Hématome sous-dural et extradural
Collections hémorragiques intracrâniennes post-traumatiques présentées comme deux profils opposés : l'hématome extradural artériel du sujet jeune, avec intervalle libre trompeur, et l'hématome sous-dural chronique du sujet âgé sous anticoagulant, grand imitateur à symptômes différés.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- L'hématome extradural complique environ 1 à 4 % des traumatismes crâniens hospitalisés et touche préférentiellement l'adulte jeune. L'hématome sous-dural chronique est plus fréquent, avec une incidence qui augmente fortement avec l'âge : l'âge moyen des patients est d'environ 76 ans et le risque est nettement majoré après 65 ans, en lien avec l'atrophie cérébrale et l'usage croissant des anticoagulants et antiagrégants (Campus de Neurochirurgie). Ces collections sont des complications du traumatisme crânien, dont la fiche dédiée décrit la conduite à tenir générale.
- Âge typique
- Deux profils opposés : hématome extradural chez l'adulte plutôt jeune (traumatisme temporal à énergie modérée à élevée) ; hématome sous-dural chronique chez le sujet âgé, souvent après un traumatisme minime oublié ou non retrouvé. L'hématome sous-dural aigu survient plutôt lors d'un traumatisme grave, à tout âge.
- Mortalité
- L'hématome extradural a une mortalité élevée en l'absence de traitement (de l'ordre de 20 à 55 % selon les séries), qui chute à moins de 10 % en cas d'évacuation chirurgicale rapide : le pronostic dépend directement de la précocité du diagnostic et de l'intervention (Campus de Neurochirurgie). L'hématome sous-dural aigu du traumatisme grave a un pronostic sévère. L'hématome sous-dural chronique du sujet âgé a un meilleur pronostic après évacuation, mais expose à des récidives et à un retentissement fonctionnel important sur ce terrain fragile.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
L'hématome extradural évolue vite : après l'intervalle libre, l'aggravation peut être brutale et engager le pronostic vital en quelques heures, d'où l'urgence neurochirurgicale d'évacuation. L'hématome sous-dural aigu du traumatisme grave a une évolution souvent défavorable. L'hématome sous-dural chronique évolue lentement : le diagnostic est fréquemment retardé chez le sujet âgé car les symptômes (confusion, chutes) sont attribués à tort au vieillissement. La prise en charge dépend de la taille, des symptômes et de l'évolution : évacuation chirurgicale, le plus souvent par trou de trépan avec drainage, ou surveillance rapprochée si l'hématome est minime et peu symptomatique (Campus de Neurochirurgie).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Score de Glasgow (GCS)
Score sur 15 (ouverture des yeux, réponse verbale, réponse motrice) : la répétition dans le temps est plus informative que la valeur isolée, notamment pour repérer l'aggravation après l'intervalle libreL'IDE évalue et documente le Glasgow à intervalles rapprochés selon la prescription ou le protocole du service, compare à la mesure précédente et alerte le médecin sans délai en cas de baisse de 2 points ou plus.Scanner cérébral sans injection en urgence
Examen de référence : l'hématome extradural apparaît en lentille biconvexe hyperdense qui ne franchit pas les sutures ; l'hématome sous-dural apparaît en croissant le long de la voûte. Le radiologue et le neurochirurgien interprètent et décidentL'IDE prépare le patient (recueil des antécédents, des allergies et des traitements, retrait des objets métalliques), l'accompagne, surveille l'état neurologique pendant le transport et transmet toute aggravation au médecin. L'IDE ne pose pas le diagnostic.Bilan biologique d'urgence
NFS, plaquettes, hémostase (TP, TCA, INR si patient sous anticoagulant), groupe sanguin et RAI en vue d'une éventuelle chirurgieL'IDE prélève sur prescription, identifie correctement les tubes et achemine en urgence au laboratoire. Transmet les résultats au médecin, en signalant particulièrement une anomalie de l'hémostase chez un patient anticoagulé.Surveillance neurologique répétée standardisée
Suivi horodaté du Glasgow, de l'état pupillaire (taille, symétrie, réactivité), du déficit moteur et des paramètres vitaux, tracé sur la feuille de surveillance du serviceL'IDE réalise et trace cette surveillance à la fréquence prescrite ou protocolisée, compare chaque mesure à la précédente et alerte le médecin dès qu'une tendance défavorable apparaît, sans attendre un franchissement de seuil isolé.Support
Surveillance neurologique répétée et détection de l'aggravationPierre angulaire du rôle IDE face à ces collections : répéter le Glasgow, l'examen des pupilles et la recherche de déficit à la fréquence prescrite, comparer à la mesure précédente et alerter le médecin dès la moindre aggravation, en particulier après l'intervalle libre de l'extradural.Toute la phase de surveillance
Support
Recueil du mécanisme et des traitements à risqueRecueillir l'heure et le mécanisme du traumatisme, ainsi que la liste des anticoagulants et antiagrégants, et transmettre au médecin dès l'accueil. L'IDE ne suspend, ne modifie et ne reprend jamais un anticoagulant de sa propre initiative.Dès l'accueil
