Infectieux

Gale

Ectoparasitose cutanée contagieuse due à l'acarien Sarcoptes scabiei, transmise surtout par contact cutané direct. Elle se traduit par un prurit à recrudescence nocturne, souvent familial ou collectif. Sa prise en charge n'a de sens que si elle est triple et simultanée : le patient, tout l'entourage et le linge.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La gale est une infection de la peau (ectoparasitose) due à un acarien, Sarcoptes scabiei variante hominis, qui creuse des galeries dans la couche superficielle de l'épiderme. Elle se transmet principalement par contact cutané direct, dans un cadre familial, sexuel ou en collectivité. Elle se manifeste par un prurit intense à recrudescence nocturne, souvent à caractère collectif. Elle n'est pas liée à un défaut d'hygiène et touche tous les milieux. Pour l'IDE, l'enjeu est de repérer le prurit nocturne collectif, d'expliquer et d'appliquer le traitement complet (patient, entourage et linge en même temps), de mettre en place les précautions contact et, en collectivité, de participer au signalement et aux mesures collectives.
Prévalence
La gale est une parasitose fréquente et cosmopolite, dont la surveillance repose surtout sur le signalement des cas groupés en collectivité et non sur une déclaration obligatoire individuelle. Elle touche tous les âges, tous les milieux sociaux et tous les niveaux d'hygiène : la contamination se fait par contact interhumain direct dans environ 95 % des cas (INRS 2024). Les épidémies surviennent typiquement en collectivité (établissement pour personnes âgées, école, crèche, foyer), portées par la promiscuité et le retard diagnostique.
Âge typique
Tous les âges. Formes collectives fréquentes chez la personne âgée en institution et chez l'enfant en collectivité ; chez le nourrisson, l'atteinte peut toucher le visage, les paumes et les plantes, contrairement à l'adulte (Ameli 2024)
Mortalité
La gale commune est une affection bénigne, sans mortalité propre. Le pronostic est celui des complications de grattage (surinfection cutanée) et, en collectivité, du risque épidémique. La gale hyperkératosique, extrêmement contagieuse, expose surtout au risque d'épidémie institutionnelle plutôt qu'à un risque vital (INRS 2024)

Précoces

Signes précoces

Prurit à recrudescence nocturneDémangeaisons intenses majorées la nuit, signe clinique majeur, souvent partagées par plusieurs personnes de l'entourage (caractère collectif évocateur)
Sillons et vésicules perléesFins sillons sinueux à extrémité vésiculeuse, avec vésicules perlées, dans les espaces interdigitaux et à la face antérieure des poignets
Lésions de grattageExcoriations non spécifiques liées au grattage, à recueillir et transmettre en les rapportant au contexte de prurit nocturne collectif

Évolutifs

Signes évolutifs

Nodules scabieuxNodules oblongs bruns ou rouges, réaction immuno-allergique persistante, notamment sur les organes génitaux masculins
Topographie particulière du nourrissonChez le nourrisson, atteinte possible du visage, des paumes et des plantes, avec lésions vésiculeuses et pustuleuses évocatrices, contrairement à l'adulte

Tardifs

Signes tardifs

Surinfection cutanéeLésions de grattage impétiginisées (croûtes jaunâtres, suintement), à repérer et transmettre au médecin

Gravité

Signes de gravité

Gale profuseÉruption étendue et rouge vif, souvent sans sillon visible, sur diagnostic tardif ou terrain fragile (immunodépression, corticothérapie, grand âge alité) : transmettre au médecin, forme très contagieuse
Gale hyperkératosiqueForme croûteuse, dite norvégienne, riche en milliers de parasites, extrêmement contagieuse : signaler sans délai, renforcer les précautions contact et alerter l'équipe d'hygiène (risque épidémique en institution)
Cas groupés en collectivitéPlusieurs personnes prurigineuses dans un même établissement ou une même famille : signaler à l'encadrement et à l'équipe d'hygiène pour investigation et mesures collectives

Mécanisme

Contamination par un acarien, Sarcoptes scabiei variante hominis, transmis par contact cutané direct le plus souvent
La femelle féconde creuse un sillon dans la couche superficielle de la peau et y pond ses oeufs, entretenant l'infestation
Réaction immuno-allergique de la peau aux acariens, à leurs déjections et à leurs oeufs, responsable du prurit
Extension progressive et transmission à l'entourage par les contacts répétés, d'où le caractère souvent collectif

