Fibrome utérin

Tumeur bénigne très fréquente du muscle utérin, sans potentiel cancéreux et souvent asymptomatique. Quand il est symptomatique, son retentissement est surtout hémorragique : les règles abondantes exposent à l'anémie ferriprive, que l'IDE repère et surveille.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

Le fibrome utérin, aussi appelé myome, fibromyome ou léiomyome, est une tumeur bénigne développée à partir du muscle de l'utérus (le myomètre). C'est la tumeur bénigne la plus fréquente de l'appareil génital féminin : il n'a pas de potentiel cancéreux et régresse le plus souvent après la ménopause. Souvent asymptomatique, il n'est traité que lorsqu'il gêne, et son retentissement est alors surtout hémorragique, avec des règles abondantes et prolongées qui exposent à l'anémie ferriprive.
Prévalence
Le fibrome utérin est la tumeur bénigne la plus fréquente chez la femme : il concerne environ une femme sur trois, essentiellement entre 30 et 50 ans (Ameli). Une grande partie des fibromes ne provoquent aucun symptôme : 20 à 50 % des femmes porteuses d'un fibrome ne présentent aucune manifestation particulière (Ameli). Les règles abondantes liées aux myomes sont la première cause de consultation gynécologique entre 40 et 50 ans et le fibrome est la première cause d'hystérectomie en France (CNGOF).
Âge typique
Femme en période d'activité génitale, le plus souvent entre 30 et 50 ans. La fréquence augmente avec l'âge jusqu'à la ménopause, puis les fibromes régressent en général spontanément en l'absence de traitement hormonal de la ménopause (Ameli).
Mortalité
Le fibrome utérin est une tumeur bénigne : il n'engage pas le pronostic vital et n'a pas de potentiel cancéreux. Sa gravité tient à son retentissement, surtout l'anémie ferriprive liée aux saignements répétés et, selon la localisation, aux signes de compression et au retentissement possible sur la fertilité (Ameli).

Précoces

Signes précoces

Fibrome asymptomatiqueAbsence de symptôme dans une large part des cas (20 à 50 % des femmes porteuses) : le fibrome est découvert lors d'un examen gynécologique ou d'une échographie réalisés pour un autre motif.
Règles abondantes et prolongéesMénorragies (règles abondantes) et parfois métrorragies (saignements entre les règles), signe le plus fréquent des fibromes sous-muqueux et interstitiels, à faire préciser en quantifiant les protections.
Pesanteur ou douleurs pelviennesSensation de poids dans le bas-ventre, ballonnements ou douleurs pelviennes, plutôt liées aux fibromes volumineux ou compressifs.

Évolutifs

Signes évolutifs

Signes d'anémie ferripriveFatigue inhabituelle, pâleur, essoufflement à l'effort, palpitations : conséquence des saignements répétés, à repérer et transmettre au médecin.
Signes de compressionEnvies fréquentes d'uriner, constipation, hémorroïdes, parfois dyspareunie, liés à un fibrome qui appuie sur la vessie ou le rectum.

Tardifs

Signes tardifs

Augmentation du volume de l'abdomenGros fibromes donnant une masse pelvienne perçue par la patiente ou une gêne mécanique, motivant souvent la consultation.

Gravité

Signes de gravité

Anémie mal toléréeSaignements abondants avec pâleur intense, tachycardie, malaise ou essoufflement au moindre effort : surveiller les constantes et alerter le médecin sans délai.
Hémorragie génitale abondanteSaignement très important et prolongé, protections saturées rapidement : surveillance des constantes, quantification, alerter le médecin ou déclencher la procédure d'urgence de l'établissement (le 15 hors établissement).
Métrorragies après la ménopauseTout saignement génital survenant après la ménopause n'est pas un fibrome banal : il impose d'éliminer un cancer de l'endomètre. Transmettre au médecin sans délai pour bilan.

