Infectieux

Infection à Clostridioides difficile

Infection digestive le plus souvent nosocomiale à Clostridioides difficile, bactérie sporulée productrice de toxines, favorisée par une antibiothérapie récente. Elle impose des précautions complémentaires contact et une hygiène des mains au savon et à l'eau, car les spores résistent aux solutions hydro-alcooliques.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'infection à Clostridioides difficile est une infection du côlon due à une bactérie anaérobie sporulée dont certaines souches produisent des toxines qui lèsent la muqueuse intestinale. Elle survient sur un déséquilibre du microbiote (dysbiose), le plus souvent après une antibiothérapie, et dans un contexte le plus souvent nosocomial. Elle se manifeste par une diarrhée liquide, parfois une fièvre et des douleurs abdominales, avec un risque de colite pseudomembraneuse et de formes graves. Pour l'IDE, l'enjeu est de repérer la diarrhée survenant sous ou après antibiotiques, de mettre en place sans délai les précautions contact et l'hygiène des mains au savon, de surveiller la gravité et d'alerter.
Prévalence
Clostridioides difficile est l'un des principaux agents responsables d'infections associées aux soins en Europe et la première cause de diarrhée associée aux antibiotiques chez le patient hospitalisé âgé ou porteur d'une pathologie digestive chronique (CPias Grand Est 2025, SPILF 2021). Environ deux tiers des patients porteurs restent asymptomatiques (colonisation) ; le diagnostic est à évoquer devant toute diarrhée survenant chez une personne de plus de 65 ans ayant reçu un traitement antibiotique dans le mois précédent (CPias Grand Est 2025).
Âge typique
Adulte âgé le plus souvent, en particulier au-delà de 65 ans, hospitalisé ou institutionnalisé, exposé à une antibiothérapie récente
Mortalité
Les formes graves à type d'entérocolite nécrosante peuvent engager le pronostic vital et concernent une part significative des cas selon la source (CPias Grand Est 2025). La récidive survient chez environ un quart des patients après un premier épisode selon les recommandations (SPILF 2017, HAS 2024). La mortalité globale n'est pas renseignée de façon consolidée dans les sources nationales retenues ici ; le risque vital est surtout lié aux formes compliquées (colite fulminante, mégacôlon toxique, perforation, choc)

Précoces

Signes précoces

Diarrhée sous ou après antibiothérapieAu moins trois selles liquides non moulées par 24 heures, non glairo-sanglantes, survenant pendant ou dans les semaines suivant une antibiothérapie
Douleurs abdominalesCrampes ou douleurs diffuses du cadre colique accompagnant la diarrhée
Fièvre modéréeFébricule ou fièvre inconstante, à recueillir et transmettre avec le contexte digestif

Évolutifs

Signes évolutifs

Diarrhée abondante et persistanteSelles liquides nombreuses et prolongées exposant à la déshydratation et aux troubles hydro-électrolytiques
Colite pseudomembraneuseAtteinte inflammatoire du côlon avec fausses membranes, forme caractéristique confirmée par le médecin, souvent plus fébrile et douloureuse

Tardifs

Signes tardifs

Altération de l'état généralAsthénie marquée, anorexie et amaigrissement chez un patient fragile déjà hospitalisé

Gravité

Signes de gravité

Colite fulminanteAggravation rapide avec fièvre élevée, douleurs abdominales intenses et retentissement sur l'état général : surveiller les constantes et alerter le médecin sans délai
Mégacôlon toxiqueDistension abdominale majeure, arrêt du transit paradoxal, ballonnement et défense : mesure du périmètre abdominal, surveillance rapprochée et alerte médicale immédiate
Choc et signes de perforationHypotension, tachycardie, marbrures, douleur abdominale brutale : surveillance des constantes en continu et déclenchement de la procédure d'urgence de l'établissement

Mécanisme

Antibiothérapie qui déséquilibre le microbiote intestinal (dysbiose) et lève la barrière de colonisation normalement protectrice
Prolifération de Clostridioides difficile et retour de la forme sporulée à sa forme active dans un intestin appauvri
Production de toxines protéiques A et B par les souches pathogènes, qui lèsent la muqueuse du côlon
Inflammation colique avec diarrhée, pouvant évoluer vers la colite pseudomembraneuse (fausses membranes de la muqueuse)
Dissémination des spores dans l'environnement, très résistantes (viabilité jusqu'à deux ans) et à l'origine de la transmission croisée (CPias Grand Est 2025)