Conséquences

Prurit intense à recrudescence nocturne, souvent partagé par plusieurs personnes de l'entourage
Lésions spécifiques (sillons, vésicules perlées, nodules scabieux) et lésions de grattage non spécifiques
Surinfection cutanée possible sur les lésions de grattage (impétiginisation)
En collectivité, diffusion à d'autres personnes et risque d'épidémie, majoré par les formes riches en parasites

Évolution

Sous traitement bien conduit, associant le patient, tout l'entourage et la décontamination du linge, l'évolution est favorable et le prurit régresse en environ deux semaines. Un prurit peut toutefois persister plusieurs semaines, parfois jusqu'à environ un mois après un traitement pourtant efficace : ce prurit post-scabieux correspond à la réaction de la peau et à l'élimination progressive des parasites morts, il ne signifie pas un échec et ne justifie pas de re-traiter pour ce seul motif (Ameli 2024, INRS 2024). En l'absence de traitement simultané de l'entourage ou de décontamination du linge, la réinfestation est la règle.
Contact cutané direct prolongé : mode de transmission principal · dans le cadre familial · entre partenaires sexuels ou lors des soins (INRS 2024)
Vie en collectivité : établissement pour personnes âgées · école · crèche · foyer · où la promiscuité favorise les épidémies (INRS 2024)
Retard diagnostique : prurit banalisé ou confondu avec un eczéma, laissant le temps à la transmission de s'étendre
Immunodépression, corticothérapie locale ou générale, grand âge alité : terrain favorisant les formes profuses et hyperkératosiques (INRS 2024)
Gale hyperkératosique chez un cas source : forme très riche en parasites, à l'origine de véritables épidémies en institution (INRS 2024)
Partage du linge, des vêtements et de la literie : voie de transmission indirecte, surtout dans les formes profuses et hyperkératosiques (INRS 2024)

Critères diagnostiques

Prurit intense à recrudescence nocturne, souvent à caractère collectif ou familial : signe clinique majeur d'orientation
Lésions spécifiques : sillons sinueux, vésicules perlées, nodules scabieux, de topographie évocatrice (espaces interdigitaux, face antérieure des poignets)
Contexte de contamination : entourage prurigineux, contact rapproché, vie en collectivité, partenaire concerné
Diagnostic le plus souvent clinique par le médecin, éventuellement conforté par la dermatoscopie ou un prélèvement parasitologique
Suivi de la guérison clinique : régression du prurit sous traitement complet, sans test de contrôle systématique

Diagnostic différentiel

Eczéma ou dermatite atopique : terrain atopique connu, topographie et évolution différentes, absence de contexte collectif de prurit nocturne
Prurigo : lésions de grattage prédominantes sans sillon ni contexte de transmission à l'entourage
Pédiculose (poux) : prurit lié aux poux et lentes retrouvés au cuir chevelu ou sur les vêtements, autre parasite
Urticaire : lésions fugaces et migratrices, sans sillon ni topographie évocatrice de la gale
Xérose ou prurit sénile : peau sèche du sujet âgé, prurit diffus sans lésion spécifique ni caractère collectif
Formes de gale entre elles : gale commune (peu de parasites), gale profuse (éruption étendue) et gale hyperkératosique (croûteuse, très riche en parasites, extrêmement contagieuse)

Examens complémentaires

Examen clinique dermatologique

Le médecin recherche les lésions spécifiques (sillons, vésicules perlées, nodules scabieux) et leur topographie évocatrice ; le diagnostic est le plus souvent clinique, appuyé sur le contexte de prurit nocturne collectifL'IDE recueille et transmet au médecin les éléments d'orientation : ancienneté et horaire du prurit, localisation des lésions, nombre de personnes atteintes dans l'entourage. Le diagnostic relève du médecin ; l'IDE ne le pose pas.

Dermatoscopie

Examen à la loupe grossissante réalisé par le médecin, qui peut objectiver l'acarien à l'extrémité du sillon et conforter le diagnostic cliniqueL'IDE installe le patient et prépare le matériel selon le protocole. L'examen et son interprétation relèvent du médecin ou du dermatologue.

Prélèvement parasitologique cutané

Grattage cutané d'un sillon avec examen microscopique par le biologiste, qui recherche l'acarien, ses oeufs ou ses déjections ; réservé aux formes atypiques ou de diagnostic difficileL'IDE prépare le patient selon le protocole et achemine le prélèvement au laboratoire. L'analyse microscopique relève du biologiste ; l'IDE transmet le résultat au médecin, sans l'interpréter seul.

