Infectieux

Coqueluche

Infection respiratoire à Bordetella pertussis, souvent bénigne chez le grand enfant et l'adulte mais potentiellement mortelle chez le nourrisson non encore protégé. Après la résurgence majeure de 2024, l'enjeu IDE est le repérage, l'isolement gouttelettes, la surveillance rapprochée du nourrisson et la prévention en anneau autour du bébé.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La coqueluche est une infection respiratoire aiguë très contagieuse due à la bactérie Bordetella pertussis, qui produit la toxine pertussique. Elle se manifeste par une toux prolongée en quintes, souvent bénigne chez le grand enfant et l'adulte, mais potentiellement grave voire mortelle chez le nourrisson de moins de six mois qui n'est pas encore protégé par la vaccination. La particularité de sa prévention est la protection en anneau : le bébé le plus vulnérable étant celui qu'on ne peut pas encore vacciner directement, on le protège en vaccinant autour de lui, la mère pendant la grossesse et l'entourage proche. Pour l'IDE, l'enjeu est de repérer une toux prolongée, mettre en place l'isolement gouttelettes, surveiller de près le nourrisson et accompagner cette prévention en anneau.
Prévalence
La coqueluche n'est pas une maladie à déclaration obligatoire en France. Les cas ne sont à signaler à l'Agence régionale de santé (ARS) que dans deux situations : la survenue de cas groupés (à partir de 2 cas) et l'infection nosocomiale. La surveillance des formes pédiatriques hospitalières repose sur le réseau RENACOQ. L'année 2024 a connu une recrudescence majeure, la plus importante depuis au moins 25 ans, au-dessus des pics de 2012 et 2017, avec 1 471 hospitalisations rapportées et environ 500 nourrissons de moins de 12 mois hospitalisés via RENACOQ, dont 74 % âgés de moins de 6 mois (données provisoires, Santé publique France 2024).
Âge typique
Tous âges, mais deux profils dominent le tableau clinique et le risque. Le nourrisson de moins de 6 mois, insuffisamment ou pas encore vacciné, concentre les formes graves et les décès. L'adolescent et l'adulte, dont l'immunité vaccinale s'est estompée, présentent souvent une toux traînante banalisée et constituent le principal réservoir qui contamine les nourrissons de leur entourage.
Mortalité
Le pronostic dépend étroitement de l'âge. Bénigne chez le grand enfant et l'adulte, la coqueluche reste potentiellement mortelle chez le nourrisson de moins de 6 mois par apnées, bradycardies et coqueluche maligne (défaillance multiviscérale). En 2024, 46 décès ont été rapportés en France : 24 enfants, dont 21 âgés de moins de 1 an, et 22 adultes, dont 15 âgés de 80 ans ou plus (Santé publique France 2024).

Précoces

Signes précoces

Phase catarrhaleRhinite, toux banale traînante et fébricule ou apyrexie pendant environ une à deux semaines : phase peu spécifique mais la plus contagieuse, souvent banalisée
Toux qui se prolonge sans fièvre marquéeUne toux qui persiste au-delà de sept jours chez un adolescent ou un adulte, sans fièvre notable, doit faire évoquer la coqueluche, surtout au contact d'un nourrisson

Évolutifs

Signes évolutifs

Quintes paroxystiques avec chant du coqAccès de toux répétés et épuisants, visage congestif ou cyanosé, reprise inspiratoire sonore en chant du coq, quintes parfois émétisantes, sans fièvre marquée

Tardifs

Signes tardifs

Toux des 100 joursConvalescence prolongée : la toux peut persister plusieurs semaines à plusieurs mois, avec retentissement sur le sommeil et la vie quotidienne

Gravité

Signes de gravité

Apnées et bradycardies du nourrissonChez le nourrisson de moins de 6 mois, pauses respiratoires et ralentissement du rythme cardiaque, parfois au premier plan sans quinte typique : surveiller en continu, alerter le médecin sans délai et déclencher la procédure d'urgence de l'établissement (le 15 hors établissement)
Cyanose et désaturation pendant les quintesColoration bleutée du visage et des lèvres, chute de la saturation pendant les accès de toux : surveiller la SpO2, alerter le médecin sans délai, préparer l'oxygénothérapie sur prescription
Coqueluche maligneForme grave du nourrisson avec défaillance multiviscérale (détresse respiratoire, défaillance hémodynamique, hyperleucocytose) : pronostic vital engagé, alerter le médecin sans délai pour prise en charge en réanimation

