Infectieux

Mononucléose Infectieuse (MNI)

Primo-infection à EBV transmise par la salive, associant angine pseudo-membraneuse, adénopathies cervicales, splénomégalie et asthénie prolongée. Pathologie bénigne, pièges : rupture splénique et éruption après aminopénicilline.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La mononucléose infectieuse (MNI) est une primo-infection au virus Epstein-Barr (EBV), transmise par la salive et touchant principalement l'adolescent et l'adulte jeune. Elle associe classiquement angine pseudo-membraneuse, adénopathies cervicales bilatérales et splénomégalie, complétée d'une asthénie marquée pouvant durer plusieurs mois. L'évolution est le plus souvent spontanément favorable en quelques semaines ; les deux pièges de surveillance sont la rupture splénique, surtout en cas d'effort ou de traumatisme, et l'éruption sous aminopénicilline.
Prévalence
En France, la MNI n'est pas une maladie à déclaration obligatoire. Très fréquente : environ 90 % de la population a acquis une immunité anti-EBV à l'âge de 40 ans. Les formes symptomatiques concernent surtout l'adolescent et l'adulte jeune. Transmission salivaire : « maladie du baiser » (baiser, partage de verres, couverts, brosse à dents). Rupture splénique rare, survenant principalement dans les premières semaines suivant le début des symptômes (CMIT Pilly 2023).
Âge typique
Adolescent et adulte jeune (15-25 ans) pour les formes symptomatiques. Enfant : forme le plus souvent asymptomatique ou pauci-symptomatique
Mortalité
Pathologie bénigne, guérison spontanée en règle. Mortalité exceptionnelle, principalement liée à la rupture splénique. Formes graves possibles chez le sujet immunodéprimé (lymphoprolifération à EBV)

Précoces

Signes précoces

Angine pseudo-membraneusePharyngite intense avec fausses membranes blanchâtres bilatérales et dysphagie majeure
Fièvre prolongéeFièvre 38 à 39 °C persistante 1 à 2 semaines, frissons, sueurs
Asthénie majeureFatigue intense invalidante avec altération marquée de l'état général

Évolutifs

Signes évolutifs

Adénopathies cervicalesAdénopathies bilatérales volumineuses et sensibles, prédominant en cervical postérieur
SplénomégalieRate palpable fréquente, maximale entre S2 et S3, risque de rupture en cas de traumatisme ou d'effort

Tardifs

Signes tardifs

Hépatomégalie et cytolyseFoie palpable, cytolyse modérée fréquente, hépatite à EBV bénigne en règle

Gravité

Signes de gravité

Rupture spléniqueDouleur abdominale brutale en hypochondre gauche, défense, choc hémorragique : urgence chirurgicale rare mais grave
Obstruction respiratoire hauteHypertrophie amygdalienne obstructive avec dyspnée, stridor, difficulté à avaler ou hypersialorrhée : surveiller SpO2 et fréquence respiratoire, installer en position adaptée et alerter immédiatement le médecin ou le 15 selon contexte
Complications neurologiquesMéningite lymphocytaire, encéphalite, syndrome de Guillain-Barré, paralysie faciale (très rares)

Mécanisme

Transmission salivaire : le virus EBV pénètre par la cavité buccale et infecte les lymphocytes B
Multiplication virale : les lymphocytes B infectés prolifèrent dans tout l'organisme
Réaction immunitaire massive : la réponse cytotoxique contre les cellules infectées génère le syndrome mononucléosique
Hypertrophie des organes lymphoïdes : ganglions, rate et foie augmentent de volume par afflux de cellules immunitaires
Asthénie prolongée et latence : la réponse immunitaire prolongée explique la fatigue de plusieurs mois, puis le virus persiste à vie dans les lymphocytes B sans conséquence habituelle

Conséquences

Angine pseudo-membraneuse : fausses membranes blanchâtres bilatérales avec dysphagie
Adénopathies cervicales : ganglions bilatéraux volumineux et sensibles, prédominant en postérieur
Splénomégalie : rate palpable fréquente, risque de rupture en cas de traumatisme ou d'effort
Asthénie majeure : fatigue invalidante prolongée, le plus souvent 2 à 6 mois

