Dermatologie

Herpès cutanéo-muqueux

Infection fréquente avec petites vésicules groupées, souvent sur les lèvres ou la zone génitale.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'herpès cutanéo-muqueux est une infection virale qui peut toucher surtout la bouche ou la zone génitale. Il peut revenir par poussées. En vue d'ensemble, l'IDE repère les lésions, surveille l'évolution, explique les mesures pour éviter la transmission et signale les situations à risque.
Prévalence
Maladie fréquente, avec des poussées qui peuvent revenir au même endroit.
Âge typique
Peut toucher l'enfant ou l'adulte. L'herpès génital concerne surtout l'adulte sexuellement actif.
Mortalité
Le plus souvent bénin, mais certaines formes sont graves : complications comme la méningo-encéphalite, ou terrains particuliers comme le nouveau-né, la femme enceinte et la personne immunodéprimée.

Précoces

Signes précoces

ProdromesPicotements, brûlure ou démangeaison avant l’apparition des lésions.
Vésicules groupéesPetites vésicules serrées les unes contre les autres, sur une base rouge.
Douleur localeDouleur ou sensation de brûlure sur la bouche, les lèvres ou la zone génitale.

Évolutifs

Signes évolutifs

Érosions et croûtesLes vésicules se rompent puis laissent place à des érosions et à des croûtes.

Tardifs

Signes tardifs

Herpès labialBouquet de vésicules sur le bord d’une lèvre, parfois aux narines ou au menton, souvent au même endroit d’une poussée à l’autre.
Herpès génitalLésions génitales douloureuses, avec brûlure, gêne et parfois douleur à la miction.

Gravité

Signes de gravité

Œil rouge douloureuxŒil rouge et douloureux, avec gêne à la lumière ou larmoiement : évoque une kératite herpétique.
Fièvre avec signes neurologiquesFièvre associée à un trouble du comportement, des troubles de la mémoire ou une confusion : fait évoquer une méningo-encéphalite, notamment herpétique.
Lésions très étenduesLésions nombreuses ou qui s’étendent rapidement, notamment sur une peau atteinte de dermatite atopique ou chez une personne immunodéprimée.
Altération de l’état généralFièvre, fatigue importante, malaise ou déshydratation.
Nouveau-né ou grossesse à risqueHerpès chez un nouveau-né, ou grossesse avec herpès génital actif ou récent.

Mécanisme

Primo-infection : premier contact avec le virus, souvent au niveau de la bouche ou des organes génitaux.
Latence : le virus reste dans l’organisme sans provoquer de lésion visible.
Réactivation : certains déclencheurs peuvent relancer une poussée.
Récurrence : les mêmes lésions peuvent revenir par épisodes.
Transmission : par contact direct ; le virus est le plus abondant dans les premières heures des vésicules, la contagiosité de l’herpès génital reste élevée jusqu’à la cicatrisation, et une transmission reste possible sans lésion visible.

Conséquences

Herpès labial : petites lésions autour des lèvres, avec gêne locale.
Herpès génital : douleurs, brûlures et lésions de la zone génitale.
Récidives possibles au même endroit.
Douleur et inconfort selon la localisation.
Retentissement possible sur l’alimentation et l’hydratation en cas d’atteinte buccale, sur la miction ou la vie sexuelle en cas d’atteinte génitale.

Évolution

Après une poussée, les lésions sèchent puis guérissent, mais d’autres épisodes peuvent réapparaître plus tard.
Contact direct avec une lésion ou avec la salive ou les sécrétions d’une personne qui excrète le virus, même sans lésion visible.
Baisse de l’immunité, qui favorise les récurrences et les formes sévères.
Stress, fatigue, fièvre, soleil ou règles peuvent déclencher une récurrence.
Grossesse avec herpès génital, en raison du risque de transmission au nouveau-né, surtout à l’accouchement.
Nouveau-né, terrain où l’infection peut être grave.

Critères diagnostiques

Aspect typique : vésicules groupées puis croûtes, souvent sur les lèvres ou la zone génitale.
Récidives possibles au même endroit.
Diagnostic surtout clinique, avec prélèvement local si doute.
Alerte si l’œil est atteint, si les lésions sont très étendues ou si le terrain est à risque.

Diagnostic différentiel

Zona : vésicules en bouquet précédées de douleurs, généralement d’un seul côté et limitées au territoire d’une racine nerveuse.

Examens complémentaires

Diagnostic clinique

Vésicules groupées, érosions puis croûtes, avec topographie labiale ou génitale.Le diagnostic est surtout clinique. L’IDE décrit la localisation, le début des signes et l’évolution.

