Rhumatologie

Arthrose

Dégénérescence progressive du cartilage articulaire : douleur mécanique, radiographie, prothèse

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'arthrose est une maladie articulaire dégénérative chronique caractérisée par la destruction progressive du cartilage, provoquant douleur mécanique et raideur. L'IDE joue un rôle central dans l'éducation thérapeutique, la surveillance de la douleur et l'accompagnement vers l'autonomie.
Prévalence
10 millions de Français touchés, fréquente après 65 ans. 150 000 prothèses hanche/genou posées par an en France
Âge typique
Après 50 ans, la grande majorité des plus de 80 ans
Mortalité
Pas de mortalité directe mais 1re cause de handicap après 60 ans, impact majeur sur qualité de vie et autonomie

Précoces

Signes précoces

Douleur mécaniqueDéclenchée par l'effort, soulagée par le repos, sans réveil nocturne
Raideur matinale courteDérouillage matinal inférieur à 15-30 min, cédant après quelques mouvements
Craquements articulairesCrépitations à la mobilisation passive et active traduisant l'altération du cartilage

Évolutifs

Signes évolutifs

Limitation des amplitudesDiminution flexion/extension, difficulté pour les gestes quotidiens
Déformation articulaireGenu varum/valgum, nodosités d'Heberden (IPD) et Bouchard (IPP)

Tardifs

Signes tardifs

Amyotrophie du quadricepsFonte musculaire visible, sensation de dérobement du genou

Gravité

Signes de gravité

Poussée congestiveDouleur inflammatoire, épanchement articulaire, chaleur locale traduisant une synovite
Douleur permanente de reposRéveils nocturnes fréquents, destruction articulaire avancée
Perte d'autonomieImpossibilité de marcher, monter les escaliers ou faire sa toilette, indication de prothèse

Mécanisme

Déséquilibre cartilagineux : la synthèse de cartilage par les chondrocytes ne compense plus la dégradation
Érosion progressive : le cartilage s'amincit jusqu'à mettre à nu l'os sous-chondral
Réaction osseuse compensatrice : formation d'ostéophytes, sclérose sous-chondrale et géodes
Synovite réactionnelle : inflammation de la membrane synoviale lors des poussées congestives avec épanchement

Conséquences

Destruction irréversible : contact os sur os par disparition du cartilage
Douleur mécanique : frottement des surfaces articulaires dénudées
Raideur articulaire : ostéophytes et fibrose capsulaire limitent les amplitudes
Amyotrophie péri-articulaire : fonte du quadriceps par déconditionnement
Déformation progressive : genu varum, nodosités d'Heberden et Bouchard

Évolution

Maladie chronique d'évolution lente avec alternance de phases stables et de poussées congestives. Aggravation fonctionnelle progressive pouvant conduire à la prothèse. Pas de guérison possible, objectif : ralentir la progression et préserver l'autonomie.
Âge : principal facteur de risque, usure physiologique du cartilage
Obésité : risque de gonarthrose fortement augmenté, chaque kilo en excès amplifie la pression articulaire
Traumatismes articulaires : fractures · entorses graves · méniscectomie
Anomalies anatomiques : dysplasie de hanche, genu varum/valgum
Activités professionnelles : port de charges lourdes, position à genoux prolongée

Critères diagnostiques

Clinique et radiographie : douleur mécanique typique associée à des signes radiographiques concordants
Classification de Kellgren : stades 0 à 4 pour évaluer la sévérité de l'atteinte
Biologie inflammatoire : VS et CRP normales sauf poussée congestive modérée
Élimination des différentiels : polyarthrite rhumatoïde, arthrite microcristalline et arthrite septique

Diagnostic différentiel

Polyarthrite rhumatoïde : FR positif, anti-CCP positifs, érosions articulaires
Goutte : cristaux d'urate dans le liquide articulaire, hyperuricémie
Chondrocalcinose : cristaux de pyrophosphate de calcium
Arthrite septique : fièvre, liquide trouble avec plus de 50 000 éléments par mm3

