Cancer de la vessie
Cancer urologique le plus souvent révélé par une hématurie, dont le carcinome urothélial est la forme majoritaire. La prise en charge se sépare selon que la tumeur infiltre ou non le muscle vésical : résection et instillations, ou ablation de la vessie et dérivation urinaire.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- En France, le cancer de la vessie est l'un des cancers urologiques les plus fréquents, avec une nette prédominance masculine (environ 8 cas sur 10 chez l'homme). Il survient le plus souvent après 60 ans. Le carcinome urothélial en représente la grande majorité (environ 90 à 95 % selon l'AFU). Le tabac est le principal facteur de risque, multipliant par environ 3 le risque de cancer de la vessie, et les expositions professionnelles aux amines aromatiques rendent compte d'une part des cas, reconnus dans certains secteurs comme maladie professionnelle (AFU).
- Âge typique
- Adulte le plus souvent après 60 ans, avec une fréquence qui augmente avec l'âge et une nette prédominance masculine
- Mortalité
- Le pronostic dépend surtout de l'infiltration ou non du muscle vésical au diagnostic. Les tumeurs n'infiltrant pas le muscle (TVNIM), les plus fréquentes, ont un bon pronostic mais exposent à des récidives justifiant une surveillance cystoscopique prolongée. Les tumeurs infiltrant le muscle (TVIM) sont plus graves et relèvent d'une prise en charge lourde par cystectomie. Le tabagisme actif aggrave le risque de récidive et de progression (AFU, INCa)
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
La prise en charge se sépare en deux voies selon l'infiltration du muscle. La tumeur n'infiltrant pas le muscle (TVNIM) est traitée par résection endoscopique (RTUV) puis, selon le risque, par des instillations endovésicales de BCG ou de mitomycine et une surveillance cystoscopique régulière et prolongée. La tumeur infiltrant le muscle (TVIM) relève d'une cystectomie totale avec curage ganglionnaire et dérivation urinaire, souvent associée à une chimiothérapie. La décision est arrêtée en réunion de concertation pluridisciplinaire d'onco-urologie (AFU, INCa).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Cytologie urinaire et analyse d'urines
Recherche de cellules tumorales dans les urines et confirmation de la présence de sang ; un ECBU écarte une infection urinaire devant des signes irritatifs. La cytologie oriente mais ne remplace pas la cystoscopie (AFU)L'IDE recueille les urines selon le protocole (cytologie sur urines fraîches, ECBU en conditions d'asepsie), identifie correctement les prélèvements et les achemine au laboratoire. Transmet le résultat au médecin et alerte en cas d'hématurie ou d'infection associée.Cystoscopie
Exploration de l'intérieur de la vessie par une caméra introduite par les voies naturelles, permettant de repérer et de localiser la ou les tumeurs (AFU). Examen clé du diagnostic et de la surveillanceLa cystoscopie est un acte médical réalisé par l'urologue. L'IDE prépare le patient, l'informe du déroulement, vérifie l'absence d'infection urinaire selon la prescription, et surveille après le geste les brûlures mictionnelles, l'hématurie et la reprise des mictions. Transmet toute anomalie au médecin.Résection trans-urétrale de vessie (RTUV) et analyse anatomopathologique
La RTUV retire l'ensemble de la tumeur en emportant le muscle sous-jacent ; elle est réalisée dans tous les cas pour diagnostiquer le cancer et peut représenter l'essentiel du traitement si le cancer est peu évolué. L'analyse anatomopathologique du tissu réséqué apporte le diagnostic de certitude et précise l'infiltration du muscle (AFU, INCa)La RTUV est un geste chirurgical réalisé par l'urologue ; le diagnostic de certitude relève de l'anatomopathologiste. L'IDE prépare le patient, assure la surveillance post-opératoire (hématurie, caillots, irrigation vésicale si prescrite, reprise des mictions, douleur) et transmet au médecin.Imagerie du haut appareil urinaire et bilan d'extension
