Cancer du col de l'utérus

Cancer gynécologique presque entièrement évitable, lié au papillomavirus humain (HPV), repéré par le dépistage organisé entre 25 et 65 ans et prévenu par la vaccination HPV chez l'adolescent.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le cancer du col de l'utérus est une tumeur maligne développée à partir des cellules du col utérin, induite dans plus de 99 % des cas par une infection persistante à papillomavirus humain (HPV) oncogène, le plus souvent les types 16 et 18. Il évolue lentement à partir de lésions précancéreuses sur cinq à quinze ans, ce qui ouvre une large fenêtre de dépistage et de prévention. Pour l'IDE, l'enjeu est de promouvoir le dépistage organisé entre 25 et 65 ans, de proposer la vaccination HPV aux adolescents et jeunes adultes, d'accompagner le parcours de soins et de soutenir l'autonomie de la patiente.
Prévalence
Cancer du col de l'utérus : environ 3 100 nouveaux cas estimés par an en France et environ 1 000 décès annuels (Santé publique France 2024). Il représente le onzième cancer le plus fréquent chez la femme.
Âge typique
Trois quarts des cas surviennent chez des femmes âgées de 25 à 64 ans (Santé publique France 2024). Les lésions précancéreuses sont souvent détectées plus jeunes, ce qui justifie le dépistage dès 25 ans.
Mortalité
L'incidence et la mortalité diminuent régulièrement depuis les années 1990 grâce au dépistage et à la vaccination (Santé publique France 2024). Le pronostic dépend du stade au diagnostic et la participation au programme de dépistage organisé reste insuffisante, ce qui justifie la mobilisation de l'IDE en première ligne.

Précoces

Signes précoces

Métrorragies de contactSaignement vaginal survenant après un rapport sexuel, signe d'appel le plus fréquent à transmettre rapidement (INCa 2024).
Pertes vaginales anormalesLeucorrhées inhabituelles, parfois malodorantes ou teintées de sang, persistantes malgré les soins d'hygiène habituels.
Métrorragies hors règlesSaignement entre les règles ou après la ménopause, à explorer sans attendre la prochaine consultation.

Évolutifs

Signes évolutifs

Douleurs pelviennes persistantesDouleurs basses du ventre ou douleurs lombaires d'apparition récente, parfois associées à une dyspareunie profonde.
Troubles urinaires ou digestifsBrûlures mictionnelles, hématurie, ténesme, constipation rebelle ou rectorragies en cas d'extension locale.
Anémie ferriprive et altération de l'état généralFatigue, pâleur, essoufflement à l'effort, amaigrissement progressif, signes à transmettre dans un contexte de saignements répétés.

Gravité

Signes de gravité

Hémorragie génitale abondanteSaignement vaginal massif, caillots répétés, malaise ou tachycardie ; tableau à transmettre sans délai.
Douleur abdominale ou pelvienne intenseDouleur aiguë avec fièvre, vomissements ou défense abdominale, faisant craindre une complication locale ou infectieuse.
Signes d'insuffisance rénale obstructiveDiminution franche des urines, douleurs lombaires intenses ou œdèmes, évoquant une compression urétérale par la tumeur.

Mécanisme

Une infection par un HPV oncogène, le plus souvent transmise lors des premiers rapports sexuels, atteint les cellules du col utérin.
Dans la majorité des cas, l'infection est éliminée spontanément en un à deux ans. Quand elle persiste, elle provoque des lésions précancéreuses appelées néoplasies intra-épithéliales (CIN1, CIN2, CIN3).
Sans dépistage ni traitement, certaines lésions CIN2 et CIN3 évoluent en cancer invasif sur cinq à quinze ans, en envahissant la paroi cervicale puis les tissus voisins.
Le cancer peut ensuite s'étendre au vagin, au paramètre, à la vessie ou au rectum et donner des métastases ganglionnaires ou à distance.

Conséquences

Saignements vaginaux anormaux, en particulier après un rapport sexuel (métrorragies de contact), entre les règles ou après la ménopause.
Pertes vaginales inhabituelles, parfois malodorantes ou teintées de sang, douleurs pelviennes ou dyspareunie.
Anémie ferriprive d'installation progressive en cas de saignements répétés, avec fatigue et pâleur.
Évolution locale (envahissement urinaire ou rectal) ou à distance (ganglions, poumon, os) dans les formes avancées.

