Leucémies (Vue d'ensemble)
Cancers du sang avec prolifération clonale maligne de cellules hématopoïétiques. Aiguës (LAM, LAL) ou chroniques (LLC, LMC), myéloïdes ou lymphoïdes.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Plusieurs milliers de nouveaux cas par an en France tous types confondus. LAL : premier cancer de l'enfant. LLC : leucémie la plus fréquente de l'adulte.
- Âge typique
- LAM : adultes âgés (médiane 65 à 70 ans). LAL : pic 2 à 5 ans et adultes. LLC : après 50 ans. LMC : 40 à 60 ans.
- Mortalité
- LAL de l'enfant : pronostic très favorable avec un taux de guérison élevé. LAM de l'adulte jeune : pronostic variable selon les anomalies cytogénétiques. LMC sous inhibiteur de tyrosine kinase : survie prolongée nettement améliorée. LLC : évolution souvent lente avec une espérance de vie prolongée aux stades précoces.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Leucémies aiguës : évolution fulminante en quelques semaines sans traitement. Rémission complète obtenue dans la majorité des cas après induction, mais rechutes fréquentes. Leucémies chroniques : phase chronique asymptomatique pendant plusieurs années, puis transformation possible (crise blastique LMC, syndrome de Richter LLC).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Hémogramme avec frottis sanguin
Recherche de blastes circulants. Pancytopénie fréquente (anémie, thrombopénie, neutropénie). LLC : hyperlymphocytose persistante. LMC : hyperleucocytose avec myélémie.Prélever sur prescription médicale et transmettre immédiatement au biologiste. Alerter le médecin si blastes circulants sur le frottis (corps d'Auer si LAM) : myélogramme urgent à organiser.Myélogramme et immunophénotypage
Recherche d'un excès de blastes médullaires confirmant le diagnostic de leucémie aiguë. L'immunophénotypage détermine le type (LAM ou LAL) selon les marqueurs de surface des blastes.Préparer le matériel de ponction médullaire sur prescription médicale et transmettre les prélèvements au laboratoire (morphologie, immunophénotypage, cytogénétique). Alerter le médecin dès réception des résultats.Cytogénétique et biologie moléculaire
Recherche d'anomalies chromosomiques orientant le pronostic et le traitement. Certaines anomalies imposent un traitement spécifique urgent (exemple : la LAM3 nécessite l'ATRA en urgence).Transmettre immédiatement les résultats au médecin dès réception du laboratoire : certaines anomalies orientent l'urgence thérapeutique et la stratification du risque.Bilan pré-thérapeutique complet
Ionogramme, créatinine, bilan hépatique, LDH (masse tumorale), uricémie, bilan de coagulation, sérologies virales, groupe sanguin étendu, ETT (FEVG avant anthracyclines). Scanner thoraco-abdomino-pelvien si besoin.Prélever l'ensemble du bilan sur prescription médicale. Alerter le médecin si LDH très élevées ou uricémie très augmentée (risque de lyse tumorale), si coagulation perturbée (CIVD), ou si FEVG abaissée avant anthracyclines.Actif
Chimiothérapie intensive (leucémies aiguës)Protocole d'induction : association de plusieurs cytotoxiques IV sur plusieurs jours pour obtenir la rémission complète. Consolidation : cures supplémentaires pour prévenir la rechute. LAL : entretien oral prolongé 18 à 24 mois. Surveillance IDE : double contrôle identité et prescription, surveillance extravasation, port des EPI, élimination DASRI.LAM : 6 à 12 mois. LAL : 2 à 3 ans avec entretien oral.
Actif
ATRA (LAM3 promyélocytaire)Acide tout-trans rétinoïque per os : traitement spécifique de la LAM3, débuté en urgence dès la suspicion clinique, avant même la confirmation cytogénétique. Réduit la CIVD en 48 à 72 heures. Surveillance IDE : prise de la température, signes de syndrome de différenciation (fièvre, dyspnée, prise de poids), observance quotidienne.Phase d'induction puis consolidation selon protocole.
Actif
Thérapies ciblées orales (leucémies chroniques)LMC : imatinib (inhibiteur de tyrosine kinase ciblant BCR-ABL), traitement oral quotidien au long cours. LLC symptomatique : ibrutinib ou vénétoclax selon profil. Surveillance IDE : observance stricte (arrêt non autorisé sans avis médical), effets indésirables (nausées, oedèmes, crampes, cytopénies), interactions médicamenteuses.LMC : traitement au long cours, potentiellement à vie. LLC : selon réponse.
Actif
Antibiothérapie urgente (neutropénie fébrile)Antibiothérapie large spectre en urgence, débutée moins d'une heure après les hémocultures. Ajout d'antifongique si fièvre persistante après plusieurs jours. Surveillance IDE : hémocultures périphérique et sur cathéter avant la première dose, constantes toutes les 4 heures, diurèse.Jusqu'à sortie d'aplasie et apyrexie prolongée.