Mécanisme

Développement à partir du myomètre : une cellule musculaire lisse de la paroi utérine prolifère et forme une masse arrondie bien limitée, le fibrome
Croissance hormono-dépendante : les oestrogènes stimulent le volume du fibrome, ce qui explique son évolution pendant la vie génitale et sa régression après la ménopause
Localisation qui détermine les symptômes : sous-muqueux (fait saillie dans la cavité, très hémorragique), interstitiel ou intramural (dans l'épaisseur du muscle), sous-séreux (vers l'extérieur, plutôt compressif)
Retentissement hémorragique : les fibromes sous-muqueux et interstitiels augmentent la surface et gênent la contraction utérine, ce qui allonge et majore les saignements des règles

Conséquences

Règles abondantes et prolongées (ménométrorragies) responsables de pertes de fer répétées
Anémie ferriprive avec fatigue, pâleur et essoufflement quand les saignements se répètent
Signes de compression selon la localisation : envies fréquentes d'uriner, constipation, pesanteur pelvienne
Retentissement possible sur la fertilité et augmentation du volume de l'abdomen pour les gros fibromes

Évolution

L'évolution est le plus souvent bénigne et lente. Beaucoup de fibromes restent asymptomatiques et ne nécessitent qu'une surveillance. Lorsqu'ils sont symptomatiques, les saignements et la compression peuvent altérer la qualité de vie ; aucun traitement médical ne fait disparaître les myomes, mais les saignements peuvent être réduits et un geste peut être proposé. Après la ménopause, les fibromes régressent en général spontanément (CNGOF).
Hormono-dépendance aux oestrogènes : les fibromes se développent pendant la période d'activité génitale et régressent après la ménopause (Ameli)
Âge entre 30 et 50 ans : période de plus forte fréquence des fibromes symptomatiques (Ameli)
Antécédent familial de fibrome utérin : terrain plus fréquemment retrouvé (Ameli)
Nulliparité et surpoids : facteurs associés à une fréquence plus élevée de fibromes (Ameli)
Origine afro-caribéenne : fibromes plus fréquents et souvent plus précoces (Ameli)

Critères diagnostiques

Signes d'appel : règles abondantes ou prolongées, pesanteur ou douleurs pelviennes, signes de compression ou masse abdominale chez une femme en période d'activité génitale
Examen gynécologique par le médecin ou la sage-femme retrouvant un utérus augmenté et irrégulier
Échographie pelvienne et endovaginale confirmant le fibrome et précisant nombre, taille et localisation (examen de référence)
IRM pelvienne ou hystéroscopie selon les cas, notamment pour les fibromes sous-muqueux ou avant un geste
Recherche d'une anémie ferriprive par NFS et ferritine quand les saignements sont abondants (bilan de retentissement)

Diagnostic différentiel

Adénomyose : présence d'endomètre dans le muscle utérin, règles douloureuses avec utérus sensible et globalement augmenté, sans masse bien limitée
Polype endométrial : formation de la muqueuse dans la cavité utérine, à l'origine de saignements, distinguée à l'échographie ou à l'hystéroscopie
Cancer de l'endomètre : à évoquer en priorité devant des métrorragies après la ménopause, qui ne sont jamais un fibrome banal
Kyste ovarien : masse développée à partir de l'ovaire, de localisation différente, précisée par l'imagerie
Grossesse : à éliminer devant une augmentation du volume utérin et un retard de règles chez la femme en âge de procréer
Léiomyosarcome : tumeur maligne rare distincte du fibrome bénin, évoquée devant une croissance rapide ou inhabituelle

Examens complémentaires

Examen gynécologique

Le médecin ou la sage-femme apprécie le volume, la forme et la consistance de l'utérus, qui peut être augmenté et irrégulier en présence de fibromes.L'IDE installe la patiente en respectant son intimité, explique le déroulement, recueille la douleur et les questions, et transmet au médecin les éléments recueillis. Le diagnostic clinique relève du médecin ou de la sage-femme.

Échographie pelvienne et endovaginale

Examen de référence pour la cartographie : confirme le diagnostic et précise le nombre, la taille et la localisation des fibromes (couplée au doppler).L'IDE prépare la patiente, explique l'examen, respecte l'intimité et transmet au médecin le compte rendu ainsi que l'inconfort ou les questions de la patiente. L'interprétation appartient au médecin.

IRM pelvienne

Complète l'échographie pour cartographier précisément les fibromes multiples ou volumineux, notamment avant une prise en charge chirurgicale ou une embolisation.L'IDE vérifie la préparation de la patiente, recherche les contre-indications habituelles à l'IRM et transmet le compte rendu au médecin. Elle ne pose pas l'indication de l'examen.

Hystéroscopie

Visualisation directe de la cavité utérine, surtout utile pour les fibromes sous-muqueux et le bilan des saignements ; peut être diagnostique ou permettre un geste.L'IDE prépare la patiente, explique les étapes, surveille après le geste la douleur et les saignements et transmet au médecin. L'examen est réalisé et interprété par le médecin.

