Dermatologie

Érysipèle

Infection bactérienne aiguë de la peau, le plus souvent de la jambe, avec rougeur chaude, douloureuse et fièvre.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Infection bactérienne aiguë de la peau, le plus souvent de la jambe, qui provoque une rougeur chaude, douloureuse et bien limitée, accompagnée ou précédée de fièvre, de frissons ou des deux. Son nom actuel est dermohypodermite bactérienne non nécrosante (DHBNN). L’IDE repère la porte d’entrée cutanée, surveille l’extension du placard et alerte rapidement en cas de signe de gravité.
Prévalence
Affection surtout observée chez l’adulte, en particulier après 50 ans.
Âge typique
Adulte de plus de 50 ans le plus souvent, avec un âge moyen autour de 60 à 65 ans.
Mortalité
Le risque vital tient surtout aux formes nécrosantes, plus rares que l’érysipèle (2 à 4 cas pour 100 000 habitants par an), dont la mortalité se situe entre 20 et 30 % (HAS 2019).

Précoces

Signes précoces

Fièvre ou frissonsFièvre classiquement élevée et brutale, ou frissons, qui accompagnent ou précèdent le placard. La fièvre n’est rapportée que dans 10 à 70 % des cas selon les études ; l’absence totale de fièvre et de frissons doit faire évoquer un autre diagnostic (HAS 2019).
Placard inflammatoireRougeur chaude, douloureuse et bien limitée, le plus souvent sur une jambe.
Jambe gonfléeŒdème du membre atteint, avec gêne à la marche ou sensation de tension.

Évolutifs

Signes évolutifs

Extension progressiveLe placard s’étend progressivement sur quelques jours, parfois de plusieurs centimètres par jour.
Ganglion ou traînée rougeParfois un ganglion douloureux ou une traînée rouge ascendante sont visibles.

Tardifs

Signes tardifs

Rougeur lente à disparaîtreLa peau met souvent 2, voire 3 semaines à redevenir normale, bien après la fièvre.
Jambe qui reste gonfléeUn œdème peut persister : l’érysipèle favorise parfois un œdème, notamment lymphatique.

Gravité

Signes de gravité

Malaise importantLe patient paraît très abattu, avec aggravation rapide de l’état général.
Tension basse ou confusionTension artérielle qui baisse, somnolence inhabituelle ou confusion.
Douleur très intenseDouleur importante par rapport à l’aspect de la peau.
Zones violacées ou noiresApparition de zones sombres, violacées ou noires sur le placard.
Extension très rapideLa rougeur s’étend en quelques heures, ou s’aggrave 24 à 48 heures après le début de l’antibiotique.

Mécanisme

Une petite porte d’entrée cutanée permet à la bactérie de pénétrer dans la peau. La bactérie en cause est le plus souvent un streptocoque bêta-hémolytique, surtout du groupe A, plus rarement du groupe G.
L’infection reste d’abord locale et déclenche une inflammation importante.
L’inflammation provoque rougeur, chaleur, douleur, œdème et fièvre.
La jambe peut gonfler rapidement autour du placard inflammatoire.
Si la porte d’entrée n’est pas traitée, le risque de récidive augmente.

Conséquences

Placard rouge, chaud, douloureux, souvent bien limité.
Jambe gonflée avec sensation de tension.
Fièvre, frissons ou sensation de malaise.
Parfois ganglion douloureux ou traînée rouge sur le membre.
Parfois des bulles (environ 15 % des cas), dues à l’intensité de l’œdème : elles ne sont pas un signe de gravité (HAS 2019).
Régression lente de la rougeur, souvent en 2, voire 3 semaines.

