Orthopédique

Entorse de Cheville

Lésion ligamentaire traumatique de la cheville, traumatisme ostéo-articulaire le plus fréquent aux urgences

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'entorse de cheville est une lésion traumatique des ligaments de l'articulation talo-crurale par inversion forcée, classée en trois stades de gravité croissante : distension (stade I), rupture partielle (stade II) et rupture complète avec instabilité (stade III). L'enjeu infirmier est d'appliquer les mesures antalgiques immédiates (repos relatif, glace protégée, compression, élévation) sans retarder la mise en charge protégée, d'évaluer les critères d'Ottawa pour orienter vers la radiographie et de soutenir la rééducation précoce, pièce maîtresse du traitement fonctionnel (HAS 2025).
Prévalence
Traumatisme le plus fréquent aux urgences, plusieurs milliers par jour en France
Âge typique
Pic entre 15 et 35 ans (sportifs jeunes adultes), sex-ratio équilibré
Mortalité
Mortalité nulle. Risque principal : instabilité chronique fréquente sans rééducation, douleurs résiduelles possibles

Précoces

Signes précoces

Douleur aiguë brutale de chevilleDouleur immédiate face latérale externe (la plus fréquente), intensité variable selon gravité
Craquement audible (pop)Évocateur de rupture ligamentaire complète (stade 3), fréquemment rapporté par le patient
Oedème périmalléolaireApparition en 1-4 h, aspect en oeuf de pigeon sous-malléolaire externe (stade II-III)

Évolutifs

Signes évolutifs

Ecchymose péri-malléolaireApparition après 24-48 h, extension corrélée à la gravité de la lésion
Limitation de mobilitéRaideur articulaire par douleur, oedème et contracture musculaire réflexe

Tardifs

Signes tardifs

Instabilité subjectiveSensation de cheville qui lâche, dérobement à l'appui monopodal

Gravité

Signes de gravité

Impotence fonctionnelle totaleImpossibilité d'appui, incapacité de faire 4 pas (critère d'Ottawa positif)
Déformation visible de chevilleSubluxation ou luxation talo-crurale, nécessite réduction urgente
Douleur osseuse palpable (Ottawa)Volet cheville : douleur à la palpation du bord postérieur ou de la pointe d'une malléole. Volet médio-pied : douleur à la base du 5e métatarsien ou de l'os naviculaire. Indication de radiographie

Mécanisme

Traumatisme initial : le pied tourne en dedans de façon forcée (varus-supination), mécanisme le plus fréquent
Atteinte ligamentaire : le LTFA, ligament le plus fragile du côté externe, est le premier touché
Phase inflammatoire (4-72 h) : apparition d'un oedème massif, d'un hématome et d'une douleur aiguë
Phase de cicatrisation (3 jours-3 semaines) : le tissu de réparation est moins solide que le ligament d'origine
Phase de remodelage (3 semaines à 12 mois) : le ligament récupère progressivement sa résistance, sans atteindre sa solidité initiale

Conséquences

Cheville : laxité résiduelle avec sensation de dérobement à l'appui si la rééducation est insuffisante
Muscles : faiblesse et déficit proprioceptif, perte d'équilibre
Douleurs résiduelles : fréquentes si la rééducation est insuffisante
Arthrose précoce : risque accru si entorses répétées non rééduquées

Évolution

Sans rééducation : instabilité chronique fréquente avec récidives et risque d'arthrose précoce. Avec rééducation proprioceptive : récupération complète en 1 à 3 semaines (stade 1), 3 à 6 semaines (stade 2) ou 6 à 12 semaines (stade 3).
Sports à risque : basket · volley · football · handball (pivot et sauts)
Antécédent d'entorse : facteur de risque majeur de récidive
Morphologie du pied : pied creux · déficit proprioceptif · faiblesse musculaire
Environnement : terrain irrégulier · chaussures inadaptées · fatigue musculaire
Terrain général : surpoids, laxité ligamentaire constitutionnelle
Reprise sportive prématurée : sans rééducation proprioceptive complète

Critères diagnostiques

Mécanisme lésionnel : inversion forcée de la cheville avec douleur latérale immédiate
Classification en 3 stades : stade I (distension), stade II (rupture partielle), stade III (rupture complète)
Critères d'Ottawa, volet cheville : douleur malléolaire avec palpation du bord postérieur ou de la pointe d'une malléole (6 cm distaux), ou incapacité de faire 4 pas. Indication de radiographie de cheville
Critères d'Ottawa, volet médio-pied : douleur du médio-pied avec palpation de la base du 5e métatarsien ou de l'os naviculaire, ou incapacité de faire 4 pas. Indication de radiographie du pied
Examen différé J5 à J10 : le médecin recherche l'instabilité mécanique pour confirmer le stade 3