Évolution

L'évolution est lente, ce qui rend le dépistage particulièrement efficace : repérer une lésion précancéreuse permet un traitement local conservateur (conisation) sans atteinte de la fertilité dans la majorité des cas. À l'inverse, un cancer diagnostiqué à un stade avancé impose une prise en charge plus lourde, avec un pronostic qui dépend principalement de l'extension au moment du diagnostic (INCa 2024).
Infection persistante à HPV oncogène : surtout les types 16 et 18, responsables d'environ 70 % des cancers du col (INCa 2024).
Absence ou irrégularité du dépistage : facteur de risque principal dans les formes invasives diagnostiquées tardivement.
Tabagisme : majore le risque d'évolution d'une infection HPV vers une lésion cancéreuse.
Immunodépression : VIH · traitements immunosuppresseurs au long cours · greffe d'organe.
Premiers rapports sexuels précoces et multiplicité des partenaires : augmentent l'exposition au HPV.
Non-vaccination contre les HPV avant le début de la vie sexuelle.

Critères diagnostiques

Test HPV positif chez une femme de 30 à 65 ans dans le cadre du dépistage organisé, ou cytologie anormale (ASC-US ou plus grave) chez une femme de 25 à 29 ans.
Colposcopie avec biopsies confirmant la présence d'une lésion précancéreuse (CIN1, CIN2, CIN3) ou d'un cancer invasif.
Examen anatomopathologique qui précise le type histologique : carcinome épidermoïde (le plus fréquent) ou adénocarcinome.
Bilan d'extension par IRM pelvienne en cas de cancer invasif, complété selon le stade par scanner thoraco-abdomino-pelvien ou TEP-scanner.

Diagnostic différentiel

Ectropion cervical : zone rouge bénigne autour de l'orifice du col, fréquente chez la femme jeune.
Cervicite infectieuse : inflammation du col d'origine bactérienne ou virale, à traiter spécifiquement.
Polype endocervical : lésion bénigne pouvant saigner au contact.
Cancer de l'endomètre : autre cancer gynécologique, dont le signe d'appel est plutôt le saignement post-ménopausique.

Examens complémentaires

Examen cytologique cervico-utérin (frottis)

Recherche de cellules anormales du col utérin par frottis cervico-utérin en milieu liquide. C'est l'examen de dépistage chez les femmes de 25 à 29 ans, à raison de deux examens à un an d'intervalle puis tous les trois ans si les deux premiers sont normaux (HAS 2019).L'IDE explique le déroulement à la patiente, vérifie qu'elle n'est pas en période de règles, prépare le matériel selon le protocole local et transmet le résultat au médecin pour suite à donner.

Test HPV

Recherche de l'ADN des papillomavirus oncogènes. C'est l'examen de dépistage chez les femmes de 30 à 65 ans, à réaliser tous les cinq ans après un premier test trois ans après le dernier frottis normal (HAS 2019).L'IDE explique le principe du test, vérifie les critères d'éligibilité au dépistage organisé et transmet le résultat. En cas de test HPV positif, une cytologie réflexe est réalisée pour orienter la suite.

Colposcopie avec biopsie

Examen au microscope du col utérin après application d'acide acétique et de lugol, avec biopsies dirigées sur les zones suspectes. C'est l'examen de référence pour préciser la nature et l'étendue des lésions (HAS 2019).L'IDE accompagne la patiente, explique le déroulement, surveille la tolérance du geste et transmet toute douleur ou saignement inhabituel.

IRM pelvienne

Bilan d'extension locale prescrit après confirmation d'un cancer invasif, pour évaluer l'envahissement paramétrial, vaginal, vésical ou rectal et orienter la stratégie thérapeutique.L'IDE vérifie les contre-indications, prépare la patiente selon le protocole local et transmet le compte rendu à l'équipe pour la réunion de concertation pluridisciplinaire.

