Pré-éclampsie

Complication de la grossesse qui survient après 20 SA, parfois seulement après l’accouchement, et associe une hypertension artérielle à des protéines dans les urines ; elle demande une surveillance attentive de la mère et de l’enfant.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La pré-éclampsie associe, après 20 SA, une hypertension artérielle (systolique d’au moins 140 mmHg et/ou diastolique d’au moins 90 mmHg) et une protéinurie (au moins 0,3 g/24 h). C’est une maladie du placenta, qui peut s’aggraver vite et se déclarer parfois après l’accouchement. Le rôle IDE : surveiller la mère et le fœtus, repérer les signes d’alerte, transmettre les anomalies et administrer les traitements prescrits.
Prévalence
Dans le monde, 3 à 5 % des grossesses se compliquent d’une pré-éclampsie ; en France, elle est moins fréquente, autour de 1 à 2,5 % : 1,1 et 1,6 % dans deux essais anciens, 2,3 % dans l’enquête nationale périnatale de 2021, selon le CNGOF 2023, qui prime par sa date et le détail de ses sources sur les 1 à 2 % de la RFE de 2020 (CNGOF 2023 ; SFAR-CNGOF 2020).
Âge typique
Après 20 SA, soit à partir du milieu du deuxième trimestre ; dans certains cas, les signes n’apparaissent que peu avant l’accouchement, ou même après, en post-partum (Inserm 2024). Un âge maternel supérieur à 40 ans augmente modérément le risque (CNGOF 2023).
Mortalité
Dans environ 10 % des cas, elle évolue vers une forme sévère (SFAR-CNGOF 2020 ; Inserm 2024), qui peut entraîner des défaillances aiguës d’organes, parfois durables (SFAR-CNGOF 2020).

Précoces

Signes précoces

Hypertension artérielleDécouverte lors du suivi de grossesse. Pour une mesure fiable, la patiente est assise, au repos depuis au moins 5 minutes, et la PA est prise au bras avec un appareil électronique homologué (SFHTA 2015).
Protéines dans les urinesChez toute femme enceinte, recherche au moins mensuelle, à la bandelette ou sur un recueil d’urines ; à partir d’une croix à la bandelette, le laboratoire confirme (SFHTA 2015).
ŒdèmesŒdèmes parfois massifs, avec un gain de poids brutal, de plusieurs kilos en quelques jours (Inserm 2024). Ils ne font pas partie des critères de forme sévère, mais leur installation rapide se transmet.

Évolutifs

Signes évolutifs

CéphaléesMaux de tête inhabituels (Inserm 2024). Des céphalées sévères qui ne cèdent pas au traitement sont un critère de forme sévère (SFAR-CNGOF 2020) ; une céphalée nouvelle se transmet même en dehors de ce critère.
Troubles visuels ou auditifsGêne à la lumière, mouches, taches ou points brillants devant les yeux, acouphènes (Inserm 2024). Persistants, ces troubles sont un critère de forme sévère (SFAR-CNGOF 2020).
Douleur abdominaleDouleur de l’épigastre ou sous les côtes à droite (hypochondre droit), décrite « en barre ». Persistante ou intense, elle est à la fois un critère de forme sévère et un signe de gravité (SFAR-CNGOF 2020).
Mouvements fœtaux diminuésLa patiente signale que le bébé bouge moins que d’habitude. Les mouvements actifs font partie de l’évaluation du retentissement fœtal (Inserm 2024).

Gravité

Signes de gravité

PA très élevéePA systolique d’au moins 180 mmHg et/ou diastolique d’au moins 120 mmHg : signe de gravité (SFAR-CNGOF 2020).
Signes neurologiques de gravitéCéphalées sévères résistant au traitement, troubles visuels ou auditifs qui persistent, déficit neurologique, troubles de la conscience, réflexes ostéotendineux vifs, diffusés et polycinétiques (SFAR-CNGOF 2020).
ConvulsionsConvulsions généralisées (crise tonico-clonique) chez une femme dont la grossesse se complique d’hypertension : c’est l’éclampsie (SFHTA 2015).
Détresse respiratoireDétresse respiratoire ou œdème aigu du poumon : signes de gravité ; une douleur thoracique ou une dyspnée font aussi partie des critères de forme sévère (SFAR-CNGOF 2020).
Signes fœtaux inquiétantsEntre 24 et 34 SA, des anomalies répétées du rythme cardiaque fœtal font partie des raisons fœtales retenues pour provoquer la naissance (SFHTA 2015). Une nette diminution des mouvements du bébé se transmet aussi à la sage-femme ou au médecin.

