Hémorragie du post-partum (HPP)

Urgence obstétricale liée à des saignements importants après l’accouchement, à repérer et à prendre en charge sans délai.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L’hémorragie du post-partum correspond à un saignement anormal après la naissance. Elle est définie par des pertes sanguines supérieures ou égales à 500 mL après l’accouchement, quelle que soit la voie ; on parle d’HPP sévère au-delà de 1000 mL. Elle est le plus souvent liée à une mauvaise contraction de l’utérus, à des débris placentaires ou à une lésion de la filière génitale. Pour l’IDE, l’enjeu est de repérer vite le saignement, d’évaluer l’état maternel, d’alerter l’équipe et de participer à la surveillance rapprochée.
Prévalence
Complication fréquente des suites de naissance, touchant une petite part des accouchements.
Âge typique
Peut survenir chez toute parturiente, surtout dans les premières heures après l’accouchement.
Mortalité
Cause majeure de morbidité maternelle et cause historique importante de mortalité maternelle (5e cause à un an selon le rapport ENCMM 2016-2018), avec un risque surtout lié au retard de prise en charge. Le risque vital tient au choc hémorragique et à la CIVD.

Précoces

Signes précoces

Saignement abondantPertes sanguines plus importantes que prévu, rouges, continues, avec remplissage rapide des protections.
Utérus mou ou mal rétractéAu palper abdominal, le fond utérin paraît flasque, moins tonique, parfois remonté.
Malaise ou tachycardiePatiente pâle, anxieuse, essoufflée ou qui se plaint de vertiges, avec accélération du pouls.

Évolutifs

Signes évolutifs

Pâleur et sueursColoration cutanée pâle, sueurs froides, frissons, extrémités froides.
HypotensionBaisse de la tension artérielle, souvent associée à une sensation de faiblesse ou de malaise.
OligurieDiminution nette des urines, traduisant une mauvaise perfusion des organes.

Gravité

Signes de gravité

Altération de l’état généralConfusion, agitation, somnolence ou difficulté à répondre correctement.
Saignement persistant et abondantLe saignement continue malgré les premières mesures et la patiente se dégrade.
Signes de chocPatiente très pâle, froide, faible, avec malaise important et tolérance hémodynamique altérée.

Mécanisme

Après la naissance, l’utérus doit se rétracter pour comprimer les vaisseaux du site placentaire.
Si l’utérus reste relâché, ou si le placenta n’est pas complètement expulsé, le saignement peut persister. L’atonie utérine est la principale cause d’HPP.
Une déchirure de la filière génitale ou un trouble de l’hémostase peut aussi entretenir l’hémorragie ; les plaies de la filière génitale représentent environ 1 cas sur 5.

Conséquences

Perte sanguine rapide avec malaise et fatigue intense
Pâleur, sueurs, tachycardie, chute tensionnelle
Anémie aiguë et besoin possible de transfusion
Choc hémorragique si la situation n’est pas contrôlée

Évolution

Le plus souvent, la situation se révèle très tôt après l’accouchement. L’évolution peut être rapide, ce qui impose une surveillance rapprochée et une alerte immédiate au moindre doute.
Antécédent d’HPP
Utérus distendu (grossesse multiple, gros bébé, hydramnios)
Travail long ou accouchement très rapide
Rétention placentaire ou délivrance incomplète
Déchirures du col, du vagin ou du périnée
Trouble de la coagulation connu ou suspecté
Fibrome utérin ou utérus déjà fragilisé
Certains traitements ou contextes obstétricaux favorisant une mauvaise tonicité utérine

Critères diagnostiques

Saignement anormal après l’accouchement, plus important que les lochies habituelles
Évaluation du tonus utérin, de l’aspect de la délivrance et de la filière génitale
Recherche de retentissement maternel immédiat : malaise, pâleur, tachycardie, hypotension

Diagnostic différentiel

Lochies physiologiques du post-partum
Déchirure ou hématome localisé
Rétention de fragments placentaires ou délivrance incomplète

Examens complémentaires

NFS

Permet d’évaluer l’anémie et de suivre l’impact du saignement.Prélever sur prescription, tracer l’heure du prélèvement et transmettre rapidement le résultat à l’équipe.

Groupage ABO Rhésus et RAI

Sécurise une éventuelle prise en charge transfusionnelle.Vérifier que les prélèvements sont bien identifiés, transmettre sans délai et signaler toute difficulté de compatibilité ou d’identification.

Bilan de coagulation

Recherche un trouble de l’hémostase ou une consommation des facteurs de coagulation.Prélever si demandé, transmettre les anomalies et prévenir l’équipe si le saignement paraît incohérent avec l’examen clinique.

Échographie pelvienne

Aide à rechercher une rétention placentaire ou une cause utérine de saignement.Préparer la patiente, installer le dossier et accompagner l’examen si l’équipe le demande.

Support

Alerte et coordinationPrévenir immédiatement l’obstétricien, la sage-femme et l’anesthésiste selon l’organisation du service. La priorité est de ne pas laisser évoluer le saignement.