Diagnostic différentiel

Fracture malléolaire : douleur osseuse exquise, critères d'Ottawa positifs, confirmation radiographique
Fracture base 5e métatarsien : douleur latérale du pied, point douloureux spécifique, radiographie du pied
Entorse syndesmotique : douleur antérieure, squeeze test positif, mécanisme en rotation externe
Fracture ostéochondrale talus : douleur profonde persistante, blocages articulaires, IRM nécessaire

Examens complémentaires

Radiographies de cheville (face + profil + mortaise)

Absence de fracture, interlignes articulaires normauxPréparer et accompagner le patient pour la radiographie sur prescription médicale. Alerter le médecin si critères d'Ottawa positifs. Transmettre les résultats immédiatement.

Examen clinique spécialisé (J5-J10)

Tiroir antérieur, test varus forcé, tests fonctionnelsTransmettre au médecin les données de l'évaluation clinique (EVA, oedème, mobilité, appui). Préparer le matériel d'immobilisation selon prescription médicale.

Échographie ostéo-articulaire

Continuité ligamentaire, hématome, épanchement articulairePréparer et accompagner le patient pour l'échographie sur prescription médicale. Transmettre les résultats au médecin pour décision thérapeutique.

IRM de cheville

Ruptures ligamentaires, lésions ostéochondrales, oedème osseuxPréparer et accompagner le patient pour l'IRM sur prescription médicale. Transmettre les résultats au médecin. Alerter si douleurs persistantes au-delà de 6 semaines.

Phase aiguë

Support

Mesures antalgiques immédiates (RICE)Mesures transitoires de soulagement, pas un traitement de référence. Repos : relatif avec mise en charge protégée dès que tolérée. Glace : appliquée protégée sur temps court. Compression : bandage élastique technique étriers. Élévation : membre au-dessus du coeur. Ne pas retarder la mobilisation ni la rééducation précoce.

Phase aiguë, sans retarder la mise en charge protégée

Traitement de fond

Éducation

Prévention des récidivesChevillère semi-rigide pendant le sport, exercices de proprioception réguliers et échauffement systématique de la cheville avant le sport.

Mesures au long cours si pratique sportive régulière

Actif

AntalgieParacétamol sur prescription médicale en première intention. Complément local : anti-inflammatoire en gel sur prescription. L'IDE évalue la douleur avant et après administration.

5 à 10 jours selon douleur

Support

Immobilisation selon gravitéStade 1 : strapping fonctionnel. Stade 3 : immobilisation rigide de courte durée (10 jours maximum) sur prescription, puis attelle semi-rigide 2 à 6 semaines, avec rééducation précoce. Béquilles si appui impossible, avec éducation à la marche en décharge.

Selon le stade et la prescription médicale

Support

Rééducation précoce (pièce maîtresse)Traitement fonctionnel de référence des entorses modérées ou graves (HAS 2025). Rééducation débutée dès la première semaine : récupération de la mobilité, renforcement musculaire et proprioception. Prévention de l'instabilité chronique.

Débutée précocement, plusieurs semaines à mois selon le stade

Spécialisé

Ligamentoplastie chirurgicaleRéservée à l'instabilité chronique sur décision chirurgicale après échec de 6 mois de rééducation. L'IDE prépare le patient au bloc et assure la surveillance post-opératoire.

Si échec du traitement conservateur au-delà de 6 mois

Instabilité chronique de cheville

Complication fréquente des entorses moyennes et graves non rééduquées. Récidives fréquentes, sensation de dérobement et risque d'arthrose précoce.

Prévention

Kinésithérapie proprioceptive systématique, chevillère prophylactique pendant le sport, reprise progressive après tests fonctionnels validés

Signes d'alerte

Entorses récidivantes fréquentes · Sensation de dérobement sur terrain irrégulier · Instabilité persistante au-delà de 3 mois

Algodystrophie (SDRC type I)

Complication rare avec douleurs disproportionnées, troubles vasomoteurs et raideur articulaire. Début 2 à 8 semaines après le traumatisme.

Prévention

Éviter l'immobilisation excessive (moins de 6 semaines), mobilisation précoce dès que possible, antalgie optimale

Signes d'alerte

Douleurs disproportionnées au-delà de J15 · Hyperalgie et allodynie au toucher · Oedème chaud avec hypersudation locale

Fractures occultes associées

Fréquentes si les critères d'Ottawa sont positifs. Localisation : malléoles, base du 5e métatarsien, talus.

