Rhumatologie

Lupus érythémateux systémique (LES)

Maladie auto-immune systémique chronique avec atteintes multi-organes, auto-anticorps antinucléaires, évolution par poussées et rémissions

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le lupus érythémateux systémique (LES) est une maladie auto-immune chronique caractérisée par la production d'auto-anticorps qui forment des complexes immuns se déposant dans les organes cibles (reins, peau, articulations, système nerveux central), évoluant par poussées et rémissions. L'IDE surveille les signes de poussée (fièvre, éruption, arthralgies, protéinurie), administre les traitements sur prescription et éduque le patient à la photoprotection et à l'observance du traitement de fond à vie.
Prévalence
Prévalence estimée à 41/100 000 en France en 2010 sur les données nationales de santé, soit de l'ordre de 28 000 patients, avec une incidence de 3 à 4 nouveaux cas annuels pour 100 000. Surprévalence marquée aux Antilles : 94/100 000 en Guadeloupe, 127/100 000 en Martinique
Âge typique
Femme jeune de 15 à 40 ans, pic entre 20 et 30 ans. Le lupus survient 90 fois sur 100 chez la femme
Mortalité
Survie nettement améliorée par les traitements actuels. Mortalité liée aux infections sous immunosuppresseurs, aux complications cardiovasculaires et à la néphropathie terminale

Précoces

Signes précoces

Érythème en vespertilioÉruption malaire symétrique rouge épargnant le sillon nasogénien, déclenchée par les UV
Polyarthrite non érosivePolyarthrite bilatérale symétrique des petites articulations, non déformante
Asthénie invalidanteFatigue intense non proportionnelle à l'effort, non améliorée par le repos

Évolutifs

Signes évolutifs

Néphropathie lupiqueProtéinurie, hématurie, HTA, oedèmes des membres inférieurs
Sérites récidivantesPéricardite (douleur thoracique positionnelle), pleurésie (dyspnée, toux sèche)

Tardifs

Signes tardifs

Cytopénies auto-immunesAnémie hémolytique, leucopénie, lymphopénie, thrombopénie persistante

Gravité

Signes de gravité

Lupus neuropsychiatriquePsychose, convulsions, AVC, myélite transverse, risque de séquelles permanentes
Néphropathie sévèreSyndrome néphrotique, insuffisance rénale rapidement progressive. Prise en charge en néphrologie urgente
SAPL catastrophiqueThromboses multiples simultanées avec défaillance multiviscérale, pronostic vital engagé

Mécanisme

Rupture de tolérance immunitaire : production d'auto-anticorps multiples contre les constituants du noyau cellulaire
Dépôt de complexes immuns : les auto-anticorps forment des complexes qui se déposent dans les vaisseaux, les reins, la peau et les articulations
Consommation du complément : activation de la voie classique, provoquant une inflammation tissulaire (complément abaissé en poussée)
Amplification par l'interféron alpha : entretien de l'auto-immunité chronique avec poussées récurrentes
Syndrome des antiphospholipides (SAPL) fréquemment associé : anticorps antiphospholipides créant un état prothrombotique (thromboses, fausses couches)

Conséquences

Cutanéo-muqueux : vespertilio (érythème en ailes de papillon), photosensibilité, ulcérations buccales, alopécie
Articulaire : polyarthrite bilatérale symétrique non érosive, très fréquente
Rénal : néphropathie lupique, complication fréquente et potentiellement sévère
Hématologique : anémie hémolytique, leucopénie, thrombopénie auto-immunes
SAPL : thromboses veineuses et artérielles, fausses couches à répétition

Évolution

Évolution chronique par poussées (déclenchées par les UV, le stress, les infections ou la grossesse) et rémissions, avec des formes allant du lupus cutané isolé aux atteintes viscérales sévères. L'objectif thérapeutique est la rémission avec une dose minimale de corticoïdes.
Sexe féminin : facteur de risque principal, rôle des oestrogènes dans la rupture de tolérance immunitaire
Prédisposition génétique : concordance élevée chez les jumeaux, terrain familial auto-immun
Origine ethnique : populations afro-américaine, asiatique et hispanique particulièrement touchées
Exposition aux UV : facteur déclenchant majeur des poussées cutanées et systémiques
Infections virales : notamment le virus d'Epstein-Barr, par mimétisme moléculaire
Médicaments lupus-induits : certains traitements (antihypertenseurs · antituberculeux · anti-inflammatoires) · réversible à l'arrêt