Dès les premiers signes

Support

Aide au contrôle du saignementParticiper au massage utérin, à l’installation correcte de la patiente et à la quantification objective du saignement à l’aide d’un sac de recueil gradué sous-fessier, geste IDE et sage-femme qui remplace l’estimation visuelle.

Pendant la phase aiguë

Actif

Traitements prescritsAdministrer sur prescription ou protocole les utérotoniques et antifibrinolytiques, et surveiller leur tolérance clinique. L’ocytocine est le traitement de première intention ; en cas d’hémorragie persistante 15 à 30 minutes après le diagnostic malgré l’ocytocine, la prise en charge escalade vers la sulprostone (Nalador).

Selon l’évaluation médicale

Support

Préparation des examens et des gestesPréparer les prélèvements, l’accès veineux, le matériel et la patiente pour les gestes obstétricaux ou chirurgicaux si besoin.

Sans délai si la situation persiste

Éducation

Soutien et informationExpliquer simplement ce qui se passe, rassurer la patiente et l’accompagnant, et reprendre les informations utiles quand l’urgence immédiate est contrôlée.

Tout au long de la prise en charge

Anémie aiguë

Fatigue importante, essoufflement à l’effort, pâleur et récupération plus lente après l’accouchement.

Prévention

Repérage précoce du saignement et surveillance de l’hémoglobine selon prescription.

Signes d'alerte

Pâleur · Fatigue marquée · Essoufflement

Choc hémorragique

Mauvaise perfusion des organes avec malaise, hypotension, confusion et aggravation rapide si le saignement continue.

Prévention

Alerte immédiate et prise en charge rapide dès les premiers signes de dégradation.

Signes d'alerte

Malaise · Tachycardie · Sueurs froides

Trouble de la coagulation

Le saignement peut devenir plus difficile à contrôler si l’hémostase se dérègle.

Prévention

Prélever et transmettre rapidement les bilans demandés, surveiller l’aspect diffus ou incohérent du saignement.

Signes d'alerte

Saignement persistant · Caillots fréquents · Suintement des points de ponction

Geste invasif ou chirurgie d’hémostase

Une prise en charge spécialisée peut être nécessaire si le saignement ne se contrôle pas.

Prévention

Préparation rapide et transmission claire des informations à l’équipe médicale.

Signes d'alerte

Échec des premières mesures · Saignement qui reste abondant · Dégradation clinique

Retentissement psychologique

L’épisode peut être vécu comme un événement traumatisant, avec anxiété ou appréhension pour la suite.

Prévention

Explications simples, écoute, et orientation si le vécu est difficile.

Signes d'alerte

Anxiété persistante · Peur de revivre l’épisode · Besoin de débriefing

Expliquer que l’hémorragie du post-partum est une urgence prise en charge tout de suite à la maternité.
Dire quels signes doivent faire reconsulter rapidement après le retour à domicile : saignement abondant, malaise, pâleur, vertiges, fièvre ou douleur inhabituelle.
Rappeler que les pertes doivent diminuer progressivement après l’accouchement et que tout changement brutal doit être signalé.
Encourager la patiente à parler de sa fatigue, de son anxiété ou d’un vécu traumatique après l’épisode.
Informer sur la nécessité d’un suivi si une anémie a été retrouvée ou si la récupération est lente.
Expliquer qu’il faut signaler cet antécédent lors d’une grossesse ou d’un accouchement ultérieur.

Surveillance prioritaire

Saignement et globe utérin

Surveillance très rapprochée en phase aiguë, puis adaptée à l’évolution clinique

Alerte

Saignement qui augmente ou ne ralentit pasUtérus mou, mal centré ou difficile à rétracterCaillots importants ou retour de saignement rouge vif

Constantes maternelles

Surveillance rapprochée pendant l’épisode aigu

Alerte

Pâleur, sueurs, frissons, malaiseTachycardie ou tension qui baisseEssoufflement ou agitation inhabituelle

Diurèse et état général

Contrôle régulier tant que la situation n’est pas stabilisée

Alerte

Urines très diminuéesSomnolence, confusion ou fatigue extrêmeDouleur ou malaise qui s’aggrave

Tolérance des soins

À chaque réévaluation clinique

Alerte

Difficulté à supporter les gestes ou les traitementsAnxiété importante ou besoin de réassuranceAggravation malgré les premières mesures

Rôle IDE détaillé

Repérer rapidement un saignement anormal après l’accouchement
Évaluer l’aspect des pertes, le tonus utérin et l’état général de la patiente
Surveiller les signes de malaise, de pâleur, de sueurs et de baisse de tolérance

Références

Hémorragies du post-partum · CNGOF · 2014

Faut-il administrer de l’acide tranexamique dans les hémorragies du postpartum ? · SFAR · 23 juin 2017

NALADOR (sulprostone) - Hémorragie du post-partum · HAS · 22 mars 2022

Difficultés à l’accouchement et à la naissance · ameli.fr · 17 octobre 2024

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.