfusionnel · Urines foncées (hémoglobinurie)
Hémochromatose transfusionnelle
Surcharge en fer viscérale après transfusions répétées (le fer des CGR s'accumule sans mécanisme d'excrétion). Atteinte hépatique, cardiaque, pancréatique et gonadique possible.Prévention
Doser la ferritine régulièrement si transfusions chroniques. Imagerie hépatique selon prescription. Chélation du fer sur décision médicale si surcharge confirmée.Signes d'alerte
Ferritine très élevée après transfusions répétées · Élévation des transaminases ASAT/ALAT · Diabète d'apparition récente chez un sujet jeune
Surveillance prioritaire
Signes cliniques d'anémie
Évaluation initiale complète puis hebdomadaire le premier mois, mensuelle ensuite. · Amélioration de la fatigue dès Hb supérieure à 8-9 g/dL. Disparition de la dyspnée au-dessus de 10 g/dL. FC repos inférieure à 90 bpm.
Alerte
Surveillance biologique
NFS à J15-J21 (réticulocytose attendue), puis mensuelle. Post-transfusion : NFS à J1. · Réticulocytose J7-J10 sous fer (signe d'efficacité). Hb en hausse de 1 à 2 g/dL par semaine sous fer. Ferritine supérieure à 50 microg/L en fin de traitement.
Alerte
Surveillance transfusionnelle
Constantes à T0, T15 min (période critique), puis toutes les 30 à 60 min. Scope si antécédent cardiaque. · TA stable à plus ou moins 10 mmHg, FC à plus ou moins 10 bpm, température inférieure à 37,5 degC. Vitesse lente 2 à 4h par CGR.
Alerte
Observance des traitements per os
Interrogatoire à chaque consultation, comptage des comprimés. · Observance supérieure à 90 %. Effets secondaires du fer tolérables (selles noires normales). Efficacité prouvée par la réticulocytose.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.