Coma hyperosmolaire (état hyperglycémique hyperosmolaire)
Urgence métabolique du DT2 âgé en perte d'autonomie : hyperglycémie majeure, hyperosmolarité plasmatique et déshydratation massive sans cétose marquée. L'IDE applique sur prescription la réhydratation prudente, l'insuline IVSE et le potassium, surveille horairement conscience, glycémie et diurèse, et recherche le facteur déclenchant.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- En France, plus de 3,8 millions de personnes étaient traitées pharmacologiquement pour un diabète en 2023, soit environ 5,6 % de la population (Santé publique France, 2024). Les données françaises publiques spécifiques à l'incidence du coma hyperosmolaire restent limitées ; en stage, retenir que l'EHH concerne principalement le DT2 âgé, souvent en EHPAD ou à domicile avec aide, et qu'il survient typiquement dans un contexte d'infection, d'AVC ou de canicule avec apports hydriques insuffisants.
- Âge typique
- Sujet âgé DT2, le plus souvent au-delà de 70 ans, parfois au-delà de 80 ans. Terrain typique : autonomie limitée, troubles cognitifs, dépendance pour l'hydratation, polypathologie cardiovasculaire ou rénale, polypharmacie. Forme inaugurale possible si le diabète n'était pas diagnostiqué auparavant.
- Mortalité
- Données françaises spécifiques limitées sur la mortalité hospitalière directement attribuable à l'EHH. La littérature française (SFMU) retient une mortalité de l'ordre de 10 à 20 % selon les études, significativement plus élevée que dans l'acidocétose et d'autant plus importante que le sujet est âgé et comorbide. Le pronostic dépend de la précocité du diagnostic, de la réhydratation prudente et de la prise en charge du facteur déclenchant.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Installation insidieuse sur plusieurs jours, parfois plusieurs semaines chez le sujet âgé peu communicant, ce qui retarde le diagnostic. Sous traitement bien conduit (réhydratation prudente, insuline IVSE, potassium, recherche et traitement du facteur déclenchant), la résolution clinico-biologique demande généralement 24 à 72 heures. L'IDE applique le protocole et transmet les paramètres au médecin qui valide les critères de résolution avant le relais sous-cutané.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Glycémie capillaire et veineuse
Glycémie très élevée, le plus souvent au-delà de 6 g/L selon la littérature française. La glycémie capillaire peut sortir du domaine de mesure du lecteur et nécessiter une glycémie veineuse de confirmation au laboratoire.Mesurer la glycémie capillaire horaire selon prescription. Transmettre la cinétique au médecin. Alerter immédiatement en cas de baisse plus rapide qu'attendue (risque d'œdème cérébral par variation osmotique brutale) ou de stagnation malgré l'insuline IVSE.Ionogramme sanguin, osmolarité et fonction rénale
Osmolarité plasmatique élevée, généralement au-delà de 320 mOsm/kg selon la littérature française. Natrémie corrigée souvent élevée, kaliémie initiale variable, créatinine fréquemment augmentée par insuffisance rénale fonctionnelle.Prélever sur prescription régulière. Transmettre les résultats au médecin sans délai. Alerter en cas de kaliémie basse (risque de trouble du rythme à l'introduction de l'insuline) ou d'aggravation rénale.Gaz du sang artériel ou veineux
pH conservé supérieur à 7,30 et bicarbonates supérieurs à 15 mmol/L dans la forme typique : critère biologique majeur distinguant l'EHH de l'acidocétose. Une acidose modérée peut coexister en cas d'insuffisance rénale ou de choc associé.Prélever sur prescription, étiqueter sans délai et acheminer en urgence au laboratoire. Transmettre les résultats au médecin pour confirmation du diagnostic et orientation thérapeutique.Cétonémie ou cétonurie
Cétonémie capillaire absente ou faiblement positive : différentiel central avec l'acidocétose, où elle est massivement élevée. Une cétonémie modérée peut coexister en cas de jeûne prolongé associé.Réaliser la cétonémie capillaire selon prescription pour aider le médecin à classer l'urgence métabolique. Transmettre le résultat sans interpréter soi-même le diagnostic.Bilan infectieux et recherche du facteur déclenchant