Prévention

Application rigoureuse des critères d'Ottawa, radiographies si positifs, IRM si douleurs persistantes au-delà de 6 semaines

Signes d'alerte

Douleur osseuse exquise à la palpation des malléoles · Impotence fonctionnelle totale persistante · Douleur à la palpation de la base du 5e métatarsien

Mesures immédiates de soulagement : repos relatif, glace protégée sur temps court, compression par bandage, élévation au-dessus du coeur. Reprendre l'appui protégé dès que la douleur le permet, sans attendre
Rééducation précoce : c'est la clé de la récupération et la meilleure prévention de l'instabilité. Débuter la rééducation tôt, ne pas rester immobile plus que nécessaire
Signes d'alerte : consulter en urgence si pied froid ou pâle, douleur intense non calmée, ou impossibilité d'appui au-delà de 24 heures
Antalgiques : paracétamol régulier sur prescription et gel anti-inflammatoire local. Éviter les anti-inflammatoires par voie orale au-delà de quelques jours
Immobilisation : respecter la durée prescrite, surveiller la peau sous la contention, desserrer si fourmillements ou engourdissements
Kinésithérapie : essentielle pour prévenir l'instabilité chronique. Réaliser les exercices à domicile quotidiennement. Ne pas négliger la rééducation
Reprise sportive : attendre le feu vert du médecin et du kinésithérapeute. Chevillère pendant le sport, échauffement systématique, progression graduelle

Surveillance prioritaire

Douleur (EVA/EN)

Toutes les 4 h en phase aiguë, puis 2x/j · EVA < 3/10 au repos sous 48-72 h, < 5/10 à la mobilisation

Alerte

EVA > 7/10 non calmée après 24-48 h de traitement : alerter le médecin pour rechercher une fracture occulteDouleur disproportionnée au traumatisme : évaluer la douleur par EVA et rechercher un syndrome de loge ou une algodystrophieDouleur osseuse au bord postérieur ou à la pointe d'une malléole (volet cheville) ou à la base du 5e métatarsien ou de l'os naviculaire (volet médio-pied) : appliquer les critères d'Ottawa et orienter vers la radiographie

Oedème et ecchymose

Périmètre cheville 2x/j (matin/soir) pendant 7-10 jours · Régression progressive attendue en 7 à 21 jours

Alerte

Oedème massif survenant en moins de 4 h : alerter le médecin pour rechercher un hématome majeur ou une fracture occulteOedème tendu et dur des loges musculaires : surélever le membre et appeler le médecin en urgence (syndrome de loge)Absence de régression de l'oedème après 72 h : vérifier l'application des mesures antalgiques immédiates et transmettre au médecin

Signes neurovasculaires

4x/j les premières 48 h : pouls pédieux, sensibilité, mobilité des orteils · Pieds chauds rosés symétriques, pouls palpables, sensibilité conservée

Alerte

Pied froid, pâle ou pouls pédieux aboli : vérifier les pouls distaux et la sensibilité puis alerter le médecin en urgenceDouleur intense à la dorsiflexion des orteils avec hypoesthésie : surélever le membre et appeler le chirurgien en urgence (syndrome de loge)Paresthésies persistant plus de 2 h : tester la sensibilité distale et transmettre au médecin pour évaluation neurologique

Appui et mobilité

Quotidien en phase aiguë, hebdomadaire de J7 à J90 · Mise en charge protégée précoce dès que la douleur le permet (HAS 2025). Stade I : appui complet J3-7. Stade II : appui complet J7-14. Stade III : immobilisation rigide 10 jours maximum, puis appui protégé sous attelle semi-rigide.

Alerte

Impossibilité d'appui persistant au-delà de J10 (stade I) ou J21 (stade II) : alerter le médecin pour réévaluation cliniqueInstabilité subjective persistant au-delà de J30 : mobiliser selon le protocole kiné et évaluer le score CAITBoiterie persistante au-delà de J21 (stade I) ou J45 (stade II) : tester la flexion/extension et transmettre au médecin

Rôle IDE détaillé

Recueil initial : circonstances du traumatisme, antécédents d'entorses, critères d'Ottawa, examen neurovasculaire
Évaluation de la douleur : EVA systématique au repos et à la mobilisation, avant et après les soins
Surveillance de l'oedème : périmètre de cheville, ecchymose, signes neurovasculaires (pouls, sensibilité, orteils)
Dépistage des complications : algodystrophie (au-delà de J15), instabilité chronique (au-delà de 3 mois)

Références

Entorse du ligament collatéral latéral de cheville : diagnostic, rééducation et reprise de l'activité physique et de la pratique sportive · HAS · 2025

Actualisation 2004 de la conférence de consensus : l'entorse de cheville au service d'urgence (critères d'Ottawa) · SFMU · 2004

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.