Examens complémentaires

Radiographie standard (face + profil)

4 signes cardinaux : pincement articulaire, ostéophytes, sclérose sous-chondrale, géodesExamen de référence pour le diagnostic et la sévérité. Transmettre au médecin pour classification Kellgren 0-4

Ponction articulaire si épanchement

Liquide mécanique : moins de 2 000 éléments par mm3, clair, visqueuxPréparer le matériel de ponction. Résultat permettant d'éliminer arthrite septique ou microcristalline

Bilan biologique standard

VS et CRP normales, FR et anti-CCP négatifsPrélever sur prescription médicale. Résultat normal conforte le diagnostic d'arthrose et écarte la polyarthrite rhumatoïde

IRM articulaire

Lésions cartilagineuses précoces, oedème osseux sous-chondralPréparer le patient (contre-indications IRM). Prescrite en bilan pré-opératoire ou en cas de doute chez le patient jeune

Actif

Paracétamol lors des crises douloureusesParacétamol en première intention lors des crises et poussées douloureuses, sur prescription médicale (efficacité modeste). Le traitement de fond ne repose pas sur les médicaments : il associe activité physique adaptée, kinésithérapie et perte de poids.

Lors des crises, réévaluation régulière

Actif

AINS en cure courte si pousséeAnti-inflammatoires non stéroïdiens sur prescription médicale, en cure courte lors des poussées douloureuses. Administration pendant les repas pour limiter le risque gastrique.

5 à 10 jours maximum par cure

Actif

Infiltrations intra-articulaires de corticoïdesInjection intra-articulaire de corticoïdes réalisée par le médecin, maximum 3 à 4 par an et par articulation. Préparer le matériel et assister le geste.

Effet attendu 4 à 8 semaines par infiltration

Support

Kinésithérapie et activité physiqueRenforcement du quadriceps pour le genou et des moyens fessiers pour la hanche. Activité physique adaptée recommandée : marche 30 minutes par jour, natation, vélo.

Programme continu, réévaluation tous les 3 mois

Support

Aides techniques et mesures physiquesCanne du côté sain pour décharger l'articulation atteinte. Orthèses : semelles orthopédiques si trouble statique. Thermothérapie : chaleur pour soulager la raideur, froid pour calmer la poussée inflammatoire.

Éducation

Éducation hygiéno-diététiqueProgramme de perte de poids si IMC supérieur à 25 : chaque kilo perdu réduit de 3 à 4 kg la pression sur le genou. Enseignement des exercices d'auto-rééducation quotidienne au domicile.

Spécialisé

Prothèse totale (PTH ou PTG)Indication si douleur permanente de repos, perte d'autonomie et échec du traitement médical bien conduit pendant 3 à 6 mois. Préparer le patient au bilan pré-opératoire et à la rééducation post-opératoire.

Durée de vie de la prothèse : 15 à 20 ans

Poussée congestive

Synovite réactionnelle avec épanchement, douleur inflammatoire et chaleur locale. Ponction articulaire indispensable pour éliminer une arthrite septique.

Prévention

Éduquer le patient à éviter le surmenage articulaire et à maintenir un poids adapté. Signaler au médecin dès les premiers signes pour instaurer une cure courte d'AINS.

Signes d'alerte

Majoration brutale de la douleur avec caractère inflammatoire · Épanchement articulaire palpable · Chaleur locale et limitation des mouvements

Raideur articulaire et ankylose

Limitation progressive des amplitudes aboutissant à une perte d'autonomie pour les gestes quotidiens.

Prévention

Encourager la kinésithérapie régulière, l'auto-rééducation quotidienne et l'activité physique adaptée.

