Digestif

Cancer du côlon

Cancer digestif fréquent, longtemps silencieux, dépisté entre 50 et 74 ans par test immunologique fécal. Repérage des signes d'alerte, accompagnement du parcours chirurgie/chimiothérapie et soins de stomie sont au cœur du rôle IDE.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le cancer du côlon est une tumeur maligne développée dans la paroi du gros intestin, souvent à partir d'un polype adénomateux évoluant progressivement vers une lésion invasive. Pour l'IDE, l'enjeu est de repérer les signes d'alerte, d'expliquer le dépistage organisé, d'accompagner le parcours chirurgical et oncologique, de surveiller la tolérance des traitements et de soutenir l'autonomie en cas de stomie.
Prévalence
Cancer colorectal : 47 582 nouveaux cas estimés en France en 2023, soit 26 212 chez l'homme et 21 370 chez la femme (INCa, Panorama des cancers 2024). Il représente le troisième cancer le plus fréquent chez l'homme et le deuxième chez la femme.
Âge typique
Plus de 90 % des cancers colorectaux sont diagnostiqués à partir de 50 ans (HAS 2019). L'âge médian au diagnostic est de 71 ans chez l'homme et 72 ans chez la femme (INCa 2024).
Mortalité
Le pronostic dépend principalement du stade au diagnostic et de la précocité de la prise en charge. La mortalité par cancer colorectal diminue en France entre 2011 et 2021 (INCa 2024). La participation au programme de dépistage organisé reste insuffisante : 34,2 % sur la période 2022-2023 (INCa 2024).

Précoces

Signes précoces

Modification durable du transitConstipation d'apparition récente ou qui s'aggrave, diarrhée qui persiste ou alternance inhabituelle des deux (HAS 2019). Tout changement durable du transit après 50 ans est à transmettre.
Sang dans les sellesPrésence de sang rouge ou de selles anormalement noires (méléna). C'est un signe d'alerte majeur à transmettre rapidement, même intermittent (HAS 2019).
Douleurs abdominales persistantesColiques, ballonnements ou inconfort digestif qui durent et modifient le confort habituel du patient.

Évolutifs

Signes évolutifs

Anémie ferriprive chroniqueAsthénie progressive, pâleur cutanéo-muqueuse, dyspnée d'effort. L'anémie ferriprive sans cause évidente après 50 ans doit faire évoquer un saignement digestif occulte (HAS 2019).
Amaigrissement inexpliquéPerte de poids progressive, baisse des apports alimentaires, signes de dénutrition à transmettre.
Troubles digestifs croissantsConstipation qui s'installe, diarrhées rebelles ou inconfort digestif quotidien retentissant sur la vie courante.

Gravité

Signes de gravité

Occlusion intestinale aiguëArrêt des matières et des gaz, ballonnement important, vomissements. Tableau d'urgence à transmettre sans délai.
Hémorragie digestive abondanteRectorragie massive, méléna répété, malaise ou tachycardie. Risque de choc hémorragique.
Altération sévère de l'état généralFièvre, douleur intense, vomissements répétés, confusion ou dégradation rapide imposant une réévaluation médicale immédiate.

Mécanisme

La majorité des cancers colorectaux se développent à partir d'un polype adénomateux qui évolue lentement, sur cinq à dix ans, vers une lésion cancéreuse (HAS 2019).
La tumeur progresse dans la paroi colique, peut sténoser la lumière intestinale et gêner le passage des selles.
Elle peut s'étendre localement aux organes de voisinage, atteindre les ganglions régionaux puis donner des métastases à distance, le foie étant la première localisation.

Conséquences

Saignement occulte chronique pouvant entraîner une anémie ferriprive d'installation progressive.
Modification durable du transit, douleurs abdominales, ballonnements ou signes d'occlusion intestinale en cas de sténose tumorale.
Altération de l'état général : amaigrissement, asthénie, dénutrition.
Évolution métastatique : foie principalement, poumon, péritoine.

Évolution

Le pronostic est nettement amélioré par un diagnostic précoce. Le programme national de dépistage organisé entre 50 et 74 ans vise précisément à repérer les lésions précancéreuses ou les cancers à un stade favorable (HAS 2019, INCa 2024). En l'absence de dépistage, la maladie peut évoluer silencieusement et être diagnostiquée à un stade plus avancé (INCa 2024).
Âge supérieur à 50 ans : facteur de risque principal (HAS · dépistage des personnes à risque · 2019).
Antécédent personnel de polype ou de cancer colorectal.
Antécédent familial de cancer colorectal au premier degré.
Maladie inflammatoire chronique de l'intestin évoluée : maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique.
Syndromes génétiques rares : polypose adénomateuse familiale, syndrome de Lynch (suivi spécialisé adapté).
Mode de vie : sédentarité · surpoids · tabac · alcool · alimentation pauvre en fibres et riche en viandes rouges ou en charcuterie.

