Diabète gestationnel
Trouble de la tolérance au glucose révélé pendant la grossesse, le plus souvent dans sa seconde moitié. Dépisté chez les femmes à risque, il se traite par l’alimentation, l’activité physique et l’autosurveillance glycémique, puis par l’insuline si besoin.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Dans leurs recommandations de 2010, le CNGOF et la SFD estimaient la prévalence du DG entre 2 et 6 % avec les modalités de dépistage d’alors, en précisant qu’elle pouvait être nettement plus élevée dans certaines populations et qu’elle tendait à augmenter ; le même texte adopte de nouveaux seuils diagnostiques, ceux de l’IADPSG (CNGOF et SFD 2010). Ce chiffre, antérieur à ces seuils, ne se transpose donc pas au dépistage actuel.
- Âge typique
- Le DG se déclare le plus souvent à la fin du 2e trimestre (Inserm 2025). L’âge maternel compte parmi les principaux facteurs de risque, et 35 ans ou plus suffit à faire proposer le dépistage (CNGOF et SFD 2010).
- Mortalité
- Les complications périnatales propres au DG sont rares, mais plus fréquentes quand un diabète de type 2 méconnu se cache derrière le diagnostic ; le DG n’expose pas à davantage d’asphyxie néonatale ni de décès périnatal (CNGOF et SFD 2010).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
L’intolérance apparue pendant la grossesse disparaît, au moins pour un temps, après l’accouchement, et la normalisation des glycémies sans traitement se vérifie dans le post-partum immédiat (CNGOF et SFD 2010) ; l’Inserm écrit que le DG disparaît en général à la fin de la grossesse (Inserm 2025). Le DG reste un marqueur de risque : il multiplie par 7 le risque ultérieur de diabète de type 2, un risque qui grandit au fil des années et dure au moins 25 ans, d’où un dépistage régulier après la grossesse (CNGOF et SFD 2010).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
HGPO 75 g entre 24 et 28 SA
Méthode retenue par accord professionnel. Une seule valeur atteinte suffit au diagnostic médical : glycémie d’au moins 0,92 g/L à jeun, ou d’au moins 1,80 g/L à H1, ou d’au moins 1,53 g/L à H2 (CNGOF et SFD 2010).Sur prescription, l’IDE prélève la glycémie à jeun, fait boire la solution de 75 g de glucose, puis prélève à 1 heure et à 2 heures ; aucun régime n’est nécessaire avant le test (CNGOF et SFD 2010). L’IDE transmet les résultats au médecin ou à la sage-femme, qui posent le diagnostic.Glycémie capillaire (autosurveillance)
À jeun, l’objectif validé est une glycémie sous 0,95 g/L. Après les repas, aucune donnée ne permet de choisir entre une mesure à 1 heure et à 2 heures ; le seuil conseillé est de 1,20 g/L à 2 heures (CNGOF et SFD 2010).L’IDE éduque à la technique de mesure, vérifie que le lecteur est étalonné selon les procédures en vigueur, contrôle la tenue du carnet et transmet la tendance au médecin. Elle alerte sur toute valeur hors cible répétée ou sur des hypoglycémies sous insuline.Surveillance fœtale (échographie et RCF)
DG équilibré, sans autre pathologie : pas d’argument pour un suivi différent des autres grossesses ; une échographie en plus peut être proposée en fin de grossesse. L’intérêt du RCF n’est pas démontré si le DG est bien équilibré ; il se discute s’il est mal équilibré (CNGOF et SFD 2010).L’IDE coordonne les rendez-vous avec la sage-femme et l’obstétricien, installe la patiente pour l’enregistrement du RCF s’il est prescrit et signale toute baisse des mouvements fœtaux ou tout tracé inhabituel.Dépistage du diabète de type 2 après la grossesse