Mécanisme

La pré-éclampsie est une maladie du placenta. Celui-ci semble se former normalement au premier trimestre ; dans les formes précoces, des défauts apparaissent après la 20e semaine dans le réseau de vaisseaux qui le relie à la paroi de l’utérus (Inserm 2024).
Le placenta en difficulté libère dans le sang maternel des substances qui abîment les vaisseaux et perturbent le fonctionnement des reins, d’où l’hypertension artérielle et la protéinurie (Inserm 2024).
Les échanges sanguins entre la mère et le fœtus sont perturbés, ce qui retentit sur la croissance fœtale (Inserm 2024).
Dans les formes sévères, plusieurs organes peuvent défaillir : reins, foie, cerveau, poumons, plaquettes (SFAR-CNGOF 2020).

Conséquences

Hypertension artérielle et protéinurie (Inserm 2024)
Céphalées, troubles visuels, acouphènes, douleurs abdominales, vomissements (Inserm 2024)
Diminution, voire arrêt, des urines ; œdèmes parfois massifs avec un gain de poids brutal (Inserm 2024)
Retard de croissance du fœtus, dont la pré-éclampsie est une cause majeure (Inserm 2024)

Évolution

L’évolution peut être rapide après les premiers signes (Inserm 2024). L’accouchement reste le seul traitement curatif (CNGOF 2023), mais la maladie peut se déclarer en post-partum (Inserm 2024). Pour une hypertension du post-partum, ou une pré-éclampsie déclarée après la naissance, les antihypertenseurs se prescrivent selon les mêmes règles qu’avant (CNGOF 2015, accord professionnel) ; pour le sulfate de magnésium, voir le traitement. À distance, le risque d’hypertension chronique et de complications cardiovasculaires augmente : dans une cohorte française, plus de 20 % des femmes avaient une HTA chronique huit ans après (CNGOF 2023).
Antécédent personnel de pré-éclampsie, l’un des facteurs les plus forts (CNGOF 2023 ; Inserm 2024)
Hypertension artérielle chronique (CNGOF 2023 ; Inserm 2024)
Diabète présent avant la grossesse (CNGOF 2023)
Grossesse multiple (CNGOF 2023 ; Inserm 2024)
Obésité, avec un IMC supérieur à 30 (CNGOF 2023 ; Inserm 2024)
Lupus ou syndrome des antiphospholipides (CNGOF 2023), et plus largement maladie auto-immune (Inserm 2024)
Maladie rénale chronique (CNGOF 2023 ; Inserm 2024)
Première grossesse (CNGOF 2023 ; Inserm 2024)
Antécédent familial de pré-éclampsie, procréation médicalement assistée (CNGOF 2023)
Repérer ces facteurs sert à informer et à adapter la surveillance, mais leur présence ne préjuge pas de la gravité, et ils repèrent mal les femmes qui feront la maladie (CNGOF 2023)

Critères diagnostiques

Hypertension artérielle : PA systolique d’au moins 140 mmHg et/ou diastolique d’au moins 90 mmHg, apparue après 20 SA (CNGOF 2023).
Protéinurie d’au moins 0,3 g/24 h, ou rapport protéinurie/créatininurie d’au moins 30 mg/mmol (CNGOF 2023) ; la SFHTA 2015 et l’Inserm écrivent « supérieure à 300 mg/24 h », la formulation suivie ici étant celle du CNGOF 2023 et de la RFE de 2020, plus récents. Le CNGOF n’a pas adopté les définitions internationales élargies, qui se passent de la protéinurie, faute de bénéfice démontré ; seules de rares formes atypiques sans protéinurie sont retenues, quand une HTA gravidique s’accompagne de signes de gravité de forme sévère (CNGOF 2023).
Forme sévère : au moins un critère parmi une HTA sévère (systolique d’au moins 160 mmHg et/ou diastolique d’au moins 110 mmHg) ou une HTA non contrôlée, une protéinurie au-delà de 3 g/24 h, une oligurie (500 mL ou moins sur 24 h, ou 25 mL/h ou moins), une atteinte rénale, hépatique ou des plaquettes, une douleur « en barre » de l’épigastre ou de l’hypochondre droit, dès lors qu’elle est persistante ou intense, une douleur thoracique ou une dyspnée, des signes neurologiques : céphalées sévères qui ne cèdent pas au traitement, troubles de la vue ou de l’audition qui persistent, réflexes ostéotendineux vifs, diffusés et polycinétiques (SFAR-CNGOF 2020).
Le diagnostic et la classification relèvent de l’équipe médicale ; l’IDE apporte des mesures fiables et des transmissions précises.

