Gonococcie et infection à chlamydia
Deux infections sexuellement transmissibles bactériennes fréquemment associées, souvent silencieuses, notamment chez la femme. Leur dépistage et leur traitement conditionnent la prévention des complications génitales (salpingite, grossesse extra-utérine, infertilité) et la maîtrise de l'antibiorésistance du gonocoque.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- En France, ni la gonococcie ni l'infection à chlamydia ne sont des maladies à déclaration ou à signalement obligatoire : la déclaration obligatoire de la gonococcie a été supprimée en juillet 2000 pour insuffisance d'exhaustivité. Leur surveillance repose sur Santé publique France à partir des données de l'assurance maladie, des CeGIDD et d'enquêtes menées auprès des laboratoires de biologie médicale (enquêtes LaboIST, qui ont remplacé en 2018 les anciens réseaux Rénago et Rénachla). En 2024, environ 61 100 personnes ont eu un diagnostic d'infection à chlamydia et environ 25 800 une gonococcie en secteur privé. Les diagnostics sont en forte hausse : +36 % de gonococcies entre 2022 et 2024 (Santé publique France, 2024).
- Âge typique
- Chlamydia à prédominance féminine avec un pic chez les 15 à 25 ans ; gonococcie plus fréquente chez les hommes (notamment 26 à 49 ans) et chez les jeunes. Toute personne sexuellement active peut être concernée, y compris sans symptôme
- Mortalité
- Ces IST ne sont pas des causes directes de mortalité, mais leur gravité tient aux complications de la non-prise en charge : infection génitale haute et ses séquelles (grossesse extra-utérine, infertilité tubaire, douleurs pelviennes chroniques), transmission materno-néonatale (ophtalmie néonatale, pneumonie du nourrisson pour le chlamydia). L'antibiorésistance croissante du gonocoque constitue un enjeu majeur de santé publique (HAS 2025)
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Traitée précocement par antibiothérapie adaptée sur prescription, chaque infection guérit habituellement sans séquelle. En l'absence de dépistage et de traitement, l'évolution silencieuse est trompeuse : l'absence de symptômes ne signifie ni absence d'infection ni absence de risque. Les complications génitales hautes et leurs séquelles de fertilité justifient le dépistage large et le traitement du ou des partenaires. Pour le gonocoque, la progression de la résistance aux antibiotiques rend indispensable le respect strict du schéma prescrit ; le test d'éradication, lui, n'est pas systématique et reste réservé à trois situations (HAS 2025).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
PCR gonocoque et chlamydia (TAAN) sur prélèvement génital
Test d'amplification des acides nucléiques recherchant simultanément Neisseria gonorrhoeae et Chlamydia trachomatis ; positif en cas d'infection, négatif sinon. Réalisable sur auto-prélèvement vaginal chez la femmeL'IDE explique et accompagne l'auto-prélèvement vaginal ou réalise le prélèvement sur prescription, identifie correctement l'échantillon et l'achemine au laboratoire. L'interprétation revient au biologiste et au médecin ; l'IDE transmet le résultat au médecin et n'annonce pas seul le diagnostic.PCR sur premier jet d'urine
Recherche du gonocoque et du chlamydia par TAAN sur le premier jet urinaire, méthode non invasive privilégiée notamment chez l'homme en cas d'urétriteL'IDE explique le recueil (premier jet, à distance de la dernière miction), remet le matériel adapté et achemine l'échantillon au laboratoire. Transmet le résultat au médecin ; il n'y a pas de sérologie pour le diagnostic de ces deux IST.Prélèvements des sites d'exposition (anal, pharyngé)
PCR sur écouvillonnage anal ou pharyngé selon les pratiques sexuelles rapportées, car ces localisations sont souvent asymptomatiquesL'IDE réalise ou accompagne les prélèvements sur les sites d'exposition sur prescription, dans le respect de l'intimité et sans jugement. Transmet les résultats au médecin pour décision thérapeutique.Bilan IST associé
Dépistage des IST fréquemment associées : sérologies VIH, syphilis, hépatite B (Ag HBs, anticorps), selon les recommandations et le contexteL'IDE prélève sur prescription, propose le dépistage large des IST dans un cadre non stigmatisant, achemine les tubes et transmet les résultats au médecin. Le dépistage groupé permet de ne pas passer à côté d'une co-infection.Actif
Ceftriaxone en injection intramusculaire (gonococcie non compliquée)Traitement de référence de la gonococcie non compliquée : ceftriaxone 1 g en injection intramusculaire, en dose unique, sur prescription médicale (HAS 2025). L'IDE prépare et administre l'injection sur prescription, surveille la tolérance immédiate et trace l'administration.Dose unique sur prescription
Actif
Doxycycline par voie orale (infection à chlamydia)Première intention de l'infection à chlamydia non compliquée : doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours, sur prescription médicale ; azithromycine 1 g en dose unique en alternative de deuxième intention. L'IDE administre ou explique la prise sur prescription et éduque à la poursuite du traitement jusqu'au bout.7 jours pour la doxycycline sur prescription
Actif
Traitement adapté à la grossesse (chlamydia)Le traitement dépend du terme (HAS et CNR-IST 2025). Au 1er trimestre, première intention : doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours. Aux 2e et 3e trimestres, première intention : azithromycine 1 g en dose unique, le résumé des caractéristiques du produit contre-indiquant la doxycycline à partir du 4e mois de grossesse. L'IDE recueille le terme de la grossesse et le transmet au médecin ; il ne choisit pas la molécule.Selon prescription adaptée au terme
