Lymphomes (Hodgkin et non-Hodgkiniens)
Cancers du système lymphatique : lymphome de Hodgkin (cellules de Reed-Sternberg) et lymphomes non-Hodgkiniens (LNH, nombreux sous-types indolents ou agressifs)
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Environ 20 000 nouveaux cas de lymphomes par an en France. Les LNH représentent la grande majorité des cas.
- Âge typique
- Hodgkin : pic bimodal adulte jeune (20-30 ans) et sujet âgé. LNH : âge médian avancé, incidence croissante avec l'âge. Légère prédominance masculine pour les deux types.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans traitement, les lymphomes agressifs progressent en semaines à mois avec envahissement multi-organe. Avec traitement adapté, le Hodgkin est de bon pronostic. Les LNH agressifs sont potentiellement curables. Les LNH indolents alternent rémissions et rechutes avec une survie prolongée.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Biopsie-exérèse ganglionnaire chirurgicale
Architecture ganglionnaire anormale avec cellules tumorales caractéristiques. Hodgkin : cellules de Reed-Sternberg CD15+ CD30+. LNH : classification selon la lignée (B CD20+ ou T CD3+).Préparer le patient à la biopsie chirurgicale sur prescription médicale. Transmettre les prélèvements frais au laboratoire d'anatomo-pathologie dans les délais requis. Alerter le médecin dès réception des résultats d'immunohistochimie.PET-scan au 18F-FDG
Fixation pathologique ganglionnaire ou extranodale si maladie active. Score de Deauville 1-3 après traitement : réponse favorable. Deauville 4-5 : maladie active.Préparer le patient à l'examen sur prescription médicale : hydratation, consignes de jeûne, voie veineuse pour injection du traceur. Transmettre le compte rendu et le score de Deauville à l'hématologue. Alerter si Deauville 4-5.Scanner thoraco-abdomino-pelvien injecté
Mesure des adénopathies, détection des masses volumineuses, évaluation de la rate, recherche de compressions vasculaires.Préparer le patient sur prescription médicale : voie veineuse si injection de produit de contraste, recueillir les antécédents et allergies, vérifier la traçabilité du consentement à l'injection. Transmettre le compte rendu à l'hématologue. Alerter si masse volumineuse ou signe de compression.Bilan biologique pré-thérapeutique
NFS, LDH, albumine, bilan hépatique et rénal, sérologies VIH/VHB/VHC, calcémie, uricémie. LDH élevée et albumine basse témoignent d'une masse tumorale importante.Prélever l'ensemble du bilan sur prescription médicale. Alerter le médecin si sérologie VHB positive : prophylaxie antivirale obligatoire avant rituximab. Alerter si LDH très élevée ou albumine basse.Support
Bilan pré-thérapeutique et mesures initialesBilan complet avant toute chimiothérapie : NFS, bilan hépatique et rénal, sérologies, ETT, EFR si bléomycine prévue. Consultation oncofertilité systématique chez les patients jeunes. Pose de chambre implantable (PAC) sur prescription médicale.À réaliser avant la première cure
Actif
ABVD (Hodgkin)Doxorubicine, bléomycine, vinblastine et dacarbazine, administrés J1 et J15 tous les 28 jours. Stades précoces favorables : 2-4 cures suivies de radiothérapie. Stades avancés : 6-8 cures avec PET intermédiaire après 2 cures pour guider la suite du traitement.2 à 8 cures selon le stade, 2 à 8 mois de traitement
Actif
R-CHOP (LNH agressifs)Rituximab, cyclophosphamide, doxorubicine, vincristine et prednisone, tous les 21 jours. Prémédication rituximab obligatoire : paracétamol 1 g, antihistaminique et corticoïde. Débit progressif de la perfusion de rituximab.6 à 8 cures, 4 à 6 mois de traitement
Actif
Protocole Burkitt (urgence thérapeutique)Chimiothérapie intensive alternant plusieurs agents (cyclophosphamide, méthotrexate haute dose, aracytine). Chimioprophylaxie neuroméningée intrathécale systématique. Prévention de la lyse tumorale obligatoire : hyperhydratation et rasburicase. Doublement tumoral en 24-48 heures.4 à 6 cures intensives
Support
Surveillance active des LNH indolentsLNH indolents asymptomatiques : pas de bénéfice au traitement immédiat, surveillance clinique et biologique régulière. Si symptomatiques : chimiothérapie adaptée puis maintenance rituximab (perfusion tous les 2 mois).Surveillance au long cours, traitement si symptomatique