Critères diagnostiques

Test immunologique fécal positif dans le cadre du dépistage organisé, ou symptômes digestifs évocateurs persistants.
Coloscopie avec biopsies confirmant la nature tumorale de la lésion (TNCD SNFGE 2026).
Bilan d'extension prescrit pour préparer la prise en charge thérapeutique : scanner thoraco-abdomino-pelvien notamment.

Diagnostic différentiel

Hémorroïdes ou autre cause bénigne de rectorragie
Maladie inflammatoire chronique de l'intestin
Diverticulite
Trouble fonctionnel intestinal

Examens complémentaires

Test immunologique fécal (FIT)

Recherche de sang occulte dans les selles dans le cadre du dépistage organisé entre 50 et 74 ans, tous les deux ans (INCa 2024).L'IDE explique au patient comment réaliser le test, où retirer le kit et comment l'envoyer. En cas de résultat positif, l'IDE rappelle l'importance d'une coloscopie rapide.

Coloscopie

Examen de référence permettant de visualiser la muqueuse colique et de réaliser des prélèvements. Réalisé sous brève anesthésie générale par un gastro-entérologue (HAS 2019).L'IDE prépare le patient selon la prescription : régime sans résidu, préparation colique, jeûne préopératoire. Au retour, l'IDE surveille le réveil, la tolérance et transmet toute douleur abdominale ou rectorragie inhabituelle.

Biopsies

Prélèvements réalisés pendant la coloscopie pour confirmer le diagnostic histologique (TNCD SNFGE 2026).L'IDE accompagne le patient avant et après le geste, surveille les éventuels saignements et transmet les éléments utiles à l'équipe.

Scanner thoraco-abdomino-pelvien

Bilan d'extension de la maladie prescrit après confirmation diagnostique pour orienter la stratégie thérapeutique (TNCD SNFGE 2026).L'IDE explique le déroulement, recueille les antécédents utiles selon le protocole local : allergie connue, insuffisance rénale signalée, traitements à risque, grossesse possible. Il vérifie la tolérance pendant et après l'examen, s'assure que le compte rendu est disponible dans le dossier et transmet les éléments de tolérance ou d'alerte observés.

Spécialisé

Chirurgie coliqueLe traitement de référence repose sur la résection de la zone atteinte, par cœlioscopie ou laparotomie (TNCD SNFGE 2026). Une anastomose rétablit le transit lorsque la situation le permet ; une stomie temporaire ou définitive peut être nécessaire selon la localisation et le contexte.

Selon le geste réalisé et l'évolution postopératoire

Actif

ChimiothérapiePrescrite après la chirurgie ou dans les formes avancées selon le stade et le contexte (TNCD, chapitre 3 cancer du côlon non métastatique, février 2026). Administrée par voie veineuse sur protocole hospitalier ou par voie orale au domicile, elle relève de la décision médicale d'oncologie.

Selon la prescription et le protocole oncologique

Support

Soins de supportPrise en charge de la douleur, de la fatigue, de la nutrition, de l'hydratation et du retentissement psychologique tout au long du parcours. L'IDE coordonne avec l'équipe pluridisciplinaire selon les besoins.

Tout au long du parcours

Éducation

Accompagnement de la stomieL'IDE et le stomathérapeute accompagnent l'apprentissage des soins, la protection de la peau péristomiale, le choix de l'appareillage et la reprise progressive de l'autonomie.

Dès la période postopératoire puis lors du suivi

Complication postopératoire

Infection du site opératoire, désunion de l'anastomose, hémorragie ou retard de reprise du transit après chirurgie colique.

Prévention

Surveiller les constantes, la douleur, la cicatrice, le transit et le drainage selon la prescription, puis transmettre toute anomalie.

Signes d'alerte

Fièvre · Douleur qui augmente · Écoulement anormal de la cicatrice · Altération de l'état général

Occlusion intestinale

Le transit se bloque, le ventre se ballonne et le patient peut présenter des nausées ou des vomissements. Tableau d'urgence à transmettre.

Prévention

Surveiller l'abdomen, l'émission de selles et de gaz, et la tolérance de la reprise alimentaire.

