Rénal

Insuffisance Rénale Aiguë (IRA)

Détérioration brutale de la fonction rénale avec élévation rapide de la créatinine et oligurie, urgence diagnostique et thérapeutique

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

L'insuffisance rénale aiguë (IRA) est une détérioration brutale et potentiellement réversible de la fonction rénale, définie par une augmentation rapide de la créatinine et/ou une oligurie persistante (classification KDIGO). L'IDE joue un rôle central dans la surveillance de la diurèse, la détection précoce de l'hyperkaliémie et la prévention des complications potentiellement mortelles.
Prévalence
Pathologie fréquente en milieu hospitalier, particulièrement en réanimation. Première cause d'insuffisance rénale réversible à l'hôpital.
Âge typique
Prédominance chez le sujet âgé (polypathologie, iatrogénie, déshydratation). Possible à tout âge, notamment chez l'enfant en contexte post-infectieux.
Mortalité
Mortalité variable selon le contexte : faible si IRA communautaire corrigée rapidement, nettement plus élevée en réanimation avec défaillance multiviscérale. Risque d'IRC résiduelle chez les survivants.

Précoces

Signes précoces

OligurieDiminution franche de la diurèse. Signe précoce mais absent dans certaines IRA à diurèse conservée
Nausées, vomissementsSignes précoces d'urémie. Anorexie, goût métallique
Contexte étiologiqueHypovolémie (pli cutané, tachycardie, hypotension), globe vésical (IRA post-rénale), sepsis, néphrotoxiques récents

Évolutifs

Signes évolutifs

Oedèmes et surcharge volémiqueOedèmes déclives, prise de poids rapide, turgescence jugulaire, reflux hépato-jugulaire. Risque d'OAP
Syndrome urémiqueConfusion, somnolence, astérixis, hoquets, prurit, haleine urémique (odeur ammoniacale)
HTA de surchargeRétention hydrosodée provoquant une HTA systolo-diastolique. Fréquente si oligurie prolongée

Gravité

Signes de gravité

Hyperkaliémie sévèreKaliémie très élevée provoquant ondes T pointues, QRS larges, BAV, risque d'arrêt cardiaque. Urgence vitale absolue
Oedème aigu pulmonaireSurcharge volémique majeure entraînant dyspnée aiguë, orthopnée, crépitants bilatéraux, désaturation, mousse rosée
Encéphalopathie urémiqueAccumulation majeure d'urée provoquant confusion sévère, astérixis, convulsions, coma. Indication de dialyse en urgence

Mécanisme

IRA pré-rénale (cause la plus fréquente) : le rein manque de sang (hypovolémie, choc, déshydratation), il filtre moins. Réversible si le remplissage est rapide.
IRA rénale : le rein est directement abîmé par un manque de sang prolongé ou par des médicaments toxiques (AINS, aminosides, produits de contraste). Récupération lente sur plusieurs semaines.
IRA post-rénale : les urines sont bloquées par un obstacle (calcul, adénome de prostate, tumeur). L'échographie montre une dilatation et la levée d'obstacle est urgente.
Hyperkaliémie : le rein défaillant n'élimine plus le potassium, visible au scope (ondes T pointues, QRS larges). Risque vital si kaliémie très élevée.
Surcharge et acidose : le rein n'élimine plus l'eau ni les acides. Le patient gonfle (oedèmes, OAP) et le sang s'acidifie (respiration de Kussmaul).

Conséquences

Oligurie ou anurie : diminution majeure de la diurèse, mais certaines IRA gardent une diurèse conservée
Hyperkaliémie menaçante : trouble ionique provoquant des anomalies ECG progressives puis des troubles du rythme graves
Surcharge hydrosodée : OAP (dyspnée, crépitants), oedèmes généralisés, HTA de surcharge
Syndrome urémique : accumulation des déchets provoquant nausées, confusion, péricardite, prurit

Évolution

Trois phases : initiation (heures), état oligoanurique (une à deux semaines si nécrose tubulaire), puis récupération polyurique (deux à quatre semaines avec risque de déshydratation et d'hypokaliémie). L'IRA pré-rénale récupère rapidement si corrigée tôt. Risque d'IRC séquellaire dans les formes sévères.
Hypovolémie : hémorragie · déshydratation · diarrhées · vomissements · diurétiques
Choc : septique (première cause en réanimation) · cardiogénique · hypovolémique
Néphrotoxiques : AINS · IEC/ARA2 · aminosides · produits de contraste iodés
Terrain rénal fragile : IRC préexistante · diabète · insuffisance cardiaque
Obstacle urinaire : lithiase bilatérale · adénome de prostate (globe vésical) · tumeur pelvienne
Rhabdomyolyse : contexte de lyse musculaire · myoglobinurie · syndrome de lyse tumorale

