Fibrome utérin
Tumeur bénigne très fréquente du muscle utérin, le plus souvent asymptomatique. Quand il est symptomatique, son retentissement est surtout hémorragique : les règles abondantes exposent à l'anémie par carence en fer, que l'IDE repère et surveille.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Le fibrome utérin est la tumeur bénigne la plus fréquente de l'appareil génital féminin, et sa fréquence augmente avec l'âge (HAS 2022, fiche pertinence). Les ordres de grandeur diffèrent selon les documents : 20 à 30 % des femmes après 30 ans et 40 % dès 40 ans pour la HAS (HAS 2022, rapport d'élaboration), environ 25 % entre 40 et 50 ans et jusqu'à 50 % après 50 ans pour le CNGOF (CNGOF 2022). La plupart ne donnent aucun symptôme : des manifestations ne sont observées que dans 20 à 50 % des cas (HAS 2022, fiche pertinence). Le fibrome est la première cause d'hystérectomie en France (CNGOF 2011 ; HAS 2024).
- Âge typique
- Femme en période d'activité génitale : les fibromes concernent surtout les femmes dès 30 ans, et plus encore après 40 ans (HAS 2022, fiche pertinence ; HAS 2024). Après la ménopause, leur croissance s'arrête et leur taille peut diminuer (HAS 2022, fiche pertinence) ; à l'inverse, sans traitement hormonal, un myome qui apparaît ou grossit à cet âge fait explorer (CNGOF 2011). Le traitement hormonal de la ménopause n'est pas contre-indiqué en présence d'un myome, mais la patiente est informée qu'il peut le faire évoluer et qu'elle doit consulter si des symptômes apparaissent ; il majore le risque de règles abondantes quand le myome est sous-muqueux (CNGOF 2011).
- Mortalité
- Le fibrome utérin est une tumeur bénigne, sans risque de transformation maligne selon la HAS (HAS 2022, fiche pertinence). Le CNGOF rappelle que le sarcome existe : il le juge assez rare pour ne pas justifier une hystérectomie systématique devant des myomes (CNGOF 2011), et signale qu'en morcelant un utérus pendant une hystérectomie on risque de disséminer une tumeur maligne méconnue (CNGOF 2015). Sa gravité tient à son retentissement : l'anémie par carence en fer, principale conséquence des ménométrorragies (HAS 2022, rapport d'élaboration), la compression de la vessie ou de l'intestin par un fibrome volumineux (HAS 2024), et un retentissement possible sur la fertilité, surtout quand un fibrome sous-muqueux déforme la cavité utérine (HAS 2022, rapport d'élaboration).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
L'évolution spontanée des fibromes est imprévisible, avec une régression habituellement observée après la ménopause (HAS 2022, fiche pertinence). La plupart restent asymptomatiques et relèvent d'une simple surveillance (HAS 2024). Quand ils sont symptomatiques, aucun traitement médical actuellement validé ne les fait disparaître : les médicaments visent les symptômes, et seules les techniques interventionnelles traitent les fibromes eux-mêmes (CNGOF 2011 ; HAS 2024). Le fibrome peut aussi récidiver après un traitement qui conserve l'utérus (HAS 2024).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Examen gynécologique
C'est en général à l'examen gynécologique que le fibrome est suspecté (HAS 2022, rapport d'élaboration). L'examen au spéculum permet d'écarter un saignement d'origine basse, vulvaire, vaginale ou du col (CNGOF 2022).L'IDE installe la patiente en respectant son intimité, explique le déroulement, recueille la douleur et les questions, et transmet au médecin les éléments recueillis. Le diagnostic clinique relève du médecin.Échographie pelvienne et endovaginale
Examen diagnostique de référence : l'échographie-doppler par voie sus-pubienne et endovaginale confirme le fibrome et précise sa taille, son type FIGO et sa vascularisation (HAS 2022, rapport d'élaboration ; HAS 2024). Devant un fibrome sans symptôme, une échographie systématique n'est pas utile (HAS 2022, fiche pertinence ; CNGOF 2011).L'IDE prépare la patiente, explique l'examen, respecte l'intimité et transmet au médecin le compte rendu ainsi que l'inconfort ou les questions de la patiente. L'interprétation appartient au médecin.IRM pelvienne
