Dermatologie

Dermatite atopique (eczéma atopique)

Maladie inflammatoire chronique de la peau avec démangeaisons, poussées répétées et retentissement sur le sommeil et la vie quotidienne.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La dermatite atopique est un eczéma chronique qui évolue par poussées avec peau sèche, rougeurs et démangeaisons. En vue d'ensemble, l'IDE repère l'aggravation, explique les soins quotidiens, vérifie l'application des traitements prescrits, transmet l'apparition de croûtes jaunâtres ou de pustules et alerte sans délai si les lésions changent vite avec douleurs et fièvre.
Prévalence
Maladie fréquente, surtout chez l'enfant : en Europe, elle concerne 10 à 15 % des enfants environ, contre 4 % des adultes (SFD 2025). Son évolution est souvent fluctuante dans le temps.
Âge typique
Débute le plus souvent chez le nourrisson, vers 3 mois ; elle peut persister, ou parfois apparaître, à l'adolescence ou à l'âge adulte.
Mortalité
Le retentissement porte surtout sur la qualité de vie : troubles du sommeil, irritabilité, parfois syndrome dépressif (Inserm 2016). La complication grave à connaître est la surinfection herpétique, urgence thérapeutique (SFD 2026).

Précoces

Signes précoces

DémangeaisonsPrurit souvent responsable de troubles du sommeil, parfois difficile à reconnaître chez le tout-petit.
Peau sèchePeau rugueuse, inconfortable et irritée au toucher.
Rougeurs en plaquesPlaques rouges et rugueuses qui démangent : joues et front chez le nourrisson, plis des coudes et des genoux chez l'enfant, souvent visage et cou chez l'adulte.

Évolutifs

Signes évolutifs

Suintement puis croûtesAu cours de la poussée, de minuscules vésicules se rompent et laissent suinter un liquide clair, puis des croûtes se forment (SFD 2025).
Traces de grattagePetites plaies, croûtes et marques liées au frottement répété.
Signe de surinfection bactériennePustules et croûtes jaunâtres sur les lésions, le plus souvent dues au staphylocoque doré : à faire voir au médecin (SFD 2025). L'herpès peut aussi donner des pustules ; fièvre, malaise et changement rapide des lésions orientent vers le syndrome de Kaposi-Juliusberg (Pilly 2020).

Tardifs

Signes tardifs

Peau épaissieZones plus épaisses et plus dures après des grattages répétés.

Gravité

Signes de gravité

Lésions qui changent viteLésions dont l'aspect se modifie en peu de temps, avec douleurs, fièvre et altération de l'état général : elles font craindre une surinfection herpétique, qui se traite en urgence (SFD 2025).
Vésicules et pustules déprimées au centreLésions vésiculeuses, pustuleuses ou croûteuses, ombiliquées et d'abord regroupées, avec fièvre, malaise et ganglions : tableau du syndrome de Kaposi-Juliusberg (Pilly 2020).

Mécanisme

La peau protège moins bien et devient plus sèche et plus réactive.
Les irritants déclenchent facilement rougeur, démangeaisons et inflammation.
Le grattage entretient les lésions et aggrave les poussées.
Une peau abîmée se surinfecte plus facilement.

Conséquences

Peau sèche, rouge et qui démange.
Plaques d'eczéma par poussées.
Traces de grattage, croûtes et parfois suintement.
Troubles du sommeil et irritabilité.

Évolution

L'évolution se fait par poussées successives avec des périodes d'amélioration. Un suivi régulier et des soins de fond limitent les rechutes et les complications.
Terrain atopique personnel ou familial.
Peau sensible et facilement irritée.
Savons détergents ou parfumés, laine et tissus rêches, sueur, chaleur, air trop sec.
Fumée de tabac, y compris le tabagisme passif.
Stress chez certains patients, et grattage qui entretient les lésions.
Autres manifestations atopiques souvent associées : asthme, rhinite ou conjonctivite allergique.

Critères diagnostiques

Diagnostic surtout clinique devant un prurit chronique avec plaques d'eczéma et peau sèche.
L'âge de début, la localisation des lésions selon l'âge et un terrain atopique personnel ou familial orientent le diagnostic (SFD 2025).
Une localisation inhabituelle, ou une aggravation malgré un traitement bien conduit, fait rechercher un eczéma de contact associé (SFD 2025).

Diagnostic différentiel

Eczéma de contact : il survient au contact d'une substance précise (parfum, nickel, conservateur de cosmétique), à la différence de la dermatite atopique, et peut aussi s'y associer et l'entretenir (Inserm 2016, SFD 2025).