Numération formule sanguine et bilan martial

NFS et ferritine à la recherche d'une anémie ferriprive lorsque les saignements sont abondants ou répétés (hémoglobine abaissée, ferritine basse).L'IDE prélève sur prescription, identifie correctement les tubes et achemine au laboratoire. Elle transmet au médecin les valeurs avec leur tendance et alerte devant une anémie mal tolérée.

Support

Abstention et surveillance du fibrome asymptomatiqueUn fibrome bénin sans symptôme ne se traite pas et relève d'une simple surveillance médicale ; il régresse le plus souvent après la ménopause. L'IDE explique le caractère bénin, rassure sans banaliser et repère l'apparition de symptômes à transmettre au médecin.

Surveillance selon le suivi gynécologique

Actif

Traitement médical des saignementsEn cas de règles abondantes, le médecin prescrit selon la situation des progestatifs, un dispositif intra-utérin au lévonorgestrel ou de l'acide tranexamique ; ces traitements réduisent les saignements mais ne font pas disparaître le fibrome. L'IDE administre sur prescription, surveille l'efficacité et la tolérance et transmet au médecin.

Selon la prescription et l'évolution

Actif

Agonistes de la GnRH en préparation d'un gestePrescrits par le médecin pour quelques mois afin de réduire le volume des fibromes et corriger l'anémie avant une chirurgie ou une embolisation. L'IDE administre sur prescription, surveille la tolérance et transmet au médecin les effets indésirables.

Quelques mois avant le geste, selon la prescription

Support

Embolisation des artères utérinesAlternative à la chirurgie réalisée par le radiologue interventionnel, reconnue pour les fibromes interstitiels et sous-séreux, consistant à obstruer les artères qui vascularisent le fibrome. L'IDE prépare la patiente, surveille le point de ponction et repère le syndrome post-embolisation (douleur pelvienne et fièvre) à transmettre au médecin.

Geste ambulatoire avec surveillance des suites

Support

MyomectomieAblation du ou des fibromes en conservant l'utérus, proposée notamment en cas de désir de grossesse, réalisée par le chirurgien. L'IDE prépare la patiente au bloc, surveille les suites opératoires (saignement, douleur, reprise du transit et des mictions) et transmet au médecin.

Selon le geste et les suites opératoires

Support

HystérectomieAblation de l'utérus, traitement radical proposé quand il n'y a plus de désir de grossesse ou en cas de fibromes volumineux ou multiples. L'IDE prépare la patiente, surveille les suites opératoires et accompagne le vécu et le retentissement sur l'image corporelle.

Selon le geste et les suites opératoires

Actif

Correction de l'anémie et de la carence en ferLa supplémentation en fer, orale ou intraveineuse selon la prescription, accompagne la prise en charge des saignements. L'IDE administre sur prescription, surveille la tolérance et l'efficacité et transmet au médecin l'évolution de l'hémoglobine.

Selon la prescription et l'évolution du bilan martial

Anémie ferriprive

Conséquence la plus fréquente des fibromes symptomatiques : les saignements répétés entraînent une carence en fer avec fatigue, pâleur et essoufflement, parfois mal tolérée.

Prévention

Repérage IDE des saignements abondants et des signes d'anémie, transmission au médecin, administration du fer sur prescription et surveillance de l'hémoglobine et de la ferritine.

Signes d'alerte

Fatigue inhabituelle et pâleur · Essoufflement à l'effort ou palpitations · Hémoglobine ou ferritine en baisse sur le bilan

Signes de compression pelvienne

Un fibrome volumineux peut comprimer la vessie ou le rectum et gêner la miction ou le transit, plus rarement les voies urinaires.

Prévention

Recueil IDE des signes urinaires et digestifs, transmission au médecin et information de la patiente sur les signes à signaler.

Signes d'alerte

Envies fréquentes d'uriner · Constipation ou hémorroïdes · Pesanteur pelvienne ou gêne mécanique

Retentissement sur la fertilité

Selon leur localisation, notamment sous-muqueuse, certains fibromes peuvent gêner l'implantation et compliquer un projet de grossesse.

Prévention

Aborder tôt le projet parental, transmettre au médecin en cas de difficulté à concevoir et accompagner le parcours vers le gynécologue.

