Respiratoire

Cancer Broncho-Pulmonaire

Tumeur maligne primitive du poumon, souvent liée au tabagisme, pouvant se révéler par une toux persistante, une hémoptysie ou un essoufflement.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le cancer broncho-pulmonaire est une tumeur maligne développée à partir du poumon ou des bronches. Le diagnostic repose sur l'imagerie et surtout sur des prélèvements permettant de confirmer la nature de la tumeur. Pour l'IDE, les enjeux sont de repérer les signes d'alerte, d'accompagner le patient dans le parcours diagnostique et thérapeutique, de surveiller la tolérance des traitements, la respiration, la douleur, l'état général et les complications infectieuses ou hémorragiques.
Prévalence
En France, l'Institut national du cancer estime 52 777 nouveaux cas de cancer du poumon en 2023 (33 438 hommes et 19 339 femmes). C'est le 3e cancer le plus fréquent tous sexes confondus : 2e chez l'homme après la prostate, 3e chez la femme après le sein et le cancer colorectal.
Âge typique
Âge médian au diagnostic : 68 ans chez l'homme et 66 ans chez la femme. L'incidence diminue légèrement chez l'homme depuis 2010 (-0,5 % par an) mais progresse fortement chez la femme (+4,3 % par an).
Mortalité
Le cancer du poumon est la première cause de décès par cancer chez l'homme en France (20 578 décès) et la deuxième chez la femme après le cancer du sein (10 318 décès).

Précoces

Signes précoces

Toux persistante modifiéeApparition d'une toux chronique nouvelle chez un fumeur, ou modification d'une toux tabagique habituelle. Doit alerter si elle dure plus de 3 semaines.
Dyspnée d'effort progressiveEssoufflement à des efforts de plus en plus faibles, non expliqué par un autre diagnostic connu.
Hémoptysies minimesCrachats striés de sang ou hémoptysies de faible abondance. Toute hémoptysie chez un fumeur de plus de 40 ans impose un scanner thoracique.

Évolutifs

Signes évolutifs

Douleurs thoraciquesDouleur pariétale persistante, unilatérale, liée à l'envahissement de la plèvre ou de la paroi thoracique.

Tardifs

Signes tardifs

Altération de l'état généralAmaigrissement important en quelques mois, asthénie majeure, anorexie.
Infections pulmonaires récidivantesPneumopathies à répétition dans le même territoire pulmonaire, évocatrices d'une obstruction bronchique par la tumeur.

Gravité

Signes de gravité

Syndrome cave supérieurŒdème du visage et des membres supérieurs, turgescence jugulaire, circulation veineuse collatérale thoracique. Urgence oncologique.
Détresse respiratoire aiguëDyspnée de repos par atélectasie massive, pleurésie abondante ou lymphangite carcinomateuse.
Signes métastatiquesCéphalées et déficits neurologiques (métastases cérébrales), douleurs osseuses intenses (métastases osseuses), ictère (métastases hépatiques).

Mécanisme

Des agressions répétées, surtout liées au tabac, favorisent des anomalies cellulaires dans les bronches ou le poumon.
On distingue deux grands types histologiques. Le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC), environ 85 % des cas, relève de la chirurgie aux stades localisés et des thérapies ciblées (EGFR, ALK) ou de l'immunothérapie aux stades avancés.
Le cancer bronchique à petites cellules (CBPC), environ 15 % des cas, est très chimio-radiosensible mais quasiment jamais opérable, avec une évolution souvent rapide.
La tumeur se développe progressivement, puis peut obstruer une bronche, envahir les tissus voisins ou saigner.
Elle peut ensuite diffuser à distance, notamment vers le cerveau, les os, le foie ou la plèvre.
Le type de tumeur et son extension conditionnent les possibilités de traitement.

Conséquences

Obstruction bronchique avec atélectasie, infections répétées ou dyspnée.
Douleur thoracique, hémoptysies ou gêne respiratoire.
Compression de structures voisines, comme dans le syndrome cave supérieur.
Altération de l'état général : fatigue, amaigrissement, anorexie.

