Orthopédique

Prothèse Totale de Hanche

Arthroplastie totale de hanche : indications, voies d'abord, soins post-opératoires, prévention de la luxation et rééducation

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La prothèse totale de hanche (PTH) est une arthroplastie remplaçant le cotyle et la tête fémorale, indiquée dans la coxarthrose invalidante résistante au traitement médical. Les enjeux infirmiers majeurs sont la prévention de la luxation prothétique par le respect strict des précautions posturales, la thromboprophylaxie par HBPM et la surveillance de l'infection du site opératoire.
Prévalence
Environ 140 000 à 150 000 PTH par an en France, chirurgie orthopédique la plus fréquente après 60 ans
Âge typique
Pic entre 65 et 80 ans. En augmentation chez les 50 à 65 ans actifs.
Mortalité
Mortalité péri-opératoire très faible. Risque lié aux comorbidités du patient.

Précoces

Signes précoces

Douleur post-opératoire modéréeDouleur inguinale et cuisse modérée J0 à J3, cédant à l'antalgie multimodale sur prescription
Oedème péri-articulaireOedème cuisse et hanche, ecchymose fréquente J2-J5, régression progressive sur 2-4 semaines
Limitation fonctionnelle transitoireMarche avec aide technique (cannes), limitation flexion, précautions posturales anti-luxation

Évolutifs

Signes évolutifs

Boiterie résiduelle de TrendelenburgInsuffisance moyen fessier post-chirurgicale, régresse en 3-6 mois avec rééducation
Inégalité de longueur membre inférieurSensation de membre rallongé fréquente, généralement bien tolérée. Compensation par semelle si gênante

Tardifs

Signes tardifs

Raideur articulaire progressiveLimitation flexion si rééducation insuffisante. Objectif : flexion > 90°, extension complète.

Gravité

Signes de gravité

Luxation prothétiqueDouleur brutale intense, raccourcissement + rotation fixe du membre, impotence totale = urgence
Infection prothétique aiguëFièvre > 38,5 °C, rougeur/écoulement cicatrice, douleur croissante, CRP ascendante > J5
Embolie pulmonaireDyspnée brutale, douleur thoracique, désaturation, tachycardie. Urgence vitale.

Mécanisme

Coxarthrose évoluée : le cartilage de la hanche est détruit, provoquant douleur et raideur à la marche
Remplacement chirurgical : la tête et le cotyle de la hanche sont remplacés par des pièces prothétiques
Voie antérieure (mini-invasive) : les muscles sont préservés, la récupération est plus rapide
Voie postéro-latérale : les muscles rotateurs sont coupés, le risque de luxation postérieure est plus élevé
Fixation de la prothèse : la prothèse non cimentée se solidarise à l'os en 6-12 semaines

Conséquences

Hanche : risque de luxation prothétique (douleur brutale, blocage, raccourcissement du membre)
Membres inférieurs : TVP et embolie pulmonaire possibles malgré la prophylaxie
Cicatrice : infection prothétique possible (fièvre, rougeur, écoulement, CRP en hausse)
Prothèse : descellement progressif après plusieurs années (douleur mécanique croissante)
Longueur du membre : légère différence fréquente, généralement bien tolérée

Évolution

Lever J1, sortie J1-J3 (protocole RAAC), précautions anti-luxation 6-12 semaines, sevrage des cannes à 4-6 semaines. Récupération fonctionnelle quasi-complète à 3-6 mois, durée de vie de la prothèse 15-25 ans.
Coxarthrose primitive : usure progressive du cartilage coxo-fémoral, cause la plus fréquente
Coxarthrose secondaire : dysplasie · nécrose avasculaire · post-traumatique · inflammatoire (PR)
Fracture du col fémoral déplacée chez le sujet actif autonome
Obésité : risque augmenté de luxation, infection et usure précoce
Diabète déséquilibré : risque infectieux majoré
Tabagisme actif : retard cicatrisation, risque thromboembolique majoré

Critères diagnostiques

Coxarthrose radiologique : pincement articulaire, ostéophytes, sclérose sous-chondrale, géodes
Douleur mécanique invalidante : résistante au traitement médical depuis plus de 3-6 mois
Limitation fonctionnelle : réduction du périmètre de marche, escaliers, chaussage
Échec du traitement conservateur : antalgiques, AINS, kinésithérapie, infiltrations

Diagnostic différentiel

Cruralgie L3-L4 : douleur face antérieure cuisse irradiant sous le genou, origine rachidienne
Tendinopathie du moyen fessier : douleur latérale de hanche sans limitation de rotation
Méralgie paresthésique : paresthésies territoire cutané fémoral latéral isolées
Fracture de fatigue du col : contexte sportif ou ostéoporose, douleur progressive
Coxite infectieuse : fièvre associée, syndrome inflammatoire biologique marqué

Examens complémentaires

Radiographie bassin face + hanche F/P post-opératoire

Position prothétique correcte, absence de fracture péri-prothétiquePréparer le patient pour la radiographie de contrôle sur prescription médicale. Transmettre immédiatement les résultats au chirurgien pour validation de la position prothétique.