Évolution

Sous antibiotique, la fièvre disparaît et la douleur diminue en principe dans les 48 heures (SFD 2026). La rougeur régresse plus lentement, souvent en 2, voire 3 semaines, et ce délai ne justifie pas de prolonger l’antibiotique (HAS 2019). Une porte d’entrée non traitée expose aux récidives.
Plaie ou petite fissure de la peau
Intertrigo, surtout entre les orteils
Œdème chronique ou lymphœdème de la jambe
Diabète, facteur général cité par la SFD ; la HAS le compte parmi les facteurs de complication chez le patient hospitalisé et parmi ceux des formes nécrosantes
Mauvaise circulation veineuse, citée par la SFD ; une étude retenue dans l’argumentaire de la HAS associe l’insuffisance veineuse à l’érysipèle de jambe
Surpoids ou obésité
Antécédent d’érysipèle avec récidive possible

Critères diagnostiques

Le diagnostic repose surtout sur la clinique : rougeur chaude et douloureuse, souvent d’un seul côté, avec fièvre ou frissons.
Une porte d’entrée cutanée est recherchée (plaie, intertrigo) ; son absence ne fait pas écarter le diagnostic.
Dans une forme typique, aucun examen de confirmation n’est indispensable.

Diagnostic différentiel

Phlébite : jambe gonflée et douloureuse, parfois sans rougeur franche ; le Doppler peut aider.
Poussée inflammatoire d’insuffisance veineuse (dermite de stase) : principal diagnostic différentiel chez l’adulte, à évoquer devant une rougeur des deux jambes sans fièvre ni frissons.
Fasciite nécrosante : urgence, avec douleur très forte, aggravation rapide et zones sombres.
Autre infection cutanée : selon l’aspect de la lésion et la présence ou non de pus.

Examens complémentaires

Diagnostic clinique

Rougeur chaude, douloureuse, avec fièvre ou frissons, le plus souvent sur une jambe.Le diagnostic est clinique. L’IDE observe l’aspect de la peau et la fièvre, et marque au feutre les contours du placard (ou le photographie, avec l’accord du patient) pour en suivre l’évolution (HAS 2019).

Bilan sanguin

Quand un bilan est fait : inflammation fréquente, avec CRP augmentée et parfois globules blancs élevés.Pas d’examen biologique de routine dans la forme non compliquée, CRP comprise (HAS 2019). S’il est prescrit, l’IDE réalise le prélèvement et transmet les résultats.

Écho-doppler veineux

Pas de signe de phlébite si le tableau est uniquement infectieux.Non systématique, car une thrombose veineuse associée est rare (0,8 à 2 % des cas selon la HAS 2019). Le médecin le demande en cas de doute clinique avec une phlébite.

Phase aiguë

Actif

Antibiotique sur prescriptionL’antibiotique, par voie orale dans la forme non compliquée, est administré sur prescription médicale. La peau met souvent 2, voire 3 semaines à redevenir normale : ce délai ne justifie pas de prolonger l’antibiotique (HAS 2019).

7 jours recommandés (HAS 2019)

Traitement de fond

Éducation

Prévention des récidivesLes mesures de prévention reposent sur le traitement des facteurs favorisants, l’hygiène et le suivi si les épisodes se répètent.

Au long cours si besoin

Support

AntalgiquesLes antalgiques comme le paracétamol soulagent la douleur (Pilly 2020). Pas d’AINS ni de corticoïdes pour traiter l’érysipèle (facteurs de risque de forme nécrosante) ; une corticothérapie au long cours ou l’aspirine à dose anti-agrégante se poursuivent sans modifier les doses (HAS 2019).

Pendant la douleur

Support

Repos et jambe surélevéeLe repos avec surélévation du membre atteint, recommandé en complément de l’antibiotique, aide à diminuer l’œdème et la gêne locale.

Jusqu’à amélioration des signes locaux

Support

Traitement de la porte d’entréeLa plaie, la mycose ou toute autre porte d’entrée doit être soignée pour aider la guérison et limiter les récidives.

Jusqu’à guérison complète

Infection généralisée

L’infection peut s’aggraver et toucher l’ensemble de l’organisme.

Prévention

Surveiller l’état général et rechercher les signes de sepsis : troubles de la conscience, respiration rapide, pression artérielle basse (HAS 2019).