Spécialisé
Allogreffe de cellules souchesSeul traitement potentiellement curatif des leucémies aiguës à haut risque ou en rechute. Conditionnement préalable par chimiothérapie intensive puis perfusion du greffon d'un donneur compatible. Rôle IDE : préparation du patient (check-list J0, vérification identité donneur et receveur), surveillance post-greffe (GVHD, infections, prise de greffe).Hospitalisation 4 à 8 semaines. Immunosuppression post-greffe 6 à 12 mois.
Support
Isolement protecteur et prophylaxiesChambre à flux laminaire, hygiène des mains par SHA, masque FFP2 pour les soignants, alimentation pauvre en germes (aliments cuits, fruits pelés, eau capsulée). Prophylaxies anti-infectieuses sur prescription : antibiotique, antifongique, antiviral. G-CSF si neutropénie prolongée attendue.Pendant toute la phase de neutropénie (3 à 4 semaines post-chimiothérapie).
Éducation
Education thérapeutique du patientExplication de la maladie et des traitements avec support adapté. Reconnaissance des urgences : fièvre sous chimiothérapie impose un appel immédiat. Hygiène en neutropénie : SHA, alimentation cuite, éviter les foules. Préservation de la fertilité avant traitement (cryoconservation). Droits sociaux : ALD, associations de patients.Tout au long du parcours, de l'annonce au suivi post-traitement.
Neutropénie fébrile et sepsis
Complication la plus fréquente des inductions de leucémies aiguës. Risque d'évolution rapide vers un choc septique (germes en cause : E. coli, Pseudomonas, Candida, Aspergillus). Mortalité significative malgré une antibiothérapie précoce.Prévention
Isolement protecteur, hygiène stricte SHA, alimentation pauvre en germes, prophylaxies anti-infectieuses, G-CSF si neutropénie prolongée attendue.Signes d'alerte
Fièvre isolée (souvent seul signe initial) · Frissons, hypothermie paradoxale · Tachycardie, polypnée · AEG rapide, confusion chez le sujet âgé · Mucite sévère ou diarrhées (porte d'entrée digestive)
Syndrome de lyse tumorale
Destruction massive de blastes libérant leur contenu intracellulaire : hyperuricémie provoquant une insuffisance rénale obstructive, hyperkaliémie provoquant des arythmies, hyperphosphorémie et hypocalcémie provoquant des convulsions. Survient spontanément ou dans les jours suivant la chimiothérapie.Prévention
Hyperhydratation débutée 24 à 48 heures avant la chimiothérapie. Rasburicase si masse tumorale élevée. Ionogramme rapproché J1 à J5.Signes d'alerte
Uricémie très élevée · LDH très augmentées (masse tumorale élevée) · Créatinine en hausse rapide · Oligurie malgré hyperhydratation · Modifications ECG (ondes T amples évoquant une hyperkaliémie)
Infection aspergillaire invasive
Complication fongique des neutropénies prolongées. Aspergillose pulmonaire (nodules excavés), sinusienne ou cérébrale. Pronostic grave nécessitant un diagnostic et un traitement précoces.Prévention
Prophylaxie posaconazole, chambre flux laminaire HEPA, dosage galactomannane bihebdomadaire, scanner thoracique si fièvre persistante.Signes d'alerte
Fièvre persistante malgré antibiothérapie large spectre · Toux sèche, hémoptysie, douleur thoracique pleurale · Scanner : nodules excavés (signe du halo) · Galactomannane sérique positif · Rhinosinusite nécrosante
GVH (maladie du greffon contre l'hôte)
Complication immunologique fréquente de l'allogreffe. Forme aiguë : rash cutané, diarrhées sécrétoires, ictère cholestatique. Forme chronique : syndrome sec, sclérodermie, bronchiolite oblitérante.Prévention
Immunosuppression post-greffe (ciclosporine + mycophénolate ou méthotrexate). Compatibilité HLA optimale donneur et receveur.Signes d'alerte
Rash érythémateux palmo-plantaire prurigineux dans les semaines post-greffe · Diarrhées liquides abondantes · Ictère, cytolyse hépatique · Nausées, anorexie · Fièvre modérée
Surveillance prioritaire
Neutropénie et risque infectieux
NFS quotidienne en aplasie (J7 à J21). Température 3 à 4 fois par jour. Inspection orale, cutanée et périnéale quotidienne. · PNN >0,5 G/L (sortie d'aplasie). Apyrexie <37,5°C. Aucun foyer infectieux.
Alerte
Syndrome hémorragique et thrombopénie
Plaquettes quotidiennes en aplasie. Examen cutanéo-muqueux 2 à 3 fois par jour. Selles et urines recherche sang. · Plaquettes >20 G/L (>50 G/L avant geste invasif). Absence de saignement actif.
Alerte
Lyse tumorale (phase induction)
Ionogramme 2 à 3 fois par jour (J1 à J7 chimio). Diurèse horaire. Créatinine, uricémie, LDH quotidiennes. · Uricémie <400 micromol/L. Kaliémie 3,5 à 5 mmol/L. Diurèse >100 mL/m2/h. Créatinine stable.
Alerte
Cathéter veineux central et toxicités chimio
Point d'insertion quotidien. Pansement hebdomadaire. ETT avant et après anthracyclines. ROT si vincristine. · Point d'insertion propre. Cathéter perméable. FEVG >50%. ROT présents.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.