NFS, CRP pré et post-opératoire

Hémoglobine de suivi, CRP avec pic J2-J3 puis décroissance régulièrePrélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si anémie mal tolérée ou CRP ré-ascendante après J5 (infection).

Bilan pré-opératoire complet (groupe-RAI, TP-TCA, iono, créatinine)

Hémostase normale, fonction rénale, groupe sanguin, RAI validité 72 hPrélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si insuffisance rénale ou anomalie de coagulation. Préparer le groupe-RAI pour transfusion éventuelle.

ECG pré-opératoire

Rythme sinusal, absence d'ischémie, troubles de conductionRéaliser et transmettre immédiatement à l'anesthésiste. Alerter le médecin si FA, BAV ou aspect d'ischémie détecté.

Spécialisé

Arthroplastie totale de hancheRemplacement du cotyle et de la tête fémorale sur décision chirurgicale. Voie d'abord selon la technique du chirurgien. L'IDE prépare le patient et assure la surveillance post-opératoire.

Hospitalisation J1-J3 (protocole RAAC)

Actif

Antalgie multimodale post-opératoireParacétamol systématique, anti-inflammatoire et morphiniques sur prescription si douleur insuffisamment contrôlée. L'IDE évalue l'EVA avant et après administration et surveille le transit.

Antalgie 7-21 jours selon EVA

Actif

Thromboprophylaxie par HBPMHBPM à dose prophylactique en injection sous-cutanée quotidienne sur prescription. L'IDE surveille les signes hémorragiques et la numération plaquettaire.

35 jours post-opératoires

Actif

Antibioprophylaxie pré-opératoireAntibiotique IV en dose unique avant l'incision sur prescription. Objectif : prévention de l'infection du site opératoire.

Dose unique pré-incision

Support

Rééducation précoce et mobilisationLever J1 avec kinésithérapeute, marche avec cannes. Renforcement du moyen fessier et du quadriceps. Sevrage progressif des cannes.

Kinésithérapie 6 à 12 semaines

Éducation

Précautions anti-luxationPas de flexion > 90°, pas d'adduction croisée, pas de rotation interne forcée pendant 6-12 semaines. Aides techniques : rehausseur WC, siège adapté, chausse-pied long.

6-12 semaines post-opératoires

Luxation prothétique

Perte de contact tête-cupule, surtout dans les 6 premières semaines. Réduction sous anesthésie générale.

Prévention

Précautions posturales strictes 6-12 semaines, coussin d'abduction, éducation patient, choix voie antérieure

Signes d'alerte

Douleur brutale intense de hanche · Raccourcissement + rotation fixe du membre · Impossibilité totale de mobilisation active

Infection prothétique

Précoce (avant 3 mois) ou tardive (hématogène). Peut nécessiter un changement de prothèse.

Prévention

Antibioprophylaxie pré-opératoire sur prescription, asepsie rigoureuse, dépistage pré-opératoire, équilibre glycémique

Signes d'alerte

Fièvre persistante > 38,5 °C après J3 · Rougeur/chaleur/écoulement cicatrice · CRP ascendante après J5

TVP et embolie pulmonaire

TVP possible malgré la prophylaxie. EP potentiellement fatale. Risque maximal J5 à J14.

Prévention

HBPM 35 jours + BAS + mobilisation précoce J1 + cryothérapie

Signes d'alerte

Douleur mollet unilatéral avec oedème · Dyspnée brutale avec désaturation · Tachycardie inexpliquée

Fracture péri-prothétique

Fracture du fémur autour de la tige prothétique. Favorisée par l'ostéoporose. Survient après chute ou traumatisme.

Prévention

Prévention des chutes, traitement ostéoporose, aide technique marche en période précoce

Signes d'alerte

Douleur cuisse brutale après effort ou chute · Impossibilité d'appui · Déformation ou mobilité anormale cuisse

Descellement aseptique

Cause principale de révision à long terme. Usure progressive des matériaux prothétiques.