Prélèvement bactériologique en cas de surinfection

Sur prescription en cas de lésions impétiginisées : recherche d'un germe de surinfection cutanée pour adapter la prise en chargeL'IDE prélève sur prescription, achemine au laboratoire et transmet le résultat au médecin. Aucun prélèvement de contrôle systématique n'est réalisé pour affirmer la guérison de la gale, le suivi étant clinique.

Actif

Traitement scabicide local sur prescriptionApplication d'un scabicide local (benzoate de benzyle ou perméthrine) sur prescription médicale. L'IDE applique ou fait appliquer le produit sur tout le corps selon la prescription, fait respecter le temps de pose, veille au brossage des ongles et à la reprise des zones lavées, et éduque le patient à l'application correcte.

Selon prescription, avec une deuxième application sept jours plus tard

Actif

Ivermectine orale sur prescriptionTraitement par voie orale (ivermectine) en prise unique à répéter, prescrit par le médecin, notamment en cas d'atteinte étendue, de collectivité ou de difficulté d'application locale. L'IDE administre sur prescription, vérifie la prise et organise la seconde prise.

Prise unique à répéter sept jours plus tard selon prescription

Support

Répétition obligatoire du traitementUne deuxième application du traitement une semaine plus tard est indispensable pour détruire les parasites issus des oeufs éclos après la première prise. L'IDE programme et trace cette deuxième prise et réexplique au patient qu'un traitement unique ne suffit pas (INRS 2024).

À sept jours du premier traitement

Support

Traitement simultané de tout l'entourage et des contactsL'entourage et les personnes en contact rapproché sont traités en même temps que le patient, même sans symptôme, pour éviter la réinfestation. L'IDE recense avec le médecin les contacts à traiter, organise la simultanéité du traitement et explique pourquoi elle est indispensable (HCSP 2012).

En même temps que le traitement du patient

Support

Décontamination du linge et de la literieLe linge, les vêtements et la literie utilisés récemment sont lavés en machine à température élevée (de l'ordre de 50 à 60 °C), traités par un acaricide, ou mis en sac fermé plusieurs jours à défaut. L'IDE organise et explique cette décontamination, en couvrant le linge utilisé depuis 48 à 72 heures pour la gale commune et depuis 8 à 10 jours pour la gale profuse ou hyperkératosique (INRS 2024).

En même temps que le traitement médicamenteux

Éducation

Précautions contact et mesures collectivesL'IDE met en place les précautions complémentaires contact (gants, tablier ou surblouse à usage unique, hygiène des mains), et en collectivité participe au signalement à l'encadrement et à l'équipe d'hygiène ainsi qu'aux mesures collectives (traitement des cercles de contacts, information).

Dès la suspicion et selon le protocole de l'établissement

Réinfestation

Réapparition de la gale lorsque l'un des trois volets du traitement a manqué : patient traité seul, entourage non traité en même temps, ou linge non décontaminé. C'est la complication la plus fréquente et la plus évitable.

Prévention

Organisation IDE du traitement triple et simultané, programmation de la deuxième application à sept jours, éducation du patient et de l'entourage sur l'indispensable simultanéité.

Signes d'alerte

Reprise du prurit après amélioration · Nouvelles lésions spécifiques · Autres cas non traités dans l'entourage

Surinfection cutanée

Impétiginisation des lésions de grattage par des bactéries, avec croûtes, suintement et rougeur, favorisée par le grattage prolongé.

Prévention

Surveillance de l'état cutané, conseils pour limiter le grattage, transmission au médecin de toute lésion surinfectée, application des soins locaux sur prescription.

Signes d'alerte

Croûtes jaunâtres et suintement · Rougeur extensive autour des lésions · Douleur ou chaleur locale

Épidémie en collectivité

Diffusion de la gale à plusieurs personnes d'un même établissement, majorée par un diagnostic tardif ou une forme hyperkératosique très riche en parasites, pouvant provoquer une véritable épidémie institutionnelle.

Prévention

Repérage précoce des cas groupés, signalement à l'encadrement et à l'équipe d'hygiène, précautions contact, participation aux mesures collectives (traitement des cercles de contacts, décontamination, information).