Scanner ou uroscanner explorant les reins et les voies excrétrices hautes et recherchant une extension, complété selon les cas d'un bilan d'extension pour les tumeurs infiltrant le muscle ; la stratégie est décidée en réunion de concertation pluridisciplinaire (AFU, INCa)L'IDE explique l'examen, vérifie les consignes du service (fonction rénale, allergies au produit de contraste, jeûne éventuel) et surveille la tolérance après injection. Recueille les comptes rendus pour le dossier de RCP ; la décision d'opérabilité relève de la RCP, pas de l'IDE.Spécialisé
Résection trans-urétrale de vessie (RTUV)Geste endoscopique réalisé par l'urologue qui retire l'ensemble de la tumeur en emportant le muscle sous-jacent ; il sert au diagnostic et peut représenter l'essentiel du traitement des tumeurs peu évoluées. L'IDE assure la surveillance post-opératoire (hématurie, caillots, irrigation vésicale si prescrite, reprise des mictions, douleur) et transmet au médecin.Selon le geste chirurgical
Actif
Instillations endovésicales de BCG (immunothérapie)Après RTUV d'une tumeur n'infiltrant pas le muscle, instillation dans la vessie d'un liquide contenant le BCG (bacille de Calmette et Guérin), mycobactérie vivante atténuée utilisée comme immunothérapie, sur prescription. L'IDE réalise le soin avec les précautions du BCG (manipulation protégée, respect du temps de contact, élimination et désinfection des urines selon protocole), vérifie l'absence de contre-indication (hématurie macroscopique, résection ou sondage traumatique de moins de deux à trois semaines) et surveille les effets (cystite, syndrome pseudo-grippal, fièvre).Traitement d'induction puis entretien selon prescription
Actif
Instillations endovésicales de mitomycine C (chimiothérapie)Alternative au BCG selon le profil de la tumeur, la mitomycine C est une chimiothérapie instillée dans la vessie après RTUV, sur prescription. L'IDE réalise le soin avec les précautions de manipulation des cytotoxiques et d'élimination des urines selon protocole, respecte le temps de contact prescrit et surveille la tolérance vésicale et cutanée.Traitement d'induction puis entretien selon prescription
Spécialisé
Cystectomie totale et dérivation urinaireDevant une tumeur infiltrant le muscle, ablation complète de la vessie avec curage ganglionnaire par l'urologue ; les urines sont ensuite dérivées dans une poche accolée à la peau (dérivation de type Bricker) ou collectées dans une néovessie fabriquée à partir d'un segment d'intestin. L'IDE assure les soins de stomie, l'éducation à l'appareillage et la surveillance post-opératoire.Selon le projet chirurgical
Support
Soins de stomie urinaire et éducation à l'appareillageAprès dérivation de type Bricker, l'IDE réalise les soins de la stomie urinaire (surveillance de la coloration et de l'aspect de la stomie et de la peau péristomiale, changement de l'appareillage), éduque le patient à l'autonomie et transmet au médecin ou au stomathérapeute toute anomalie (stomie sombre, décollement, fuite, lésion cutanée).Au long cours après cystectomie
Éducation
Sevrage tabagique, surveillance et accompagnementL'IDE éduque au sevrage tabagique, qui réduit le risque de récidive et de progression, et l'accompagne en orientant vers le médecin et le tabacologue. Il reformule l'importance de la surveillance cystoscopique prolongée, accompagne l'altération de l'image corporelle après cystectomie et oriente vers le psychologue et les associations de patients.Tout au long du suivi
Récidive de la tumeur n'infiltrant pas le muscle
Les tumeurs n'infiltrant pas le muscle récidivent fréquemment et peuvent parfois progresser vers une forme infiltrant le muscle, ce qui justifie une surveillance cystoscopique régulière et prolongée après le traitement initial.Prévention
Coordonner et rappeler les cystoscopies de surveillance sur prescription, éduquer au sevrage tabagique qui réduit le risque de récidive, et transmettre au médecin toute hématurie nouvelle même modérée.Signes d'alerte
