Paludisme (Malaria)
Parasitose tropicale due au Plasmodium, transmise par piqûre d'anophèle femelle, avec accès fébriles cycliques et risque vital de neuropaludisme à P. falciparum. Surveillance infirmière de la conscience, de la température et de la parasitémie, alerte rapide si gravité.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Pathologie tropicale cosmopolite. France 2024 : environ 3 007 cas de paludisme d'importation, près de 90 % chez des personnes originaires d'Afrique subsaharienne en visite au pays d'origine (CNR Paludisme, rapport 2024). Régions françaises concernées : Guyane (425 cas en 2024, en hausse de 25 % vs 2023, P. vivax dominant à 97 %) et Mayotte (119 cas en 2024, tous importés, P. falciparum prédominant). Après plusieurs années sans transmission locale à Mayotte depuis 2020, des cas acquis localement ont été confirmés en 2025 ; début 2026, plusieurs suspicions d'acquisition locale étaient en cours d'investigation selon Santé publique France, ce qui impose une mise à jour régulière des données ARS. En métropole, le paludisme d'importation n'est pas à déclaration obligatoire mais fait l'objet d'une surveillance par le CNR Paludisme ; le paludisme autochtone hors Guyane et Mayotte est à signaler à l'ARS ; en Guyane et à Mayotte, les cas relèvent du circuit CNR/ARS local.
- Âge typique
- Tous âges. Voyageurs non immuns au retour de zone d'endémie, expatriés et migrants visitant leur pays d'origine, populations résidant en zone autochtone (Guyane, Mayotte). Enfants particulièrement exposés en zone d'endémie
- Mortalité
- Accès simple traité précocement : pronostic favorable. Neuropaludisme à P. falciparum : mortalité élevée malgré la réanimation, séquelles neurologiques possibles chez les survivants. Paludisme grave : l'artésunate IV est le traitement initial de référence recommandé en France, avec avis favorable HAS 2024 et progrès thérapeutique par rapport à la quinine IV
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Incubation de 7 à 30 jours selon l'espèce. L'accès simple guérit en 48 à 72 h sous traitement adapté. Le neuropaludisme entraîne une mortalité élevée malgré la réanimation, avec un risque de séquelles neurologiques chez les survivants. Rechutes possibles à distance avec P. vivax et P. ovale (formes hépatiques dormantes). La résistance aux antipaludiques varie selon les zones : le choix prophylactique ou thérapeutique relève d'une prescription médicale adaptée au pays, à l'espèce et au terrain.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Frottis sanguin et goutte épaisse
Identification de l'espèce de Plasmodium et calcul de la parasitémie (pourcentage d'hématies parasitées) par le biologisteL'IDE prélève en urgence sur prescription, identifie correctement le tube et la lame selon le protocole local et achemine immédiatement au laboratoire. Transmet le résultat au médecin sans délai et alerte si parasitémie élevée selon les critères OMS de gravité.Test de diagnostic rapide
Détection en 15 minutes des antigènes parasitaires spécifiques au laboratoire, complément du frottisL'IDE réalise le test sur prescription selon le protocole de service. Transmet le résultat au médecin et prépare le frottis complémentaire pour le calcul de la parasitémie.NFS et bilan biologique de gravité
Anémie hémolytique, thrombopénie fréquente, leucocytes normaux ou bas, signes d'hémolyse (LDH, bilirubine, haptoglobine)L'IDE prélève sur prescription, achemine en urgence au laboratoire et transmet les valeurs au médecin avec leur unité et la tendance par rapport au contrôle précédent. Alerte si plaquettes très basses, hémoglobine effondrée ou hémolyse marquée.Bilan métabolique de gravité
Ionogramme, créatinine, glycémie capillaire, gaz du sang, lactates : recherche de défaillance d'organe selon les critères OMSEn cas de paludisme grave ou de critère OMS, l'IDE prélève en urgence sur prescription et transmet les valeurs au médecin. Alerte immédiatement si hypoglycémie, hyperlactatémie, insuffisance rénale ou acidose métabolique.Phase aiguë
Actif
Artéméther-luméfantrine POTraitement oral de référence de l'accès simple sur prescription médicale (associations à base d'artémisinine). L'IDE vérifie la prise effective à chaque administration et surveille la tolérance digestive.Phase aiguë
Actif
Atovaquone-proguanil POAlternative orale en cas d'intolérance ou de contre-indication à l'artéméther-luméfantrine sur prescription médicale. L'IDE vérifie la prise au cours d'un repas pour favoriser l'absorption et surveille la tolérance digestive.Phase aiguë
Actif