Spécialisé

ConisationPour les lésions précancéreuses CIN2 ou CIN3, l'ablation chirurgicale conservatrice d'une portion conique du col utérin permet de traiter la lésion tout en préservant l'utérus et la fertilité. L'IDE prépare la patiente, surveille les saignements et la douleur en post-opératoire et transmet les consignes de suivi.

Geste ambulatoire, surveillance les jours suivants

Spécialisé

Chirurgie d'un cancer invasifSelon le stade, le traitement chirurgical va de la trachélectomie élargie (ablation du col en préservant l'utérus chez la femme jeune souhaitant une grossesse) à l'hystérectomie élargie avec curage ganglionnaire pelvien. La décision est prise en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) et le statut ALD 30 (tumeurs malignes) ouvre la prise en charge à 100 %.

Selon le geste réalisé et l'évolution postopératoire

Actif

Radio-chimiothérapie concomitantePour les cancers localement avancés, l'association radiothérapie externe pelvienne et chimiothérapie à base de sel de platine est le traitement de référence. L'IDE surveille la tolérance, accompagne les patientes pendant les séances et transmet les effets indésirables.

Plusieurs semaines selon le protocole oncologique

Support

Soins de supportPrise en charge de la douleur, de la fatigue, de l'anémie, des troubles digestifs et urinaires, du retentissement psychologique et sexuel tout au long du parcours. L'IDE coordonne avec l'équipe pluridisciplinaire selon les besoins.

Tout au long du parcours

Éducation

Promotion du dépistage et de la vaccination HPVL'IDE explique le programme national de dépistage organisé, présente la vaccination HPV aux adolescents et jeunes adultes et rappelle qu'elle peut prescrire et administrer ce vaccin depuis le décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 (vigueur au 30 juin 2026), dans le cadre défini par la réglementation, après formation dédiée.

Tout au long du parcours soignant

Complications postopératoires

Après conisation : saignement, infection, sténose cervicale, risque d'accouchement prématuré lors d'une grossesse ultérieure. Après hystérectomie élargie : saignement, infection du site opératoire, lésion urétérale ou vésicale, troubles mictionnels.

Prévention

Surveiller les constantes, la douleur, la cicatrice, les saignements et la reprise mictionnelle, puis transmettre toute anomalie.

Signes d'alerte

Fièvre · Douleur qui augmente · Saignement abondant · Trouble mictionnel persistant

Toxicité de la radiothérapie pelvienne

Cystite radique, rectite radique, sténose vaginale, sécheresse vaginale et troubles sexuels peuvent apparaître pendant ou après le traitement.

Prévention

Informer la patiente, surveiller les symptômes à chaque séance, transmettre les plaintes et proposer les soins de support adaptés.

Signes d'alerte

Brûlures mictionnelles · Rectorragie · Diarrhée · Douleur ou sécheresse vaginale

Lymphœdème du membre inférieur

Après curage ganglionnaire pelvien, une stagnation de la lymphe peut entraîner un gonflement progressif d'un ou des deux membres inférieurs.

Prévention

Repérer tôt la lourdeur ou le gonflement, encourager la mobilisation prescrite et orienter vers le kinésithérapeute ou l'équipe de soins de support en cas de signes.

Signes d'alerte

Lourdeur du membre · Gonflement persistant · Raideur · Sensation de tension cutanée

Récidive ou évolution métastatique

Le risque de récidive locale ou ganglionnaire reste possible, en particulier dans les deux premières années qui suivent le traitement initial. Les localisations à distance touchent surtout les poumons, le foie, les os et les ganglions sus-claviculaires.

Prévention

Maintenir le suivi programmé, repérer les nouveaux symptômes et transmettre rapidement toute anomalie.

