Pré-éclampsie
Complication de la grossesse qui survient après 20 SA, parfois seulement après l’accouchement, et associe une hypertension artérielle à des protéines dans les urines ; elle demande une surveillance attentive de la mère et de l’enfant.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Dans le monde, 3 à 5 % des grossesses se compliquent d’une pré-éclampsie ; en France, elle est moins fréquente, autour de 1 à 2,5 % : 1,1 et 1,6 % dans deux essais anciens, 2,3 % dans l’enquête nationale périnatale de 2021, selon le CNGOF 2023, qui prime par sa date et le détail de ses sources sur les 1 à 2 % de la RFE de 2020 (CNGOF 2023 ; SFAR-CNGOF 2020).
- Âge typique
- Après 20 SA, soit à partir du milieu du deuxième trimestre ; dans certains cas, les signes n’apparaissent que peu avant l’accouchement, ou même après, en post-partum (Inserm 2024). Un âge maternel supérieur à 40 ans augmente modérément le risque (CNGOF 2023).
- Mortalité
- Dans environ 10 % des cas, elle évolue vers une forme sévère (SFAR-CNGOF 2020 ; Inserm 2024), qui peut entraîner des défaillances aiguës d’organes, parfois durables (SFAR-CNGOF 2020).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
L’évolution peut être rapide après les premiers signes (Inserm 2024). L’accouchement reste le seul traitement curatif (CNGOF 2023), mais la maladie peut se déclarer en post-partum (Inserm 2024). Pour une hypertension du post-partum, ou une pré-éclampsie déclarée après la naissance, les antihypertenseurs se prescrivent selon les mêmes règles qu’avant (CNGOF 2015, accord professionnel) ; pour le sulfate de magnésium, voir le traitement. À distance, le risque d’hypertension chronique et de complications cardiovasculaires augmente : dans une cohorte française, plus de 20 % des femmes avaient une HTA chronique huit ans après (CNGOF 2023).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Pression artérielle et protéinurie
Recherche une PA systolique d’au moins 140 mmHg et/ou diastolique d’au moins 90 mmHg, avec une protéinurie d’au moins 0,3 g/24 h ou un rapport protéinurie/créatininurie d’au moins 30 mg/mmol (CNGOF 2023).L’IDE mesure la PA dans les conditions recommandées, réalise la bandelette et le recueil d’urines prescrits, et transmet toute anomalie dès qu’elle la constate ; le diagnostic revient au médecin.Bilan sanguin maternel
Recherche une baisse des plaquettes, une atteinte du foie ou des reins ; le médecin les interprète, et une aggravation d’un bilan à l’autre compte aussi parmi les critères de forme sévère (SFAR-CNGOF 2020).Prélèvement veineux sur prescription ; l’IDE transmet les résultats dès réception, en signalant toute aggravation par rapport au bilan précédent.Surveillance fœtale
Évalue l’activité cardiaque du fœtus, ses mouvements actifs et la hauteur utérine (Inserm 2024).Installer la patiente pour l’enregistrement prescrit, dont la sage-femme ou le médecin interprète le tracé, et leur transmettre toute baisse des mouvements du bébé. Sous antihypertenseur intraveineux, l’enregistrement du rythme cardiaque fœtal se poursuit en continu jusqu’à stabilisation de la PA maternelle (SFAR-CNGOF 2020).Contrôle clinique répété
Évalue la gravité : PA contrôlée ou non par le traitement, signes fonctionnels, fonctions vitales (pouls, respiration, diurèse, conscience) (Inserm 2024).Surveiller l’état général, les douleurs, la diurèse et la tolérance des traitements, et transmettre toute modification.Actif
Traitement antihypertenseurSur prescription médicale. Dans la pré-éclampsie non sévère, un traitement oral est recommandé quand la PA systolique se situe entre 140 et 159 mmHg et/ou la diastolique entre 90 et 109 mmHg, à plusieurs mesures au repos (CNGOF 2023, recommandation faible). Dans la forme sévère, il est systématique si la PA systolique reste d’au moins 160 mmHg et/ou la diastolique d’au moins 110 mmHg, au repos, plus de 15 minutes, et passe par voie intraveineuse en présence d’un signe de gravité ; par cette voie, le labétalol est probablement à privilégier en première intention (SFAR-CNGOF 2020). La SFHTA demandait en 2015 de traiter sans délai toute HTA sévère (SFHTA 2015) : la RFE de 2020, plus récente et propre à la forme sévère, prime pour ce délai de 15 minutes, qui conditionne la mise en route du traitement, pas l’alerte. Sous traitement intraveineux, l’IDE surveille la PA de près : une chute rapide de la PA maternelle peut réduire le débit sanguin vers le placenta et modifier le rythme cardiaque fœtal (SFAR-CNGOF 2020).Selon la prescription ; pour une hypertension du post-partum, ou une pré-éclampsie déclarée après la naissance, mêmes règles de prescription qu’avant la naissance (CNGOF 2015, accord professionnel)