Conséquences

Diarrhée liquide, non glairo-sanglante, avec douleurs abdominales et parfois fièvre
Déshydratation et troubles hydro-électrolytiques par les pertes digestives
Colite pseudomembraneuse, forme caractéristique de l'atteinte colique
Formes graves ou compliquées : colite fulminante, mégacôlon toxique, perforation, choc

Évolution

Sous traitement adapté et après arrêt si possible de l'antibiotique en cause, l'évolution est le plus souvent favorable. La récidive survient chez environ un quart des patients après un premier épisode : elle correspond soit à une rechute (persistance des spores de la souche initiale), soit à une réinfection par une nouvelle souche (SPILF 2017). Les formes graves peuvent évoluer vers le mégacôlon toxique, la perforation et le choc, mettant en jeu le pronostic vital et pouvant relever d'un avis chirurgical.
Antibiothérapie récente : facteur de risque principal · surtout clindamycine · céphalosporines · amoxicilline-acide clavulanique et fluoroquinolones · par déséquilibre du microbiote (SPILF 2021)
Âge supérieur à 65 ans : terrain le plus fréquent · associé à un risque accru de forme grave et de récidive (CPias Grand Est 2025 · SPILF 2021)
Hospitalisation prolongée ou répétée : contexte le plus souvent nosocomial, réservoir environnemental persistant
Comorbidités : cancer · immunodépression · insuffisance rénale · pathologie digestive chronique
Inhibiteurs de la pompe à protons : traitement antisécrétoire associé à un risque accru d'infection (SPILF 2021)
Contact avec un patient infecté ou un environnement mal décontaminé : transmission féco-orale, les mains étant le principal vecteur (CPias Grand Est 2025)

Critères diagnostiques

Diarrhée avérée : au moins trois selles liquides non moulées par 24 heures, condition indispensable avant tout prélèvement microbiologique
Confirmation microbiologique en deux temps sur les selles diarrhéiques : recherche de la bactérie (GDH ou PCR) et recherche des toxines, avec au moins deux tests concordants (SPILF 2017)
Contexte évocateur : antibiothérapie récente, âge supérieur à 65 ans, hospitalisation, dans un cadre le plus souvent nosocomial
Distinction colonisation / infection : un test positif sans diarrhée ne signe pas une infection et ne se traite pas
Absence de test de contrôle de guérison : le suivi après traitement est clinique, aucun prélèvement de contrôle n'est réalisé (SPILF 2021)

Diagnostic différentiel

Gastro-entérite virale ou diarrhée infectieuse commune : contexte épidémique, absence d'antibiothérapie récente, évolution rapidement résolutive
Diarrhée associée aux antibiotiques sans Clostridioides difficile : diarrhée simple sous antibiotiques, recherche de toxines négative
Colite ischémique : terrain vasculaire, douleur brutale, rectorragies, contexte de bas débit
Poussée de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (Crohn, rectocolite hémorragique) : antécédents connus, diarrhée souvent glairo-sanglante
Autres colites infectieuses (Salmonella, Campylobacter, Shigella) : coproculture orientant vers un autre agent

Examens complémentaires

Recherche microbiologique sur selles diarrhéiques

Sur des selles diarrhéiques uniquement (au moins trois selles non moulées par 24 heures) : recherche de la bactérie (test GDH ou PCR) associée à la recherche des toxines, le diagnostic reposant sur au moins deux tests concordants. Un test positif isolé sans diarrhée peut correspondre à une simple colonisation (SPILF 2021)L'IDE prélève les selles sur prescription, uniquement si elles sont diarrhéiques, conserve l'échantillon au froid (moins de 24 heures à 4 °C) et l'achemine rapidement au laboratoire. Transmet le résultat au médecin et n'interprète pas seul la positivité, qui doit être rapportée au contexte clinique.

Bilan biologique de retentissement

NFS (hyperleucocytose possible), ionogramme sanguin, créatinine, CRP : évaluation du retentissement de la diarrhée et des signes de gravité selon prescriptionL'IDE prélève sur prescription et achemine au laboratoire. Transmet les valeurs avec leurs unités au médecin et alerte devant une hyperleucocytose marquée, une insuffisance rénale ou des troubles ioniques, en faveur d'une forme grave.

Imagerie abdominale sur prescription

Radiographie ou scanner abdominal demandé par le médecin en cas de suspicion de complication (mégacôlon toxique, perforation) : distension colique, épaississement pariétal, pneumopéritoineL'IDE prépare et accompagne le patient à l'examen, surveille l'état hémodynamique et abdominal avant et après. Transmet le compte rendu au médecin dès réception. Aucune imagerie de contrôle n'est systématique en dehors des signes de complication.