Hématurie nouvelle chez un patient suivi · Signes urinaires irritatifs qui réapparaissent · Cystoscopie de surveillance non réalisée à la date prévue
Réaction au BCG et effets des instillations
Le BCG est une mycobactérie vivante atténuée : les instillations peuvent entraîner une cystite, des brûlures, un syndrome pseudo-grippal et, plus rarement, une réaction générale avec fièvre élevée persistante témoignant d'une diffusion de la mycobactérie.Prévention
Vérifier l'absence de contre-indication avant chaque instillation (hématurie macroscopique, résection ou sondage traumatique de moins de deux à trois semaines), respecter les précautions de manipulation et d'élimination des urines, surveiller la température et alerter le médecin devant une fièvre élevée persistante.Signes d'alerte
Cystite ou brûlures intenses après instillation · Syndrome pseudo-grippal (courbatures, frissons) · Fièvre élevée persistante après le soin
Complications de la stomie urinaire après cystectomie
La dérivation urinaire de type Bricker expose à des complications de la stomie et de la peau péristomiale (souffrance ou nécrose de la stomie, sténose, décollement, dermatite péristomiale, fuites) qui altèrent le confort et l'autonomie.Prévention
Surveiller la coloration et l'aspect de la stomie et de la peau péristomiale, assurer les soins et l'éducation à l'appareillage, orienter vers le stomathérapeute et transmettre au médecin toute anomalie de la stomie.Signes d'alerte
Stomie sombre ou violacée · Peau péristomiale rouge, lésée ou macérée · Fuites répétées de l'appareillage
Retentissement psychologique et sur l'image corporelle
La cystectomie, la stomie urinaire et l'atteinte de la continence et de la sexualité retentissent fortement sur l'image corporelle, l'estime de soi et la vie relationnelle du patient.Prévention
Écouter et recueillir le vécu du patient et de l'entourage, accompagner l'apprentissage de l'appareillage sans dramatiser, orienter vers le psychologue, le stomathérapeute et les associations de patients, et tracer l'accompagnement réalisé.Signes d'alerte
Repli, tristesse ou refus de regarder la stomie · Évitement des soins ou de la vie sociale · Questions sur la sexualité et la vie de couple
Surveillance prioritaire
Hématurie et mictions
À chaque évaluation et en surveillance post-opératoire après RTUV, selon prescription · Aspect et couleur des urines, présence de caillots, reprise et volume des mictions suivis et comparés à l'évolution. Une hématurie abondante, un caillotage ou une absence de miction avec globe vésical sont transmis au médecin sans attendre
Alerte
Tolérance des instillations endovésicales
Avant chaque instillation (vérification de l'absence de contre-indication) et dans les suites, selon prescription · Absence de contre-indication avant instillation de BCG (pas d'hématurie macroscopique, pas de résection ni de sondage traumatique de moins de deux à trois semaines), température et tolérance urinaire suivies après le soin. Une fièvre élevée persistante après instillation de BCG est transmise au médecin sans attendre
Alerte
Stomie urinaire et peau péristomiale
À chaque soin de stomie et en surveillance post-opératoire après cystectomie · Coloration et aspect de la stomie (normalement rouge rosé et humide), écoulement d'urines, état de la peau péristomiale et étanchéité de l'appareillage suivis. Une stomie sombre, un arrêt de l'écoulement ou une lésion cutanée sont transmis au médecin ou au stomathérapeute
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Référentiel du Collège d'urologie, item 314 : tumeurs de la vessie · AFU · 2024
Tumeurs de la vessie : fiche d'information patient · Association française d'urologie · 2024
Cancer de la vessie : points clés · INCa · 2025
Cancer de la vessie : les traitements · INCa · 2025
Fiches infos patients : pathologies urologiques · Association française d'urologie · 2024
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.