Signes d'alerte

Diminution des amplitudes en flexion/extension · Raideur matinale prolongée au-delà de 30 minutes · Difficulté croissante pour les gestes quotidiens

Amyotrophie péri-articulaire

Fonte musculaire par déconditionnement créant un cercle vicieux : amyotrophie, instabilité, surmenage articulaire et aggravation.

Prévention

Accompagner le renforcement musculaire ciblé (quadriceps / moyens fessiers) et l'activité physique régulière.

Signes d'alerte

Diminution du périmètre de cuisse mesurable · Dérobement du genou à la marche · Instabilité articulaire progressive

Complications des AINS

Ulcère gastroduodénal, insuffisance rénale fonctionnelle et événements cardiovasculaires. Risque augmenté chez le sujet âgé.

Prévention

Surveiller les signes digestifs et rénaux. Rappeler au patient de prendre les AINS pendant les repas. Préférer les AINS topiques quand possible.

Signes d'alerte

Douleurs épigastriques, pyrosis ou nausées · Oedèmes des membres inférieurs · Méléna ou hématémèse nécessitant un appel médical immédiat

Activité au quotidien : éviter le surmenage articulaire, alterner activité et repos
Gestion du poids : facteur modifiable majeur, objectif IMC inférieur à 25
Activité physique : marche 30 minutes par jour, natation ou vélo
Médicaments : paracétamol lors des crises (efficacité modeste), AINS en cure courte si poussée, toujours pendant les repas
Kinésithérapie : renforcement du quadriceps, exercices d'auto-rééducation quotidiens
Signes d'alerte : consulter si douleur inhabituelle, épanchement nouveau, fièvre ou perte d'autonomie brutale

Surveillance prioritaire

Douleur et fonction articulaire

Mensuelle puis trimestrielle si stable · EVA inférieure à 4/10, autonomie préservée, périmètre de marche stable

Alerte

EVA supérieure à 7/10 malgré traitement bien conduit : préciser le retentissement sur la marche et le sommeil, puis alerter le médecin pour réévaluation antalgiqueDouleur de repos ou réveils nocturnes : rechercher un facteur déclenchant et transmettre au médecinPerte d'autonomie récente (marche, escaliers, toilette) : redémontrer les exercices de kinésithérapie et signaler au médecin

Signes de poussée congestive

À chaque consultation et si recrudescence douloureuse · Absence d'épanchement, de chaleur locale et de douleur inflammatoire

Alerte

Épanchement articulaire nouveau ou récidivant : appliquer le froid local et signaler au médecinChaleur locale avec rougeur articulaire : rechercher une arthrite septique et alerter le médecinFièvre associée à la monoarthrite : préparer le matériel de ponction et prévenir le médecin en urgence

Tolérance des AINS

Bilan rénal et hépatique trimestriel si AINS au long cours · Pas de troubles digestifs, fonction rénale et hépatique stables

Alerte

Douleurs épigastriques, pyrosis ou méléna : alerter le médecin, le méléna et l'hématémèse imposant un appel immédiatOedèmes des membres inférieurs (rétention hydrosodée sous AINS) : peser le patient, surveiller la pression artérielle et signaler au médecinÉlévation de la créatinine ou HTA de novo : alerter le médecin en vue d'une suspension des AINS et transmettre les résultats

Rôle IDE détaillé

Évaluer la douleur : EVA, périmètre de marche, autonomie pour les gestes quotidiens
Rechercher une poussée congestive : épanchement, chaleur locale, douleur inflammatoire
Identifier les facteurs aggravants : surpoids (IMC), activités à risque, troubles statiques
Mesurer la force musculaire : péri-articulaire, quadriceps et moyens fessiers

Références

Prescription d'activité physique : arthroses périphériques · HAS · 2022, mise à jour 2023

Recommandations de la Société française de rhumatologie sur la prise en charge pharmacologique de la gonarthrose · SFR · 2020

Bon usage du paracétamol et des AINS · ANSM · 2019

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.