Examens complémentaires

Diagnostic clinique

Lésions typiques, démangeaisons, peau sèche et évolution par poussées.Les examens complémentaires ne sont nécessaires ni au diagnostic ni à une prise en charge efficace, et le suivi est essentiellement clinique (SFD 2025). L'IDE recueille l'aspect de la peau, l'histoire des poussées et le retentissement quotidien pour le médecin.

Prélèvement bactériologique si impétiginisation étendue

La peau atopique est souvent colonisée par le staphylocoque doré sans être infectée (SFD 2025).En poussée, les prélèvements locaux sont peu utiles, car ils ne modifient pas le traitement, sauf risque de souche bactérienne résistante. En cas d'impétiginisation, la recommandation réserve le prélèvement bactériologique aux lésions étendues : plus de 6 lésions, au moins 2 % de la surface corporelle ou extension rapide (SFD 2026). L'IDE le réalise sur prescription et transmet les résultats.

Bilan allergologique si besoin

Tests cutanés, dosage d'IgE spécifiques ou test de provocation orale, choisis selon l'histoire clinique.Ni bilan ni régime alimentaire systématiques (SFD 2026). Il se discute dans des cas restreints, en particulier chez l'enfant dont la peau ne s'améliore pas, malgré des soins adaptés et bien suivis, ou devant des signes évocateurs d'allergie alimentaire (urticaire, œdème autour de la bouche, troubles digestifs) (SFD 2025) ; l'IDE recueille et transmet ces épisodes.

Support

ÉmollientsTraitement de fond quotidien, sur tout le corps, idéalement une à deux fois par jour (SFD 2025), de préférence après la toilette sur une peau encore un peu humide (SFD 2026). Ils se poursuivent même quand la peau va mieux. En pleine poussée, mal tolérés sur les zones très inflammatoires, ils passent après le traitement anti-inflammatoire prescrit.

Au long cours

Actif

Dermocorticoïdes prescritsTraitement de la poussée prescrit par le médecin : en général une application par jour sur les lésions, jusqu'à leur disparition, sans diminution progressive (SFD 2026). L'IDE vérifie la bonne utilisation et rassure sur le bon usage.

Pendant la poussée

Actif

Antihistaminiques : place limitéeLeur intérêt est très limité, l'histamine n'étant pas la principale cause des démangeaisons : ils ne remplacent pas les dermocorticoïdes (SFD 2025). S'ils sont prescrits, l'IDE surveille l'effet et la tolérance.

Selon la prescription

Support

Mesures d'hygiène adaptéesBain ou douche courts, environ 5 minutes, à l'eau tiède, avec un produit lavant sans irritant, puis séchage doux sans frotter ; pas d'antiseptique dans le bain (SFD 2026). Vêtements en coton ou en lin plutôt que laine ou tissus rugueux (SFD 2025).

Au quotidien

Éducation

Orientation si forme difficileSi les soins locaux ne suffisent pas, le médecin peut demander un avis spécialisé ; un traitement par voie générale peut alors se discuter (SFD 2025). L'IDE prépare l'orientation et suit l'observance.

Selon l'évolution

Surinfection bactérienne

Le plus souvent due au staphylocoque doré, elle se manifeste par des pustules et des croûtes jaunâtres ; le germe colonise souvent la peau atopique sans l'infecter (SFD 2025). Sous antibiotique adapté, local si l'atteinte est localisée, les anti-inflammatoires locaux prescrits sont poursuivis (SFD 2026). Des pustules peuvent aussi traduire un herpès : fièvre, malaise et changement rapide des lésions orientent vers le syndrome de Kaposi-Juliusberg (Pilly 2020).

Prévention

Couper régulièrement les ongles, surtout chez l'enfant, et traiter tôt les poussées, ce qui répare plus vite la barrière cutanée (SFD 2025).

Signes d'alerte

Croûtes jaunâtres · Pustules · Extension rapide des lésions

Surinfection herpétique (syndrome de Kaposi-Juliusberg)

Appelée eczema herpeticum par la recommandation française (SFD 2026) et pustulose varioliforme de Kaposi-Juliusberg par le Pilly : lésions vésiculeuses, pustuleuses ou croûteuses, déprimées au centre et d'abord regroupées, avec fièvre, malaise et ganglions (Pilly 2020). C'est une urgence : le médecin prescrit un antiviral par voie générale sans attendre le résultat de la PCR, et les anti-inflammatoires locaux sont suspendus au moins 48 heures après le début de l'antiviral (SFD 2026).

Prévention

Éviter qu'un proche ayant un bouton de fièvre embrasse l'enfant, jusqu'à guérison de ce bouton (SFD 2025). Alerter sans délai devant des lésions qui changent vite, avec douleurs et fièvre.