Examen habituellement de deuxième intention, recommandé devant une présentation atypique et, si besoin, avant un traitement pour cartographier les fibromes (nombre, taille, localisation) ; elle peut modifier l'indication d'une embolisation (HAS 2022, rapport d'élaboration ; CNGOF 2022).L'IDE vérifie la préparation de la patiente, recherche les contre-indications habituelles à l'IRM et transmet le compte rendu au médecin. Elle ne pose pas l'indication de l'examen.Hystéroscopie
Examen de seconde intention qui visualise directement la cavité utérine, utile pour les fibromes sous-muqueux ; elle permet aussi leur résection (HAS 2024 ; CNGOF 2011).L'IDE prépare la patiente, explique les étapes, surveille après le geste la douleur et les saignements et transmet au médecin. L'examen est réalisé et interprété par le médecin.Numération formule sanguine et ferritine
Devant des ménorragies, la NFS vient en tête des examens de sang, pour rechercher une anémie ou une baisse des plaquettes (CNGOF 2022). La ferritine reflète les réserves en fer. Faute d'étude comparative, le CNGOF ne formule pas de recommandation sur son ajout à la NFS (CNGOF 2022).L'IDE prélève sur prescription, identifie correctement les tubes et achemine au laboratoire. Elle transmet au médecin les valeurs avec leur tendance et alerte devant une anémie mal tolérée.Support
Abstention et surveillance du fibrome asymptomatiqueEn l'absence de symptômes, le fibrome n'a pas d'indication de traitement, sauf le fibrome sous-muqueux chez une femme qui souhaite une grossesse (HAS 2022, fiche pertinence). Après 40 ans, l'évolution étant imprévisible, le CNGOF recommande une surveillance annuelle par examen gynécologique, sans échographie systématique (CNGOF 2011). L'IDE explique le caractère bénin, rassure sans banaliser et repère l'apparition de symptômes à transmettre au médecin.Surveillance selon le suivi gynécologique
Actif
Traitement médical des saignementsEn présence de symptômes, le traitement de première intention est classiquement médicamenteux, et les traitements non médicamenteux ne sont habituellement envisagés qu'après son échec (HAS 2022, fiche pertinence). Selon la situation, le médecin prescrit un dispositif intra-utérin au lévonorgestrel, hors fibrome sous-muqueux, des progestatifs ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens ; ces traitements réduisent les saignements mais ne font pas disparaître le fibrome (CNGOF 2011 ; CNGOF 2022). L'acide tranexamique peut être proposé pour les ménorragies liées aux myomes (CNGOF 2011) ; en 2022, le CNGOF le réserve aux saignements importants et estime que, du fait du risque thrombogène, sa prescription devrait rester limitée dans le temps (CNGOF 2022). Un fibrome sous-muqueux symptomatique relève d'abord de la chirurgie plutôt que d'un traitement médical seul (CNGOF 2011). L'IDE administre sur prescription, surveille l'efficacité et la tolérance et transmet au médecin.Selon la prescription et l'évolution
Actif
Agonistes de la GnRH en préparation d'une chirurgieDans les recommandations de 2011, la leuproréline et la triptoréline sont un traitement préopératoire des myomes associés à une anémie (hémoglobine inférieure à 8 g/dL), ou quand il faut réduire le myome pour rendre le geste plus simple ou changer de technique opératoire, sur 3 mois au plus (CNGOF 2011). En 2022, le CNGOF ne retient pas d'argument pour les prescrire avant la résection hystéroscopique d'un myome de type 0 à 2 afin de simplifier le geste ; pour les myomes de type 2 à 6, ils viennent en deuxième intention pour faciliter une chirurgie, et pour peu de temps, car ils provoquent une ménopause artificielle, avec bouffées de chaleur et ostéoporose (CNGOF 2022). L'IDE administre sur prescription, surveille la tolérance et transmet au médecin les effets indésirables.3 mois au plus avant le geste, selon la prescription
Support