Actif
Traitement de la co-infection gonocoque et chlamydiaLe gonocoque et le chlamydia étant souvent associés, le traitement probabiliste associe fréquemment ceftriaxone (gonocoque) et doxycycline (chlamydia) sur prescription. L'IDE administre selon la prescription, en respectant la séquence des molécules et en surveillant la tolérance.Selon prescription combinée
Support
Test d'éradication, recherche de réinfection et enjeu de l'antibiorésistanceLe test d'éradication n'est pas systématique après une gonococcie. La HAS 2025 le réserve à trois situations : traitement de première ligne par un autre antibiotique que la ceftriaxone, souche résistante ou contamination en zone de forte résistance, persistance des symptômes à 72 heures. Il se fait alors au moins 14 jours après la fin du traitement, en raison des faux positifs. En revanche, en cas de poursuite des prises de risque, un test de recherche de réinfection est recommandé entre 3 et 6 mois. L'IDE explique le respect strict du schéma prescrit, coordonne le rendez-vous prescrit et transmet le résultat au médecin.Selon prescription : test d'éradication à partir de J14, recherche de réinfection entre 3 et 6 mois
Éducation
Dépistage et traitement des partenaires, prévention de la réinfectionLe dépistage et le traitement du ou des partenaires évitent la réinfection et interrompent la chaîne de transmission. L'IDE incite au dépistage des partenaires, oriente vers un CeGIDD, et conseille l'abstinence ou le préservatif le temps de la prise en charge, dans un cadre non stigmatisant.Le temps de la prise en charge et au-delà
Infection génitale haute et séquelles de fertilité
Chez la femme, l'infection non traitée peut évoluer en salpingite puis en infection génitale haute, source de lésions tubaires. Ces séquelles exposent à la grossesse extra-utérine, à l'infertilité tubaire et aux douleurs pelviennes chroniques.Prévention
Incitation IDE au dépistage large, en particulier chez les femmes de 15 à 25 ans, accompagnement du traitement complet sur prescription et du traitement des partenaires, transmission rapide des signes de complication au médecin.Signes d'alerte
Douleurs pelviennes persistantes · Fièvre et pertes anormales · Douleurs à la mobilisation ou aux rapports
Orchi-épididymite chez l'homme
Complication de l'urétrite non traitée, associant douleur et augmentation de volume d'une bourse, parfois fièvre, pouvant retentir sur la fertilité en l'absence de prise en charge.Prévention
Éducation IDE au dépistage devant des signes urétraux, accompagnement du traitement complet sur prescription, transmission au médecin devant une douleur scrotale.Signes d'alerte
Douleur d'une bourse · Augmentation de volume scrotal · Fièvre associée
Transmission materno-néonatale
En l'absence de dépistage et de traitement pendant la grossesse, la transmission à l'accouchement peut provoquer une ophtalmie néonatale et, pour le chlamydia, une pneumonie du nourrisson.Prévention
Recueil IDE du contexte de grossesse et du terme, incitation au dépistage prénatal, transmission au médecin pour adaptation du traitement selon le terme (doxycycline 7 jours au 1er trimestre, azithromycine 1 g en dose unique aux 2e et 3e trimestres, HAS et CNR-IST 2025), accompagnement du suivi.Signes d'alerte
Antécédent d'IST non traitée en cours de grossesse · Écoulement oculaire purulent du nouveau-né · Signes respiratoires du nourrisson
Surveillance prioritaire
Tolérance immédiate du traitement injectable et oral
Sur prescription : surveillance immédiate après l'injection intramusculaire de ceftriaxone, puis au cours du traitement oral · Absence de réaction d'hypersensibilité (urticaire, prurit, gêne respiratoire, malaise) après l'injection ; bonne tolérance digestive de la doxycycline ; le patient sait poursuivre le traitement oral jusqu'au bout
Alerte
Évolution clinique et signes de complication
À chaque contact, en particulier chez la femme et en cas de signes génitaux · Régression des symptômes urétraux ou cervicaux ; température inférieure à 38 °C ; absence de douleur pelvienne intense ou de douleur scrotale ; état général conservé
Alerte
Contrôles prescrits et suivi des partenaires
Selon prescription : test d'éradication quand il est indiqué, à partir de J14 ; recherche de réinfection entre 3 et 6 mois si les prises de risque se poursuivent · Contrôle prescrit réalisé à la date prévue ; partenaires informés et orientés vers un dépistage ; abstinence ou préservatif respecté le temps de la prise en charge
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Prise en charge des personnes infectées par Neisseria gonorrhoeae : recommandations · HAS · 2025
Urétrites et cervicites : une prise en charge étendue aux partenaires sexuels · HAS · 2025
Traitement curatif des personnes infectées par Chlamydia trachomatis : recommandations · CNR-IST · 2025
Traitement des infections à chlamydia · ameli · 2024
Symptômes, diagnostic et évolution des IST (part des formes sans symptôme) · ameli · 2024
Chlamydiae : données de surveillance en France (2024) · Santé publique France · 2024
Gonococcie : données de surveillance en France (2024) · Santé publique France · 2024
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.