Critères diagnostiques

Bilan auto-immun positif : anticorps antinucléaires (AAN) positifs, critère d'entrée indispensable
Atteintes cliniques évocatrices : cutanée, articulaire, séreuse, rénale, neurologique, hématologique
Anticorps spécifiques : anti-ADN natif et anti-Sm orientent fortement le diagnostic
Score diagnostique selon les critères internationaux : le médecin interprète et pose le diagnostic

Diagnostic différentiel

Polyarthrite rhumatoïde : érosions articulaires, facteur rhumatoïde positif, AAN souvent négatifs
Sclérodermie systémique : sclérose cutanée, pas de vespertilio
Vascularite : atteinte ORL et pulmonaire, AAN négatifs
Lupus médicamenteux : réversible à l'arrêt du médicament, pas d'atteinte rénale

Examens complémentaires

Anticorps antinucléaires (AAN)

Positifs à un titre significatif, sensibilité très élevée pour le LESPrélever sur prescription médicale. Transmettre le résultat au médecin. En cas de positivité, préparer le typage complémentaire (anti-ADN, anti-Sm).

Complément C3 et C4

C3 et C4 abaissés en poussée (consommation par les complexes immuns)Prélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si complément abaissé (signe de poussée active).

Bilan rénal complet

Protéinurie, hématurie microscopique, créatinine élevée si atteinte rénalePrélever sur prescription médicale et réaliser la bandelette urinaire. Alerter le médecin si protéinurie positive (biopsie rénale à décider par le médecin).

Anticorps antiphospholipides (APL)

Anticoagulant lupique, anti-cardiolipine, anti-bêta2-GP1Prélever sur prescription médicale. Transmettre le résultat au médecin. Alerter si anticoagulant lupique positif (surveillance thrombotique renforcée).

Actif

Hydroxychloroquine (traitement de fond)Traitement de fond proposé à vie à tous les patients lupiques, sauf contre-indication. Prévient les poussées, améliore la survie et diminue les séquelles rénales. Examen ophtalmologique de référence à l'instauration, puis dépistage annuel notamment après 5 ans de traitement (rythme selon les facteurs de risque).

À vie

Actif

Corticoïdes sur prescription médicalePosologie adaptée par le médecin selon la sévérité de l'atteinte. Objectif de décroissance progressive vers la dose minimale efficace.

Variable selon la poussée

Actif

Immunosuppresseurs (atteintes viscérales)Immunosuppresseur choisi par le médecin selon le type d'atteinte. L'IDE surveille la NFS, les signes infectieux et la tolérance.

Au long cours

Support

Photoprotection et mesures hygiéno-diététiquesÉcran solaire SPF 50+ quotidien y compris en hiver, vêtements couvrants, éviction UV entre 11 h et 16 h. Arrêt tabac impératif.

À vie

Support

Contraception et prévention thrombotiqueProgestatifs purs, progestatif implantable ou DIU en première intention, y compris sous AVK, AINS, corticoïdes ou immunosuppresseurs. Les oestroprogestatifs ne sont pas exclus d'emblée : ils ne s'envisagent que chez une patiente sans antécédent de thrombose, sans biologie antiphospholipide, sans lupus actif et sans antécédent de manifestation sévère. Anticoagulant sur prescription médicale si SAPL avec thrombose.

Au long cours

Éducation

Éducation thérapeutique du patientEnseignement des signes de poussée (fièvre, éruption, arthralgies, oedèmes). Observance du traitement de fond à vie. Grossesse planifiée en rémission stable. Vaccinations selon les recommandations.

À vie

Néphropathie lupique sévère

Glomérulonéphrite par dépôt de complexes immuns. Risque d'insuffisance rénale terminale nécessitant dialyse ou greffe.

Prévention

Traitement de fond maintenu à vie, immunosuppresseur précoce sur prescription médicale si atteinte rénale confirmée.

Signes d'alerte

Protéinurie apparue récemment à la bandelette · HTA nouvelle ou aggravée · Hématurie microscopique au sédiment

Lupus neuropsychiatrique

Psychose, convulsions, AVC (si SAPL), myélite transverse. Risque de séquelles neurologiques définitives.

Prévention

Contrôle strict de l'activité de la maladie, dépistage des antiphospholipides, imagerie au moindre signe neurologique.

Signes d'alerte

Céphalées persistantes ou troubles cognitifs · Convulsions de novo · Troubles psychiatriques brutaux

Athérosclérose accélérée

Risque cardiovasculaire nettement augmenté par l'inflammation chronique et la corticothérapie. Infarctus et AVC précoces.

Prévention

Dose minimale de corticoïdes, traitement de fond maintenu, correction des facteurs de risque, arrêt tabac.