Mécanisme

Transmission aérienne par gouttelettes respiratoires à partir d'un sujet infecté, principalement en phase catarrhale de début, phase la plus contagieuse
Colonisation de la muqueuse respiratoire par Bordetella pertussis, qui adhère aux cellules ciliées de l'arbre trachéobronchique
Production de la toxine pertussique et d'autres facteurs de virulence, responsables de l'irritation et de la paralysie ciliaire à l'origine des quintes de toux
Après une incubation d'environ 7 à 10 jours, installation d'une toux d'abord banale puis paroxystique, l'immunité naturelle ou vaccinale ne prévenant pas toujours une nouvelle infection

Conséquences

Quintes de toux paroxystiques, parfois émétisantes, avec reprise inspiratoire sonore en chant du coq, sans fièvre marquée
Chez le nourrisson de moins de 6 mois, apnées et bradycardies au premier plan, avec un risque vital, la quinte typique pouvant manquer
Toux prolongée sur plusieurs semaines, la convalescence pouvant durer jusqu'à environ 100 jours (toux des 100 jours)
Retentissement respiratoire et alimentaire chez le tout-petit : difficultés à téter, épuisement, désaturations pendant les quintes

Évolution

L'évolution dépend de l'âge et de la précocité de la prise en charge. Chez le grand enfant et l'adulte, la coqueluche guérit le plus souvent spontanément au prix d'une toux prolongée et invalidante. Chez le nourrisson de moins de 6 mois, l'évolution peut être rapidement grave avec apnées, bradycardies et coqueluche maligne mettant en jeu le pronostic vital, justifiant une hospitalisation et une surveillance rapprochée. L'antibiotique par macrolide, débuté précocement, réduit surtout la contagiosité et a peu d'effet sur les quintes déjà installées (Santé publique France 2024, Vaccination Info Service).
Nourrisson de moins de 6 mois non encore protégé : primovaccination incomplète, terrain à risque majeur de forme grave et de décès
Immunité vaccinale estompée chez l'adolescent et l'adulte : la protection diminue avec le temps, d'où les rappels et le réservoir de contaminateurs
Absence de vaccination de la mère pendant la grossesse : le nouveau-né ne bénéficie pas des anticorps transmis en fin de grossesse
Entourage proche non à jour du rappel coqueluche : parents · fratrie · grands-parents · personnes en contact étroit avec le nourrisson
Vie en collectivité et contact étroit prolongé : la transmission par gouttelettes est facilitée en phase catarrhale, très contagieuse
Contexte de cycle épidémique tous les 3 à 5 ans : la circulation de Bordetella pertussis remonte périodiquement, comme en 2024 (Santé publique France 2024)

Critères diagnostiques

Contexte clinique évocateur : toux prolongée en quintes, reprise inspiratoire en chant du coq, quintes émétisantes, apyrexie ou fébricule, notion de contage
Chez le nourrisson : apnées, bradycardies, cyanose, difficultés alimentaires, la quinte typique et le chant du coq pouvant manquer
Confirmation biologique par PCR sur prélèvement nasopharyngé dans les trois premières semaines de toux (examen de référence)
Recherche de la source de contamination et des sujets contacts, en particulier les nourrissons de l'entourage à risque de forme grave
Signalement à l'ARS uniquement en cas de cas groupés (à partir de 2 cas) ou d'infection nosocomiale : la coqueluche n'est pas à déclaration obligatoire

Diagnostic différentiel

Bronchiolite du nourrisson : contexte épidémique hivernal, sibilants et polypnée, plutôt qu'accès de quintes émétisantes
Infections respiratoires virales banales : toux fébrile de résolution plus rapide, sans quintes paroxystiques prolongées
Asthme et toux équivalente d'asthme : toux sifflante déclenchée par l'effort ou la nuit, antécédents atopiques, sans notion de contage
Corps étranger inhalé : début brutal chez l'enfant, syndrome de pénétration, sans phase catarrhale préalable
Reflux gastro-oesophagien : toux chronique liée aux repas et aux positions, sans reprise inspiratoire en chant du coq

Examens complémentaires

PCR sur prélèvement nasopharyngé

Détection de l'ADN de Bordetella pertussis, examen de référence, réalisable dans les trois premières semaines de toux, au-delà desquelles la sensibilité chuteL'IDE réalise le prélèvement nasopharyngé sur prescription en respectant l'identitovigilance, achemine rapidement au laboratoire et transmet le résultat au médecin. L'analyse relève du biologiste. L'IDE alerte le médecin en cas de positivité pour organiser l'isolement et l'antibioprophylaxie de l'entourage.

