Digestif

Appendicite aiguë

Inflammation aiguë de l'appendice avec douleur abdominale progressive, à risque évolutif vers la péritonite. Prise en charge chirurgicale en référence.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'appendicite aiguë est une inflammation infectieuse de l'appendice, le plus souvent liée à une obstruction de sa lumière. Elle se manifeste par une douleur abdominale progressive, classiquement migrante vers la fosse iliaque droite, souvent associée à une fébricule et à des troubles digestifs. Pour l'IDE, l'enjeu est d'accueillir, d'évaluer la douleur, de respecter le jeûne, de préparer les examens prescrits et de transmettre sans délai toute aggravation.
Prévalence
Environ 60 000 appendicectomies par an en France actuellement, en nette baisse depuis les années 1980 (autour de 300 000/an) grâce à l'imagerie et au scanner (SNFGE 2019, DREES 2014).
Âge typique
Pic entre 20 et 30 ans, avec prédominance masculine. Possible à tout âge, avec présentations souvent trompeuses chez l'enfant, la personne âgée et la femme enceinte.
Mortalité
Pronostic globalement bon en forme non compliquée. Le risque s'aggrave en cas de péritonite, d'abcès appendiculaire ou de retard de prise en charge, en particulier chez la personne âgée.

Précoces

Signes précoces

Douleur abdominale migranteDouleur d'abord épigastrique ou péri-ombilicale, qui migre en quelques heures vers la fosse iliaque droite.
AnorexiePerte d'appétit fréquente, souvent associée à un inconfort digestif.
Nausées ou vomissementsTroubles digestifs apparaissant en général après la douleur, contrairement à la gastro-entérite.

Évolutifs

Signes évolutifs

Douleur fixée en fosse iliaque droiteDouleur localisée près du point de Mc Burney, augmentée par la marche, la toux ou les changements de position.
FébriculeTempérature autour de 37,5 à 38,5 °C dans environ 60 % des cas (SNFGE 2019), avec inconfort général.
Position antalgiquePatient immobile, parfois jambe droite fléchie, gêné par les mouvements et la marche.

Gravité

Signes de gravité

Douleur diffuse à tout l'abdomenExtension de la douleur initialement localisée, témoignant d'une possible irritation péritonéale.
Ventre dur ou défense diffuseAbdomen tendu, défense observée dès l'examen, faisant craindre une péritonite.
Fièvre élevée et tachycardie persistanteTempérature supérieure à 39 °C, frissons, fréquence cardiaque qui reste élevée, altération de l'état général.

Mécanisme

L'obstruction de la lumière de l'appendice (stercolithe, hyperplasie lymphoïde) entraîne une inflammation puis une infection de la paroi.
La douleur est d'abord épigastrique ou péri-ombilicale, puis migre classiquement vers la fosse iliaque droite (FID, point de Mc Burney).
Sans prise en charge, l'inflammation peut évoluer vers un abcès appendiculaire, puis vers une perforation avec péritonite généralisée.

Conséquences

Douleur abdominale qui s'intensifie et gêne les mouvements, la marche et la toux.
Fébricule, anorexie, nausées ou vomissements, parfois troubles du transit.
Risque rapide de péritonite si retard, surtout chez l'enfant, la personne âgée et la femme enceinte.

Évolution

Sans prise en charge, l'évolution est imprévisible : l'appendicite peut régresser ou se compliquer d'un abcès puis d'une péritonite. Avec une prise en charge précoce, le pronostic est habituellement bon en forme non compliquée.
Terrain jeune : fréquence maximale chez l'adolescent et l'adulte jeune.
Présentation atypique : enfant · personne âgée · femme enceinte · qui peut retarder le diagnostic.
Consultation tardive : aggrave le risque de complications (abcès, péritonite).
Stercolithe : petit calcul fécal qui obstrue la lumière appendiculaire.
Antécédents abdominaux ou immunodépression : peuvent modifier la présentation clinique.