Recommandé à la consultation postnatale, puis avant toute nouvelle grossesse et ensuite tous les un à trois ans suivant le niveau de risque, sur 25 ans au moins ; par glycémie à jeun ou par HGPO, plus sensible. Ni l’allaitement ni la contraception ne sont des raisons de reporter ces tests (CNGOF et SFD 2010).L’IDE rappelle l’importance de ce dépistage avant la sortie de maternité et lors des consultations postnatales, et trace dans le dossier l’information donnée à la patiente.Support
Mesures hygiéno-diététiques en première intentionAssociant diététique, autosurveillance et insuline si besoin, le traitement réduit les complications périnatales sévères, la macrosomie et la pré-éclampsie par rapport à l’abstention, sans hausse des césariennes, et diminue les dépressions du post-partum (CNGOF et SFD 2010). La diététique est le pilier du traitement : apport calorique fixé individuellement, glucides répartis en trois repas complétés de deux à trois collations, aliments à index glycémique bas et fibres possiblement utiles ; en cas d’obésité, une restriction calorique ne descend pas sous 1 600 kcal par jour. Activité physique régulière, sauf contre-indication obstétricale : une demi-heure environ, trois à cinq fois par semaine (CNGOF et SFD 2010). L’IDE oriente vers la diététicienne et soutient la mise en place quotidienne du plan alimentaire.Socle continu pendant toute la grossesse
Actif
Insulinothérapie sur prescriptionEnvisagée par le médecin si, après 7 à 10 jours de MHD, les glycémies restent au-dessus des objectifs, avec un schéma adapté aux profils glycémiques ; les données sont rassurantes pour les analogues rapides lispro et aspart, et la NPH est à privilégier si une insuline lente est nécessaire (CNGOF et SFD 2010). En 2010, les antidiabétiques oraux, alors sans AMM pendant la grossesse, n’étaient pas recommandés (CNGOF et SFD 2010). L’IDE administre l’insuline prescrite en hospitalisation ; en ambulatoire, elle éduque à l’auto-injection (zones, rotation, conservation), vérifie la technique et transmet les glycémies au médecin pour adaptation des doses.Selon l’équilibre glycémique ; une insulinothérapie systématique pendant le travail n’est pas recommandée, car elle peut provoquer une hypoglycémie maternelle (CNGOF et SFD 2010)
Éducation
Éducation à l’autosurveillance glycémiqueApprentissage du lecteur de glycémie, de la mesure capillaire 4 à 6 fois par jour (au minimum une mesure à jeun, et des mesures deux heures après les repas, en fonction du traitement, régime ou insuline, et de l’équilibre atteint), du carnet de suivi et de la conduite à tenir devant les valeurs hors cible ; l’autosurveillance est maintenue jusqu’au post-partum immédiat (CNGOF et SFD 2010). L’IDE valide la reformulation par la patiente avant la sortie ou en consultation infirmière.Initial à l’annonce du diagnostic, puis renforcement à chaque consultation
Support
Surveillance obstétricale adaptée à l’équilibreDG équilibré, sans autre pathologie : suivi identique à celui des autres grossesses. Obésité, mauvais équilibre glycémique ou HTA chronique peuvent justifier de surveiller pression artérielle et protéinurie plus souvent qu’au suivi mensuel, en raison du risque de pré-éclampsie (CNGOF et SFD 2010). L’IDE coordonne les rendez-vous avec la sage-femme et l’obstétricien et accompagne la patiente lors des examens.Pendant toute la grossesse jusqu’à l’accouchement
Éducation
Préparation du post-partum et suivi à long termeInformation sur la disparition du diabète, au moins pour un temps, après l’accouchement, sur le dépistage du diabète de type 2 dès la consultation postnatale et ensuite tous les un à trois ans, sur le risque de récidive lors d’une nouvelle grossesse et sur la programmation des grossesses suivantes (CNGOF et SFD 2010). L’IDE remet les consignes écrites avant la sortie de maternité.Entretien éducatif avant la sortie et lors du suivi postnatal