Coloscopie sur prescription

Examen endoscopique réservé aux situations complexes, pouvant objectiver les fausses membranes de la colite pseudomembraneuse ; non systématiqueL'IDE prépare le patient selon le protocole du service et transmet le compte rendu au médecin. Le suivi de la guérison est clinique : aucun test microbiologique de contrôle n'est réalisé après la fin du traitement (SPILF 2021).

Actif

Arrêt de l'antibiotique en cause sur décision médicaleLa première mesure est l'arrêt, si possible, de l'antibiotique déclenchant, décidé par le médecin, éventuellement remplacé par une molécule moins pourvoyeuse d'infection. L'IDE recueille la liste des antibiotiques en cours, la transmet au médecin et applique la modification de prescription.

Dès le diagnostic, sur décision médicale

Actif

Fidaxomicine en première intentionLe traitement de première intention repose sur la fidaxomicine, la stratégie étant guidée par le risque de récurrence, sur prescription médicale. L'IDE administre selon la prescription, surveille la tolérance digestive et l'évolution de la diarrhée, et trace le nombre de selles (SPILF 2021, HAS 2024).

10 jours selon prescription

Actif

Vancomycine orale en alternativeLa vancomycine par voie orale est l'alternative à la fidaxomicine ; le métronidazole n'est plus recommandé en première intention. L'IDE administre la molécule prescrite par voie orale, surveille la tolérance et transmet toute persistance ou aggravation de la diarrhée (SPILF 2021).

Selon prescription

Support

Réhydratation et correction des troubles hydro-électrolytiquesLes pertes digestives exposent à la déshydratation. L'IDE surveille l'hydratation, applique la réhydratation orale ou la perfusion sur prescription, évite d'administrer un ralentisseur du transit (contre-indiqué) et transmet les signes de déshydratation au médecin (SPILF 2021, CPias Grand Est 2025).

Toute la phase diarrhéique

Support

Transplantation de microbiote fécal en cas de récidives multiplesProposée par le médecin en cas de récidives multiples pour restaurer le microbiote intestinal. La décision et l'indication relèvent du médecin ; l'IDE prépare le patient selon le protocole, accompagne le geste et surveille la tolérance (SPILF 2021).

Selon indication médicale

Éducation

Bon usage des antibiotiques comme préventionLa prévention repose largement sur le bon usage des antibiotiques, qui limite les dysbioses à l'origine des infections. L'IDE renforce l'observance des durées prescrites, ne prolonge jamais un antibiotique de sa propre initiative et transmet toute diarrhée survenant sous antibiotiques (SPILF 2021).

En continu

Colite pseudomembraneuse

Forme caractéristique de l'atteinte colique avec fausses membranes de la muqueuse, souvent plus fébrile et douloureuse, confirmée par le médecin.

Prévention

Application rigoureuse du traitement prescrit, surveillance du nombre de selles et de la fièvre, transmission rapide de toute aggravation au médecin.

Signes d'alerte

Diarrhée abondante et persistante · Fièvre associée · Douleurs abdominales croissantes

Mégacôlon toxique

Distension majeure du côlon paralysé avec risque de perforation, complication grave engageant le pronostic vital.

Prévention

Surveillance de l'abdomen (périmètre abdominal, ballonnement, transit), alerte médicale sans délai devant toute distension, éviction de tout ralentisseur du transit.

Signes d'alerte

Distension et ballonnement abdominal · Diminution paradoxale ou arrêt des selles · Douleur abdominale avec fièvre

Déshydratation et troubles hydro-électrolytiques

Conséquence des pertes digestives abondantes, particulièrement à risque chez le sujet âgé fragile.

Prévention

Surveillance de l'hydratation, de la diurèse et du poids, réhydratation sur prescription, transmission des signes de déshydratation au médecin.

Signes d'alerte

Soif et sécheresse des muqueuses · Oligurie · Hypotension et tachycardie

Récidive de l'infection

Réapparition de l'infection chez environ un quart des patients après un premier épisode, par rechute de la souche initiale ou réinfection par une nouvelle souche.

Prévention

Renforcement du bon usage des antibiotiques, hygiène rigoureuse, transmission de toute reprise de diarrhée après guérison ; la transplantation de microbiote fécal est proposée par le médecin en cas de récidives multiples.