Signes d'alerte

Vésicules ou pustules · Fièvre et malaise · Douleur

Atteinte des yeux

Certaines dermatites atopiques peuvent être associées à des complications ophtalmologiques : kératoconjonctivites, fréquentes, cataracte, décollement de rétine (Inserm 2016).

Prévention

Tout signe oculaire se transmet au médecin.
Prendre un bain ou une douche courts, d'environ 5 minutes, à l'eau tiède, avec un produit lavant sans parfum ni irritant, puis sécher en tamponnant (SFD 2026).
Appliquer l'émollient chaque jour sur tout le corps, idéalement une à deux fois par jour, y compris en dehors des poussées et même quand la peau paraît aller mieux (SFD 2025).
Appliquer le dermocorticoïde comme prescrit, en général une fois par jour sur les lésions, jusqu'à leur disparition complète (SFD 2026).
Utilisés selon les recommandations, les dermocorticoïdes n'entraînent qu'exceptionnellement des effets indésirables, liés surtout à leur puissance, à la durée et à la zone traitée (SFD 2026) ; la première cause d'échec est de trop peu les appliquer, par crainte de ces effets (SFD 2025).
Éviter les irritants : laine et tissus rugueux, savons détergents ou parfumés, fumée de tabac ; se rincer et sécher en tamponnant après la sueur ou la baignade (SFD 2025, SFD 2026).
Couper régulièrement les ongles, surtout chez l'enfant, pour limiter les lésions de grattage et leur surinfection (SFD 2025).
Consulter en urgence si les lésions changent vite d'aspect et s'accompagnent de douleurs, de fièvre, d'une altération de l'état général ; consulter aussi devant des croûtes jaunâtres ou des pustules (SFD 2025).

Surveillance prioritaire

État de la peau

À chaque soin puis régulièrement selon l'évolution. · Peau moins rouge, moins sèche et sans extension rapide des lésions.

Alerte

Repérer une poussée qui persiste ou s'aggrave malgré un traitement bien suivi.Signaler des pustules ou des croûtes jaunâtres sur les lésions.Transmettre au médecin tout signe oculaire.

Prurit et sommeil

À chaque contact avec le patient ou la famille. · Démangeaisons supportables et sommeil moins perturbé.

Alerte

Transmettre si le patient se gratte sans arrêt ou se réveille souvent la nuit.Repérer la fatigue, l'irritabilité ou la gêne dans les activités quotidiennes.Prévenir si le prurit empêche l'adhésion aux soins.

Observance et gestes de soins

À chaque consultation ou séance d'éducation. · Traitement appliqué comme prescrit et routine de soin comprise.

Alerte

Vérifier si l'émollient est utilisé régulièrement.Repérer les erreurs d'application du traitement prescrit.Identifier les freins, comme la peur des dermocorticoïdes (corticophobie) ou un soin trop contraignant.

Surinfection et retentissement

Dès qu'un changement est observé. · Absence de fièvre, de pus et de douleur marquée.

Alerte

Transmettre au médecin des pustules ou des croûtes jaunâtres, signes possibles de surinfection bactérienne ; l'herpès peut aussi être pustuleux.Alerter sans délai devant une fièvre ou un état général altéré avec des lésions qui changent vite, qui font craindre une surinfection herpétique.Transmettre tout retentissement important sur la scolarité, le travail ou le moral.

Rôle IDE détaillé

Observer l'aspect des lésions et repérer les zones qui s'étendent.
Évaluer les démangeaisons, le sommeil et le retentissement au quotidien.
Repérer les signes de surinfection ou de gêne oculaire.
Vérifier la compréhension du traitement et les freins à l'observance.

Références

Recommandations dermatite atopique : traitement de base pour tous les patients · Société Française de Dermatologie (SFD), Centre de preuves en dermatologie · 2026

Recommandations dermatite atopique : traitement topique de la poussée · Société Française de Dermatologie (SFD), Centre de preuves en dermatologie · 2026

Recommandations dermatite atopique : traitements des infections cutanées · Société Française de Dermatologie (SFD), Centre de preuves en dermatologie · 2026

Recommandations dermatite atopique : mesures associées pour tous les patients · Société Française de Dermatologie (SFD), Centre de preuves en dermatologie · 2026

Tout savoir sur la dermatite atopique (Dermato-INFO) · Société Française de Dermatologie (SFD) · 2025

Dermatite atopique (eczéma atopique), dossier d'information · Inserm · 2016

Pilly Étudiant 2020, item 168 : infections à herpès virus du sujet immunocompétent · CMIT · 2020

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.