Évolution

L'évolution dépend du type de tumeur, de son stade et de la réponse au traitement. Les formes détectées tôt peuvent parfois relever d'un traitement curatif, alors que les formes avancées nécessitent surtout une prise en charge systémique et de support.
Tabagisme actif, facteur de risque principal
Tabagisme passif et autres expositions inhalées répétées
Expositions professionnelles : amiante · radon · silice et autres toxiques
Pollution atmosphérique et irritants respiratoires
Pathologie pulmonaire chronique préexistante, notamment BPCO

Critères diagnostiques

Confirmation histologique obligatoire : biopsie bronchique ou transthoracique pour déterminer le type de cancer et orienter le traitement
Imagerie suspecte : masse pulmonaire au scanner thoracique injecté, non expliquée par une cause infectieuse ou inflammatoire
Bilan d'extension : TEP-scanner et IRM cérébrale pour déterminer le stade (précoce opérable ou avancé/métastatique)
Analyse complémentaire sur biopsie : recherche de marqueurs orientant vers des traitements spécifiques (immunothérapie, thérapies ciblées)

Diagnostic différentiel

Tuberculose pulmonaire : opacité apicale, contexte épidémiologique, recherche de bacille de Koch positive
Sarcoïdose : adénopathies médiastinales bilatérales sans masse, biopsie orientant le diagnostic
Pneumonie organisée : syndrome alvéolaire bilatéral, contexte infectieux ou médicamenteux
Métastase pulmonaire : nodules multiples bilatéraux, cancer primitif connu (sein, côlon, rein)

Examens complémentaires

Scanner thoracique injecté

Masse pulmonaire suspecte, adénopathies médiastinales, signes d'extension localeVérifier les prérequis à l'injection selon le protocole du service (allergie, créatinine, consentement), surveiller la tolérance pendant et après l'examen, puis transmettre sans délai la disponibilité du compte rendu et toute aggravation clinique associée.

Fibroscopie bronchique avec biopsies

Visualisation de la tumeur si proximale, prélèvements pour analyse histologiquePréparer le patient selon le protocole local : vérifier le jeûne, la voie veineuse, l'information donnée et la check-list pré-examen. Étiqueter les prélèvements et les acheminer au laboratoire. Surveiller l'apparition d'hémoptysie ou de dyspnée dans les deux heures suivant l'examen.

TEP-scanner au FDG

Fixation de la tumeur primitive et des éventuelles métastases à distanceExamen réalisé dans le bilan d'extension selon la stratégie décidée par l'équipe oncologique. Préparer le patient selon le protocole (jeûne six heures, glycémie demandée) et transmettre la disponibilité du résultat au médecin référent.

Bilan biologique pré-chimiothérapie (NFS, bilan hépatique, rénal, calcémie)

NFS de référence, créatinine (néphrotoxicité des sels de platine), calcémiePrélever sur prescription avant chaque cycle. Transmettre les résultats à l'oncologue et alerter si la NFS ou la fonction rénale paraissent incompatibles avec la poursuite de la cure.

Spécialisé

Chirurgie curative (lobectomie ou pneumonectomie)Une chirurgie peut être proposée pour certaines formes localisées. L'IDE prépare le patient et assure ensuite la surveillance respiratoire, douloureuse et postopératoire.

Hospitalisation 7 à 14 jours, convalescence 6 à 8 semaines

Actif

Chimiothérapie à base de sels de platineLa chimiothérapie IV est administrée sur prescription. L'IDE surveille la tolérance immédiate, l'hydratation, la diurèse, les nausées, l'état général et les résultats biologiques demandés avant les cures.

4 à 6 cycles de 21 jours, puis maintenance selon réponse

Actif

Immunothérapie et thérapies cibléesCes traitements sont prescrits selon le profil de la tumeur. L'IDE surveille les effets indésirables respiratoires, digestifs, cutanés, endocriniens ou généraux et transmet toute anomalie.

Jusqu'à progression ou toxicité inacceptable

Support

Radiothérapie thoracique et palliativeLa radiothérapie peut être proposée dans certaines situations localisées ou palliatives. L'IDE prépare le patient, accompagne les séances et surveille les effets secondaires.

Selon indication et réponse

Support

Antalgie selon paliers OMSLa prise en charge de la douleur est adaptée à l'intensité des symptômes. L'IDE évalue régulièrement la douleur et transmet l'efficacité ou l'insuffisance du traitement.

Adapté en continu selon l'évaluation de la douleur

Éducation

Sevrage tabagique et accompagnement nutritionnelLe sevrage tabagique et l'accompagnement nutritionnel font partie intégrante des soins de support. L'IDE oriente vers les professionnels adaptés et renforce les messages de prévention.

Accompagnement continu tout au long du parcours de soins

Éducation

Kinésithérapie respiratoire et soutien psychologiqueLa kinésithérapie respiratoire et le soutien psychologique peuvent aider à mieux vivre la maladie et les traitements. L'IDE participe au repérage des besoins et oriente si nécessaire.

Tout au long du parcours de soins

Neutropénie fébrile

Complication la plus redoutée de la chimiothérapie. Fièvre avec PNN effondrés, risque de sepsis grave.

Prévention

Contrôler la NFS avant chaque cure et transmettre les résultats. Éduquer le patient à consulter en urgence pour toute fièvre sous chimiothérapie.