Diagnostic différentiel

HTA chronique : connue avant la grossesse ou découverte avant 20 SA ; une pré-éclampsie peut s’y ajouter si une protéinurie pathologique apparaît après 20 SA (SFHTA 2015)
Hypertension gestationnelle : apparue après 20 SA, mais sans protéinurie pathologique (SFHTA 2015)
Devant des convulsions : d’autres causes neurologiques (accident vasculaire cérébral, thrombophlébite cérébrale, hémorragie méningée), que les experts suggèrent de rechercher par une imagerie cérébrale après toute crise d’éclampsie (SFAR-CNGOF 2020)

Examens complémentaires

Pression artérielle et protéinurie

Recherche une PA systolique d’au moins 140 mmHg et/ou diastolique d’au moins 90 mmHg, avec une protéinurie d’au moins 0,3 g/24 h ou un rapport protéinurie/créatininurie d’au moins 30 mg/mmol (CNGOF 2023).L’IDE mesure la PA dans les conditions recommandées, réalise la bandelette et le recueil d’urines prescrits, et transmet toute anomalie dès qu’elle la constate ; le diagnostic revient au médecin.

Bilan sanguin maternel

Recherche une baisse des plaquettes, une atteinte du foie ou des reins ; le médecin les interprète, et une aggravation d’un bilan à l’autre compte aussi parmi les critères de forme sévère (SFAR-CNGOF 2020).Prélèvement veineux sur prescription ; l’IDE transmet les résultats dès réception, en signalant toute aggravation par rapport au bilan précédent.

Surveillance fœtale

Évalue l’activité cardiaque du fœtus, ses mouvements actifs et la hauteur utérine (Inserm 2024).Installer la patiente pour l’enregistrement prescrit, dont la sage-femme ou le médecin interprète le tracé, et leur transmettre toute baisse des mouvements du bébé. Sous antihypertenseur intraveineux, l’enregistrement du rythme cardiaque fœtal se poursuit en continu jusqu’à stabilisation de la PA maternelle (SFAR-CNGOF 2020).

Contrôle clinique répété

Évalue la gravité : PA contrôlée ou non par le traitement, signes fonctionnels, fonctions vitales (pouls, respiration, diurèse, conscience) (Inserm 2024).Surveiller l’état général, les douleurs, la diurèse et la tolérance des traitements, et transmettre toute modification.

Actif

Traitement antihypertenseurSur prescription médicale. Dans la pré-éclampsie non sévère, un traitement oral est recommandé quand la PA systolique se situe entre 140 et 159 mmHg et/ou la diastolique entre 90 et 109 mmHg, à plusieurs mesures au repos (CNGOF 2023, recommandation faible). Dans la forme sévère, il est systématique si la PA systolique reste d’au moins 160 mmHg et/ou la diastolique d’au moins 110 mmHg, au repos, plus de 15 minutes, et passe par voie intraveineuse en présence d’un signe de gravité ; par cette voie, le labétalol est probablement à privilégier en première intention (SFAR-CNGOF 2020). La SFHTA demandait en 2015 de traiter sans délai toute HTA sévère (SFHTA 2015) : la RFE de 2020, plus récente et propre à la forme sévère, prime pour ce délai de 15 minutes, qui conditionne la mise en route du traitement, pas l’alerte. Sous traitement intraveineux, l’IDE surveille la PA de près : une chute rapide de la PA maternelle peut réduire le débit sanguin vers le placenta et modifier le rythme cardiaque fœtal (SFAR-CNGOF 2020).