Évolution

Incubation de 4 à 6 semaines. Phase aiguë de 2 à 4 semaines avec fièvre, angine et adénopathies. Splénomégalie maximale entre la 2e et la 3e semaine, imposant l'arrêt des efforts et des sports de contact, avec repos adapté à l'état clinique. Asthénie prolongée fréquente sur 2 à 6 mois. Guérison spontanée complète en règle. Éviction des aminopénicillines : risque d'exanthème maculo-papuleux, à ne pas étiqueter comme allergie vraie aux pénicillines (ANSM).
Transmission salivaire : baiser · partage de verres et couverts · brosse à dents · contacts intimes répétés
Primo-infection tardive : adolescent et adulte jeune présentent les formes les plus symptomatiques
Vie en collectivité : université · internat · caserne · partage rapproché favorisant la transmission
Immunodépression : formes graves possibles avec risque de lymphoprolifération à EBV
Contagiosité prolongée : virus excrété dans la salive plusieurs semaines après la phase aiguë
Portage viral à vie : virus latent dans les lymphocytes B mémoire, réactivation rare et habituellement asymptomatique

Critères diagnostiques

Triade clinique évocatrice : angine pseudo-membraneuse, adénopathies cervicales bilatérales et splénomégalie
Syndrome mononucléosique à la NFS : lymphocytose avec lymphocytes atypiques hyperbasophiles
MNI test positif : confirmation rapide en première intention chez l'adulte
Sérologie EBV : IgM VCA positifs confirmant la primo-infection active si MNI test négatif avec présomption forte
Cytolyse hépatique modérée fréquente, en faveur d'une hépatite à EBV bénigne

Diagnostic différentiel

Angine streptococcique : TDR positif au streptocoque A, absence de splénomégalie et de syndrome mononucléosique
Primo-infection VIH : syndrome mononucléosique avec sérologie EBV négative, charge virale VIH positive
Primo-infection à CMV : syndrome mononucléosique, sérologie CMV IgM positive, angine généralement absente
Toxoplasmose acquise : adénopathies isolées, sérologie toxoplasmique IgM positive
Lymphome : adénopathies persistantes, altération de l'état général, sueurs nocturnes ou amaigrissement, transmission médicale pour bilan spécialisé

Examens complémentaires

MNI test (test rapide d'agglutination)

Positif en cas de présence d'anticorps hétérophiles, bonne sensibilité chez l'adulte, faux négatifs possibles chez l'enfant de moins de 4 ansL'IDE prélève sur prescription, identifie correctement le tube ou la lame selon le protocole local et achemine au laboratoire ou exécute le test rapide selon le protocole de service. Transmet le résultat au médecin en rappelant la présomption clinique forte si test négatif chez l'adulte jeune, pour décision de sérologie EBV spécifique.

Sérologie EBV spécifique

Profil sérologique interprété par le biologiste : IgM VCA positifs en primo-infection active, EBNA positifs en infection ancienneL'IDE prélève sur prescription, identifie correctement le tube selon le protocole local et achemine au laboratoire. Transmet le résultat au médecin pour interprétation diagnostique et confirmation.

NFS avec formule

Hyperleucocytose (10 à 20 G/L), lymphocytose supérieure à 50 %, lymphocytes atypiques hyperbasophiles supérieurs à 10 %L'IDE prélève sur prescription et achemine au laboratoire. Transmet les valeurs au médecin avec unités, pourcentage de lymphocytes atypiques, tendance évolutive et signes associés ; alerte en cas d'anomalie importante selon les seuils du laboratoire, le protocole local ou la consigne médicale.

Transaminases (ALAT, ASAT)

Cytolyse modérée fréquente, élévation rarement supérieure à dix fois la normaleL'IDE prélève sur prescription et achemine au laboratoire. Transmet les valeurs avec leur unité et leur tendance au médecin. Alerte si ALAT très élevées, ictère, douleur abdominale, troubles de conscience, saignements ou altération de l'état général, pour évaluation médicale urgente.