Embolisation des artères utérinesGeste de radiologie interventionnelle réalisé sous anesthésie locale et sédation, par une ponction de l'artère fémorale ou radiale : l'injection de microparticules obstrue les artères qui nourrissent les fibromes et en provoque la nécrose (HAS 2022, fiche pertinence ; HAS 2024). En 2011, elle constitue une option thérapeutique des myomes symptomatiques lorsque la femme n'envisage plus de grossesse (grade A), mais elle n'est pas recommandée pour un myome sous-muqueux de type 0 ou 1 isolé, ni pour un myome sous-séreux pédiculé isolé (grade C) (CNGOF 2011). En 2022, pour des ménorragies sur myomes de type 2 à 6 chez une femme qui souhaite garder son utérus, embolisation et myomectomie sont proposées indifféremment, avec une information sur la meilleure tolérance après l'intervention et le risque plus élevé, à long terme, d'avoir à réintervenir après une embolisation (recommandation forte) (CNGOF 2022). Les deux textes diffèrent sur le projet de grossesse : en 2011, l'embolisation n'était pas le traitement de première intention en cas de désir de grossesse (CNGOF 2011) ; en 2022, chez une femme qui veut préserver sa fertilité, les deux gestes sont proposés indifféremment, avec une information sur les incertitudes de fertilité et le risque de fausse couche (recommandation faible) (CNGOF 2022). La HAS note que la fertilité après embolisation ne repose sur aucune donnée certaine (HAS 2022, fiche pertinence). L'IDE prépare la patiente, surveille le point de ponction et la douleur, et repère le syndrome post-embolisation à transmettre au médecin.Ambulatoire avec antalgie poursuivie à domicile, ou hospitalisation de moins de 3 jours (HAS 2022, fiche pertinence)
Spécialisé
MyomectomieAblation du ou des fibromes en conservant l'utérus, par la voie que permettent le nombre, la taille et le type des fibromes ; c'est une option pour la femme qui souhaite préserver sa fertilité (HAS 2022, fiche pertinence ; HAS 2024). La patiente est informée que les symptômes peuvent persister et les myomes récidiver, au point de conduire à une nouvelle intervention (CNGOF 2011). L'IDE prépare la patiente au bloc, surveille les suites opératoires (saignement, douleur, reprise du transit et des mictions) et transmet au médecin.Selon le geste et les suites opératoires
Spécialisé
HystérectomieAblation de l'utérus, subtotale ou totale : seul traitement définitif, c'est le plus efficace sur les fibromes symptomatiques chez une femme sans désir de grossesse, informée des alternatives (CNGOF 2011 ; HAS 2024). Quand elles sont possibles, les voies vaginale ou cœlioscopique sont préférées à la laparotomie (CNGOF 2011). Le CNGOF recommande de ne pas dépasser 24 heures de sondage urinaire après l'intervention (grade B) ; la sonde posée pendant l'opération peut aussi être retirée dès la fin de celle-ci, et la reprise des mictions doit alors être surveillée, car le risque de rétention est accru (CNGOF 2015). L'image de soi peut en être altérée (HAS 2022, fiche pertinence) : l'IDE prépare la patiente, surveille les suites opératoires et accompagne ce vécu.Selon le geste et les suites opératoires
Actif
Correction de l'anémie et de la carence en ferAvant une chirurgie pour ménorragies d'origine utérine bénigne, le CNGOF recommande de corriger l'anémie par un apport de fer, avec ou sans agoniste de la GnRH, sous la forme d'une recommandation faible ; le fer oral peut donner des troubles digestifs, et aucune étude en gynécologie n'a évalué le fer intraveineux avant l'intervention (CNGOF 2022). L'IDE administre sur prescription, surveille la tolérance et l'efficacité et transmet au médecin l'évolution de l'hémoglobine.Selon la prescription et l'évolution du bilan martial
Anémie ferriprive
Principale conséquence des ménométrorragies (HAS 2022, rapport d'élaboration). Les ménorragies liées aux myomes entraînent fréquemment une anémie par carence en fer, un épuisement physique et un isolement, au détriment de la qualité de vie (CNGOF 2022).Prévention
Repérage IDE des saignements abondants et des signes d'anémie, transmission au médecin, administration du fer sur prescription et surveillance de l'hémoglobine et de la ferritine.Signes d'alerte
Fatigue inhabituelle et pâleur · Essoufflement à l'effort ou palpitations · Hémoglobine ou ferritine en baisse sur le bilan
Signes de compression pelvienne