Signes d'alerte

Fièvre ou frissons entre les cycles · Asthénie brutale · Tachycardie et hypotension (sepsis débutant)

Syndrome cave supérieur

Compression de la veine cave supérieure par la tumeur ou les adénopathies. Urgence oncologique nécessitant un traitement rapide.

Prévention

Surveillance clinique régulière, dépistage précoce des signes de compression médiastinale

Signes d'alerte

Œdème du visage et du cou prédominant le matin · Turgescence jugulaire bilatérale permanente · Céphalées aggravées en antéflexion

Pleurésie métastatique

Épanchement pleural lié à l'envahissement tumoral de la plèvre. Provoque une dyspnée progressive et une douleur thoracique.

Prévention

Traitement optimal de la tumeur, surveillance de la dyspnée et de la saturation

Signes d'alerte

Dyspnée progressive avec matité basale à la percussion · Diminution du murmure vésiculaire à la base · Douleur thoracique latérale augmentée à l'inspiration

Accompagner le sevrage tabagique même après le diagnostic (amélioration de la tolérance aux traitements) et orienter vers un tabacologue.
Faire reformuler les signes d'alerte sous chimiothérapie (toute fièvre impose une consultation urgente, risque de neutropénie fébrile) et tracer l'éducation.
Anticiper les effets secondaires prévisibles selon le protocole (nausées, fatigue, mucite, alopécie) et préparer le patient avec des stratégies de prévention adaptées.
Explorer les freins à l'alimentation et à la nutrition, encourager des apports fractionnés et orienter vers la diététicienne si perte de poids significative.
Enseigner les soins de bouche (bains de bouche au bicarbonate de sodium après chaque repas) et vérifier leur application lors de chaque visite.
Accompagner l'évaluation de la douleur (échelle EVA ou EN) et la compréhension du schéma antalgique, en insistant sur la prise régulière plutôt qu'à la demande tardive.

Surveillance prioritaire

Fonction respiratoire et hémoptysies

Régulière en hospitalisation et à chaque aggravation clinique · Fréquence respiratoire inférieure à 22 cycles/min, saturation supérieure ou égale à 94 % ou conforme à la cible prescrite si oxygénothérapie, absence d'hémoptysie ou volume tracé en millilitres à chaque épisode.

Alerte

Désaturation ou aggravation respiratoire : renforcer la surveillance et alerterHémoptysie abondante : mettre en sécurité, surveiller et prévenir immédiatementDyspnée de repos d'apparition brutale : évaluer la FR, les signes de lutte et transmettre en urgence

Douleur (échelle EVA ou EN)

Régulière, avant et après les antalgiques ou à chaque plainte · Score EVA ou EN inférieur ou égal à trois sur dix tracé avant et après chaque administration d'antalgique.

Alerte

Douleur osseuse nouvelle ou aggravée : évaluer et transmettreCéphalées inhabituelles avec troubles neurologiques : prévenir en urgenceDouleur non soulagée malgré le traitement : faire réévaluer rapidement

Tolérance de la chimiothérapie

Selon le protocole et à chaque symptôme évocateur · Température inférieure à 38 °C, diurèse supérieure ou égale à 0,5 mL/kg/h en post-perfusion, absence d'oligurie, résultats biologiques disponibles et transmis selon le protocole avant la cure.

Alerte

Fièvre ou frissons sous chimiothérapie : alerter rapidement et suivre la conduite urgente prévueAnomalie biologique importante : transmettre à l'équipe référenteNausées ou vomissements persistants : surveiller l'hydratation et faire réévaluer

État général et nutrition

Pesée régulière et évaluation à chaque consultation ou hospitalisation · Poids en kilogrammes suivi à chaque consultation ; variation pondérale inférieure à 5 % du poids habituel ; ingesta quantifiés.

Alerte

Perte de poids importante : alerter et orienter si besoin vers la diététiqueRefus alimentaire prolongé : noter les ingesta et signalerDégradation rapide de l'état général ou de l'autonomie : transmettre pour réévaluation

Rôle IDE détaillé

État général : évaluer l'autonomie, la fatigue, le poids et la tolérance globale
Fonction respiratoire : surveiller FR, SpO2, signes de lutte et hémoptysies
Évaluation de la douleur : utiliser l'échelle EVA ou EN de façon systématique à chaque contact
Toxicités de la chimiothérapie : surveiller température, état buccal, état cutané, transit

Références

Guides du parcours de soins des cancers broncho-pulmonaires et mésothéliome pleural malin · HAS · 2013

Incidence nationale des cancers en 2023 · INCa · 2023

ALD n° 30 : cancer du poumon et mésothéliome pleural malin · HAS · 2014

Incidence des principaux cancers en France métropolitaine en 2023 · Santé publique France · 2023

Les cancers du poumon : épidémiologie · INCa · 2023

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.