Signes d'alerte

Reprise de la diarrhée après amélioration · Nouveau contexte d'antibiothérapie · Douleurs abdominales récidivantes

Expliquer le lien avec les antibiotiques : reformuler avec le patient et l'entourage que l'infection est favorisée par une antibiothérapie récente et qu'il faut signaler toute reprise de diarrhée, y compris après la sortie
Impliquer le patient dans l'hygiène des mains : accompagner le lavage des mains au savon et à l'eau après passage aux toilettes et avant les repas, en expliquant que le gel hydro-alcoolique ne suffit pas contre les spores
Expliquer les précautions contact : présenter la chambre individuelle, le port de gants et de surblouse par les soignants et les visiteurs comme une protection collective, non une mise à l'écart
Informer sur l'importance de terminer et de ne jamais prolonger seul un antibiotique : renforcer l'observance des durées prescrites et le recours au médecin avant toute reprise
Guider l'hydratation : encourager les apports de boissons adaptés aux pertes et expliquer les signes de déshydratation à transmettre à l'équipe
Associer l'entourage à l'hygiène de l'environnement : expliquer l'intérêt du nettoyage des surfaces et du linge et la conduite à tenir à domicile en cas de récidive

Surveillance prioritaire

Diarrhée et état d'hydratation

À chaque poste et selon prescription, avec traçabilité du nombre et de l'aspect des selles · Diminution progressive du nombre de selles, absence de sang, muqueuses hydratées, diurèse conservée (au moins 0,5 mL/kg/h), poids stable

Alerte

Diarrhée s'aggravant ou selles sanglantes : transmettre au médecin et rapprocher la surveillanceSignes de déshydratation (soif, pli cutané, hypotension, oligurie, confusion) : alerter le médecin et appliquer la réhydratation prescriteApparition d'un ballonnement, d'une distension abdominale ou d'un arrêt du transit : mesurer le périmètre abdominal et alerter sans délai (suspicion de mégacôlon toxique)

Constantes et signes de gravité

Selon prescription, rapprochée en cas de forme grave ou compliquée · Température, FC inférieure à 120/min de façon stable, PA stable, absence de marbrures, abdomen souple et non distendu

Alerte

Fièvre élevée avec frissons ou instabilité hémodynamique : surveillance rapprochée et alerte médicale immédiateHypotension, tachycardie persistante, marbrures : déclencher la procédure d'urgence de l'établissement (suspicion de choc)Douleur abdominale brutale et intense : transmettre sans délai au médecin (suspicion de perforation)

Mesures d'hygiène et d'isolement

À chaque contact avec le patient, dès la suspicion et jusqu'à la levée décidée selon le protocole · Précautions complémentaires contact effectives, hygiène des mains au savon et à l'eau réalisée, environnement décontaminé au produit sporicide (eau de Javel), maintien jusqu'à plusieurs jours après l'arrêt de la diarrhée selon le protocole de l'établissement

Alerte

Précautions non appliquées ou friction hydro-alcoolique utilisée seule à la place du lavage au savon : reprendre l'hygiène des mains au savon (les spores résistent aux solutions hydro-alcooliques)Survenue d'un autre cas de diarrhée dans le service : signaler à l'équipe opérationnelle d'hygiène pour repérage de cas groupésSurfaces ou matériel décontaminés avec un produit non sporicide : reprendre la désinfection à l'eau de Javel selon le protocole

Rôle IDE détaillé

Recueillir le contexte : antibiothérapie récente ou en cours, âge, hospitalisations antérieures, comorbidités, traitement par inhibiteurs de la pompe à protons
Caractériser la diarrhée : nombre de selles par 24 heures, aspect (liquide, sanglant), durée, retentissement sur l'état général
Évaluer l'état d'hydratation et les signes de gravité : constantes, diurèse, périmètre et souplesse abdominale, état de conscience
Repérer précocement toute diarrhée survenant sous ou après antibiothérapie chez un patient à risque et la transmettre au médecin

Références

Infections à Clostridioides difficile : actualisation des recommandations (Info-antibio n°94) · SPILF · 2021

Prévention de la transmission des infections à Clostridioides difficile (fiche pratique, version 4) · CPias Grand Est · 2025

DIFICLIR (fidaxomicine) : avis de la Commission de la Transparence, infection à Clostridium difficile · HAS · 2024

Infections à Clostridium difficile : prévention, diagnostic et traitement (JRA) · SPILF · 2017

Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025

Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier · Légifrance · 2025

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.