Grossesse extra-utérine (GEU)
Grossesse qui se développe en dehors de l’utérus, le plus souvent dans une trompe, avec risque de douleur et d’hémorragie.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Environ 16 000 GEU par an en France selon la HAS et le CNGOF (HAS 2019 ; CNGOF 2024), environ 13 500 en 2023 selon l’estimation de l’ANSM, qui applique aux naissances le ratio de 2 GEU pour 100 naissances (ANSM 2026). C’est la plus fréquente des grossesses de localisation inhabituelle (HAS 2019).
- Âge typique
- Femme en âge de procréer, en début de grossesse. L’outil de la HAS vise toute patiente qui consulte en raison de douleurs pelviennes ou de métrorragies alors que sa grossesse est connue, ignorée ou suspectée (HAS 2019).
- Mortalité
- La complication la plus redoutée est un hémopéritoine massif d’installation brutale (HAS 2019). La morbidité immédiate tient surtout à la rupture de la trompe, qui peut conduire à une transfusion ou à un passage en réanimation (CNGOF 2003).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Une GEU tubaire asymptomatique et non active peut relever d’une simple surveillance (CNGOF-SCGP 2026). Repérée tôt, une grossesse de localisation inhabituelle peut encore être traitée par médicament, alors qu’un diagnostic tardif ferme cette possibilité (HAS 2019).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Test de grossesse
Affirme la grossesse, dont la méconnaissance est la source de l’erreur diagnostique ; devant des signes évocateurs, il devrait être fait avant toute autre démarche, et les tests urinaires sont fiables et rapides (CNGOF 2003).L’IDE le réalise selon la prescription et transmet le résultat.Dosage sanguin quantitatif de l’hCG
Une progression normale du taux n’écarte pas une GEU (CNGOF 2003), pas plus qu’une baisse (CNGOF 2014) : suivie seule, la cinétique de l’hCG n’est ni sensible ni spécifique et s’apprécie avec l’échographie (ANSM 2026).Prélever selon la prescription. Pour que deux dosages successifs se comparent, ils sont faits dans le même laboratoire (CNGOF 2003), avec le même kit (CNGOF 2014). Transmettre chaque résultat au médecin, qui l’interprète avec l’échographie.Échographie pelvienne endovaginale
Cherche où se trouve la grossesse : un œuf vu dans la cavité utérine écarte presque toujours une GEU, sauf après assistance médicale à la procréation (AMP), où une GEU peut coexister avec une grossesse intra-utérine (CNGOF 2003). La voie vaginale est recommandée quand l’échographie par le ventre laisse un doute (CNGOF 2014).Préparer la patiente et transmettre le compte rendu. Au moindre doute, l’échographie est complétée, dans les 48 heures au plus tard, par un dosage sanguin de l’hCG et un examen clinique (HAS 2019).Groupe sanguin RhD et RAI
Une double détermination du groupe RhD et une RAI sont demandées dès le premier trimestre chez toute femme enceinte (CNGOF 2017). Elles repèrent notamment une patiente RhD négatif.Réaliser les prélèvements prescrits, contrôler l’identité sur chaque tube et transmettre les résultats.Actif
Méthotrexate, hors AMMLe méthotrexate injectable n’a pas d’AMM dans la GEU : son usage y relève d’un cadre de prescription compassionnelle de l’ANSM, qui le limite à l’hôpital et en confie la prescription aux seuls gynécologues-obstétriciens ; l’ordonnance doit indiquer qu’il s’agit d’une prescription compassionnelle hors AMM (ANSM 2026). Il est exclu notamment en cas d’état hémodynamique instable, de douleurs importantes, d’épanchement abondant ou de surveillance ambulatoire difficile (ANSM 2026). Le protocole à une seule dose est à privilégier, pour limiter les effets indésirables (CNGOF-SCGP 2026) : une injection intramusculaire, une deuxième pouvant être décidée selon la baisse de l’hCG (ANSM 2026). Un bilan sanguin précède toute injection : NFS, TP et TCA, fonctions rénale et hépatique (ANSM 2026). L’IDE l’administre sur prescription, avec les précautions des cytotoxiques ; sa manipulation est interdite aux soignantes enceintes ou allaitantes (ANSM 2026).Jusqu’à un taux d’hCG indétectable, obtenu en général en un mois environ (ANSM 2026)
Spécialisé
CœlioscopiePour l’ANSM, la cœliochirurgie et le méthotrexate sont les deux options de référence quand la GEU n’est pas compliquée (ANSM 2026). Pour une GEU tubaire, le chirurgien conserve la trompe en l’incisant (salpingotomie) ou l’enlève (salpingectomie) : la RPC recommande l’une ou l’autre au regard de la fertilité (CNGOF-SCGP 2026). L’IDE prépare la patiente, sécurise le parcours vers le bloc et surveille les suites opératoires.Selon la décision chirurgicale
Support