Support

Antalgique et antipyrétique par paracétamolParacétamol par prise sur prescription médicale, posologie quotidienne adaptée selon âge et poids, pour la fièvre et la douleur. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont à éviter en contexte infectieux car ils peuvent masquer les symptômes et retarder la prise en charge ; appliquer la prescription médicale et les protocoles locaux.

Phase aiguë

Support

Repos relatif et arrêt sportifArrêt de l'activité sportive pendant la phase aiguë et la convalescence, en raison du risque de rupture splénique surtout dans le premier mois. Reprise progressive après avis médical, particulièrement pour les sports de contact, après vérification clinique de la régression de la splénomégalie. Échographie abdominale uniquement si prescrite, notamment en cas de splénomégalie persistante ou de doute clinique.

Phase aiguë et convalescence

Support

Hydratation et alimentation adaptéeBoissons abondantes. Alimentation molle et tiède en cas de dysphagie majeure. Antalgiques locaux (pastilles, pulvérisations) pour soulager la douleur pharyngée selon prescription.

Phase aiguë

Support

Éviction des aminopénicillinesÉviter les aminopénicillines (amoxicilline, ampicilline) en cas de MNI suspectée ou confirmée : risque d'exanthème maculo-papuleux, à ne pas étiqueter automatiquement comme allergie vraie aux pénicillines (ANSM). L'IDE vérifie systématiquement les prescriptions, alerte le prescripteur en cas d'aminopénicilline et informe le patient sur cette particularité.

Pendant la MNI

Actif

CorticothérapieCorticothérapie sur décision médicale uniquement dans certaines complications sévères, notamment obstruction respiratoire haute ou complication hématologique sévère. L'IDE administre si prescrit, surveille les constantes, la glycémie capillaire selon protocole, les signes infectieux et la tolérance.

Phase aiguë

Rupture splénique

Complication la plus grave, mais rare, survenant principalement dans les 3 premières semaines. La splénomégalie fragilise la rate ; un traumatisme ou un effort physique peut provoquer une rupture splénique avec hémopéritoine, urgence vitale nécessitant une prise en charge hospitalière spécialisée.

Prévention

Repos pendant la phase aiguë et la convalescence, pas de palpation abdominale appuyée, pas de sport de contact tant que la splénomégalie persiste. Reprise sportive progressive après avis médical, échographie abdominale uniquement si prescrite, notamment en cas de doute clinique ou de splénomégalie persistante.

Signes d'alerte

Douleur abdominale brutale en hypochondre gauche · Choc hémorragique : pâleur, tachycardie, hypotension · Défense ou contracture abdominale

Asthénie prolongée post-infectieuse

Fatigue invalidante persistante au-delà de 3 mois, fréquente. Peut évoluer vers un syndrome de fatigue chronique post-virale dans une minorité de cas.

Prévention

Repos adapté progressif, pas de surmenage, reprise très progressive des activités scolaires, professionnelles et sportives, accompagnement psychosocial si retentissement.

Signes d'alerte

Fatigue invalidante au-delà de 3 mois · Incapacité de reprise du travail ou des études · Troubles du sommeil et altération de la concentration associés

Hépatite sévère à EBV

Cytolyse majeure rare, ictère possible. L'insuffisance hépatocellulaire est exceptionnelle et impose une prise en charge hospitalière spécialisée sur décision médicale.

Prévention

Surveillance clinique de l'ictère, des douleurs abdominales, de l'altération de l'état général et des signes hémorragiques ; bilan hépatique de contrôle uniquement selon prescription médicale ou protocole local. Arrêt strict de l'alcool pendant la phase aiguë, vigilance médicamenteuse hépatotoxique.

Signes d'alerte

Élévation marquée des ALAT au bilan · Ictère cutanéo-muqueux · Baisse du TP en faveur d'une insuffisance hépatocellulaire