Sérologie coqueluche

Intérêt limité en pratique : peu contributive au diagnostic précoce et rarement utilisée depuis la généralisation de la PCR nasopharyngéeL'IDE n'oriente pas le choix de l'examen : c'est le médecin qui prescrit. Si une sérologie est demandée, l'IDE prélève sur prescription et achemine au laboratoire, puis transmet le résultat au médecin pour interprétation.

Surveillance clinique du nourrisson (scope, SpO2)

Fréquence respiratoire, fréquence cardiaque, saturation en oxygène, coloration et comportement pendant et après les quintes, prise alimentaire et courbe de poidsL'IDE installe et surveille le monitorage sur prescription, trace les épisodes d'apnée, de bradycardie et de désaturation, quantifie la prise alimentaire et alerte le médecin sans délai devant tout épisode de gravité.

Numération formule sanguine

Une hyperlymphocytose est évocatrice ; une hyperleucocytose importante chez le nourrisson est un marqueur de gravité (risque de coqueluche maligne)L'IDE prélève sur prescription et achemine au laboratoire. L'IDE transmet la valeur au médecin et alerte devant une hyperleucocytose marquée chez le nourrisson, sans interpréter seule le résultat.

Actif

Antibiothérapie par macrolide (sur prescription)Le traitement repose sur un macrolide, azithromycine sur 3 jours ou clarithromycine sur 7 jours, sur prescription médicale. Débuté précocement, il réduit surtout la contagiosité en diminuant le portage et a peu d'effet sur les quintes déjà installées. L'IDE administre selon prescription, surveille la tolérance digestive et trace l'évolution, sans jamais choisir la molécule ni la posologie.

3 à 7 jours selon la molécule prescrite

Actif

Antibioprophylaxie des sujets contacts (sur prescription)Une antibioprophylaxie par macrolide est prescrite aux sujets contacts, en priorité aux personnes à risque de forme grave et à l'entourage des nourrissons. L'IDE recueille la liste des sujets contacts, informe l'entourage de la démarche, administre sur prescription et trace, sans décider seule des personnes à traiter.

Selon prescription médicale

Support

Isolement de type gouttelettesLe patient est placé en isolement gouttelettes dès la suspicion : chambre individuelle si possible, masque, hygiène des mains, information des visiteurs. L'IDE met en place et fait respecter les précautions complémentaires gouttelettes, protège en priorité les nourrissons et les femmes enceintes de l'entourage et trace les mesures.

Jusqu'à 3 à 5 jours après le début d'une antibiothérapie efficace

Support

Éviction de la collectivitéL'éviction de la collectivité (crèche, école, travail) est maintenue jusqu'à 3 à 5 jours après le début d'une antibiothérapie efficace, ou 3 jours avec l'azithromycine. L'IDE explique la mesure au patient et à la famille, en précise la durée selon la prescription et trace l'information donnée.

3 à 5 jours après le début du traitement efficace

Support

Surveillance rapprochée et soins de confort du nourrissonChez le nourrisson hospitalisé, la surveillance des apnées, bradycardies, désaturations et de la prise alimentaire est au coeur de la prise en charge. L'IDE assure le monitorage sur prescription, fractionne et adapte l'alimentation selon protocole, aspire les sécrétions si besoin et alerte le médecin devant tout signe de gravité.

Pendant toute la phase des quintes chez le nourrisson

Apnées et détresse respiratoire du nourrisson

Chez le nourrisson de moins de 6 mois, les quintes peuvent s'accompagner d'apnées, de bradycardies et de désaturations mettant en jeu le pronostic vital, parfois sans quinte typique préalable.

Prévention

Surveillance IDE rapprochée sous monitorage sur prescription, repérage précoce des apnées et bradycardies, alerte médicale sans délai et déclenchement de la procédure d'urgence en cas de gravité.

Signes d'alerte

Pauses respiratoires pendant les quintes · Bradycardie ou ralentissement du rythme cardiaque · Cyanose du visage et des lèvres

Coqueluche maligne

Forme grave du très jeune nourrisson associant détresse respiratoire, défaillance hémodynamique et hyperleucocytose majeure, avec un pronostic vital engagé imposant une prise en charge en réanimation.

Prévention

Prévention en anneau (vaccination de la femme enceinte et cocooning) pour éviter la contamination du nourrisson, repérage précoce des signes de gravité et alerte médicale immédiate en cas d'aggravation.

Signes d'alerte

Aggravation respiratoire rapide · Teint gris, marbrures, tachycardie · Hyperleucocytose marquée à la NFS

Complications des quintes

Les quintes violentes et répétées peuvent entraîner des vomissements avec dénutrition et déshydratation, des troubles du sommeil, plus rarement des complications mécaniques liées aux efforts de toux.

