Hypoglycémie
Urgence métabolique : glycémie sous 0,70 g/L chez le patient diabétique. Gravité si confusion, convulsions, trouble de conscience ou impossibilité de déglutir. Resucrage oral si patient conscient ; glucagon ou glucose IV sur prescription ou protocole d'urgence selon contexte.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Diabète traité en France : plus de 3,8 millions de personnes en 2023 (Santé publique France 2024). Données françaises spécifiques limitées sur l'incidence des hypoglycémies sévères ; le risque concerne surtout les patients sous insuline (DT1 systématique, DT2 sous insuline) ou sulfamides, et augmente avec l'âge, l'IRC, la dénutrition et les erreurs de prise
- Âge typique
- Tout âge si diabétique traité. Sujet âgé DT2 particulièrement vulnérable (polypathologie, IRC, dénutrition, polypharmacie). Adolescent DT1 vulnérable lors des efforts non compensés ou de l'oubli de collations
- Mortalité
- Données françaises spécifiques limitées sur la mortalité directement attribuable aux hypoglycémies sévères. À retenir pour l'IDE : tout trouble de conscience, convulsion ou coma hypoglycémique expose à un risque vital immédiat et impose alerte et correction rapide selon protocole ou prescription
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Installation rapide en quelques minutes. Correction complète après resucrage si hypoglycémie simple chez patient conscient. Hypoglycémie sévère avec trouble de conscience : glucagon ou glucose IV selon prescription ou protocole d'urgence, suivi d'une surveillance prolongée. Sous sulfamide : risque de récidive pendant 24 à 48 h ; l'IDE alerte le médecin ou le SAMU, transmet le contexte et prépare la surveillance prolongée ou l'hospitalisation selon décision médicale.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Glycémie capillaire
Glycémie capillaire en g/L ou mmol/L sur lecteur. Repères IDE : sous 0,70 g/L chez le patient diabétique = hypoglycémie à prendre en charge ; sous 0,54 g/L = hypoglycémie cliniquement significative avec risque de neuroglucopénie ; trouble de conscience, convulsions ou impossibilité de déglutir = hypoglycémie sévère, quelle que soit la valeur affichéeMesurer en urgence devant tout signe évocateur. Identifier la valeur, l'heure, le contexte. Confirmer la triade de Whipple (glycémie basse, symptômes, correction après resucrage). Transmettre au médecin et tracer l'épisode au dossier.Glycémie veineuse de contrôle
Confirmation biologique de l'hypoglycémie capillaire en cas de doute, de discordance avec la clinique ou de suspicion d'hypoglycémie organique non diabétiquePrélever sur prescription en cas d'hypoglycémie atypique ou non liée au traitement. Identifier le tube selon protocole et acheminer au laboratoire. Transmettre la valeur et le contexte au médecin.Bilan étiologique sur prescription
Insulinémie et peptide C, cortisolémie, fonction rénale et hépatique, recherche de toxiques. Indiqué hors cadre diabétique connu pour rechercher une cause organiquePrélever sur prescription spécialisée si l'hypoglycémie survient hors traitement antidiabétique ou de manière atypique. Acheminer rapidement au laboratoire. Transmettre les résultats au médecin pour orientation diagnostique.ECG si terrain à risque
Recherche de troubles du rythme déclenchés par l'hypoglycémie (allongement QT, troubles du rythme), surtout chez le sujet âgé ou coronarienRéaliser un ECG 12 dérivations en cas d'hypoglycémie sévère, de douleur thoracique ou de palpitations associées. Transmettre le tracé au médecin pour interprétation.Support
Resucrage oral 15 g de glucides rapides (rôle propre IDE)Patient conscient et déglutition sûre : donner 15 g de glucides rapides (3 morceaux de sucre, 1 cuillère à soupe de miel, 150 mL de jus de fruit). Recontrôler la glycémie à 15 minutes et répéter si nécessaire. Après correction, proposer une collation glucidique mixte si le prochain repas est éloigné.Répéter le resucrage si la glycémie reste sous 0,70 g/L à 15 minutes
Actif
Glucagon nasal ou intramusculaire (sur prescription ou protocole)Glucagon nasal ou IM sur prescription ou protocole d'urgence : hypoglycémie sévère chez patient DT1 ou DT2 traité par insuline, incapable de déglutir. Vérifier la disponibilité du kit prescrit, sécuriser le patient en position latérale, alerter le SAMU et surveiller la reprise de conscience. En cas de DT2 traité par sulfamide, ne pas présenter le glucagon comme option de recours (avis HAS Baqsimi 2021) : alerter immédiatement, préparer la voie veineuse et le glucose IV selon prescription/protocole, organiser une surveillance prolongée.Effet en 10 à 15 minutes, relai par perfusion glucosée selon prescription
Actif
Glucose intraveineux (sur prescription)Patient inconscient ou hypoglycémie sous sulfamide : glucose IV selon prescription ou protocole d'urgence. L'IDE prépare la voie veineuse, administre selon le cadre prescrit, surveille conscience, glycémie et constantes et alerte en cas de récidive ou de baisse persistante.Surveillance prolongée 24 à 48 h sous sulfamide en raison de la demi-vie longue
Support
Recherche du facteur déclenchant et adaptation thérapeutiqueRecueillir le contexte : dose et heure du dernier traitement, dernier repas, activité physique, alcool, fonction rénale, observance. Transmettre au médecin pour adaptation des doses ou changement de molécule selon prescription.Action systématique après tout épisode pour prévenir la récidive
Éducation