Critères diagnostiques

Douleur abdominale progressive, classiquement migrante de l'épigastre ou de la région péri-ombilicale vers la fosse iliaque droite.
Association fréquente avec fébricule, anorexie, nausées ou vomissements survenant après la douleur.
Examen clinique évocateur en fosse iliaque droite, à confirmer par une imagerie adaptée au terrain (échographie ou scanner avec injection).
Bilan biologique avec syndrome inflammatoire fréquent mais non systématique : NFS, CRP, bandelette urinaire, bêta-hCG si âge de procréer.
Présentations atypiques chez l'enfant, la personne âgée et la femme enceinte : à rechercher activement avant de retenir un autre diagnostic.

Diagnostic différentiel

Gastro-entérite : douleur diffuse, diarrhée, vomissements précédant la douleur, contexte épidémique fréquent.
Infection urinaire ou colique néphrétique : brûlures mictionnelles, douleur lombaire ou irradiation génitale.
Grossesse extra-utérine ou torsion ovarienne : douleur pelvienne chez la femme en âge de procréer, urgence à éliminer en priorité.
Adénolymphite mésentérique chez l'enfant ou autre cause médicale de douleur abdominale aiguë.

Examens complémentaires

NFS et CRP

Hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles dans environ 80 % des cas (SNFGE 2019), élévation de la CRP en faveur d'un syndrome inflammatoire.L'IDE prélève sur prescription, transmet rapidement les résultats au médecin et signale toute valeur très élevée ou très basse.

Bandelette urinaire et bêta-hCG si âge de procréer

Élimination des principales causes urinaires et confirmation ou exclusion d'une grossesse avant toute imagerie ou décision chirurgicale.L'IDE réalise sur prescription, signale toute leucocyturie, hématurie ou bêta-hCG positive et transmet ces éléments au médecin pour adapter la suite du bilan.

Échographie abdominale

Examen de première intention chez l'enfant, la femme enceinte et l'adulte jeune (SFCD 2021). Recherche des signes d'inflammation appendiculaire.L'IDE installe le patient, respecte le jeûne, prépare le dossier d'imagerie et transmet le compte rendu sans délai.

Scanner abdomino-pelvien

Échographie ou scanner avec injection en première intention chez l'adulte (SFCD 2021). Chez le sujet âgé, scanner avec ou sans injection selon le terrain.L'IDE prépare la VVP, vérifie l'absence de contre-indication à l'iode et à la grossesse, accompagne le patient et transmet le résultat.

Support

Mesures initiales et antalgieRepos, jeûne, pose d'une VVP sur prescription, antalgie selon protocole et surveillance rapprochée en attendant la décision chirurgicale.

Dès l'accueil

Spécialisé

AppendicectomieRéférence du traitement, préférentiellement par cœlioscopie (privilégiée pour les formes compliquées, majoritaire en pratique). La stratégie est adaptée au tableau (forme non compliquée ou compliquée) et au terrain.

Selon le délai opératoire décidé par le chirurgien

Actif

Antibioprophylaxie pré-opératoireAntibioprophylaxie sur prescription anesthésique selon la SFAR (dose unique IV avant l'incision). L'IDE prépare, administre, surveille la tolérance et trace l'horaire.

En préopératoire immédiat

Actif

Antibiothérapie curative en forme compliquéeEn cas de péritonite ou d'abcès, antibiothérapie systémique sur prescription. L'IDE prépare et administre selon le protocole médical, surveille la tolérance et la défervescence.

Selon le tableau clinique

Support

Surveillance postopératoireSurveillance des constantes, de la douleur, de la cicatrice, de la reprise du transit et des signes infectieux pendant les 48 premières heures puis selon l'évolution.

Postopératoire immédiat puis selon évolution

Péritonite

Infection abdominale grave par perforation appendiculaire ou évolution non traitée. Urgence chirurgicale.

Prévention

Repérer rapidement l'aggravation : douleur diffuse, ventre dur, fièvre élevée, altération de l'état général. Alerter sans délai.

Signes d'alerte

Douleur diffuse · Ventre dur · Fièvre élevée et tachycardie

Abcès appendiculaire

Collection de pus localisée. Suspectée devant une fièvre persistante ou une douleur qui ne cède pas malgré la prise en charge.

Prévention

Surveiller l'évolution de la douleur, de la température et du syndrome inflammatoire. Alerter en l'absence d'amélioration sous traitement.

