Respiratoire

Asthme

Maladie inflammatoire chronique des bronches avec obstruction variable, responsable d'épisodes récidivants de dyspnée sifflante, toux ou oppression thoracique.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'asthme est une maladie inflammatoire chronique des voies aériennes, caractérisée par une obstruction bronchique variable et une hyperréactivité bronchique. Il se manifeste par des épisodes récidivants de sifflements, de toux, de dyspnée ou d'oppression thoracique, fluctuants dans le temps et déclenchés par des facteurs multiples (allergènes, infections virales, effort, irritants, exposition professionnelle). Pour l'IDE, les priorités sont d'évaluer le contrôle de la maladie, de vérifier la technique d'inhalation à chaque contact, de renforcer le plan d'action écrit et de repérer précocement les signes d'exacerbation.
Prévalence
En France, la prévalence de l'asthme actuel chez l'adulte est estimée à environ 6 %, avec une prédominance féminine (données Santé publique France et cohorte Constances). Chez l'enfant, la prévalence cumulée dépasse 10 %.
Âge typique
L'asthme peut débuter à tout âge. Il survient le plus souvent dans l'enfance, mais des formes d'apparition tardive sont possibles à l'âge adulte, notamment dans un contexte professionnel ou allergique.
Mortalité
La mortalité par asthme diminue en France depuis les années 2000. On dénombre environ 851 décès en 2014 (soit un taux brut d'environ 1,3 pour 100 000), source Santé publique France, données Constances 2019.

Précoces

Signes précoces

Toux récurrenteToux sèche ou productive, à prédominance nocturne, matinale ou déclenchée par l'effort.
Sifflements expiratoiresSibilants audibles, parfois intermittents, évocateurs d'un bronchospasme.
Oppression thoraciqueSensation de serrement ou de gêne thoracique, souvent associée à la dyspnée.

Évolutifs

Signes évolutifs

Dyspnée plus fréquenteEssoufflement de plus en plus gênant dans la vie quotidienne ou à l'effort.

Tardifs

Signes tardifs

Réveils nocturnes répétésToux ou dyspnée perturbant le sommeil, marqueur de mauvais contrôle.
Recours répété au traitement de secoursUtilisation trop fréquente du bronchodilatateur de crise, signalant une inflammation non maîtrisée.

Gravité

Signes de gravité

Difficulté à parlerParole par mots ou phrases courtes, signe d'intolérance respiratoire aiguë.
Signes de lutte respiratoireTirage, polypnée, agitation, sueurs ou épuisement visible.
Silence auscultatoire ou altération de conscienceAbsence de sibilants sans amélioration clinique, somnolence ou confusion : obstruction quasi totale à reconnaître immédiatement.

Mécanisme

Les bronches présentent une inflammation chronique qui les rend hyperréactives aux stimuli environnementaux.
Au contact d'un déclencheur, un bronchospasme survient : les muscles lisses bronchiques se contractent et réduisent le calibre des voies aériennes.
La muqueuse bronchique s'œdématie et la sécrétion de mucus augmente, aggravant l'obstruction.
Cette obstruction est le plus souvent réversible, spontanément ou sous bronchodilatateur. Elle peut devenir partiellement fixée si l'inflammation n'est pas traitée au long cours.

Conséquences

Dyspnée sifflante intermittente à prédominance expiratoire
Toux récurrente, souvent nocturne ou déclenchée par l'effort
Oppression thoracique et limitation des activités
Risque d'exacerbation sévère si l'obstruction devient majeure

Évolution

Avec un traitement de fond adapté, une bonne technique d'inhalation et un plan d'action écrit, l'asthme peut être contrôlé durablement. Un mauvais contrôle expose aux exacerbations répétées, à une altération de la qualité de vie et, à long terme, à un remodelage bronchique partiellement irréversible.
Terrain atopique personnel ou familial
Exposition aux allergènes (acariens, pollens, animaux)
Infections respiratoires virales
Tabagisme actif ou passif et irritants professionnels
Mauvaise observance du traitement de fond ou technique d'inhalation incorrecte