Actif
Sulfate de magnésiumSur prescription, en anténatal, dans la forme sévère dès qu’existe au moins un signe clinique de gravité, pour réduire le risque d’éclampsie, et en première intention après une crise d’éclampsie (SFAR-CNGOF 2020). En post-partum, il est recommandé après une éclampsie inaugurale, mais il n’est probablement pas recommandé de le débuter ou de le poursuivre dans une forme sévère sans éclampsie (SFAR-CNGOF 2020). Le CNGOF 2015 appliquait au magnésium du post-partum les mêmes règles qu’avant la naissance (CNGOF 2015, accord professionnel) : la RFE de 2020, plus récente, de grade supérieur et propre à la forme sévère, prime. Le RCP précise : solution hypertonique, à injecter lentement ; vitesse de perfusion limitée à 150 mg de sulfate de magnésium par minute, soit 0,6 mmol de magnésium ; premières administrations intraveineuses en milieu hospitalier ; surveillance de la PA pendant l’injection et la perfusion, et de la magnésémie ; ne pas l’administrer en même temps qu’un sel de calcium, qui en contrarie l’effet ; produit proscrit si l’insuffisance rénale est sévère, l’élimination étant surtout urinaire (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier). L’IDE administre sur prescription, surveille réflexes rotuliens, vigilance, respiration et PA, suit la diurèse, et prévient la sage-femme ou le médecin au moindre signe de surdosage.Selon la prescription
Actif
Corticothérapie anténataleBétaméthasone injectable pour la maturation fœtale, recommandée avant 34 SA en cas de pré-éclampsie, si une prise en charge du nouveau-né est envisagée (SFHTA 2015). Elle n’a pas montré de bénéfice sur l’atteinte maternelle et n’est pas recommandée dans ce but, même en cas de HELLP syndrome (SFAR-CNGOF 2020). L’IDE l’administre sur prescription et en trace l’heure.Selon le terme et la prescription
Support
Hospitalisation et surveillanceSelon le CNGOF 2023, qui cite des recommandations de la HAS de 2011, une hospitalisation conventionnelle est recommandée en cas de pré-éclampsie ; le CNGOF juge par ailleurs les données insuffisantes pour comparer suivi à domicile et hospitalisation (CNGOF 2023). Avec des signes de gravité, avant comme après la naissance, les experts suggèrent de surveiller la patiente de façon multidisciplinaire, dans une unité de monitorage maternel continu (SFAR-CNGOF 2020).Selon l’évolution et la décision médicale
Spécialisé
AccouchementSeul traitement curatif (CNGOF 2023). Le moment dépend de la forme et du terme. Forme sévère entre 24 et 34 SA : poursuite de la grossesse recommandée jusqu’à 34 SA en l’absence de signe de gravité surajouté (SFAR-CNGOF 2020). Forme sévère après 34 SA : la SFHTA recommandait de provoquer la naissance (SFHTA 2015) ; la RFE de 2020, faute d’étude, ne se prononce pas sur ce point. Forme non sévère : pas de déclenchement systématique entre 34 et 37 SA, déclenchement recommandé entre 37 et 41 SA, avec une tentative d’accouchement par voie basse sauf contre-indication obstétricale (CNGOF 2023, recommandations fortes). Dans la forme sévère, les experts suggèrent de ne pas recourir à une césarienne systématique (SFAR-CNGOF 2020). La décision revient à l’équipe obstétricale.Selon la situation obstétricale
Éducation
Suivi post-partumLa surveillance continue après la naissance, car la maladie peut se déclarer en post-partum (Inserm 2024). En cas de pré-éclampsie, une consultation médicale du post-partum vérifie au moins la PA et la protéinurie ; il est ensuite recommandé d’expliquer aux femmes qu’un suivi médical de la PA et des autres facteurs de risque cardiovasculaires est nécessaire (CNGOF 2023).Jusqu’à la consultation médicale du post-partum, puis suivi au long cours (CNGOF 2023)
Éclampsie
Convulsions généralisées dans un contexte d’hypertension de la grossesse (SFHTA 2015) ; une première crise peut survenir après l’accouchement (SFAR-CNGOF 2020).Prévention