Selon la prescription ; pour une hypertension du post-partum, ou une pré-éclampsie déclarée après la naissance, mêmes règles de prescription qu’avant la naissance (CNGOF 2015, accord professionnel)

Actif

Sulfate de magnésiumSur prescription, en anténatal, dans la forme sévère dès qu’existe au moins un signe clinique de gravité, pour réduire le risque d’éclampsie, et en première intention après une crise d’éclampsie (SFAR-CNGOF 2020). En post-partum, il est recommandé après une éclampsie inaugurale, mais il n’est probablement pas recommandé de le débuter ou de le poursuivre dans une forme sévère sans éclampsie (SFAR-CNGOF 2020). Le CNGOF 2015 appliquait au magnésium du post-partum les mêmes règles qu’avant la naissance (CNGOF 2015, accord professionnel) : la RFE de 2020, plus récente, de grade supérieur et propre à la forme sévère, prime. Le RCP précise : solution hypertonique, à injecter lentement ; vitesse de perfusion limitée à 150 mg de sulfate de magnésium par minute, soit 0,6 mmol de magnésium ; premières administrations intraveineuses en milieu hospitalier ; surveillance de la PA pendant l’injection et la perfusion, et de la magnésémie ; ne pas l’administrer en même temps qu’un sel de calcium, qui en contrarie l’effet ; produit proscrit si l’insuffisance rénale est sévère, l’élimination étant surtout urinaire (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier). L’IDE administre sur prescription, surveille réflexes rotuliens, vigilance, respiration et PA, suit la diurèse, et prévient la sage-femme ou le médecin au moindre signe de surdosage.

Selon la prescription

Actif

Corticothérapie anténataleBétaméthasone injectable pour la maturation fœtale, recommandée avant 34 SA en cas de pré-éclampsie, si une prise en charge du nouveau-né est envisagée (SFHTA 2015). Elle n’a pas montré de bénéfice sur l’atteinte maternelle et n’est pas recommandée dans ce but, même en cas de HELLP syndrome (SFAR-CNGOF 2020). L’IDE l’administre sur prescription et en trace l’heure.

Selon le terme et la prescription

Support

Hospitalisation et surveillanceSelon le CNGOF 2023, qui cite des recommandations de la HAS de 2011, une hospitalisation conventionnelle est recommandée en cas de pré-éclampsie ; le CNGOF juge par ailleurs les données insuffisantes pour comparer suivi à domicile et hospitalisation (CNGOF 2023). Avec des signes de gravité, avant comme après la naissance, les experts suggèrent de surveiller la patiente de façon multidisciplinaire, dans une unité de monitorage maternel continu (SFAR-CNGOF 2020).

Selon l’évolution et la décision médicale

Spécialisé

AccouchementSeul traitement curatif (CNGOF 2023). Le moment dépend de la forme et du terme. Forme sévère entre 24 et 34 SA : poursuite de la grossesse recommandée jusqu’à 34 SA en l’absence de signe de gravité surajouté (SFAR-CNGOF 2020). Forme sévère après 34 SA : la SFHTA recommandait de provoquer la naissance (SFHTA 2015) ; la RFE de 2020, faute d’étude, ne se prononce pas sur ce point. Forme non sévère : pas de déclenchement systématique entre 34 et 37 SA, déclenchement recommandé entre 37 et 41 SA, avec une tentative d’accouchement par voie basse sauf contre-indication obstétricale (CNGOF 2023, recommandations fortes). Dans la forme sévère, les experts suggèrent de ne pas recourir à une césarienne systématique (SFAR-CNGOF 2020). La décision revient à l’équipe obstétricale.

Selon la situation obstétricale

Éducation

Suivi post-partumLa surveillance continue après la naissance, car la maladie peut se déclarer en post-partum (Inserm 2024). En cas de pré-éclampsie, une consultation médicale du post-partum vérifie au moins la PA et la protéinurie ; il est ensuite recommandé d’expliquer aux femmes qu’un suivi médical de la PA et des autres facteurs de risque cardiovasculaires est nécessaire (CNGOF 2023).

Jusqu’à la consultation médicale du post-partum, puis suivi au long cours (CNGOF 2023)

Éclampsie

Convulsions généralisées dans un contexte d’hypertension de la grossesse (SFHTA 2015) ; une première crise peut survenir après l’accouchement (SFAR-CNGOF 2020).

Prévention

Sulfate de magnésium sur prescription dans la forme sévère avec un signe clinique de gravité (SFAR-CNGOF 2020) ; repérage des signes neurologiques.