Critères diagnostiques

Critères KDIGO : élévation de la créatinine par rapport à la valeur de base en 48 heures ou en 7 jours (stade 1 : hausse ≥ 26,5 µmol/L en 48 h, ou créatinine ×1,5 à 1,9 par rapport à la valeur de base en 7 jours)
Critère diurèse : oligurie < 0,5 mL/kg/h pendant 6 à 12 h (stade 1), ≥ 12 h (stade 2) ; diurèse < 0,3 mL/kg/h pendant ≥ 24 h ou anurie ≥ 12 h (stade 3)
Distinction pré-rénale et rénale : ionogramme urinaire et fraction d'excrétion du sodium orientant le mécanisme
Échographie rénale et vésicale systématique : élimine l'obstacle (dilatation pyélocalicielle, globe vésical)

Diagnostic différentiel

IRC décompensée : reins petits à l'échographie, anémie, hypocalcémie et hyperphosphatémie chroniques
IRA pré-rénale vs nécrose tubulaire installée : la pré-rénale récupère rapidement après remplissage, la nécrose tubulaire persiste plusieurs semaines
Globe vésical (IRA post-rénale basse) : matité sus-pubienne, la sonde urinaire entraîne une vidange vésicale et une reprise de diurèse immédiate
Rhabdomyolyse : CPK très élevées, myoglobinurie (urines rouge-brun, bandelette positive pour le sang mais ECBU sans hématies), contexte évocateur

Examens complémentaires

Créatininémie et urée

Élévation de la créatinine par rapport à la valeur de base (classification KDIGO stade 1 à 3). Urée élevée. Rapport urée/créatinine orientant vers le mécanismePrélever sur prescription médicale, noter la valeur de base (créatinine habituelle). Alerter le médecin si créatinine très élevée ou en hausse rapide. Transmettre les valeurs avec le stade KDIGO au médecin référent.

Ionogramme sanguin et gaz du sang

Recherche d'hyperkaliémie, d'acidose métabolique (pH bas, bicarbonates bas). Natrémie variable selon l'étiologiePrélever sur prescription médicale, noter l'heure de prélèvement. Alerter immédiatement le médecin si kaliémie élevée. Transmettre l'ionogramme et les gaz du sang avec l'ECG associé.

Échographie rénale et vésicale

Taille des reins (normale en IRA, petits en IRC). Recherche de dilatation pyélocalicielle bilatérale si obstacle. Globe vésical si rétentionPréparer le patient pour l'examen. Alerter immédiatement le médecin si dilatation pyélocalicielle ou globe vésical confirmé. Transmettre le résultat au néphrologue ou à l'urologue selon le mécanisme suspecté.

ECG 12 dérivations

Recherche de signes d'hyperkaliémie : ondes T pointues et amples, QRS larges, onde sinusoïdale selon la sévéritéRéaliser et transmettre immédiatement l'ECG au médecin dès suspicion d'hyperkaliémie. Alerter en urgence si QRS larges ou onde sinusoïdale. Préparer le matériel d'urgence sur prescription médicale.

Support

Correction de la cause (traitement étiologique)IRA pré-rénale : remplissage par soluté isotonique sur prescription médicale. Arrêt des néphrotoxiques sur prescription médicale (AINS, IEC/ARA2, aminosides).

Immédiat, réévaluation rapide

Actif

Gluconate de calcium IV (cardioprotection)Administration IV lente sur prescription médicale si hyperkaliémie avec signes ECG. Protège le coeur en urgence mais ne baisse pas la kaliémie. Surveillance IDE : scope continu pendant l'injection, FC et PA rapprochées.

Effet temporaire, traitement relais nécessaire

Actif

Insuline-glucose et salbutamol (transfert du potassium)Administration sur prescription médicale pour transfert intracellulaire du potassium. Surveillance IDE : glycémie capillaire rapprochée (risque d'hypoglycémie), kaliémie de contrôle.

Effet temporaire, surveiller le rebond

Actif

Résine échangeuse d'ions (élimination du potassium)Administration par voie orale ou rectale sur prescription médicale pour élimination digestive du potassium. Effet retardé de plusieurs heures.

Selon kaliémie, relais dialyse si réfractaire

Actif

Furosémide IV sur prescription médicaleDiurétique de l'anse si surcharge volémique, sur prescription médicale. Inutile en IRA post-rénale obstructive. Surveillance IDE : diurèse horaire, PA, ionogramme de contrôle.

Selon état volémique et réponse diurétique

Spécialisé

Épuration extrarénale (hémodialyse)Hémodialyse intermittente ou continue en réanimation sur décision médicale. Indiquée si hyperkaliémie réfractaire, acidose sévère, surcharge réfractaire ou anurie prolongée. Rôle IDE : préparer l'abord vasculaire, surveiller la tolérance hémodynamique.

Temporaire, sevrage quand la diurèse reprend

Spécialisé

Levée d'obstacle (IRA post-rénale)Sonde vésicale si globe vésical avec vidange progressive. Néphrostomie percutanée si obstacle haut bilatéral sur décision urologique. Rôle IDE : préparer le matériel, surveiller la diurèse de reprise.

Urgence, selon étiologie obstructive

Hyperkaliémie maligne

Kaliémie très élevée provoquant des troubles du rythme cardiaque progressifs (ondes T pointues, QRS larges, puis fibrillation ventriculaire ou asystolie). Première cause de décès évitable dans l'IRA.

