Kyste ovarien
Masse liquide développée sur l’ovaire, le plus souvent bénigne et souvent sans symptôme. Une douleur pelvienne aiguë peut révéler une torsion ou une hémorragie du kyste.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Situation fréquente. La prévalence des tumeurs de l’ovaire présumées bénignes, le plus souvent des kystes, est estimée à environ 7 % chez les femmes sans symptôme en période d’activité génitale, et à 14 à 18 % chez les femmes ménopausées (CNGOF 2013). Près de 45 000 hospitalisations leur ont été attribuées en 2012 en France (CNGOF 2013). Parmi les kystes opérés, environ trois sur quatre sont organiques et un sur quatre fonctionnel (CNGOF 2001).
- Âge typique
- Tous les âges sont concernés : de 1 à 12 % des filles prépubères et des adolescentes ont un kyste de plus de 2 cm, et l’incidence pendant la grossesse va de 0,2 à 5 % selon le terme (CNGOF 2013). Les kystes fonctionnels apparaissent surtout pendant la période d’activité génitale, mais existent aussi après la ménopause, où ils forment de 13 à 31 % des kystes opérés (CNGOF 2001).
- Mortalité
- Les recommandations du CNGOF ne chiffrent pas de mortalité propre au kyste. Les risques à connaître sont les complications aiguës et, plus rarement, un kyste supposé bénin qui se révèle malin : sur les données histologiques des kystes opérés, 1 à 4 % des kystes jugés bénins (CNGOF 2001). Pour un kyste uniloculaire liquidien pur sans symptôme de moins de 10 cm, le risque de cancer est de 0,3 à 0,4 %, du même ordre que chez une femme sans kyste (CNGOF 2013).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Quand le kyste n’est plus visible à l’échographie de contrôle, sa nature fonctionnelle est affirmée (CNGOF 2001). Pendant la grossesse, 70 % des masses vues au premier trimestre disparaissent spontanément, mais une partie des kystes fonctionnels persiste et peut se compliquer (CNGOF 2013). Pour un kyste organique, la décision dépend du type, de la taille et des symptômes : un petit kyste dermoïde sans symptôme peut être simplement surveillé, en général une fois par an (CNGOF 2013).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Échographie pelvienne
Imagerie de première intention chez l’adulte, par voie vaginale (CNGOF 2013, grade A) ; la voie abdominale donne une vue d’ensemble, sert pour les grosses masses et reste la voie de première intention chez l’enfant (CNGOF 2013). Elle décrit la taille et l’aspect du kyste : uniloculaire ou non, liquidien pur ou non, avec ou sans zone solide.Expliquer le déroulement à la patiente ; par voie vaginale, la vessie n’a pas besoin d’être pleine (CNGOF 2001). Transmettre le compte rendu au médecin.Test de grossesse devant des signes de grossesse extra-utérine
Devant des signes évocateurs de grossesse extra-utérine, le CNGOF juge fondamental d’affirmer la grossesse : le test devrait passer avant toute autre procédure, et les tests urinaires sont fiables (CNGOF 2003). La HAS demande d’évoquer une grossesse de localisation inhabituelle chez toute patiente qui consulte pour une douleur pelvienne ou un saignement génital alors qu’une grossesse est connue, ignorée ou seulement suspectée (HAS 2019).Réaliser le test selon la prescription ou le protocole du service, et transmettre le résultat sans retard.IRM pelvienne
Seconde intention, pour une masse indéterminée à l’échographie ou de plus de 7 cm (CNGOF 2013, grade B).Préparer la patiente selon la procédure du service d’imagerie et transmettre le compte rendu.Bilan d’hémostase (TP, TCA)
Devant un hémopéritoine par rupture d’un corps jaune hémorragique, surtout s’il récidive, un trouble de la coagulation est recherché ; des antécédents personnels ou familiaux d’hémorragie ou d’anomalie de l’hémostase font réaliser un TP et un TCA, et un TCA allongé fait évoquer une maladie de Willebrand (CNGOF 2013).Prélever sur prescription ; signaler au médecin un traitement anticoagulant ou antiagrégant et des antécédents de saignement.Dosage du CA125
Pas recommandé en première intention pour le diagnostic chez l’adulte : sa performance pour orienter vers un cancer est insuffisante (CNGOF 2013, grade C). Pendant la grossesse, il augmente physiologiquement et n’est pas utilisable (CNGOF 2013).Prélever sur prescription ; un résultat isolé ne tranche pas la nature du kyste.Support
Abstention et surveillanceChez l’adulte sans antécédent de cancer, l’abstention est possible pour un kyste uniloculaire liquidien pur sans symptôme de moins de 10 cm (CNGOF 2013, grade B). Pour ce kyste, une échographie peut être refaite, de façon optionnelle, 6 à 12 semaines après le diagnostic : sa disparition en affirme la nature fonctionnelle (CNGOF 2013). Une ponction écho-guidée du kyste n’est pas recommandée (CNGOF 2013, grade B).Selon le suivi décidé par le gynécologue.