NFS, CRP, hémocultures, ECBU, radiographie thoracique sur prescription pour rechercher l'infection déclenchante, facteur fréquent à rechercher systématiquement. ECG à la recherche de troubles du rythme liés à la kaliémie ou à un AVC associé.Prélever et acheminer sur prescription. Transmettre les résultats au médecin pour orientation étiologique. L'identification du facteur déclenchant conditionne le pronostic.Support
Réhydratation intraveineuse prudenteNaCl 0,9 % en perfusion intraveineuse selon prescription, débit adapté par le médecin au terrain (souvent cardiopathie ou insuffisance rénale associée). Relais par soluté glucosé selon prescription quand la glycémie baisse, pour prévenir l'hypoglycémie iatrogène sous insuline IVSE et limiter la chute osmolaire trop rapide.Phase aiguë 24 à 48 heures, parfois prolongée à 72 heures selon réponse clinique et biologique
Actif
Insuline rapide IVSEInsuline rapide en seringue électrique continue selon prescription, débit le plus souvent inférieur à celui de l'acidocétose. L'IDE prépare la dilution selon le protocole de service, surveille la glycémie capillaire horaire et adapte le débit selon le protocole prescrit. Ne jamais arrêter l'insuline IV sans avis médical.Jusqu'à résolution médicale de l'hyperosmolarité, puis relais sous-cutané sur prescription avec chevauchement programmé
Actif
Supplémentation potassique IVKCl en perfusion sur prescription. L'IDE débute après vérification de la kaliémie et de la diurèse, sous scope ECG continu. Si la kaliémie est basse, le médecin peut décider de supplémenter avant la poursuite de l'insuline pour éviter le risque d'arrêt cardiaque.Selon ionogrammes réguliers, scope ECG continu obligatoire
Actif
Prévention thromboemboliqueHéparinothérapie préventive (HBPM ou HNF) sur prescription, en raison de l'hyperviscosité sanguine et de l'alitement. L'IDE applique selon prescription, surveille la NFS pour le risque hémorragique et alerte sur tout signe de thrombose (douleur de mollet, dyspnée brutale, déficit focal).Phase aiguë et relais selon prescription après mobilisation
Support
Recherche et traitement du facteur déclenchantIdentifier l'infection, l'AVC, l'erreur médicamenteuse, le défaut d'apports. L'IDE recueille les antécédents auprès de l'entourage ou de l'EHPAD, applique les prélèvements infectieux prescrits, surveille la température et transmet tout signe d'orientation au médecin.Dès l'admission et durant toute la prise en charge
Éducation
Éducation prévention des récidivesÀ distance de la phase aiguë, l'IDE rappelle au patient (si autonome) ou à l'entourage et aux équipes de l'EHPAD : surveillance de l'hydratation quotidienne, surveillance glycémique au domicile, repérage des signes d'alerte (soif, confusion, somnolence) et consultation rapide en cas d'infection intercurrente ou de canicule.Séance éducative avant la sortie, relais médecin traitant et diabétologue
Choc hypovolémique
Déshydratation massive non compensée entraînant un collapsus cardiovasculaire, une insuffisance rénale aiguë et une ischémie tissulaire. Risque vital immédiat.Prévention
Appliquer la réhydratation intraveineuse selon prescription. Surveiller la diurèse horaire et la pression artérielle régulièrement. Alerter le médecin si effondrement persistant pour décision de remplissage renforcé.Signes d'alerte
Effondrement de la pression artérielle · Tachycardie majeure · Oligurie persistante · Marbrures diffuses et extrémités froides
Complications thromboemboliques
Phlébite, embolie pulmonaire, AVC ischémique favorisés par l'hyperviscosité sanguine, la déshydratation et l'alitement. Complication fréquente et grevée d'une mortalité importante chez le sujet âgé.Prévention
Administrer la prévention héparinique sur prescription. Mobiliser le patient dès que possible selon prescription. Surveiller les signes de thrombose veineuse (douleur, chaleur, rougeur de mollet) ou d'embolie pulmonaire (dyspnée brutale, douleur thoracique).Signes d'alerte
Douleur ou chaleur unilatérale de mollet · Dyspnée brutale inexpliquée · Douleur thoracique d'apparition récente · Déficit neurologique focal nouveau