Macrosomie fœtale
Poids de naissance supérieur à 4 kg chez un enfant né à terme (Inserm 2025). Principale conséquence néonatale démontrée du DG, elle est le premier facteur des complications rapportées. Sur les traumatismes, le texte tient deux positions : il qualifie de rares les traumatismes obstétricaux et atteintes du plexus brachial, sans hausse formellement démontrée avec un DG ; il invoque pourtant un risque majoré de dystocie des épaules, mais aussi de paralysie du plexus brachial, pour juger raisonnable (grade C) de proposer une césarienne au-delà d’un poids fœtal estimé de 4 250 ou 4 500 g, les données ne permettant pas de choisir entre ces deux seuils, après information de la patiente (CNGOF et SFD 2010).Prévention
Soutenir l’équilibre glycémique selon prescription, accompagner la patiente dans la mise en place des MHD et de l’insulinothérapie. Coordonner les échographies prescrites et transmettre toute suspicion de macrosomie au médecin.Signes d'alerte
Biométries fœtales élevées à l’échographie, sachant que l’estimation du poids fœtal reste peu performante (CNGOF et SFD 2010) · Hydramnios à l’échographie (CNGOF et SFD 2010)
Hypoglycémie néonatale
Le risque de forme sévère reste faible avec un DG, et la macrosomie l’augmente. Si la mère était sous régime seul et que le poids de naissance se situe entre le 10e et le 90e percentile, aucune surveillance glycémique systématique n’est indiquée ; elle est recommandée si la mère était traitée par insuline ou si le poids de naissance est sous le 10e ou au-dessus du 90e percentile. Un protocole propre à la maternité est recommandé (CNGOF et SFD 2010).Prévention
Nourrir le nouveau-né le plus tôt possible, vers 30 minutes de vie, puis au moins toutes les 2 à 3 heures. Quand la surveillance est indiquée et sans signe clinique, la première glycémie se fait après la 1re tétée, juste avant la 2e ; une hypoglycémie dépistée à la bandelette se confirme par un dosage au laboratoire (CNGOF et SFD 2010).Signes d'alerte
Signes cliniques chez le nouveau-né : leur présence fait avancer le contrôle de la glycémie (CNGOF et SFD 2010) · Hypoglycémie dépistée à la bandelette, à confirmer par un dosage au laboratoire (CNGOF et SFD 2010)
Pré-éclampsie
Pression systolique d’au moins 140 mmHg et/ou diastolique d’au moins 90 mmHg avec protéinurie après 20 SA (SFAR et CNGOF 2022). Son risque est accru en cas de DG, d’autant plus que l’hyperglycémie initiale est forte (CNGOF et SFD 2010).Prévention
Mesure de la pression artérielle et recherche de protéinurie à chaque consultation, plus souvent en cas d’obésité, de mauvais équilibre glycémique ou d’HTA chronique (CNGOF et SFD 2010) ; transmission de toute anomalie au médecin pour évaluation conjointe.Signes d'alerte
Hausse de la tension artérielle à plusieurs reprises · Céphalée inhabituelle ou trouble visuel, à transmettre ; des céphalées sévères qui ne cèdent pas au traitement et des troubles visuels ou auditifs persistants sont des critères de sévérité (SFAR et CNGOF 2022) · Œdèmes massifs avec prise de poids brutale (Inserm 2024)
Diabète de type 2 ultérieur maternel
Le DG multiplie par 7 le risque ultérieur de diabète de type 2 ; le surpoids, un DG diagnostiqué avant 24 SA, des glycémies élevées à l’HGPO diagnostique et le recours à l’insuline l’augmentent, tandis que le poids des antécédents familiaux reste mal évalué (CNGOF et SFD 2010).Prévention