Signes d'alerte

Nouveau saignement · Douleur pelvienne persistante · Toux, dyspnée ou douleur osseuse · Altération de l'état général

Expliquer le programme national de dépistage organisé entre 25 et 65 ans : cytologie tous les trois ans entre 25 et 29 ans après deux examens normaux à un an d'intervalle, test HPV tous les cinq ans à partir de 30 ans.
Présenter la vaccination HPV (Gardasil 9) aux familles et aux jeunes adultes : deux doses chez les 11-14 ans, rattrapage possible jusqu'à 26 ans selon le calendrier vaccinal en vigueur.
Reformuler les signes d'alerte à transmettre rapidement : saignement après un rapport sexuel, saignement entre les règles ou après la ménopause, pertes vaginales inhabituelles persistantes.
Après une conisation, expliquer la reprise progressive des activités, l'absence de rapports sexuels et l'absence de bain ou de tampon pendant la durée prescrite, et la nécessité de signaler tout saignement abondant.
Pendant la radio-chimiothérapie, vérifier que la patiente sait identifier la fièvre, la diarrhée importante, les vomissements répétés et la fatigue extrême comme motifs d'alerte sans attendre la prochaine consultation.
Aborder sans gêne la sexualité, la fertilité, la sécheresse vaginale et le retentissement psychologique, et orienter vers les soins de support disponibles.

Surveillance prioritaire

Saignements vaginaux

À chaque prise en soins, en pré et postopératoire, et à chaque consultation de suivi · Absence de saignement abondant, hémoglobine adaptée à la situation clinique selon la prescription, constantes stables (fréquence cardiaque entre 50 et 100/min, pression artérielle sans hypotension symptomatique)

Alerte

Saignement abondant ou caillots répétésTachycardie, pâleur ou malaise associéReprise tardive d'un saignement après conisation ou hystérectomie

Postopératoire après conisation ou hystérectomie

Surveillance rapprochée les 24 premières heures puis selon le contexte clinique · Température inférieure à 38 °C, EVA inférieure ou égale à 3/10 après antalgie prescrite, diurèse supérieure à 0,5 mL/kg/h, cicatrice sèche, reprise mictionnelle et du transit

Alerte

Fièvre, douleur qui augmente malgré les antalgiques prescritsÉcoulement anormal de la cicatrice ou saignement abondantTrouble mictionnel persistant ou douleur lombaire évocatrice d'une complication urinaire

Tolérance de la radio-chimiothérapie

À chaque cure, à chaque séance et à chaque plainte de la patiente · Hydratation maintenue, absence de vomissements ou de diarrhée incoercibles, peau pelvienne sans radiodermite sévère, NFS contrôlée selon la prescription

Alerte

Fièvre ou signes infectieux : à transmettre sans délaiDiarrhée importante, cystite radique, douleur pelvienne en aggravationFatigue extrême, saignement inhabituel ou neutropénie signalée par le laboratoire

Retentissement psychologique et sexuel

À chaque entretien et à chaque consultation de suivi · Patiente informée des effets attendus, expression possible des questions sur la sexualité et la fertilité, orientation vers les soins de support en cas de besoin

Alerte

Anxiété marquée, tristesse persistante ou isolementSouffrance liée à la sexualité ou à l'image corporelle non exprimée mais devinéeDifficultés conjugales ou sociales évoquées par la patiente

Rôle IDE détaillé

Repérer les saignements anormaux, les pertes inhabituelles, la douleur pelvienne et le retentissement sur la vie quotidienne.
Évaluer le statut vaccinal HPV de la patiente et de son entourage, et identifier les besoins d'information ou de rattrapage.
Repérer la couverture du dépistage organisé : date du dernier frottis ou du dernier test HPV, freins éventuels à la participation.
Repérer l'anxiété, la souffrance liée à l'image corporelle, à la sexualité et à la fertilité, en proposant un espace d'expression.

Références

Panorama des cancers en France, édition 2024 · INCa · 2024

Évaluation de la recherche des papillomavirus humains (HPV) en dépistage primaire des lésions précancéreuses et cancéreuses du col de l'utérus · HAS · 2019

Cancer du col de l'utérus : données épidémiologiques · Santé publique France · 2024

Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (article R.4311-4 du Code de la santé publique) · Légifrance · 2025

Article L.4311-1 du Code de la santé publique : prescription de certains vaccins par l'infirmier · Légifrance · 2025

Infections à papillomavirus humains (HPV) : schéma vaccinal · Vaccination Info Service · 2025

Dépistage du cancer du col de l'utérus · Ameli · 2025

L'INCa rappelle les bénéfices du dépistage du cancer du col de l'utérus · INCa · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.