Programme d'éducation thérapeutique du patient et de l'entourageProgramme structuré recommandé par la HAS : reconnaître les signes précoces et tardifs, autosurveillance avant et après l'effort, gestion du resucrage 15 g, formation de l'entourage à l'usage du glucagon prescrit, ajustement alimentation et activité physique selon profil.Initial puis renouvelé annuellement et après chaque épisode sévère
Coma hypoglycémique et séquelles neurologiques
Perte de connaissance complète, parfois précédée de convulsions. Risque vital immédiat et risque de séquelles neurologiques irréversibles si correction tardive. Plus fréquent en cas d'hypoglycémie nocturne non détectée.Prévention
Promouvoir l'éducation à l'autosurveillance et à la reconnaissance des signes précoces. Encourager la formation de l'entourage au glucagon prescrit. Alerter le médecin pour réévaluation des objectifs glycémiques en cas d'épisodes sévères répétés.Signes d'alerte
Confusion progressive ou troubles du comportement inexpliqués · Sueurs profuses, tremblements et asthénie marquée · Trouble de la conscience ou incapacité de déglutir en sécurité
Hypoglycémie prolongée sous sulfamides
Récidive démontrée dans le RCP ANSM des sulfamides hypoglycémiants (glimépiride demi-vie 5-8 h, gliclazide variable selon forme galénique). L'IDE alerte le médecin ou le SAMU, surveille la glycémie de façon rapprochée et prépare un apport glucidique IV selon prescription ou protocole. Plus fréquente chez le sujet âgé fragile, IRC ou dénutri.Prévention
Promouvoir l'éducation au respect des horaires et des doses prescrites. Coordonner le bilan rénal sur prescription. Alerter le médecin devant tout épisode sévère pour réévaluation du sulfamide.Signes d'alerte
Récidive d'hypoglycémie après resucrage initial · Patient âgé fragile avec IRC ou dénutrition · Reprise alimentaire incomplète ou jeûne prolongé
Hypoglycémies inaperçues du DT1 ancien
Perte progressive des signes adrénergiques d'alerte après plusieurs années de DT1 ou hypoglycémies répétées. Risque accru d'hypoglycémie sévère brutale sans signe annonciateur. Cercle vicieux des hypoglycémies à dépister.Prévention
Encourager le port d'un capteur CGM sur prescription, la réévaluation spécialisée du schéma thérapeutique par le diabétologue pour réduire le risque d'hypoglycémies sévères répétées et la formation renforcée de l'entourage à la reconnaissance et au glucagon.Signes d'alerte
Patient ne ressentant plus les signes adrénergiques classiques · Hypoglycémies découvertes uniquement à la mesure capillaire ou au CGM · Malaises ou pertes de connaissance sans prodrome ressenti
Complications cardiovasculaires aiguës
L'hypoglycémie peut déclencher des troubles du rythme (allongement du QT, fibrillation atriale, mort subite), surtout chez le sujet âgé coronarien. Lien décrit avec les hypoglycémies sévères répétées dans les études cardiovasculaires DT2.Prévention
Réaliser un ECG 12 dérivations chez le sujet âgé ou coronarien après tout épisode sévère, et en transmettre le tracé. Transmettre toute palpitation ou douleur thoracique au médecin sans délai.Signes d'alerte
Palpitations persistantes après correction de la glycémie · Douleur thoracique d'effort ou de repos · Malaise vagal ou syncope inhabituelle
Surveillance prioritaire
Glycémie capillaire et conscience
En urgence devant tout signe évocateur, puis horaire ou rapprochée selon prescription après épisode sévère · Glycémie capillaire en g/L sur lecteur. Repères IDE : sous 0,70 g/L chez le patient diabétique = hypoglycémie à prendre en charge ; sous 0,54 g/L = hypoglycémie cliniquement significative avec risque de neuroglucopénie ; trouble de conscience, convulsions ou impossibilité de déglutir = hypoglycémie sévère quelle que soit la valeur affichée. Objectif individualisé fixé par le médecin selon profil. Évaluer simultanément l'état de conscience et la capacité de déglutition
Alerte
Constantes vitales
À chaque épisode et durant la phase de surveillance post-resucrage · PA en mmHg, FC en bpm, SpO2 en pourcentage, FR en cycles par minute, température en degrés Celsius. Repérer toute pâleur, sueurs, tachycardie ou bradycardie inhabituelles
Alerte
Carnet d'autosurveillance et facteurs déclenchants
À chaque consultation IDE et après chaque épisode hypoglycémique · Tendance des glycémies capillaires sur 7 à 14 jours, fréquence des hypoglycémies, contexte horaire (post-prandial, nocturne, effort), observance du traitement, alimentation, activité physique, alcool
Alerte
Suivi prolongé sous sulfamide
Surveillance horaire ou rapprochée pendant 24 à 48 h après hypoglycémie sévère sous sulfamide · Glycémie capillaire tracée en g/L selon la fréquence prescrite ou le protocole. Conscience et alimentation suivies. Apport glucidique IV ou oral selon prescription. Recherche d'IRC ou de jeûne associés
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
BAQSIMI (glucagon nasal) - Avis de la commission de la transparence · HAS · 2021
ALD n° 8 - Diabète de type 1 chez l'adulte et chez l'enfant/adolescent · HAS · 2014
Stratégie thérapeutique du patient vivant avec un diabète de type 2 · HAS · 2024
Référentiels SFD : prise de position antidiabétiques 2023 et hypoglycémie · SFD · 2023
Hypoglycémie en médecine d'urgence (référentiels et communications SFMU) · SFMU · 2024
RCP glimépiride - ANSM/BDPM (hypoglycémie prolongée sous sulfamide) · ANSM · 2024
RCP gliclazide - ANSM/BDPM (demi-vie 12 à 20 h selon spécialité) · ANSM · 2024
Données épidémiologiques diabète France 2023-2024 · Santé publique France · 2024
Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 (articles R.4311-4 et R.4311-7 CSP, rôle propre infirmier et urgence) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.