Signes d'alerte

Céphalées sévères résistant au traitement · Troubles de la vue ou de l’audition qui persistent · Réflexes ostéotendineux vifs, diffusés, polycinétiques

HELLP syndrome, atteinte hépatique ou rénale

Le HELLP syndrome associe destruction des globules rouges, atteinte du foie et baisse des plaquettes, avec un risque accru d’hémorragie ; une insuffisance rénale aiguë peut aussi survenir (Inserm 2024 ; SFAR-CNGOF 2020).

Prévention

Bilans prescrits et transmission de toute aggravation.

Signes d'alerte

Douleur épigastrique ou de l’hypochondre droit « en barre » · Diminution des urines · Plaquettes ou bilan hépatique qui s’aggravent d’un bilan à l’autre

Accident vasculaire cérébral

Dans une série de 28 accidents survenus au cours d’une pré-éclampsie sévère ou d’une éclampsie, avant comme après la naissance, la plupart étaient hémorragiques et graves, surtout chez des femmes qui ne recevaient pas d’antihypertenseur, et une PA systolique au-dessus de 160 mmHg les précédait dans 96 % des cas : d’où l’importance de traiter l’HTA sévère (SFAR-CNGOF 2020).

Prévention

Mesures de PA fiables et répétées ; alerte devant une PA systolique d’au moins 160 mmHg et/ou diastolique d’au moins 110 mmHg.

Signes d'alerte

Céphalées sévères · Déficit neurologique ou troubles de la conscience · PA systolique supérieure à 160 mmHg

Retentissement fœtal et prématurité

La pré-éclampsie compte parmi les grandes causes de retard de croissance du fœtus (Inserm 2024) et de naissance prématurée, que l’équipe décide quand la situation maternelle ou fœtale se dégrade (SFAR-CNGOF 2020).

Prévention

Surveillance de l’activité cardiaque fœtale, des mouvements actifs et de la hauteur utérine (Inserm 2024).

Signes d'alerte

Mouvements du bébé diminués · Résultat de surveillance fœtale inquiétant · Retard de croissance suspecté

Comprendre la maladie : elle vient du placenta, peut s’aggraver vite, et la PA comme les urines se surveillent de près (Inserm 2024).
Signes d’alerte : devant eux, la SFHTA prévoit une hospitalisation en urgence, sans en dresser la liste (SFHTA 2015). L’Inserm décrit maux de tête, troubles de la vue, bourdonnements d’oreille, douleur du haut du ventre ou sous les côtes à droite, vomissements, urines qui diminuent, et rappelle qu’après les premiers symptômes la maladie peut évoluer vite et appelle une prise en charge immédiate (Inserm 2024) ; une gêne respiratoire est aussi un signe de gravité (SFAR-CNGOF 2020). Un gonflement brutal avec prise de poids rapide se signale à l’équipe, sans être un critère de gravité (Inserm 2024).
Traitement : prendre les traitements prescrits, sans les modifier ni les arrêter seule.
Surveillance du bébé : signaler tout changement des mouvements fœtaux.
Après l’accouchement : la surveillance continue, car la maladie peut apparaître en post-partum (Inserm 2024) ; une consultation médicale du post-partum contrôle au moins la PA et la protéinurie (CNGOF 2023).
À long terme : le risque d’HTA chronique et de complications cardiovasculaires augmente, ce qui justifie un suivi médical de la PA et des autres facteurs de risque (CNGOF 2023).
Grossesses futures : le risque de récidive justifie de signaler l’antécédent dès le début d’une prochaine grossesse ; après un antécédent de pathologie vasculaire placentaire, dont la pré-éclampsie, une aspirine à faible dose est recommandée, à commencer idéalement avant 16 SA et au plus tard avant 20 SA (CNGOF 2023, recommandation forte).

Surveillance prioritaire

Pression artérielle

Selon la prescription ; sous antihypertenseur intraveineux, surveillance rapprochée jusqu’à stabilisation (SFAR-CNGOF 2020) · Valeurs fixées par la prescription ; dans la forme sévère, le traitement vise une PA systolique sous 160 mmHg et une diastolique sous 110 mmHg (SFAR-CNGOF 2020)