Prévention

Couples de frottement modernes (céramique-céramique), activité physique adaptée, suivi radiologique annuel

Signes d'alerte

Douleur mécanique progressive de hanche · Boiterie croissante à la marche · Liseré péri-prothétique évolutif en radiographie

Précautions anti-luxation : pas de flexion excessive, pas de croisement de jambes, WC surélevé obligatoire pendant 6 à 12 semaines
Mobilisation progressive : lever J1, marche avec cannes, sevrage progressif. Kinésithérapie essentielle pour la récupération
Thromboprophylaxie : injections HBPM quotidiennes et bas de contention. Signaler toute douleur de mollet ou essoufflement
Signes d'alerte : douleur brutale avec blocage de la hanche (luxation, appeler le 15). Fièvre ou rougeur de la cicatrice (infection)
Activités : marche, vélo, natation autorisés progressivement. Éviter les sports d'impact pour préserver la prothèse
Suivi à vie : consultations chirurgicales régulières, radiographie annuelle. Carte de porteur de prothèse toujours sur soi

Surveillance prioritaire

Hémodynamique et saignement

PA, FC, SpO2 toutes les 4 h J0-J2, puis 2x/j · PA > 100/60 mmHg, FC < 100/min, SpO2 > 94 %, Hb > 8 g/dL

Alerte

Tachycardie > 110/min avec pâleur ou sueurs : alerter immédiatement le médecin (hémorragie ou anémie aiguë)Hématome de cuisse en expansion rapide : mesurer le périmètre du membre et comparer au côté opposéHb < 7 g/dL ou anémie mal tolérée (dyspnée, angor) : préparer le bilan pré-transfusionnel sur prescription

Douleur et mobilisation

EVA toutes les 4 h, avant/après kinésithérapie · EVA < 3/10 au repos, < 5/10 à la mobilisation

Alerte

EVA > 7/10 malgré antalgie multimodale : vérifier la dernière administration et alerter le médecinDouleur brutale avec déformation du membre : immobiliser en position trouvée et appeler le chirurgien en urgence (luxation)Refus de mobilisation à J1 malgré antalgie optimale : réévaluer la douleur au repos et transmettre au kinésithérapeute

Thromboembolie (TVP/EP)

Surveillance quotidienne mollets + SpO2 pendant 35 jours · Membres inférieurs symétriques, SpO2 > 94 %, absence de douleur thoracique

Alerte

Douleur mollet unilatérale avec oedème et chaleur : mesurer le périmètre des deux mollets et alerter le médecin (suspicion TVP)Dyspnée brutale avec SpO2 < 92 % et tachycardie : installer en position demi-assise et appeler le médecin en urgence (suspicion EP)Douleur thoracique pleurétique brutale : tester les pouls pédieux bilatéraux et noter la SpO2 pour transmission immédiate

Cicatrice et risque infectieux

Pansement J2, puis tous les 2 jours. Température 3x/j. · Cicatrice propre sèche, T < 38 °C après J3, CRP décroissante

Alerte

Fièvre > 38,5 °C après J3 : mesurer la température rectale et alerter le médecin (infection du site opératoire)Écoulement purulent ou séreux abondant par la cicatrice : noter l'aspect, le volume et protéger par un pansement stérileCRP > 100 mg/L ou ré-ascension après J5 : vérifier le Redon (volume, aspect) et transmettre les résultats au chirurgien

Position et précautions anti-luxation

À chaque mobilisation, transfert, toilette · Coussin d'abduction en décubitus, flexion < 90°, pas d'adduction croisée

Alerte

Douleur brutale avec raccourcissement et rotation fixe du membre : immobiliser en position trouvée et alerter le chirurgien en urgence (luxation)Non-respect répété des consignes posturales : vérifier la position du coussin abducteur et reprendre l'éducation au patientSensation de ressaut ou de déboîtement articulaire : tester les pouls pédieux et noter la position du membre pour transmission

Rôle IDE détaillé

Constantes : PA, FC, SpO2, température, Hb, diurèse, état de conscience
Douleur : EVA systématique au repos et à la mobilisation toutes les 4 h
Cicatrice : rougeur, écoulement, hématome, signes inflammatoires locaux
Membres inférieurs : symétrie des mollets, signes de TVP, oedème
Autonomie : transferts, marche (distance, aide), respect des précautions posturales

Références

Réhabilitation améliorée après chirurgie orthopédique lourde du membre inférieur (arthroplastie de hanche et de genou hors fracture) · SFAR-SOFCOT · 2019

Programmes de récupération améliorée après chirurgie (RAAC) · HAS · 2016

Antibioprophylaxie en chirurgie et médecine interventionnelle · SFAR-SPILF · 2024

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.