Critères diagnostiques

Symptômes évocateurs fluctuants : sifflements, toux, dyspnée, oppression thoracique
Variabilité des symptômes dans le temps et selon les déclencheurs
Arguments fonctionnels d'obstruction bronchique réversible à la spirométrie
Évaluation du contrôle de la maladie et identification des facteurs favorisants

Diagnostic différentiel

BPCO (obstruction non réversible, tabagisme important)
Insuffisance cardiaque gauche
Dysfonction des cordes vocales
Hyperventilation anxieuse
Reflux gastro-œsophagien isolé

Examens complémentaires

Spirométrie avec test de réversibilité

Met en évidence un syndrome obstructif réversible après bronchodilatateur.Examen de référence pour confirmer le diagnostic. L'IDE explique l'effort expiratoire maximal demandé, prépare le patient et transmet les résultats au médecin.

Débit expiratoire de pointe (DEP)

Apprécie le souffle et sa variabilité d'une mesure à l'autre.Le DEP est utile pour l'auto-surveillance à domicile et pour objectiver une exacerbation si le patient peut coopérer.

Gazométrie artérielle

Évalue le retentissement respiratoire (oxygénation, CO2, équilibre acido-basique) en cas d'exacerbation sévère.Prescrite par le médecin dans les formes graves. Une normalisation ou une élévation du CO2 est un signe d'alerte à transmettre immédiatement.

Bilan allergologique

Recherche un terrain allergique et identifie les déclencheurs.Complément utile chez les patients à terrain atopique, pour orienter les mesures d'éviction.

Actif

Traitement de fond inhaléCorticoïdes inhalés (CSI) seuls ou associés à un bronchodilatateur de longue durée d'action, pris quotidiennement sur prescription. Ils réduisent l'inflammation bronchique et préviennent les exacerbations.

Au long cours, réévalué par le pneumologue

Actif

Bronchodilatateur de secoursBronchodilatateur inhalé d'action rapide utilisé pour soulager une gêne respiratoire ou une crise selon le plan d'action. Un recours trop fréquent signale un mauvais contrôle à transmettre au médecin.

À la demande

Actif

Traitement d'exacerbationEn cas de crise plus marquée, corticothérapie systémique de courte durée et/ou nébulisations sur prescription. L'IDE prépare, administre et surveille la tolérance.

Selon l'épisode aigu

Éducation

Éducation thérapeutiqueUtilisation correcte de l'inhalateur (avec chambre si besoin), plan d'action personnalisé, reconnaissance des signes d'aggravation et auto-surveillance. Elle fait partie intégrante du soin IDE.

Tout au long du suivi

Support

Éviction des déclencheursRéduction de l'exposition aux allergènes et irritants identifiés, arrêt du tabac actif ou passif, adaptation en contexte professionnel si besoin.

Mesures durables

Exacerbation aiguë

Aggravation transitoire des symptômes nécessitant une adaptation rapide du traitement.

Prévention

Bon contrôle de fond, observance, plan d'action écrit et repérage des déclencheurs.

Signes d'alerte

Toux plus marquée · Dyspnée croissante · Besoin répété du traitement de secours

Asthme aigu grave (AAG)

Forme sévère avec risque d'insuffisance respiratoire aiguë et d'épuisement. Il constitue une urgence vitale.

Prévention

Reconnaître rapidement les signes de gravité et consulter sans délai.

Signes d'alerte

Difficulté à parler en phrases complètes · Fatigue respiratoire ou sueurs · Mauvaise réponse au traitement initial

Mauvais contrôle chronique

Persistance de symptômes perturbant le sommeil, les activités et la qualité de vie, avec risque d'hospitalisations répétées.

Prévention

Suivi régulier, vérification de la technique d'inhalation et adaptation du traitement avec l'équipe médicale.