Sulfate de magnésium sur prescription dans la forme sévère avec un signe clinique de gravité (SFAR-CNGOF 2020) ; repérage des signes neurologiques.Signes d'alerte
Céphalées sévères résistant au traitement · Troubles de la vue ou de l’audition qui persistent · Réflexes ostéotendineux vifs, diffusés, polycinétiques
HELLP syndrome, atteinte hépatique ou rénale
Le HELLP syndrome associe destruction des globules rouges, atteinte du foie et baisse des plaquettes, avec un risque accru d’hémorragie ; une insuffisance rénale aiguë peut aussi survenir (Inserm 2024 ; SFAR-CNGOF 2020).Prévention
Bilans prescrits et transmission de toute aggravation.Signes d'alerte
Douleur épigastrique ou de l’hypochondre droit « en barre » · Diminution des urines · Plaquettes ou bilan hépatique qui s’aggravent d’un bilan à l’autre
Accident vasculaire cérébral
Dans une série de 28 accidents survenus au cours d’une pré-éclampsie sévère ou d’une éclampsie, avant comme après la naissance, la plupart étaient hémorragiques et graves, surtout chez des femmes qui ne recevaient pas d’antihypertenseur, et une PA systolique au-dessus de 160 mmHg les précédait dans 96 % des cas : d’où l’importance de traiter l’HTA sévère (SFAR-CNGOF 2020).Prévention
Mesures de PA fiables et répétées ; alerte devant une PA systolique d’au moins 160 mmHg et/ou diastolique d’au moins 110 mmHg.Signes d'alerte
Céphalées sévères · Déficit neurologique ou troubles de la conscience · PA systolique supérieure à 160 mmHg
Retentissement fœtal et prématurité
La pré-éclampsie compte parmi les grandes causes de retard de croissance du fœtus (Inserm 2024) et de naissance prématurée, que l’équipe décide quand la situation maternelle ou fœtale se dégrade (SFAR-CNGOF 2020).Prévention
Surveillance de l’activité cardiaque fœtale, des mouvements actifs et de la hauteur utérine (Inserm 2024).Signes d'alerte
Mouvements du bébé diminués · Résultat de surveillance fœtale inquiétant · Retard de croissance suspecté
Surveillance prioritaire
Pression artérielle
Selon la prescription ; sous antihypertenseur intraveineux, surveillance rapprochée jusqu’à stabilisation (SFAR-CNGOF 2020) · Valeurs fixées par la prescription ; dans la forme sévère, le traitement vise une PA systolique sous 160 mmHg et une diastolique sous 110 mmHg (SFAR-CNGOF 2020)
Alerte
Symptômes maternels
Interrogatoire à chaque surveillance · Absence de céphalées, de troubles visuels ou auditifs, de douleur épigastrique ou de l’hypochondre droit, de gêne respiratoire
Alerte
Diurèse, urines et bilans prescrits
Selon la prescription pendant l’hospitalisation · Diurèse conservée
Alerte
Surveillance fœtale
Selon la prescription ; enregistrement continu du rythme cardiaque fœtal sous antihypertenseur intraveineux, jusqu’à stabilisation de la PA maternelle (SFAR-CNGOF 2020) · Mouvements fœtaux perçus ; le tracé est interprété par la sage-femme ou le médecin
Alerte
Tolérance du sulfate de magnésium
Pendant toute l’administration, selon la prescription ; PA pendant l’injection et la perfusion, magnésémie prescrite, débit de perfusion respecté (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier) · Réflexes rotuliens présents, patiente bien éveillée, respiration sans difficulté ; diurèse suivie
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
La pré-éclampsie : recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues obstétriciens français (texte publié en ligne le 25 octobre 2023) · CNGOF · 2023
Prise en charge de la patiente avec une pré-éclampsie sévère (recommandations formalisées d'experts communes) · SFAR et CNGOF · 2020
HTA et grossesse : consensus d’experts de la Société française d’hypertension artérielle, avec le partenariat du Collège national des gynécologues et obstétriciens français · SFHTA · 2015
Post-partum : recommandations pour la pratique clinique (texte court) · CNGOF · 2015
Pré-éclampsie : une maladie de la grossesse fréquente et parfois gravissime (dossier d’information, modifié le 23/09/2024) · Inserm · 2024
RCP Sulfate de magnésium Lavoisier 15 % (0,15 g/ml), solution injectable (I.V.) en ampoule, page de la base de données publique des médicaments mise à jour le 29/09/2026 · ANSM (BDPM) · 2026
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.