Signes d'alerte

Arrêt des gaz · Absence de selles · Ventre gonflé et douloureux · Vomissements

Altération cutanée péristomiale

La peau autour de la stomie peut devenir rouge, douloureuse ou suintante si l'appareillage est mal ajusté ou si les fuites se répètent.

Prévention

Surveiller la peau à chaque soin, ajuster l'appareillage si nécessaire et solliciter le stomathérapeute en cas de lésions persistantes.

Signes d'alerte

Rougeur localisée · Douleur cutanée · Suintement · Fuites de poche

Mauvaise tolérance des traitements

La chimiothérapie peut entraîner nausées, vomissements, mucite, diarrhée, neuropathie périphérique, fatigue et anomalies de la NFS exposant aux risques infectieux et hémorragique (TNCD SNFGE 2026).

Prévention

Informer le patient, surveiller les symptômes à chaque cure, transmettre les résultats biologiques au médecin et alerter rapidement en cas de fièvre, de saignement ou de dégradation clinique.

Signes d'alerte

Fièvre · Vomissements ou diarrhée importants · Mucite douloureuse · Fatigue marquée ou saignement inhabituel

Expliquer le programme national de dépistage organisé entre 50 et 74 ans, le principe du test immunologique fécal et la fréquence biennale.
Insister sur la nécessité de consulter rapidement en cas de sang dans les selles, de modification durable du transit ou d'anémie inexpliquée, sans attendre la prochaine campagne de dépistage.
Après la chirurgie, reformuler avec le patient les signes d'alerte digestifs et la reprise progressive de l'alimentation et de l'activité.
En cas de stomie, accompagner l'apprentissage des soins, la protection de la peau péristomiale et le repérage des fuites ou des lésions cutanées.
Pendant la chimiothérapie, vérifier que le patient sait identifier la fièvre, les vomissements répétés, la diarrhée et la fatigue extrême comme motifs d'alerte sans attendre la prochaine consultation.

Surveillance prioritaire

Postopératoire immédiat

Selon le contexte clinique, le secteur de soins et la prescription ; surveillance rapprochée les 24 premières heures · Température inférieure à 38 °C, fréquence cardiaque entre 50 et 100/min, pression artérielle sans hypotension symptomatique, EVA inférieure ou égale à 3/10 après antalgie prescrite, diurèse supérieure à 0,5 mL/kg/h et cicatrice sèche ou écoulement minime tracé

Alerte

Hypotension ou tachycardie inhabituelleDouleur qui augmente malgré les antalgiques prescritsFièvre, écoulement de la cicatrice ou saignement abondant

Transit, abdomen et alimentation

Chaque jour et à chaque plainte digestive · Reprise des gaz et du transit dans les 24 à 72 heures postopératoires, abdomen souple et indolore, alimentation orale tolérée par paliers selon la prescription

Alerte

Ventre tendu et douloureuxVomissements répétés ou arrêt complet du transitRefus alimentaire ou signes de déshydratation

Stomie et péristomie si présentes

À chaque soin et à chaque changement de poche · Stomie rose ou rouge bien colorée, péristomie sans érythème étendu ni érosion, appareillage étanche maintenu 24 à 72 heures selon le matériel utilisé

Alerte

Changement de couleur de la stomie : pâleur, cyanose, aspect noirâtreRougeur, douleur ou suintement de la peau péristomialeFuites répétées, saignement actif ou rétraction de la stomie

Tolérance des traitements

À chaque cure, consultation ou plainte du patient · Température inférieure à 38 °C, hydratation maintenue, absence de diarrhée ou de vomissements répétés ; NFS contrôlée selon la prescription, avec transmission immédiate de toute neutropénie, thrombopénie ou anomalie signalée par le laboratoire

Alerte

Vomissements ou diarrhée importante avec risque de déshydratationFièvre ou signes infectieux : à transmettre sans délaiFatigue extrême, neuropathie, mucite ou saignement inhabituel

Rôle IDE détaillé

Évaluer la douleur, le transit, l'appétit, l'hydratation et l'état général à chaque prise en soins.
Surveiller les selles, les saignements éventuels, la cicatrice et la stomie postopératoire.
Repérer la fatigue, l'anxiété, la dénutrition et la tolérance des traitements oncologiques.

Références

Panorama des cancers en France, édition 2024 · INCa · 2024

Cancer colorectal : le dépistage des personnes à risque en 5 points · HAS · 2019

TNCD, Thésaurus National de Cancérologie Digestive : chapitre 3, cancer du côlon non métastatique · SNFGE · 2026

Arrêté du 16 janvier 2024 relatif aux programmes de dépistages organisés des cancers · Légifrance · 2024

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.