Signes d'alerte

HTA résistante au traitement · Dyslipidémie sous corticoïdes · Syndrome cushingoïde iatrogène

Complications obstétricales

Fausses couches et morts foetales (SAPL), pré-éclampsie, retard de croissance, poussées lupiques gravidiques.

Prévention

Grossesse planifiée si rémission stable, traitement de fond maintenu, suivi renforcé sur prescription médicale si SAPL.

Signes d'alerte

Poussée lupique pendant la grossesse · Protéinurie apparue ou aggravée · HTA gravidique précoce

Infections sous immunosuppresseurs

Les infections restent l'une des premières causes de mortalité et de surmortalité du lupus en France. Infections opportunistes, réactivation virale, sepsis sévère.

Prévention

Vaccination grippe et pneumocoque selon les recommandations (pas de vaccins vivants sous immunosuppresseurs), dose minimale d'immunosuppresseurs.

Signes d'alerte

Fièvre > 38 degrés sous immunosuppresseurs · Toux ou dyspnée d'aggravation progressive · Zona ou lésions cutanées inhabituelles

Photoprotection quotidienne : écran SPF 50+ y compris en hiver, vêtements couvrants, éviction UV entre 11 h et 16 h
Traitement de fond à vie : ne jamais arrêter même en rémission, examen ophtalmologique de référence à l'instauration puis dépistage annuel notamment après 5 ans de traitement
Corticoïdes : ne jamais arrêter brutalement (risque d'insuffisance surrénalienne aiguë), porter la carte de corticothérapie
Grossesse planifiée : lupus quiescent depuis plusieurs mois, arrêt des médicaments tératogènes, traitement de fond maintenu
Contraception : progestatif pur, implant ou DIU en première intention ; les oestroprogestatifs ne se discutent qu'en l'absence de thrombose, d'anticorps antiphospholipides et de lupus actif
Signes de poussée : fièvre, éruption, arthralgies, oedèmes, urines foncées = consultation rapide

Surveillance prioritaire

Activité de la maladie

Mensuelle en poussée, trimestrielle si maladie quiescente · Absence de nouvelle atteinte viscérale, score d'activité bas

Alerte

Fièvre inexpliquée > 38 degrés : rechercher un foyer infectieux et prélever les hémocultures sur prescriptionRash malaire nouveau ou étendu : inspecter la peau en lumière naturelle et noter l'extension exacteArthralgies ou oedèmes nouveaux : peser le patient, comparer au poids de référence et alerter le médecin

Fonction rénale et protéinurie

Protéinurie et créatinine mensuelles, bandelette à chaque consultation · Protéinurie négative, créatinine stable, sédiment inactif

Alerte

Bandelette urinaire positive (protéines ou sang) : vérifier le résultat et transmettre au médecin pour contrôle quantitatifCréatinine en hausse par rapport à la valeur de base : alerter le médecin pour adaptation thérapeutiqueOedèmes des membres inférieurs ou HTA récente : peser le patient et comparer au poids de référence

Marqueurs immunologiques

Complément et anticorps spécifiques mensuels en poussée, trimestriels en rémission · Anticorps stables ou en diminution, complément dans les normes

Alerte

Anticorps en augmentation : transmettre le résultat au médecin pour anticiper une poussée imminenteComplément abaissé en dessous des normes : noter la cinétique de décroissance et alerter le médecinApparition d'un nouvel auto-anticorps : consigner le résultat et préparer le dossier pour consultation spécialisée

Tolérance des traitements

NFS hebdomadaire les deux premiers mois d'immunosuppresseur puis espacée selon la molécule et la prescription, glycémie et TA bimensuelles sous corticoïdes · Leucocytes dans les normes, glycémie et TA dans les cibles fixées par le médecin

Alerte

Leucocytes abaissés sous immunosuppresseur : surveiller la température et alerter le médecin pour ajustement posologiqueGlycémie élevée ou faciès cushingoïde : mesurer la PA et consigner les signes métaboliquesInfections récurrentes ou signes d'infection opportuniste : relever la température et préparer un bilan infectieux complet

Rôle IDE détaillé

Signes d'activité : fièvre, asthénie, arthralgies, éruption cutanée, oedèmes
Dépistage atteintes viscérales : bandelette urinaire, PA, examen neurologique
Tolérance traitements : effets secondaires corticoïdes, immunosuppression, glycémie
Observance thérapeutique : traitement de fond pris quotidiennement, photoprotection appliquée, suivi ophtalmologique programmé

Références

PNDS Lupus systémique de l'adulte et de l'enfant · HAS, FAI2R · 2024

Néphropathie lupique (fiche pratique, série glomérulopathies) · SFNDT · 2024

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.