Actif
Traitement hormonal : pas pour faire disparaître le kysteLe traitement hormonal est inefficace sur un kyste uniloculaire liquidien pur, et le CNGOF ne le recommande pas (CNGOF 2013, grade A). Une pilule œstroprogestative n’a sa place que si la patiente souhaite une contraception et choisit ce moyen ; elle est informée que la pilule ne change rien aux chances de disparition du kyste (CNGOF 2013, grade A). Cas à part : après l’ablation d’un endométriome, une contraception hormonale (œstroprogestative, progestative ou par DIU au lévonorgestrel) est recommandée si la patiente n’a pas de projet de grossesse (grade B) ; un progestatif ou un œstroprogestatif réduit le risque de récidive quand il est pris au moins 6 mois (CNGOF 2013). Autre cas : après la rupture d’un corps jaune hémorragique avec anomalie de la coagulation, une pilule œstroprogestative peut être prescrite pour limiter la récidive, si la patiente n’a pas de projet de grossesse (CNGOF 2013).Selon la prescription du gynécologue.
Spécialisé
CœlioscopieQuand le kyste donne des symptômes, l’intervention se fait de préférence par cœlioscopie (CNGOF 2013, grade A). L’IDE prépare la patiente à l’intervention et la surveille au retour selon le protocole du service.Selon l’indication posée par le gynécologue.
Spécialisé
Torsion : exploration et détorsionUne suspicion de torsion conduit à une exploration chirurgicale par cœlioscopie (CNGOF 2013, grade B), et aucune durée de torsion, même longue, ne rend l’intervention inutile (CNGOF 2013). Chez la femme non ménopausée, la détorsion avec conservation de l’annexe est recommandée (CNGOF 2013).Selon la situation clinique.
Éducation
Information de la patienteExpliquer la surveillance décidée, l’absence d’effet de la pilule sur le kyste et les signes qui font consulter avant le rendez-vous prévu, au premier rang desquels une douleur pelvienne aiguë.À chaque étape du parcours.
Torsion de l’annexe
Le principal facteur de risque est un antécédent de torsion ; le risque semble croître avec la taille de l’ovaire, sans seuil précis, et reste comparable d’un type de kyste à l’autre, sauf pour les endométriomes, rarement concernés (CNGOF 2013). Le diagnostic est difficile : aucun signe clinique, biologique ou d’imagerie ne permet de l’écarter avec certitude chez une patiente qui a mal, et un Doppler montrant une vascularisation ne l’élimine pas (CNGOF 2013). Pendant la grossesse, c’est la complication principale, surtout au premier trimestre et au début du deuxième (CNGOF 2013).Prévention
Après une détorsion, la patiente est prévenue du risque de récidive (CNGOF 2013). Lui apprendre qu’une douleur pelvienne aiguë fait consulter avant le rendez-vous prévu.Signes d'alerte
Douleur pelvienne aiguë · Douleur avec irritation péritonéale, qui doit faire évoquer une torsion chez l’enfant et l’adolescente (CNGOF 2013) · Tableau peu spécifique : un examen ou un Doppler rassurant ne l’écarte pas (CNGOF 2013)
Hémorragie intra-kystique et rupture
Les signes cliniques de l’hémorragie dans le kyste ne sont pas spécifiques. La rupture d’un corps jaune hémorragique survient plutôt en deuxième partie de cycle et peut donner un hémopéritoine ; les formes les plus graves sont décrites chez des femmes dont la coagulation est perturbée, par une maladie congénitale ou par un traitement anticoagulant ou antiagrégant (CNGOF 2013).Prévention
Des antécédents personnels ou familiaux d’hémorragie ou d’anomalie de l’hémostase font réaliser un TP et un TCA (CNGOF 2013). Repérer au recueil de données ces antécédents et un traitement anticoagulant ou antiagrégant, puis les transmettre.Signes d'alerte
Douleur pelvienne aiguë · Épanchement dans le péritoine à l’échographie, seul signe spécifique de rupture d’un corps jaune hémorragique (CNGOF 2013) · Dégradation de l’état hémodynamique
Kyste supposé bénin qui se révèle malin
Sur les données histologiques des kystes opérés, 1 à 4 % des kystes jugés bénins se révèlent malins (CNGOF 2001). Pour une masse liquidienne, un antécédent personnel de cancer de l’ovaire ou du sein, un contenu hémorragique ou une paroi irrégulière augmentent ce risque (CNGOF 2013).Prévention
Faire respecter la surveillance décidée et transmettre au gynécologue les antécédents personnels et familiaux de cancer de l’ovaire ou du sein.Signes d'alerte
Masse indéterminée ou complexe à l’échographie (CNGOF 2013) · Antécédent personnel de cancer de l’ovaire ou du sein (CNGOF 2013)
Surveillance prioritaire
Douleur pelvienne
À chaque contact, et à tout moment si la patiente signale un changement · Douleur évaluée, tracée et en diminution sous les traitements prescrits
Alerte
État hémodynamique et signes de gravité
Selon la prescription, et de façon rapprochée en cas de douleur aiguë · Constantes stables par rapport aux valeurs d’entrée
Alerte
Après cœlioscopie
Selon la prescription et le protocole du service · Douleur contrôlée, constantes stables, pansements secs
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Les tumeurs de l’ovaire présumées bénignes : recommandations pour la pratique clinique · CNGOF · 2013
Prise en charge des kystes de l’ovaire présumés bénins : recommandations pour la pratique clinique · CNGOF · 2001
Prise en charge de la grossesse extra-utérine : recommandations pour la pratique clinique · CNGOF · 2003
Grossesse de localisation inhabituelle : à repérer précocement · HAS · 2019
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.