Signes d'alerte

Plusieurs personnes prurigineuses dans l'établissement · Prurit nocturne chez des soignants ou des résidents · Cas source à forme croûteuse identifié

Expliquer le caractère contagieux et non lié à l'hygiène : reformuler que la gale se transmet par contact et peut toucher tout le monde, pour lever la culpabilité et faciliter l'adhésion au traitement
Insister sur le traitement triple et simultané : faire comprendre au patient et à l'entourage que le patient, tous les proches et le linge doivent être traités en même temps, sous peine de réinfestation
Guider l'application du traitement local : expliquer l'application sur tout le corps, le respect du temps de pose et le brossage des ongles, et s'assurer que le patient a compris la marche à suivre
Rappeler la deuxième application à sept jours : vérifier que le patient a bien noté la répétition du traitement une semaine plus tard, indispensable à la guérison
Expliquer le prurit post-scabieux : prévenir que le prurit peut persister plusieurs semaines après un traitement efficace sans être un échec, pour éviter un re-traitement inutile et une inquiétude excessive
Organiser la décontamination du linge : expliquer le lavage à température élevée, l'usage d'un acaricide ou la mise en sac fermé plusieurs jours, et vérifier que le patient sait quel linge traiter

Surveillance prioritaire

Efficacité du traitement et prurit

Selon prescription et selon le protocole, avec traçabilité des applications et de l'évolution du prurit · Régression du prurit en environ deux semaines ; un prurit résiduel persistant jusqu'à environ un mois après un traitement complet est attendu et ne signifie pas un échec (prurit post-scabieux). Repère d'alerte : reprise ou aggravation du prurit, apparition de nouvelles lésions spécifiques, ou nouveaux cas dans l'entourage au-delà de deux à trois semaines

Alerte

Reprise du prurit ou apparition de nouvelles lésions spécifiques après amélioration : transmettre au médecin (suspicion de réinfestation ou de traitement incomplet)Prurit persistant sans nouvelle lésion au-delà de deux semaines : rassurer sur le prurit post-scabieux et transmettre au médecin sans re-traiter d'emblée pour ce seul motifNouveaux cas de prurit dans l'entourage ou la collectivité : signaler à l'encadrement et à l'équipe d'hygiène pour réévaluation des mesures collectives

Application complète du traitement triple

À chaque temps de traitement et à la deuxième application prévue à sept jours · Patient traité correctement (produit sur tout le corps, temps de pose respecté, ongles brossés), entourage et contacts traités simultanément, linge et literie décontaminés, deuxième application programmée : les trois volets doivent être effectifs

Alerte

Entourage ou contacts non traités simultanément : transmettre au médecin et réorganiser la simultanéité (risque de réinfestation)Linge et literie non décontaminés ou deuxième application oubliée : reprendre l'éducation et reprogrammer, car un volet manquant conduit à l'échecApplication locale incomplète (zones oubliées, temps de pose non respecté) : réexpliquer et refaire appliquer selon la prescription

Précautions contact et surveillance cutanée

À chaque contact avec le patient et jusqu'à la levée décidée selon le protocole · Précautions complémentaires contact effectives (gants, tablier ou surblouse à usage unique, hygiène des mains), peau surveillée pour repérer une surinfection, maintien des précautions selon le protocole de l'établissement, en particulier pour les formes profuses et hyperkératosiques

Alerte

Lésions de grattage impétiginisées (croûtes jaunâtres, suintement, rougeur extensive) : transmettre au médecin pour prise en charge de la surinfectionPrécautions contact non appliquées, notamment devant une forme croûteuse très contagieuse : reprendre les précautions et alerter l'équipe d'hygièneExtension des lésions ou aggravation malgré le traitement : transmettre au médecin pour réévaluation diagnostique et thérapeutique

Rôle IDE détaillé

Recueillir les caractéristiques du prurit : intensité, horaire nocturne, ancienneté, et repérer le caractère collectif ou familial
Recueillir le contexte de contamination : entourage prurigineux, vie en collectivité, contacts rapprochés, partenaire concerné, terrain fragile (immunodépression, grand âge)
Repérer les lésions et leur topographie : sillons et vésicules des espaces interdigitaux et des poignets, nodules scabieux, surinfection éventuelle
Identifier une forme à risque épidémique (profuse ou hyperkératosique) et la transmettre sans délai au médecin et à l'équipe d'hygiène

Références

Gale (EFICATT) : agent, transmission, clinique, traitement et prévention · INRS · 2024

Gale : symptômes, diagnostic et évolution · Ameli · 2024

Traitement et mesures à prendre en cas de gale · Ameli · 2024

Comprendre la gale : formes et modes de contamination · Ameli · 2024

Recommandations relatives à la conduite à tenir devant des cas de gale (avis et rapports) · HCSP · 2012

Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.