Actif
Antagonisation des anticoagulants sur prescriptionEn cas de saignement sous anticoagulant, une antagonisation peut être décidée par le médecin. L'IDE administre les produits de réversion sur prescription, surveille la tolérance et l'efficacité clinique, et trace l'administration. Le choix des molécules et des doses relève du prescripteur.Selon prescription
Actif
Traitement de l'HTIC et antalgie sur prescriptionInstallation en position proclive à 30 degrés, tête dans l'axe, et administration de l'osmothérapie et des antalgiques sur prescription médicale. L'IDE surveille la réponse clinique, la douleur et la tolérance, et transmet toute inefficacité ou aggravation.Selon prescription
Support
Évacuation chirurgicale et préparation péri-opératoireL'évacuation de l'hématome (craniotomie pour l'extradural, trou de trépan avec drainage pour le sous-dural chronique le plus souvent) est décidée par le neurochirurgien. L'IDE prépare le patient, le dossier et le transfert au bloc, puis assure la surveillance neurologique post-opératoire et du drainage.Phase aiguë et post-opératoire
Aggravation rapide de l'hématome extradural après l'intervalle libre
L'hématome artériel s'étend vite : après une phase où le patient semble aller bien, l'aggravation peut être brutale et engager le pronostic vital en quelques heures. Urgence neurochirurgicale absolue.Prévention
Répéter la surveillance neurologique après tout traumatisme crânien, ne jamais laisser repartir ni banaliser un patient qui va bien juste après le choc, et alerter le médecin dès la moindre baisse du Glasgow.Signes d'alerte
Baisse du Glasgow après récupération apparente · Céphalées croissantes et vomissements · Mydriase unilatérale débutante
HTIC et engagement cérébral
La collection comprime le cerveau dans un crâne inextensible, élevant la pression intracrânienne jusqu'à l'engagement, principale cause de décès et de séquelles graves.Prévention
Installer en position proclive à 30 degrés, tête dans l'axe, surveiller le Glasgow et les pupilles, administrer l'osmothérapie sur prescription et alerter devant le réflexe de Cushing ou une mydriase.Signes d'alerte
Glasgow décroissant · Vomissements et céphalées croissantes · Réflexe de Cushing (hypertension artérielle et bradycardie)
Retard diagnostique de l'hématome sous-dural chronique
Chez le sujet âgé, la confusion, les chutes et le déficit progressif sont souvent attribués au seul vieillissement, retardant le diagnostic. Le traitement anticoagulant aggrave la collection.Prévention
Évoquer systématiquement l'hématome sous-dural chronique devant une confusion ou une chute récente d'un sujet âgé, surtout sous anticoagulant, recueillir le traitement et transmettre au médecin.Signes d'alerte
Confusion ou ralentissement nouveau · Chutes répétées et troubles de la marche · Déficit moteur ou céphalées d'aggravation progressive
Récidive après évacuation du sous-dural chronique
Après drainage, l'hématome sous-dural chronique peut se reconstituer, surtout chez le sujet âgé anticoagulé, imposant une surveillance neurologique post-opératoire attentive.Prévention
Surveiller le Glasgow, les pupilles, le déficit et le drainage en post-opératoire, transmettre toute reprise de confusion ou de déficit au médecin et coordonner le suivi.Signes d'alerte
Reprise de la confusion ou du déficit · Céphalées de retour · Modification de l'aspect ou du volume du drainage
Surveillance prioritaire
Score de Glasgow et état de conscience
À intervalles rapprochés selon prescription ou protocole du service, resserrés en cas de doute ou après un intervalle libre · Glasgow noté sur 15 (ouverture des yeux 1 à 4, réponse verbale 1 à 5, réponse motrice 1 à 6), stable ou en amélioration ; toute baisse de 2 points ou plus entre deux mesures est un signe d'alerte
Alerte
Pupilles et déficit neurologique focal
À intervalles rapprochés selon prescription ou protocole, en même temps que le Glasgow · Pupilles de taille normale, symétriques et réactives à la lumière ; motricité symétrique des quatre membres, langage et équilibre conservés par rapport à l'état de référence
Alerte
Paramètres vitaux et hémostase du patient anticoagulé
Scope continu (PA, FC, SpO2) ; suivi du bilan d'hémostase selon prescription · PA, FC et SpO2 stables selon l'état de référence ; hémostase transmise au médecin, en signalant toute anomalie chez un patient sous anticoagulant
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Hématome extra-dural : diagnostic, imagerie et prise en charge · Campus de Neurochirurgie · 2024
Hématome sous-dural chronique de l'adulte : présentation clinique et traitement · Campus de Neurochirurgie · 2024
Prise en charge neurochirurgicale des traumatismes cranio-encéphaliques de l'adulte et de l'enfant à la phase initiale (RPP) · SFNC + SFAR · 2025
Prise en charge des patients présentant un traumatisme crânien léger de l'adulte (RPP SFMU) · SFMU · 2022
Épidémiologie des traumatismes crâniens en France et dans les pays occidentaux (synthèse bibliographique) · Santé publique France · 2016
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.