Maladie de Crohn
MICI inflammatoire transmurale, atteinte préférentielle de l'iléon terminal. Évolue par poussées et rémissions, avec risque de fistules, de sténoses et de recours à la chirurgie au cours de la vie.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- En France, environ 212 700 personnes étaient prises en charge pour une MICI en 2015, dont environ 60 % pour une maladie de Crohn. Dans le registre EPIMAD, l'incidence de la maladie de Crohn est passée de 5,3 à 7,6 cas pour 100 000 habitants entre 1988 et 2014 ; un gradient nord-sud de l'incidence est décrit dans la littérature.
- Âge typique
- Pic principal entre 20 et 30 ans (majorité des diagnostics). Second pic plus modeste entre 50 et 70 ans. La maladie peut se révéler chez l'adolescent.
- Mortalité
- Espérance de vie proche de la population générale lorsque la prise en charge est optimale. Morbidité importante liée aux poussées, aux complications fistulisantes et sténosantes, et au recours fréquent à la chirurgie au cours de la vie (GETAID).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Maladie chronique évoluant par poussées et rémissions imprévisibles. Sans prise en charge optimale, la maladie progresse fréquemment vers des formes compliquées (sténosantes, fistulisantes) avec un recours à la chirurgie au cours de la vie. L'objectif thérapeutique actuel est la rémission durable avec cicatrisation muqueuse (GETAID).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Coloscopie et iléoscopie avec biopsies
Atteinte segmentaire en « saut de puce », ulcérations aphtoïdes ou ulcérations en pavés, sténoses possibles. À l'histologie : inflammation focale et chronique, distorsion discontinue des cryptes, granulomes épithélioïdes non caséeux inconstants mais évocateurs.Préparer le patient selon protocole (à jeun, voie veineuse périphérique pour la sédation prescrite, vérification d'identité, traçabilité du consentement). Transmettre le compte rendu au médecin et alerter en cas de sténose serrée, d'ulcération profonde ou de suspicion de carcinome.Entéro-IRM abdominale
Épaississement de la paroi intestinale, signes d'inflammation active, recherche de sténose, de fistule ou d'abcès intra-abdominal.Vérifier le jeûne selon le protocole de l'unité d'imagerie. Préparer la voie veineuse périphérique pour l'injection de produit de contraste prescrite. Surveiller les constantes pendant l'examen et transmettre le compte rendu au médecin.Bilan biologique inflammatoire et nutritionnel
Élévation de la CRP et de la VS, anémie, hypoalbuminémie. Carences fréquentes : vitamine B12, fer, folates, vitamine D.Prélever selon prescription médicale et selon les tubes attendus par le laboratoire. Transmettre les résultats au prescripteur. Alerter sans délai en cas de syndrome inflammatoire marqué, d'hypoalbuminémie franche ou de leucopénie pouvant évoquer une toxicité du traitement.Calprotectine fécale
Marqueur non invasif de l'inflammation intestinale. Le seuil d'interprétation est défini par le prescripteur selon le contexte clinique (poussée active, suivi de rémission).Reformuler avec le patient le recueil de selles (récipient propre, acheminement au laboratoire dans le délai indiqué). Tracer le résultat et le transmettre au prescripteur. Reformuler avec le patient l'observance et les signes cliniques en cas de résultat élevé signalé par le médecin.Phase aiguë
Spécialisé
Transfert pour discussion chirurgicale par l'équipe médicaleTransfert discuté par l'équipe médicale en cas de sténose symptomatique, de fistule réfractaire ou de perforation. Le geste chirurgical et son moment sont décidés par l'équipe spécialisée. L'IDE prépare le dossier de transfert, le bilan préopératoire prescrit, vérifie la traçabilité du consentement et accompagne le patient et ses proches.Urgence chirurgicale (perforation, occlusion) ou démarche programmée (sténose, fistule)
Traitement de fond
Actif
Biothérapie anti-TNF sur prescription médicaleAnticorps monoclonal anti-TNF, administré par perfusion intraveineuse ou injection sous-cutanée selon la molécule prescrite. Prescrit par le gastro-entérologue dans certaines formes modérées à sévères ou fistulisantes. Le bilan pré-thérapeutique inclut le dépistage de la tuberculose latente et la vérification de l'absence d'infection évolutive ou d'abcès non contrôlé (GETAID Checklist Anti-TNF). En cas de suspicion d'abcès, l'IDE vérifie que l'imagerie et la prise en charge médicale ou chirurgicale décidée sont tracées avant administration.Traitement au long cours, réévaluation périodique par le prescripteur
Actif
Corticothérapie en induction sur prescription médicaleCorticothérapie orale ou intraveineuse selon la sévérité, prescrite par le gastro-entérologue. Décroissance progressive sur plusieurs semaines. Jamais utilisée en traitement d'entretien (GETAID). L'IDE administre selon prescription, surveille la tolérance (glycémie capillaire, tension, humeur, sommeil) et trace l'évolution clinique.Plusieurs semaines en induction selon protocole, pas de relais en entretien
Actif