Attitude expectativePour une GEU tubaire asymptomatique et non active, il est recommandé de proposer une simple surveillance comme alternative au méthotrexate ou à la chirurgie ; elle n’est pas envisagée si la GEU est symptomatique ou active (CNGOF-SCGP 2026). Elle impose une réévaluation clinique et biologique à 48 heures, puis, si le taux d’hCG baisse suffisamment, un dosage chaque semaine jusqu’à sa négativation (CNGOF-SCGP 2026). L’IDE organise les prélèvements et rappelle les signes qui imposent de reconsulter.Jusqu’à la négativation de l’hCG
Support
Prise en charge de l’urgenceUn signe de rupture justifie le transfert vers un service spécialisé (CNGOF 2003). L’IDE alerte le médecin, assure une surveillance rapprochée, pose une voie veineuse sur prescription et prépare le passage au bloc selon la décision médicale.Jusqu’à stabilisation
Éducation
Information et suiviDire à la patiente que l’évolution de sa grossesse reste incertaine (HAS 2019), lui expliquer les signes qui doivent la faire reconsulter et le calendrier des dosages d’hCG, puis vérifier sa compréhension.À chaque étape de la prise en charge
Rupture tubaire
La trompe se rompt et saigne dans le ventre ; la complication la plus redoutée est un hémopéritoine massif d’installation brutale (HAS 2019).Prévention
Repérage précoce : diagnostiquée tôt, la GEU peut encore être traitée par médicament (HAS 2019).Signes d'alerte
Défense abdominale · Douleur de l’épaule · Lipothymie
Choc hémorragique
Diagnostiquée tard, la GEU expose à une opération dans l’urgence, où la patiente peut faire un choc hémodynamique brutal, parfois mortel (HAS 2019).Prévention
Surveillance rapprochée et alerte du médecin dès le premier signe de gravité.Signes d'alerte
Tension qui baisse · Pouls rapide · Sueurs, vertiges ou syncope
Persistance de tissu trophoblastique
Après un traitement conservateur par cœlioscopie, le risque est faible mais réel ; il se repère par une baisse insuffisante de l’hCG, suivie dès le deuxième jour après l’intervention (CNGOF 2003).Prévention
Réaliser les dosages d’hCG prescrits et transmettre chaque résultat.Signes d'alerte
Baisse insuffisante de l’hCG après l’intervention · Taux d’hCG qui stagne ou remonte pendant le suivi
Récidive, fertilité et vécu
Une GEU peut récidiver (CNGOF 2003), et l’ablation de la trompe peut retentir sur la fertilité (HAS 2019). L’accompagnement psychologique fait partie des enjeux de la prise en charge (CNGOF 2003).Prévention
Écoute, information claire et orientation si besoin vers un soutien adapté.Signes d'alerte
Anxiété importante · Peur d’une nouvelle grossesse · Besoin de soutien exprimé
Surveillance prioritaire
Douleur pelvienne
Régulièrement et à chaque modification de l’état clinique · Douleur stable ou en diminution
Alerte
Constantes et état général
Selon l’état clinique, avec vigilance renforcée si aggravation · Constantes stables, patiente consciente et orientée
Alerte
Saignements
À chaque soin et selon l’évolution · Saignements faibles ou en diminution
Alerte
Dosages d’hCG prescrits
Selon la prescription, dans le même laboratoire ; après méthotrexate, à J4 si possible puis chaque semaine à partir de J7, J1 étant le jour de l’injection (ANSM 2026) · Résultats transmis au médecin dès réception
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Grossesse de localisation inhabituelle : à repérer précocement (article HAS, mis en ligne le 4 décembre 2017, mis à jour le 12 juin 2019) · HAS · 2019
Cadre de prescription compassionnelle : protocole d’utilisation thérapeutique et de suivi des patientes traitées par méthotrexate, solution injectable, dans la grossesse extra-utérine (version 6, juillet 2026), dont la note d’information destinée à la patiente (annexe IV) · ANSM · 2026
Prise en charge thérapeutique des grossesses extra-utérines tubaires : recommandations pour la pratique clinique du CNGOF et de la SCGP (Gynécol Obstét Fertil Sénol 2026;54(3):97-112, doi 10.1016/j.gofs.2025.10.023), résumé · CNGOF-SCGP · 2026
État des lieux et expertise sur l’utilisation hors AMM du méthotrexate en gynécologie : travail du CNGOF (38es Journées nationales, avis d’experts) · CNGOF · 2014
Prise en charge de la grossesse extra-utérine : recommandations pour la pratique clinique, texte court (28 novembre 2003 ; textes complets dans J Gynecol Obstet Biol Reprod 2003;32 suppl. au n° 7:3S6-3S112) · CNGOF · 2003
Les pertes de grossesse : recommandations pour la pratique clinique, texte court · CNGOF · 2014
Prévention de l’allo-immunisation Rhésus D chez les patientes de groupe Rhésus D négatif : mise à jour de décembre 2017 des RPC du CNGOF de 2005 · CNGOF · 2017
Prévention de l’allo-immunisation anti-RH1 au premier trimestre de la grossesse : recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues-obstétriciens français (Gynécol Obstét Fertil Sénol 2024;52:446-453) · CNGOF · 2024
RCP Rhophylac 200 microgrammes/2 ml, solution injectable en seringue préremplie (immunoglobuline humaine anti-D), texte mis à jour le 12/06/2024, rubriques 4.1 et 4.2 · ANSM (BDPM) · 2024
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.