Au-delà d'une certaine taille, un fibrome peut comprimer l'intestin ou la vessie et entraîner des troubles urinaires ou une constipation (HAS 2024).Prévention
Recueil IDE des signes urinaires et digestifs, transmission au médecin et information de la patiente sur les signes à signaler.Signes d'alerte
Envies fréquentes d'uriner · Constipation · Pesanteur pelvienne ou gêne mécanique
Retentissement sur la fertilité et la grossesse
Une association entre myome et infertilité est observée, sans que la responsabilité du myome soit démontrée (CNGOF 2011) ; pour la HAS, la part réellement imputable aux fibromes ne dépasse probablement pas 2 à 3 % des troubles de la fertilité (HAS 2022, rapport d'élaboration). Un fibrome sous-muqueux qui déforme la cavité augmente le risque d'infertilité, et sa résection par hystéroscopie améliore la fertilité (HAS 2022, rapport d'élaboration ; CNGOF 2011). Les myomes s'accompagnent aussi de davantage de complications de la grossesse, comme la fausse couche, l'accouchement prématuré ou l'hémorragie du post-partum (CNGOF 2011).Prévention
Aborder tôt le projet parental, transmettre au médecin en cas de difficulté à concevoir et accompagner le parcours vers le gynécologue.Signes d'alerte
Difficulté à concevoir · Fibrome sous-muqueux connu déformant la cavité · Antécédent de saignements importants
Syndrome post-embolisation
Fréquent dans les suites d'une embolisation : fébricule, nausées, pesanteur pelvienne, constipation et maux de tête, parfois hausse des globules blancs ; il est systématiquement pris en charge après le geste. La douleur, due à la dévascularisation, débute pendant l'embolisation et relève d'un protocole antalgique poursuivi dans les suites. Les complications infectieuses (endométrite, abcès, péritonite) sont, elles, rares mais graves (HAS 2022, rapport d'élaboration).Prévention
Surveillance IDE rapprochée après le geste, contrôle de la douleur sur prescription, surveillance de la température et du point de ponction, transmission au médecin.Signes d'alerte
Douleur pelvienne dès le geste · Fébricule · Nausées, constipation ou maux de tête
Surveillance prioritaire
Saignements et tolérance de l'anémie
À chaque contact et sur prescription lors des périodes de saignement ou du suivi du bilan martial · Repères d'alerte IDE : pâleur, essoufflement au moindre effort, tachycardie, malaise, protections saturées rapidement. Hémoglobine et ferritine tracées et comparées aux valeurs précédentes sur prescription.
Alerte
Métrorragies après la ménopause
À chaque contact chez la femme ménopausée · Après la ménopause, la croissance des fibromes s'arrête (HAS 2022, fiche pertinence) ; chez une femme sans traitement hormonal, l'apparition de symptômes ou d'un myome qui grossit fait demander une IRM pelvienne ainsi qu'une biopsie d'endomètre (CNGOF 2011). Sous traitement hormonal de la ménopause, la patiente est invitée à consulter si des symptômes apparaissent (CNGOF 2011).
Alerte
Suites d'une embolisation ou d'une chirurgie
Selon le protocole post-interventionnel, en surveillance rapprochée dans les suites immédiates · Constantes stables, douleur contrôlée par les antalgiques prescrits, point de ponction sec après embolisation, où un petit hématome qui régresse vite est fréquent et banal (HAS 2022, fiche pertinence), reprise du transit et des mictions après chirurgie, absence de fièvre inexpliquée.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Traitements non médicamenteux des fibromes utérins : fiche pertinence · HAS · 2022
Traitements non médicamenteux des fibromes utérins : rapport d'élaboration · HAS · 2022
Évaluation des ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU) pour le traitement des fibromes utérins symptomatiques : rapport d'évaluation · HAS · 2024
Prise en charge des ménorragies : recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues et obstétriciens français · CNGOF · 2022
Hystérectomie pour pathologie bénigne : recommandations pour la pratique clinique · CNGOF · 2015
Actualisation de la prise en charge des myomes : recommandations pour la pratique clinique · CNGOF · 2011
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.