Repos : arrêt de l'activité sportive pendant la phase aiguë et la convalescence (risque de rupture splénique surtout le premier mois), reprise progressive après avis médical, particulièrement pour les sports de contact
Éviction médicamenteuse : éviter amoxicilline et ampicilline pendant la MNI (risque élevé d'exanthème maculo-papuleux), à ne pas étiqueter automatiquement comme allergie vraie aux pénicillines pour les traitements ultérieurs
Antalgie : paracétamol selon prescription médicale pour fièvre et douleurs, anti-inflammatoires non stéroïdiens à éviter en contexte infectieux car ils peuvent masquer les symptômes et retarder la prise en charge
Transmission : par la salive (baiser, verres, couverts, brosse à dents), éviction des contacts salivaires pendant la phase aiguë et plusieurs semaines au-delà
Asthénie : fatigue fréquente pouvant durer plusieurs semaines à plusieurs mois, reprise très progressive des activités, transmettre au médecin si elle reste invalidante, s'aggrave ou empêche la reprise des activités
Urgence splénique : douleur abdominale brutale en hypochondre gauche, appeler le 15 sans délai

Surveillance prioritaire

Splénomégalie et douleur abdominale

À chaque contact de soins et selon prescription ou protocole local, vigilance renforcée pendant la phase aiguë et avant reprise sportive · Douleur 0/10 en hypochondre gauche, absence de malaise, de pâleur, de tachycardie ou d'hypotension, abdomen souple non douloureux rapporté au médecin si examen médical réalisé, constantes tracées (FC, PA, T °C) avec tendance comparée au précédent contrôle

Alerte

Douleur abdominale brutale en hypochondre gauche : alerter le 15 sans délai pour suspicion de rupture spléniquePâleur, tachycardie supérieure à 120/min, hypotension : installer le patient en position allongée jambes surélevées et surveiller les constantes en continuDéfense abdominale ou contracture : ne pas palper l'abdomen de façon répétée, installer au repos strict, surveiller les constantes, alerter immédiatement le médecin ou le 15 et préparer le matériel de voie veineuse selon protocole

Asthénie et reprise des activités

Selon prescription médicale ou protocole local ; réévaluation si asthénie persistante, retentissement scolaire ou professionnel, ou signes d'alerte · Évolution de l'asthénie cotée par le patient (échelle simple 0 à 10) avec tendance comparée au contrôle précédent, capacité progressive de reprise des activités scolaires, professionnelles et sportives selon protocole médical

Alerte

Asthénie invalidante persistante au-delà de 3 mois : transmettre au médecin pour réévaluation et bilan complémentaireIncapacité de reprise du travail ou des études à 3 mois : alerter le médecin pour aménagement du temps d'activitéRetentissement psychique (troubles du sommeil, anxiété, idées noires) : transmettre au médecin pour évaluation pluridisciplinaire

Transaminases et NFS

Selon prescription médicale, notamment en cas de cytolyse, thrombopénie, ictère, altération de l'état général ou évolution clinique défavorable · ALAT et ASAT en UI/L transmises selon prescription, tendance à la diminution des transaminases au contrôle prescrit, régression du syndrome mononucléosique au contrôle NFS, valeurs comparées au bilan précédent

Alerte

ALAT très élevées, ictère ou signes d'insuffisance hépatique : alerter le médecin pour évaluation urgenteIctère cutanéo-muqueux : alerter le médecin pour bilan hépatique complet en urgenceThrombopénie sévère ou signes hémorragiques cutanéo-muqueux : surveiller les pétéchies et alerter le médecin

Rôle IDE détaillé

Repérer les éléments évocateurs : angine pseudo-membraneuse, adénopathies cervicales bilatérales, douleur ou gêne de l'hypochondre gauche, splénomégalie si déjà constatée médicalement
Rechercher une prise d'aminopénicilline : éruption cutanée présente ou récente, à recueillir et transmettre
Rechercher et tracer les signes d'alerte abdominale : douleur en hypochondre gauche, irradiation à l'épaule gauche, malaise, pâleur, tachycardie, hypotension, sans palpation appuyée et transmettre au médecin
Évaluer l'asthénie et son retentissement scolaire, professionnel et social

Références

Choix et durées d'antibiothérapies : angine aiguë de l'adulte · HAS · 2024

Choix et durées d'antibiothérapies : angine aiguë de l'enfant · HAS · 2024

Pilly Étudiant 2023, Item 217 : Syndrome mononucléosique · CMIT · 2023

Notice ANSM amoxicilline : précautions d'emploi et mise en garde en mononucléose · ANSM · 2024

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.