Signes d'alerte

Difficulté à concevoir · Fibrome sous-muqueux connu déformant la cavité · Antécédent de saignements importants

Syndrome post-embolisation

Dans les suites d'une embolisation des artères utérines, association fréquente de douleurs pelviennes et de fièvre modérée, à distinguer d'une complication infectieuse.

Prévention

Surveillance IDE rapprochée après le geste, contrôle de la douleur sur prescription, surveillance de la fièvre et du point de ponction, transmission au médecin.

Signes d'alerte

Douleur pelvienne dans les heures suivant le geste · Fièvre modérée · Nausées ou fatigue post-interventionnelle

Expliquer que le fibrome utérin est une tumeur bénigne, sans potentiel cancéreux, et qu'un fibrome sans symptôme ne nécessite qu'une surveillance.
Rappeler qu'aucun traitement médical ne fait disparaître le fibrome mais que les saignements et les symptômes peuvent être soulagés selon la situation.
Aider la patiente à repérer les règles anormalement abondantes ou prolongées et les signes d'anémie (fatigue, pâleur, essoufflement) qui doivent conduire à consulter.
Informer que tout saignement survenant après la ménopause doit être signalé rapidement au médecin, car il impose d'éliminer une autre cause.
Reformuler les étapes d'un geste éventuel (embolisation, myomectomie, hystérectomie) et les signes des suites à signaler : douleur intense, fièvre, saignement.
Ouvrir la parole sur le projet de grossesse, le vécu et l'image corporelle, en particulier lorsqu'une hystérectomie est envisagée.

Surveillance prioritaire

Saignements et tolérance de l'anémie

À chaque contact et sur prescription lors des périodes de saignement ou du suivi du bilan martial · Repères d'alerte IDE : pâleur, essoufflement au moindre effort, tachycardie persistante au-delà de 120 battements par minute, malaise, protections saturées rapidement. Hémoglobine et ferritine tracées et comparées aux valeurs précédentes sur prescription.

Alerte

Saignement abondant et prolongé, protections saturées rapidement : alerter le médecinFatigue majeure, pâleur, essoufflement ou tachycardie témoignant d'une anémie mal toléréeHémoglobine en baisse ou ferritine effondrée sur le bilan de contrôle, à transmettre au médecin

Métrorragies après la ménopause

À chaque contact chez la femme ménopausée · Tout saignement génital après la ménopause est anormal et impose d'éliminer un cancer de l'endomètre : il n'est jamais interprété comme un fibrome banal.

Alerte

Saignement génital, même minime, chez une femme ménopausée : transmettre au médecin sans délai pour bilanRécidive de saignements après la ménopause chez une patiente déjà porteuse de fibromes connusAssociation à une altération de l'état général ou à des douleurs pelviennes nouvelles

Suites d'une embolisation ou d'une chirurgie

Selon le protocole post-interventionnel, en surveillance rapprochée dans les suites immédiates · Constantes stables, douleur contrôlée par les antalgiques, point de ponction sec après embolisation, reprise du transit et des mictions après chirurgie, absence de fièvre inexpliquée.

Alerte

Douleur pelvienne intense et fièvre après embolisation : évoquer et transmettre un syndrome post-embolisation au médecinHématome ou saignement du point de ponction, ou saignement génital abondant après un gesteFièvre, absence de reprise du transit ou des mictions, ou douleur inhabituelle après la chirurgie

Rôle IDE détaillé

Recueillir l'abondance et la durée des règles en quantifiant les protections, ainsi que les saignements entre les règles.
Repérer les signes d'anémie : fatigue, pâleur, essoufflement, palpitations, et transmettre au médecin.
Rechercher les signes de compression (troubles urinaires ou digestifs) et évaluer le retentissement sur la vie quotidienne.
Chez la femme ménopausée, repérer tout saignement génital et le transmettre au médecin sans délai.

Références

Comprendre les fibromes de l'utérus · Ameli · 2024

Fibromes utérins : symptômes, diagnostic, évolution · Ameli · 2024

Fibrome utérin : quel traitement ? · Ameli · 2024

Fibrome de l'utérus : le suivi post-opératoire · Ameli · 2024

Mon Fibrome : outil d'aide à la décision partagée pour le traitement du fibrome utérin · AP-HP · 2020

CNGOF : prise en charge des myomes utérins, recommandations 2011 · CNGOF · 2011

Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.