Prélèvement local si doute ou forme sévère

Recherche directe du virus par PCR sur le liquide de vésicules récentes.Prescrit si le tableau n’est pas typique ou en cas de complication. L’IDE signale l’ancienneté des lésions : le prélèvement est plus fiable sur des lésions récentes.

Avis ophtalmologique

Recherche d’une atteinte de l’œil, notamment d’une kératite.À obtenir rapidement si l’œil est rouge, douloureux ou gêné par la lumière : l’herpès oculaire relève d’une prise en charge par un ophtalmologue.

Bilan médical si grossesse ou immunodépression

Évaluation adaptée au terrain.Chez la femme enceinte, une prise en charge obstétricale spécialisée est proposée ; chez la personne immunodéprimée, les lésions peuvent être étendues et persistantes. L’IDE transmet ce terrain au médecin.

Actif

Antiviral oral prescritPrescrit par le médecin. Primo-infection : il se débute dès que le diagnostic est évoqué, son efficacité est démontrée. Récurrence, labiale comme génitale : il se prend dès les prodromes ou les premiers symptômes ; au-delà de 48 heures, son efficacité n’est pas démontrée dans la récurrence génitale. L’IDE vérifie la prise et l’observance.

Selon la prescription

Support

Antalgiques et confortDes antalgiques peuvent être associés pour diminuer la douleur, la brûlure ou la gêne locale. L’IDE réévalue le confort et transmet si le soulagement reste insuffisant.

Selon la douleur

Support

Soins locaux limitésLes traitements locaux ne sont pas recommandés en pratique courante, et les topiques contenant un corticoïde ne sont pas indiqués dans l’herpès labial récurrent. L’IDE applique les précautions d’hygiène lors des soins (gants, lavage des mains).

Jusqu’à cicatrisation

Éducation

Prévention de la transmissionL’IDE explique le non-partage du linge de toilette tant qu’une lésion évolue et, pour l’herpès génital, le préservatif pendant les poussées, qui limite la transmission sans la supprimer.

En continu

Éducation

Avis spécialisé si besoinOphtalmologue si l’œil est atteint, équipe obstétricale spécialisée en cas de grossesse, avis médical rapide si les lésions sont très étendues ou le patient immunodéprimé.

Selon le contexte

Atteinte oculaire

L’herpès peut toucher l’œil, le plus souvent d’un seul côté : la kératite herpétique donne douleur, rougeur, gêne à la lumière et larmoiement.

Prévention

Orienter rapidement vers un ophtalmologue, sans corticoïde ni anesthésique local sur un œil rouge non diagnostiqué : la kératite herpétique contre-indique de façon absolue la corticothérapie, qui peut l’aggraver jusqu’à la perforation de la cornée, et les anesthésiques locaux, qui peuvent masquer une évolution défavorable.

Signes d'alerte

Œil rouge · Douleur oculaire · Photophobie

Méningo-encéphalite herpétique

Complication grave : le virus atteint le cerveau, avec fièvre et signes neurologiques centraux (trouble du comportement, de la mémoire, confusion).

Prévention

Prendre la température devant tout trouble du comportement ou toute confusion, et alerter en urgence si une fièvre y est associée.

Signes d'alerte

Fièvre · Trouble du comportement · Confusion

Lésions très étendues

Les lésions peuvent devenir nombreuses ou s’étendre, notamment sur une dermatite atopique (syndrome de Kaposi-Juliusberg) ou chez la personne immunodéprimée.

Prévention

Surveiller l’évolution et alerter si l’extension est rapide ou inhabituelle.

Signes d'alerte

Multiples lésions · Extension rapide · Fièvre

Situation à risque chez la femme enceinte ou le nouveau-né

L’herpès néonatal est grave : sa mortalité, nulle dans les formes limitées à la peau et aux muqueuses, devient élevée dans les formes neurologiques et systémiques, qui exposent aussi à des séquelles neurologiques. Le nouveau-né se contamine surtout à l’accouchement, au contact de lésions ou de sécrétions maternelles.

Prévention

Transmettre sans délai toute poussée génitale pendant la grossesse (prise en charge obstétricale spécialisée ; après un épisode pendant la grossesse, une prophylaxie antivirale est recommandée à partir de 36 semaines d’aménorrhée) et toute lésion suspecte chez le nouveau-né. Tenir le nouveau-né à l’écart de tout contact avec des lésions herpétiques.