Signes d'alerte

Réveils nocturnes · Activités limitées · Traitement de secours utilisé trop souvent

Remodelage bronchique

À long terme, l'inflammation chronique non contrôlée peut entraîner une obstruction partiellement irréversible.

Prévention

Traitement de fond précoce et continu, contrôle régulier de l'inflammation.

Signes d'alerte

Diminution progressive de la fonction respiratoire · Réversibilité partielle aux tests spirométriques

Expliquer que l'asthme est une maladie chronique nécessitant un traitement de fond quotidien, même en l'absence de symptômes.
Vérifier et ré-enseigner la technique d'inhalation à chaque consultation, avec le dispositif réellement utilisé.
Transmettre le plan d'action écrit (zones verte, jaune, rouge) et s'assurer de sa compréhension.
Repérer avec le patient ses facteurs déclenchants personnels et aider à adapter l'environnement.
Tracer les consignes d'urgence : appeler le 15 en cas de crise avec difficulté à parler, épuisement ou absence de réponse au traitement de secours.

Surveillance prioritaire

Contrôle des symptômes

À chaque consultation et à chaque épisode aigu · Symptômes ou recours au traitement de secours au maximum deux fois par semaine pour un asthme bien contrôlé (seuil GINA/SPLF 2021) ; les critères HAS de contrôle acceptable retiennent moins de quatre fois par semaine. Réveils nocturnes : aucun pour un bon contrôle.

Alerte

Dyspnée plus fréquente ou plus gênanteRéveils nocturnes répétésLimitation des activités malgré le traitement de fond

Utilisation du traitement de secours

Régulière, à chaque réévaluation · Recours au bronchodilatateur de secours au maximum deux fois par semaine pour un asthme bien contrôlé (seuil GINA/SPLF 2021) ; un recours trois fois ou plus par semaine signale un mauvais contrôle à transmettre. Les critères HAS de contrôle acceptable retiennent moins de quatre prises par semaine.

Alerte

Recours plus fréquent au traitement de secoursSoulagement incomplet ou besoin croissant sur plusieurs joursAchat répété de dispositifs de secours sans consultation

Fonction respiratoire (DEP ou VEMS)

En auto-surveillance à domicile et lors des consultations pneumologiques · DEP supérieur à 85 % de la meilleure valeur personnelle ; variabilité diurne du DEP inférieure à 15 %.

Alerte

DEP en baisse persistanteVariabilité diurne du DEP augmentéePatient qui ne parvient plus à atteindre sa meilleure valeur habituelle

Technique d'inhalation et observance

À chaque consultation · Technique conforme à la démonstration avec le dispositif réellement utilisé et traitement de fond pris quotidiennement.

Alerte

Technique incorrecte ou non mémoriséeOublis répétés du traitement de fondIncompréhension du plan d'action écrit

Tolérance respiratoire en exacerbation

Très rapprochée en cas de crise · Saturation en oxygène cible 94 à 98 % sous oxygénothérapie prescrite ; DEP au moins 75 % de la meilleure valeur personnelle.

Alerte

Difficulté à parler ou à finir ses phrasesSignes de lutte respiratoireSilence auscultatoire ou altération de conscience

Rôle IDE détaillé

Évaluer le contrôle des symptômes : fréquence, réveils nocturnes, limitation des activités, recours au traitement de secours.
Repérer précocement les signes d'exacerbation ou de crise sévère.
Vérifier systématiquement la technique d'inhalation et l'observance du traitement de fond.
Identifier les déclencheurs rapportés par le patient et les événements intercurrents.

Références

Prise en charge et suivi des patients asthmatiques adultes · SPLF · 2021

Asthme : prescription d'activité physique · HAS · 2022

L'asthme en France : synthèse des données épidémiologiques descriptives · Santé publique France · 2019

Éducation thérapeutique du patient asthmatique adulte et adolescent · ANAES (missions reprises par la HAS) · 2001

Prise en charge de l'exacerbation sévère d'asthme (asthme aigu grave) de l'adulte et de l'enfant · SFMU-SRLF-GFRUP · 2018

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.