Alerte

PA systolique d’au moins 160 mmHg et/ou diastolique d’au moins 110 mmHg : HTA sévère, que la RFE traite systématiquement si elle persiste plus de 15 minutes au repos (SFAR-CNGOF 2020) ; la sage-femme ou le médecin est prévenu dès la mesure, l’alerte n’attendant pas ce délaiPA systolique d’au moins 180 mmHg et/ou diastolique d’au moins 120 mmHg : signe de gravité (SFAR-CNGOF 2020)Chute rapide de la PA sous antihypertenseur intraveineux, surtout avec une anomalie du rythme cardiaque fœtal (SFAR-CNGOF 2020)Céphalées, troubles visuels ou malaise associés à la mesure

Symptômes maternels

Interrogatoire à chaque surveillance · Absence de céphalées, de troubles visuels ou auditifs, de douleur épigastrique ou de l’hypochondre droit, de gêne respiratoire

Alerte

Céphalées sévères résistant au traitement ; troubles de la vue ou de l’audition qui persistent (SFAR-CNGOF 2020)Douleur « en barre » de l’épigastre ou de l’hypochondre droit, persistante ou intense ; douleur thoracique, dyspnée (SFAR-CNGOF 2020)Convulsions, troubles de la conscience, déficit neurologique (SFAR-CNGOF 2020)Tout signe nouveau ou inhabituel, même s’il ne remplit aucun critère de gravité : il se transmet aussi

Diurèse, urines et bilans prescrits

Selon la prescription pendant l’hospitalisation · Diurèse conservée

Alerte

Oligurie : 25 mL/h ou moins, ou 500 mL ou moins sur 24 h, critère de forme sévère (SFAR-CNGOF 2020)Aggravation d’un résultat biologique d’un bilan à l’autre : elle compte aussi comme critère de forme sévère (SFAR-CNGOF 2020)Douleur abdominale inhabituelle ou saignement, l’hématome rétroplacentaire faisant partie des complications (Inserm 2024)

Surveillance fœtale

Selon la prescription ; enregistrement continu du rythme cardiaque fœtal sous antihypertenseur intraveineux, jusqu’à stabilisation de la PA maternelle (SFAR-CNGOF 2020) · Mouvements fœtaux perçus ; le tracé est interprété par la sage-femme ou le médecin

Alerte

Diminution des mouvements du bébéEnregistrement en cours : tracé à montrer à la sage-femme ou au médecin, qui l’interprètentBaisse de la PA maternelle sous traitement intraveineux, qui peut retentir sur le tracé (SFAR-CNGOF 2020)

Tolérance du sulfate de magnésium

Pendant toute l’administration, selon la prescription ; PA pendant l’injection et la perfusion, magnésémie prescrite, débit de perfusion respecté (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier) · Réflexes rotuliens présents, patiente bien éveillée, respiration sans difficulté ; diurèse suivie

Alerte

Premiers signes d’hypermagnésémie (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier) : réflexes rotuliens inhibés, sensation de chaleur, somnolence, troubles de la parole, paralysie musculaire avec difficultés respiratoires ; prévenir immédiatement la sage-femme ou le médecinBaisse de la diurèse : à transmettre, l’élimination du magnésium étant surtout urinaire selon le RCP (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier)

Rôle IDE détaillé

Mesurer la PA dans les conditions recommandées et repérer toute variation inhabituelle.
Interroger la patiente sur les céphalées, les troubles visuels ou auditifs, la douleur épigastrique ou de l’hypochondre droit et la gêne respiratoire.
Surveiller la diurèse, les urines et les résultats des examens prescrits.
Recueillir les mouvements perçus par la patiente et installer l’enregistrement fœtal prescrit, dont la sage-femme ou le médecin interprète le tracé.

Références

La pré-éclampsie : recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues obstétriciens français (texte publié en ligne le 25 octobre 2023) · CNGOF · 2023

Prise en charge de la patiente avec une pré-éclampsie sévère (recommandations formalisées d'experts communes) · SFAR et CNGOF · 2020

HTA et grossesse : consensus d’experts de la Société française d’hypertension artérielle, avec le partenariat du Collège national des gynécologues et obstétriciens français · SFHTA · 2015

Post-partum : recommandations pour la pratique clinique (texte court) · CNGOF · 2015

Pré-éclampsie : une maladie de la grossesse fréquente et parfois gravissime (dossier d’information, modifié le 23/09/2024) · Inserm · 2024

RCP Sulfate de magnésium Lavoisier 15 % (0,15 g/ml), solution injectable (I.V.) en ampoule, page de la base de données publique des médicaments mise à jour le 29/09/2026 · ANSM (BDPM) · 2026

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.