Immunosuppresseur d'entretien sur prescription médicaleImmunosuppresseur de la classe des thiopurines, prescrit par le gastro-entérologue après bilan pré-thérapeutique. Délai d'action retardé. L'IDE administre selon prescription, surveille la NFS et le bilan hépatique selon le calendrier prescrit, signale toute infection ou anomalie biologique au prescripteur.Plusieurs années, durée déterminée par le prescripteur
Support
Support nutritionnel selon prescriptionNutrition entérale ou parentérale selon prescription médicale en cas de dénutrition, d'occlusion ou pour l'induction en pédiatrie. Compléments oraux hyperprotidiques selon protocole et coordination avec la diététicienne.Durée déterminée par le prescripteur selon la situation clinique
Sténoses intestinales
Rétrécissement de la lumière intestinale par fibrose cicatricielle. Syndrome occlusif subaigu récidivant pouvant évoluer vers une occlusion aiguë.Prévention
Reformuler l'arrêt du tabac avec le patient (facteur aggravant majeur des sténoses, GETAID). Surveiller les signes d'occlusion subaiguë (douleurs post-prandiales, ballonnement, nausées) et alerter le médecin. Préparer le patient pour l'entéro-IRM ou la dilatation endoscopique selon prescription.Signes d'alerte
Douleurs post-prandiales · Ballonnement abdominal · Nausées récurrentes · Épisodes sub-occlusifs
Fistules
Communications anormales entre deux structures (entéro-entérales, entéro-vésicales, entéro-cutanées, péri-anales). Complication fréquente de la maladie de Crohn.Prévention
Surveiller les orifices fistuleux (aspect, débit, odeur) et les lésions périnéales à chaque soin. Alerter le médecin en cas de nouvel écoulement fécaloïde ou de pneumaturie. Préparer le patient pour la prise en charge médicale ou chirurgicale décidée par l'équipe médicale (drainage, séton, imagerie) selon prescription.Signes d'alerte
Infections urinaires récidivantes ou pneumaturie évoquant une fistule entéro-vésicale · Écoulement fécaloïde cutané · Diarrhée profuse et rebelle
Abcès intra-abdominaux ou péri-anaux
Collections suppurées, parfois inaugurales. Fièvre, douleur localisée, syndrome inflammatoire marqué. Un abcès non contrôlé contre-indique temporairement l'anti-TNF jusqu'à guérison ou résolution documentée (GETAID). L'IDE surveille fièvre, douleur, défense et écoulement, et vérifie la traçabilité de l'évaluation médicale, de l'imagerie et de la prise en charge décidée.Prévention
Surveiller la température selon protocole et alerter le médecin sans délai en cas de fièvre supérieure à 38,5 °C avec défense abdominale localisée. Préparer le patient pour le scanner ou l'IRM selon prescription. Administrer l'antibiothérapie selon prescription médicale.Signes d'alerte
Fièvre supérieure à 38,5 °C persistante · Défense abdominale localisée · Élévation progressive de la CRP · Masse palpable
Dénutrition
Conséquence de la malabsorption iléale, de la perte d'appétit et de l'inflammation chronique. Perte de poids importante, IMC bas, hypoalbuminémie.Prévention
Tracer le dépistage nutritionnel à l'admission selon protocole de l'unité. Peser hebdomadairement en poussée et reporter sur la courbe pondérale. Alerter le médecin en cas de perte de poids rapide et coordonner avec la diététicienne pour la mise en place des compléments oraux selon prescription.Signes d'alerte
Perte de poids rapide ou significative · Hypoalbuminémie signalée · Fonte musculaire · Asthénie invalidante
Surveillance prioritaire
Transit, douleurs abdominales et état général en poussée
Quotidienne en poussée, hebdomadaire en rémission stable · Tendance à la baisse du nombre de selles, EVA douleur inférieure ou égale à 3 sur 10, T° entre 36 et 37,8 °C, absence de défense ou de masse abdominale palpée, transit reprenant
Alerte
État nutritionnel et poids
Hebdomadaire en poussée, mensuelle en rémission stable · Poids stable d'une mesure à l'autre, tolérance alimentaire conservée, absence d'oedèmes déclives, dépistage de dénutrition tracé selon protocole de l'unité
Alerte
Tolérance et observance des traitements
À chaque consultation et selon calendrier biologique prescrit · NFS selon calendrier prescrit (hebdomadaire les 4 premières semaines, mensuelle jusqu'au 3e mois, puis trimestrielle si traitement par thiopurine) ; absence de fièvre supérieure à 38,5 °C, d'angine, d'ecchymoses spontanées ou de saignement ; leucocytes (/mm³), PNN (/mm³), plaquettes (/mm³), hémoglobine (g/dL) et transaminases (UI/L) comparés aux seuils d'alerte du protocole de l'unité et aux valeurs antérieures
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Recommandations françaises pour la prise en charge de la maladie de Crohn · GETAID · 2025
Checklist Anti-TNF avant initiation chez les patients atteints de MICI · GETAID · 2024
Vaccinations chez les patients atteints de MICI · GETAID · 2024
Recommandations nutrition et MICI · GETAID / ESPEN · 2023
Épidémiologie descriptive et évolution de l'incidence des MICI dans le registre EPIMAD, 1988-2014 · Santé publique France / BEH · 2019
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.