Œdème cérébral par correction osmolaire trop rapide
Complication redoutable d'une baisse trop rapide de l'osmolarité plasmatique sous traitement. Plus rare chez l'adulte âgé que chez l'enfant en acidocétose, mais à connaître. Aggravation neurologique secondaire après amélioration initiale.Prévention
Surveiller le score de Glasgow et l'examen pupillaire selon prescription. Alerter immédiatement le médecin sur toute aggravation neurologique secondaire : céphalées, vomissements, baisse du Glasgow, mydriase, convulsions.Signes d'alerte
Aggravation neurologique secondaire après amélioration initiale · Céphalées intenses · Vomissements itératifs · Baisse du score de Glasgow ou anisocorie
Hypokaliémie sévère
Chute brutale du potassium sérique sous insuline IV par transfert intracellulaire. Risque d'arythmie ventriculaire et d'arrêt cardiaque, surtout chez le sujet âgé sous diurétiques.Prévention
Préparer la supplémentation potassique sur prescription dès que le médecin l'autorise. Surveiller le scope ECG en continu et l'ionogramme régulièrement. Alerter immédiatement le médecin sur toute chute de la kaliémie ou anomalie ECG.Signes d'alerte
Faiblesse musculaire proximale et fatigue · Paresthésies des extrémités · Ondes U, T aplaties, QT allongé au scope · Iléus paralytique avec distension abdominale
Surveillance prioritaire
Conscience et état neurologique
Score de Glasgow horaire en phase aiguë, examen pupillaire régulier selon prescription. Surveillance ECG continue au scope · Score de Glasgow chiffré à chaque contrôle, idéalement stable ou en amélioration. Pupilles symétriques et réactives. L'objectif clinique reste fixé par le médecin ; l'IDE recueille les paramètres et alerte immédiatement sur toute aggravation de la conscience, apparition de convulsions, déficit focal ou anisocorie.
Alerte
Glycémie capillaire
Horaire pendant l'insulinothérapie IV, puis espacement selon prescription après stabilisation · Glycémie capillaire en g/L, relevée toutes les heures sous insuline IVSE. Cinétique de baisse fixée par le médecin selon le protocole de service ; cible pendant la perfusion de soluté glucosé fixée individuellement par le médecin. Repères IDE universels : alerter sur toute hypoglycémie en dessous de 0,70 g/L, baisse plus rapide qu'attendue par le protocole, stagnation sur deux contrôles successifs malgré l'IVSE. L'IDE note l'heure de chaque glycémie, la tendance et toute discordance avec le protocole prescrit.
Alerte
Hémodynamique et diurèse
PA et FC rapprochées les premières heures puis selon prescription, diurèse horaire · PA en mmHg, FC en bpm, diurèse horaire en mL/kg/h. Repère IDE : stabilité hémodynamique par rapport à l'admission et diurèse suivie heure par heure ; seuils d'alerte définis par le médecin selon le terrain. Repères IDE universels : oligurie en dessous de 0,5 mL/kg/h sur deux heures consécutives, tachycardie persistante au-delà de 120 bpm, hypotension symptomatique, marbrures ou extrémités froides à transmettre immédiatement.
Alerte
Kaliémie et ECG
Ionogramme régulier selon prescription, ECG continu au scope avec recherche des troubles du rythme · Kaliémie en mmol/L, valeur cible individualisée fixée par le médecin selon le contexte. L'IDE surveille les ondes T, les ondes U et l'allongement du QT au scope, transmet la valeur au médecin et alerte sur toute anomalie.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Acidocétose diabétique et état hyperosmolaire (chapitre 40, Collège des enseignants de réanimation médicale) · CEMIR · 2018
Coma hyperosmolaire (formation Urgences 2015) · SFMU · 2015
Diagnostic et prise en charge de l'acidose métabolique (RFE V1.2) · SFMU et SRLF · 2019
ALD n°8 - Diabète de type 2 · HAS · 2014
Stratégie thérapeutique du patient vivant avec un diabète de type 2 · HAS · 2024
Référentiels et prises de position (SFD) · SFD · 2024
Le diabète en France continue de progresser · Santé publique France · 2024
Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (R.4311-4 et R.4311-7) · Légifrance · 2025
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Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.