Signes d'alerte

Contexte de grossesse · Lésions chez le nouveau-né · Terrain à risque

Expliquer que le virus se transmet par contact direct avec les lésions ou les sécrétions, notamment lors d’un baiser ou d’un rapport sexuel.
Insister sur la contagiosité, maximale au début de la poussée et possible aussi sans lésion visible : éviter les baisers pendant un herpès labial.
Pour l’herpès génital, rappeler que la contagiosité reste élevée jusqu’à la cicatrisation et conseiller le préservatif tant que des lésions persistent, en précisant qu’il limite la transmission sans la supprimer.
Expliquer que le virus survit peu hors du corps : pas de contamination de l’herpès génital par les toilettes ou la piscine, mais le linge de toilette ne se partage pas tant qu’une lésion évolue.
Pendant une poussée, tenir un nouveau-né à l’écart des lésions et, avec un bouton de fièvre, ne pas embrasser un enfant qui a une dermatite atopique avant la guérison complète (risque de syndrome de Kaposi-Juliusberg).
Si une ordonnance d’antiviral a été remise à l’avance pour un herpès génital récurrent, vérifier que le patient sait commencer le traitement dès les prodromes, sans attendre de consulter.
Expliquer qu’un œil rouge et douloureux non diagnostiqué ne reçoit ni collyre ni pommade contenant un corticoïde : en cas de kératite herpétique, ils sont formellement contre-indiqués et peuvent l’aggraver.
Apprendre à l’entourage à alerter en urgence devant une fièvre associée à une confusion, un trouble du comportement ou de la mémoire : cette association fait évoquer une méningo-encéphalite, dont l’herpès est une cause majeure.
S’assurer que le patient sait consulter rapidement si l’œil est atteint, en cas de grossesse ou si les lésions sont étendues ou inhabituelles.

Surveillance prioritaire

Évolution des lésions

Quotidienne en phase aiguë ou à chaque contact. · Lésions qui sèchent progressivement, sans extension rapide.

Alerte

Lésions qui s’étendent : alerter le médecin.Lésions qui persistent malgré un traitement bien suivi : transmettre au médecin.Nombreux nouveaux foyers : signaler une forme plus étendue.

Douleur et retentissement

À chaque évaluation clinique. · Douleur supportable et retentissement limité.

Alerte

Douleur qui gêne pour boire, manger ou uriner : transmettre.Rétention d’urine : alerter le médecin, c’est un signe de forme sévère.Sommeil perturbé ou inconfort marqué : réévaluer.Douleur qui augmente malgré les soins : prévenir le médecin.

Signes oculaires

Chaque jour si le visage est touché ou en cas de plainte. · Pas d’œil rouge douloureux, pas de gêne à la lumière.

Alerte

Œil rouge douloureux : alerte urgente.Photophobie : orienter rapidement.Larmoiement ou vésicules sur la paupière : transmettre sans délai.

Transmission et situations à risque

À chaque épisode et lors du suivi. · Consignes comprises, traitement débuté tôt et précautions respectées.

Alerte

Baisers ou rapports sans préservatif pendant une poussée : renforcer l’éducation.Grossesse avec herpès génital : alerter l’équipe médicale.Nouveau-né exposé ou patient immunodéprimé : signaler immédiatement.

Rôle IDE détaillé

Observer la localisation des lésions et préciser si elles sont labiales, génitales ou diffuses.
Évaluer la douleur, la brûlure et la gêne dans les gestes du quotidien.
Repérer les signes d’alerte : œil rouge douloureux, extension rapide, fièvre ou altération de l’état général.
Prendre la température devant tout trouble du comportement ou toute confusion : associés à une fièvre, ils font craindre une méningo-encéphalite.
Identifier les situations à risque : grossesse, immunodépression, dermatite atopique ou nouveau-né exposé.

Références

Herpès génital : recommandations de bonne pratique pour la prise en charge thérapeutique · HAS (ANRS-MIE, CNS) · 2024

Herpès cutanéo-muqueux du sujet immunocompétent, hors atteinte oculaire : conférence de consensus, texte court · ANAES (conférence de consensus, texte hébergé par la HAS) · 2001

Pilly Étudiant 2020, item 168 : infections à herpèsvirus de l’immunocompétent · CMIT · 2020

Pilly Étudiant 2020, item 151 : méningites, méningo-encéphalites et abcès cérébral · CMIT · 2020

RCP Zelitrex 500 mg (valaciclovir), page de la base de données publique des médicaments mise à jour le 29/09/2026 (date du texte non renseignée par le titulaire) · ANSM (BDPM) · 2026

Tout savoir sur l’herpès génital (Dermato-INFO) · SFD · 2026

Tout savoir sur la dermatite atopique (Dermato-INFO) · SFD · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.