Spécialisé
Autogreffe de cellules souches hématopoïétiquesIndiquée pour les rechutes chimiosensibles du Hodgkin et des LNH agressifs. Chimiothérapie de sauvetage puis mobilisation des cellules souches par G-CSF et aphérèse. Conditionnement myéloablatif BEAM puis réinjection du greffon.Hospitalisation prolongée de 3 à 4 semaines
Spécialisé
Radiothérapie de consolidationIrradiation ciblée sur les ganglions initialement atteints. Hodgkin stades précoces : consolidation après ABVD. Masses volumineuses résiduelles : dose adaptée. Toxicités à surveiller : érythème cutané, oesophagite si médiastin, hypothyroïdie si cervical.3 à 5 semaines de séances quotidiennes
Syndrome cave supérieur
Compression de la veine cave supérieure par une masse médiastinale volumineuse. Oedème en pèlerine (tête, cou, membres supérieurs), turgescence jugulaires, circulation collatérale thoracique et cyanose faciale. Urgence oncologique nécessitant une prise en charge immédiate.Prévention
Surveiller les masses médiastinales volumineuses, installer le patient en position proclive 45 degrés, SpO2 continue, oxygénothérapie si désaturation, alerter le médecin dès les premiers signes.Signes d'alerte
Oedème du visage et du cou apparaissant ou s'aggravant le matin · Turgescence des veines jugulaires persistante en position assise · Dyspnée de décubitus ne cédant pas au repos
Pneumopathie interstitielle à la bléomycine
Toxicité pulmonaire cumulée, majorée par l'âge avancé, le tabac et l'oxygénothérapie à forte FiO2. Peut évoluer vers une fibrose pulmonaire irréversible. Arrêt définitif de la bléomycine si DLCO basse.Prévention
EFR de référence avant le protocole ABVD, auscultation pulmonaire systématique avant chaque cure, arrêt du tabac strict, limitation de la FiO2 basse en cas de chirurgie.Signes d'alerte
Toux sèche non productive d'apparition récente · Crépitants bilatéraux à l'auscultation pulmonaire · Désaturation à l'effort ou au repos (SpO2 <94 %)
Cardiotoxicité des anthracyclines
Insuffisance cardiaque dose-dépendante liée à la doxorubicine. Peut se manifester de façon aiguë pendant le traitement ou de façon chronique des mois à années après.Prévention
ETT de référence obligatoire avant la première cure, surveillance ETT tous les 2-4 cures, respect de la dose cumulée maximale, alerte immédiate si baisse de la FEVG.Signes d'alerte
Dyspnée d'effort nouvelle ou aggravée · Oedèmes des membres inférieurs · Tachycardie de repos persistante
Cancers secondaires post-traitement
Complication tardive après un Hodgkin traité. Cancer du sein si irradiation médiastinale avant 30 ans, cancer du poumon si tabagisme associé, leucémie aiguë secondaire aux alkylants. Justifie un suivi à vie.Prévention
Limitation des doses de radiothérapie, arrêt du tabac strict, dépistage du cancer du sein précoce (mammographie et IRM annuelle si irradiée avant 30 ans), échographie thyroïde régulière.Signes d'alerte
Nodule mammaire palpable ou anomalie au dépistage systématique · Anomalie de la NFS persistante à distance du traitement · Nodule thyroïdien palpable ou croissant
Surveillance prioritaire
Réponse thérapeutique
Palpation ganglionnaire avant chaque cure, PET-scan intermédiaire après 2-4 cures, PET de fin de traitement · Réduction significative des adénopathies après 2-4 cures. PET Deauville 1-3 favorable. Disparition des signes B dès la première cure.
Alerte
Toxicités de la chimiothérapie
Hémogramme avant chaque cure, auscultation pulmonaire avant chaque cure contenant de la bléomycine, ECG et ETT selon protocole · PNN >1,5 G/L et plaquettes >100 G/L avant chaque cure. Pas de crépitants pulmonaires. FEVG stable >50 %.
Alerte
Risque infectieux et neutropénie fébrile
Température 2 à 3 fois par jour, hémocultures si fièvre supérieure à 38 degrés Celsius, sérologie VHB pré-rituximab · Apyrexie inférieure à 37,5 degrés Celsius. Pas de foyer infectieux. Charge virale VHB indétectable si AgHBs positif.
Alerte
Masse médiastinale et compressions
SpO2 continue si syndrome cave supérieur, examen clinique 2 fois par jour (dyspnée, oedème facial, circulation collatérale) · SpO2 >95 %. Pas de dyspnée au repos. Pas d'oedème facial. Réduction de la masse après 2-4 cures.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.