Signes d'alerte

Fièvre persistante · Douleur localisée qui ne cède pas · Masse perçue à l'examen

Infection du site opératoire

Complication postopératoire locale avec rougeur, chaleur, douleur ou écoulement au niveau de la cicatrice.

Prévention

Inspecter la cicatrice quotidiennement, respecter les soins prescrits et alerter au moindre signe local.

Signes d'alerte

Rougeur · Écoulement trouble · Douleur locale persistante

Iléus postopératoire

Reprise du transit retardée avec ballonnement, nausées et inconfort abdominal.

Prévention

Encourager le lever précoce et la mobilisation. Signaler tout vomissement ou arrêt prolongé des gaz et des selles.

Signes d'alerte

Ballonnement · Nausées · Absence de gaz au-delà de 48 h

Expliquer simplement la pathologie, le geste chirurgical envisagé et le déroulement attendu de l'hospitalisation.
S'assurer que le patient comprend les consignes de jeûne, l'intérêt de la VVP et la nécessité des examens prescrits.
Donner les consignes postopératoires : reprise progressive de l'alimentation, mobilisation précoce, soins de cicatrice et repos relatif.
Expliquer les signes qui doivent faire reconsulter : fièvre, douleur abdominale qui revient, vomissements, plaie qui rougit ou suinte.
Reformuler avec le patient les rendez-vous de contrôle et les coordonnées utiles en cas de doute à la sortie.

Surveillance prioritaire

Douleur

EN ou EVA à l'accueil, après chaque antalgique et de façon rapprochée en pré et postopératoire. · Douleur en diminution sous antalgique, EN inférieure ou égale à 3/10 à distance de l'accueil.

Alerte

Douleur qui s'intensifie ou se diffuse à tout l'abdomen : alerter.Douleur mal calmée malgré l'antalgie prescrite : transmettre au médecin.Réapparition brutale de la douleur après une amélioration : alerter sans délai.

Constantes et état général

À l'accueil, toutes les heures jusqu'au bloc puis selon le protocole postopératoire. · Température inférieure à 38 °C, fréquence cardiaque inférieure à 100/min, pression artérielle stable.

Alerte

Fièvre supérieure à 38,5 °C ou frissons : alerter.Tachycardie persistante, hypotension, marbrures : alerter en urgence.Pâleur, sueurs, altération de la vigilance : transmettre rapidement.

Abdomen et transit

À chaque tour de surveillance puis quotidiennement après la chirurgie. · Abdomen souple, transit qui reprend progressivement (gaz vers 24-48 h, selles vers 48-72 h après cœlioscopie).

Alerte

Ventre dur ou défense diffuse : alerter.Vomissements répétés, ballonnement, arrêt du transit : transmettre.Douleur abdominale nouvelle après amélioration postopératoire : alerter.

Cicatrice et plaie opératoire

Inspection quotidienne et dès toute plainte du patient. · Pansement propre, cicatrice sèche, peau non rouge, douleur locale modérée et décroissante.

Alerte

Rougeur, chaleur, écoulement, odeur : signaler au chirurgien.Désunion de plaie ou saignement inhabituel : alerter.Douleur cicatricielle anormale ou récidivante : transmettre.

Rôle IDE détaillé

Évaluer la douleur (EN ou EVA), sa localisation, sa migration et son évolution dans le temps.
Repérer la fébricule, les nausées, les vomissements, l'anorexie et le retentissement sur l'état général.
Observer la position antalgique, l'immobilité et la gêne aux mouvements, sans rechercher activement la défense par palpation profonde.
Recueillir les éléments utiles chez la femme en âge de procréer : date des dernières règles, contraception en cours, possibilité de grossesse, et réaliser la bêta-hCG prescrite.

Références

Appendicite de l'adulte : recommandations pour la pratique clinique · SFCD-SIAD · 2021

Appendicectomie : éléments décisionnels pour une indication pertinente (texte court hébergé SFMU) · HAS · 2012

Antibioprophylaxie en chirurgie et médecine interventionnelle (patients adultes) · SFAR · 2018

Appendicite aiguë (page grand public, mise à jour octobre 2019) · SNFGE · 2019

La longue diminution des appendicectomies en France (Études et résultats n°868) · DREES · 2014

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.