Dépistage à la consultation postnatale, avant toute nouvelle grossesse, et ensuite tous les un à trois ans (CNGOF et SFD 2010). Encourager durablement à bouger chaque jour 30 à 60 minutes, au minimum cinq jours sur sept, à manger équilibré et à arrêter le tabac (CNGOF et SFD 2010). Chez les femmes en surpoids ou obèses qui gardent des troubles mineurs de la glycorégulation, le changement de mode de vie ou la metformine divisent par deux le risque de diabète de type 2, la metformine n’ayant pas alors d’AMM en France pour cet usage (CNGOF et SFD 2010).Signes d'alerte
Glycémie à jeun anormale au dépistage du post-partum · Persistance d’une surcharge pondérale après la grossesse (CNGOF et SFD 2010)
Surveillance prioritaire
Glycémies capillaires et carnet d’autosurveillance
4 à 6 mesures par jour, dont au minimum une à jeun, et des mesures deux heures après les repas, ajustées au traitement et à l’équilibre obtenu (CNGOF et SFD 2010) · Objectifs : moins de 0,95 g/L à jeun, et 1,20 g/L à 2 heures après les repas comme seuil conseillé (CNGOF et SFD 2010). L’IDE relève la tendance sur le carnet, transmet au médecin et alerte sur les valeurs répétées hors cible ou sur les hypoglycémies sous insuline.
Alerte
Pression artérielle et signes de pré-éclampsie
À chaque consultation ; obésité, mauvais équilibre glycémique ou HTA chronique peuvent justifier des mesures plus fréquentes qu’au suivi mensuel (CNGOF et SFD 2010) · Pression artérielle stable par rapport au suivi habituel. La pré-éclampsie se définit, après 20 SA, par une pression systolique d’au moins 140 mmHg et/ou diastolique d’au moins 90 mmHg avec une protéinurie d’au moins 0,3 g/24 h (SFAR et CNGOF 2022). L’IDE transmet une pression qui monte ou un symptôme nouveau, même s’il ne répond à aucune définition.
Alerte
Surveillance fœtale et perception maternelle
À chaque consultation et lors des enregistrements du rythme cardiaque fœtal selon prescription · Mouvements fœtaux perçus régulièrement par la patiente, tracé fœtal rassurant lors des enregistrements, croissance fœtale dans les couloirs attendus aux échographies.
Alerte
Tolérance et observance du traitement
À chaque consultation, en lien avec la diététicienne et le diabétologue · Mesures hygiéno-diététiques mises en place et tenues, technique d’auto-injection maîtrisée si insuline, carnet complet, absence d’hypoglycémies répétées.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Le diabète gestationnel : recommandations pour la pratique clinique (publiées le 10 décembre 2010 ; texte long dans J Gynecol Obstet Biol Reprod 2010;39:S1-S342) · CNGOF et Société francophone du diabète (SFD) · 2010
Nouvelles recommandations pour le diagnostic du diabète gestationnel, relayant le référentiel CNGOF/SFD 2010 · Société française d’endocrinologie · 2011
Diabète antérieur à la grossesse : consensus formalisé d’experts du Collège national des gynécologues et obstétriciens français et de la Société française de diabétologie (Gynécol Obstét Fertil Sénol 2026;54:132-164) · CNGOF-SFD · 2026
Recommandations formalisées d’experts : prise en charge de la patiente avec une pré-éclampsie sévère, RFE communes SFAR et CNGOF (republication, Gynécol Obstét Fertil Sénol 2022;50:2-25) · SFAR et CNGOF · 2022
Mort fœtale : consensus formalisé d’experts du Collège national des gynécologues-obstétriciens français (Gynécol Obstét Fertil Sénol 2024) · CNGOF · 2024
Diabète de type 2 (dossier d’information, modifié le 18/02/2025) · Inserm · 2025
Pré-éclampsie (dossier d’information, modifié le 23/09/2024) · Inserm · 2024
Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d’infirmier (article R.4311-4 du CSP, rôle propre) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.