Signes d'alerte

Malaise important · Fièvre qui persiste · Confusion · Aggravation rapide

Atteinte nécrosante

Forme grave avec destruction des tissus et évolution rapide.

Prévention

Alerter sans délai si la douleur est très forte ou si la peau change d’aspect.

Signes d'alerte

Douleur très intense · Zones violacées ou noires · Extension rapide · Altération de l’état général

Récidives

La récidive est la principale complication (20 à 30 % des cas), surtout si la porte d’entrée ou les facteurs favorisants persistent (HAS 2019).

Prévention

Traiter la porte d’entrée et les facteurs favorisants, puis renforcer la prévention.

Signes d'alerte

Mycose entre les orteils · Plaie qui traîne · Œdème persistant

Œdème chronique

L’érysipèle peut lui-même favoriser un œdème, notamment lymphatique, qui augmente ensuite le risque de nouvel épisode (SFD 2026).

Prévention

Surélévation en phase aiguë, contention prescrite dès que la douleur le permet, prise en charge de l’œdème ou du lymphœdème (HAS 2019).

Signes d'alerte

Jambe encore gonflée · Sensation de lourdeur · Peau épaissie

Expliquer que l’antibiotique est en général prescrit pour 7 jours et que la rougeur peut mettre 2, voire 3 semaines à disparaître : ce délai n’est pas un échec et ne justifie pas de prolonger le traitement.
Se reposer et surélever la jambe pendant la phase aiguë.
Traiter la mycose, la plaie ou toute autre porte d’entrée.
Surveiller l’aggravation : rougeur qui s’étend, fièvre, douleur plus forte ou malaise.
Déconseiller les AINS et les corticoïdes pour soulager la jambe (risque de forme nécrosante) ; un traitement de fond, corticoïde, aspirine ou anti-inflammatoire, ne s’arrête pas et ne se modifie pas de soi-même : le médecin en décide.
Soigner l’hygiène des pieds et bien sécher entre les orteils après la toilette (Pilly 2020).
Consulter rapidement si les épisodes se répètent ou si de nouveaux signes apparaissent.

Surveillance prioritaire

Évolution de la rougeur

Régulièrement, en comparant au contour marqué au feutre · Rougeur qui cesse de s’étendre et qui régresse progressivement

Alerte

Extension rapide du placardZones violacées ou noires, crépitation sous la peau ou perte de sensibilitéDouleur qui augmente au lieu de diminuer

Douleur et état général

Régulièrement pendant la phase aiguë · Douleur mieux contrôlée et amélioration de l’état général

Alerte

Douleur très intenseMalaise importantFatigue inhabituelle ou aggravation clinique

Fièvre

Régulièrement pendant la phase aiguë · Plus de fièvre au bout de 48 heures d’antibiotique (SFD 2026)

Alerte

Fièvre qui persiste 48 heures après le début de l’antibiotiqueSignes de sepsis : troubles de la conscience, respiration rapide, pression artérielle basse

Porte d’entrée et observance

À chaque soin et à chaque transmission · Porte d’entrée repérée, traitement pris correctement, repos respecté

Alerte

Mycose ou plaie non traitéeOubli des prises du traitementNon-respect du repos ou de la surélévation

Rôle IDE détaillé

Observer la rougeur, la chaleur, la douleur et le gonflement.
Rechercher la porte d’entrée cutanée, surtout entre les orteils ou sur une plaie.
Repérer les facteurs favorisant les récidives, comme un œdème, un surpoids ou des antécédents.
Rechercher une prise d’AINS, automédication comprise, et la transmettre au médecin.
Surveiller la fièvre et l’état général.

Références

Prise en charge des infections cutanées bactériennes courantes : recommandations · HAS / SPILF / SFD · 2019

Prise en charge des infections cutanées bactériennes courantes : argumentaire · HAS / SPILF / SFD · 2019

Pilly Étudiant 2020, item 155 : infections cutanéo-muqueuses bactériennes et mycosiques · CMIT · 2020

Érysipèle : page d’information patient Dermato-INFO · Société Française de Dermatologie (SFD) · 2026

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.