Prévention

Surveillance de la prise alimentaire et de l'hydratation, fractionnement des repas selon protocole, soins de confort et environnement calme, transmission au médecin en cas de retentissement.

Signes d'alerte

Vomissements répétés après les quintes · Fatigue et troubles du sommeil · Diurèse diminuée et perte de poids

Expliquer la protection en anneau : le nourrisson trop jeune pour être vacciné est protégé en vaccinant autour de lui, la mère pendant la grossesse et l'entourage proche
Reformuler l'intérêt de la vaccination de la femme enceinte à chaque grossesse, à partir du deuxième trimestre, pour transmettre des anticorps protecteurs au nouveau-né
Informer l'entourage d'un nourrisson de moins de 6 mois de la stratégie de cocooning : se faire vacciner si le dernier vaccin coqueluche date de plus de cinq ans
Reconnaître les signes qui doivent amener à consulter sans attendre chez le nourrisson : quintes, pauses respiratoires, changement de couleur, difficultés à téter
Comprendre le rôle de l'antibiotique par macrolide : il réduit surtout la contagiosité quand il est débuté tôt et a peu d'effet sur les quintes déjà installées
Respecter l'isolement gouttelettes et l'éviction de la collectivité pendant la durée indiquée après le début du traitement, pour ne pas contaminer d'autres personnes

Surveillance prioritaire

Surveillance respiratoire et cardiaque du nourrisson

Monitorage continu sur prescription chez le nourrisson hospitalisé, avec évaluation clinique rapprochée pendant et après les quintes · Absence d'apnée et de bradycardie, saturation stable au repos et récupération rapide après les quintes ; toute apnée, bradycardie ou désaturation persistante est un signe de gravité à transmettre sans délai

Alerte

Apnée ou pause respiratoire pendant ou après une quinte : alerter le médecin sans délai et déclencher la procédure d'urgenceBradycardie ou cyanose pendant les quintes : surveiller en continu, alerter le médecin et préparer l'oxygénothérapie sur prescriptionÉpuisement, hypotonie ou aggravation du comportement entre les quintes : transmettre au médecin pour réévaluation

Prise alimentaire et hydratation du nourrisson

À chaque repas et selon protocole de service, avec suivi de la courbe de poids · Prises alimentaires suffisantes et bien tolérées, absence de vomissements répétés après les quintes, diurèse conservée et poids stable ou en progression

Alerte

Refus alimentaire ou vomissements répétés après les quintes : transmettre au médecin pour adaptation de l'alimentation et de l'hydratationSignes de déshydratation (diurèse diminuée, fontanelle déprimée, muqueuses sèches) : alerter le médecin sans délaiCassure de la courbe de poids : signaler au médecin pour réévaluation nutritionnelle

Respect de l'isolement gouttelettes et de l'antibiothérapie

À chaque prise en charge et à chaque administration selon prescription · Précautions gouttelettes en place et respectées, antibiothérapie administrée conformément à la prescription, entourage à risque informé de l'antibioprophylaxie

Alerte

Rupture de l'isolement gouttelettes ou exposition non protégée d'un nourrisson ou d'une femme enceinte : reprendre les mesures et tracerDoses d'antibiotique manquées ou intolérance digestive marquée : transmettre au médecin pour conduite à tenirSujet contact à risque non couvert par l'antibioprophylaxie : signaler au médecin pour décision de prescription

Rôle IDE détaillé

Recueillir l'ancienneté et le caractère de la toux, la notion de quintes, de chant du coq et de contage, en particulier chez un adulte au contact d'un nourrisson
Évaluer chez le nourrisson la tolérance respiratoire pendant les quintes : apnées, bradycardies, cyanose, prise alimentaire, comportement
Recueillir le statut vaccinal du patient et de l'entourage proche, notamment la vaccination de la mère pendant la grossesse et l'ancienneté des rappels
Repérer les sujets contacts à risque de forme grave, en premier lieu les nourrissons et les femmes enceintes, à transmettre au médecin

Références

Coqueluche : une année 2024 marquée par une recrudescence des cas très importante · Santé publique France · 2025

Coqueluche : vacciner la femme enceinte pour protéger le nouveau-né · HAS · 2022

Coqueluche : maladie, calendrier vaccinal et conduite à tenir (espace professionnels) · Vaccination Info Service · 2024

Coqueluche : symptômes, diagnostic et traitement · ameli · 2024

Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026), dont les actes figurent à l'arrêté du 26 juin 2026, section IV de l'article 1er pour la vaccination · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.