Artésunate IVTraitement intraveineux de référence du paludisme grave (Artésunate AMIVAS, HAS 2024) sur prescription médicale. L'IDE prépare la dose selon le poids prescrit, vérifie la voie veineuse, surveille les constantes et la glycémie capillaire, et trace les horaires d'administration. Après artésunate, surveiller les signes d'anémie retardée et tracer le suivi biologique prescrit (NFS, LDH, bilirubine, haptoglobine à J7, J14, J21 et J28 selon protocole).Phase aiguë
Support
Mesures de réanimationMesures de réanimation sur prescription médicale en cas de paludisme grave : transfusion de concentrés de globules rouges en cas d'anémie sévère, correction de l'hypoglycémie, épuration extra-rénale en cas d'anurie, ventilation mécanique en cas de SDRA, traitement anticonvulsivant en cas de convulsions.Phase aiguë
Traitement de fond
Éducation
Chimioprophylaxie du voyageurÉducation préalable à tout voyage en zone d'endémie. Chimioprophylaxie sur prescription médicale (atovaquone-proguanil, doxycycline ou méfloquine selon la zone et le terrain). Chez la femme enceinte, chloroquine et méfloquine sont autorisées toute la grossesse (CRAT), doxycycline déconseillée dès le début et contre-indiquée à partir du 2e trimestre (CRAT) et contre-indiquée en chimioprophylaxie chez la femme enceinte (HCSP 2025), atovaquone-proguanil utilisable quel que soit le terme selon le CRAT ; le HCSP 2025 reste plus prudent (surveillance jugée insuffisante), décision au cas par cas par le médecin. Protection mécanique anti-vectorielle systématique : moustiquaire imprégnée, répulsif cutané au DEET, vêtements longs au crépuscule. Pas de vaccin antipaludique disponible pour le voyageur adulte en France (HCSP 2025).Au long cours
Neuropaludisme
Atteinte cérébrale par séquestration des hématies parasitées dans les capillaires cérébraux. Mortalité élevée malgré la réanimation, risque significatif de séquelles neurologiques chez les survivants.Prévention
Surveiller la conscience (Glasgow) et la température de façon rapprochée. Alerter le médecin immédiatement si Glasgow inférieur à 11 pour décision d'artésunate IV et de transfert en réanimation. Éduquer à la chimioprophylaxie avant tout voyage.Signes d'alerte
Confusion progressive · Glasgow inférieur à 11 · Convulsions répétées
Anémie hémolytique sévère
Hémolyse massive par éclatement des hématies parasitées. Une anémie profonde expose à la défaillance cardiaque et au choc.Prévention
Surveiller la pâleur, la tachycardie et l'hémoglobine. Alerter le médecin si hémoglobine effondrée pour décision de transfusion de concentrés de globules rouges. Administrer le traitement antipaludique sur prescription.Signes d'alerte
Hémoglobine en chute rapide · Pâleur extrême avec tachycardie supérieure à 120/min · Dyspnée de repos
Insuffisance rénale aiguë
Nécrose tubulaire aiguë par hémoglobinurie massive (fièvre bilieuse hémoglobinurique) ou par hypovolémie.Prévention
Administrer le soluté d'hydratation sur prescription. Surveiller la diurèse horaire. Alerter le médecin si diurèse inférieure à 0,5 mL/kg/h ou créatinine en hausse rapide pour décision d'épuration extra-rénale.Signes d'alerte
Urines très foncées (hémoglobinurie) · Oligurie inférieure à 0,5 mL/kg/h · Créatinine en hausse rapide selon les contrôles
Surveillance prioritaire
Conscience (Glasgow)
Horaire en paludisme grave ou neuropaludisme, toutes les 4 h en accès simple · Glasgow 15/15, conscience claire, absence de convulsions, valeur tracée en horaire
Alerte
Température et constantes vitales
Toutes les 4 h en accès simple, toutes les 1 à 2 h en paludisme grave · Température inférieure à 38 °C attendue après évolution favorable, SpO2 supérieure ou égale à 94 % hors objectif médical spécifique, PA et FC tracées avec tendance et comparaison au contrôle précédent
Alerte
Parasitémie, hémolyse retardée post-artésunate et bilan biologique
Frottis à J3, J7, J28 en accès simple, quotidien en paludisme grave. Après artésunate IV : NFS, LDH, bilirubine, haptoglobine à J7, J14, J21 et J28 selon protocole · Parasitémie en pourcentage transmise selon prescription, hémoglobine en g/dL et plaquettes en G/L tracées avec leur tendance, glycémie en mmol/L ou g/L
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Recommandations sanitaires aux voyageurs 2025 (BEH hors-série) · HCSP · 2025
Prise en charge et prévention du paludisme d'importation · SPILF / SMV · 2017
Rapport d'activité 2024 du CNR Paludisme · CNR Paludisme · 2024
Paludisme à Mayotte : bilan du 1er semestre 2024 · Santé publique France · 2024
Avis HAS Artésunate AMIVAS dans le traitement initial du paludisme sévère · HAS · 2024
Centre de référence sur les agents tératogènes : recherche par molécule (antipaludéens, grossesse, allaitement) · CRAT · 2024
Prise en charge du paludisme grave d'importation de l'adulte (Médecine Intensive Réanimation) · SRLF · 2018
Paludisme : surveillance épidémiologique nationale · Santé publique France · 2024
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.