Prévention

Surveillance kaliémie régulière, régime pauvre en potassium, résines échangeuses précoces, ECG systématique si kaliémie élevée. Dialyse si réfractaire aux traitements médicaux

Signes d'alerte

Kaliémie supérieure à 6,0 mmol/L · Ondes T pointues et amples à l'ECG · Faiblesse musculaire, paresthésies · QRS larges

Oedème aigu pulmonaire

Surcharge volémique par oligurie et apports non restreints provoquant une insuffisance cardiaque gauche aiguë congestive. Fréquent si IRA sur cardiopathie préexistante.

Prévention

Restriction hydrique stricte, bilan hydrique rigoureux, furosémide IV précoce sur prescription, dialyse si réfractaire aux diurétiques

Signes d'alerte

Dyspnée de décubitus, orthopnée · Crépitants bilatéraux ascendants · Désaturation · Prise de poids rapide

Acidose métabolique sévère

Acidose sévère provoquant une baisse de la contractilité cardiaque, une vasodilatation et une hypotension. Risque d'arrêt cardiaque si acidose profonde.

Prévention

Gaz du sang quotidiens si IRA sévère, bicarbonates IV sur prescription médicale si acidose modérée, dialyse si acidose réfractaire

Signes d'alerte

Polypnée de Kussmaul (compensation respiratoire) · Hypotension · Confusion · pH bas aux gaz du sang

Évolution vers IRC

Certaines IRA sévères évoluent vers une IRC résiduelle. Risque majoré si nécrose tubulaire prolongée, IRA sur IRC, âge avancé, diabète.

Prévention

Traitement étiologique rapide, éviter les néphrotoxiques pendant la récupération, suivi néphrologique programmé

Signes d'alerte

Créatinine non normalisée à trois mois · DFG restant bas de manière persistante · Protéinurie résiduelle

Phase aiguë : restriction hydrique stricte selon prescription, pesée quotidienne à jeun
Régime pauvre en potassium : éviter fruits secs, chocolat, banane, tomate, pomme de terre
Arrêt des néphrotoxiques : ne jamais prendre d'AINS en automédication (ibuprofène, kétoprofène)
Signes d'alerte : signaler immédiatement oligurie, oedèmes croissants, dyspnée ou confusion
Phase de récupération : polyurie possible nécessitant de compenser les pertes hydriques, risque d'hypokaliémie
Prévention de la récidive : hydratation suffisante, éviter les AINS, protocole d'hydratation si produit de contraste iodé

Surveillance prioritaire

Diurèse horaire et bilan hydrique

Diurèse horaire (sonde urinaire en phase aiguë). Bilan entrées-sorties /8h. Poids quotidien à jeun · Diurèse >0,5 mL/kg/h. Bilan hydrique neutre ou négatif si surcharge

Alerte

Oligurie persistante malgré remplissage : quantifier la diurèse horaire et alerter le réanimateurAnurie brutale : vérifier la perméabilité de la sonde urinaire et appeler le médecin en urgenceBilan hydrique très positif : peser le patient et noter les oedèmes des membres inférieurs dans le dossier

Kaliémie et ECG

Kaliémie biquotidienne si stable. Plus fréquente si hyperkaliémie. ECG systématique si kaliémie élevée · K+ 3,5-5,0 mmol/L. ECG normal (pas d'ondes T pointues ni QRS larges)

Alerte

K+ >6,0 mmol/L : réaliser un ECG 12 dérivations et transmettre le résultat au médecinK+ >6,5 mmol/L avec signes ECG : alerter le réanimateur en urgenceFaiblesse musculaire ou paresthésies des extrémités : prélever une kaliémie de contrôle et surveiller le scope

Créatininémie et fonction rénale

Quotidienne en phase aiguë, espacée en phase de récupération · Stabilisation puis décroissance progressive vers la valeur de base

Alerte

Créatinine croissante malgré correction étiologique : prélever un ionogramme complet et transmettre au néphrologueCréatinine très élevée ou multipliée par trois : quantifier la diurèse horaire et alerter le médecin (KDIGO stade 3)Urémie élevée avec confusion ou astérixis : rechercher un flapping tremor et noter l'état neurologique

Paramètres hémodynamiques et respiratoires

PA, FC, SpO2, FR /4h en phase aiguë. Auscultation pulmonaire quotidienne · PAM >65 mmHg, SpO2 >94%, FR 12-20/min, absence de crépitants

Alerte

PAM <65 mmHg malgré remplissage : mesurer la PA debout et couché puis alerter le réanimateurSpO2 <92% avec crépitants bilatéraux : installer le patient en position demi-assise et préparer le matériel d'oxygénothérapieDyspnée de décubitus ou orthopnée : peser le patient, noter les oedèmes des membres inférieurs et transmettre au médecin

Rôle IDE détaillé

Diurèse horaire : surveiller via sonde urinaire, bilan hydrique /8h, poids quotidien à jeun
Recherche étiologique : contexte d'hypovolémie, sepsis, néphrotoxiques récents, globe vésical
Signes de gravité : kaliémie élevée, signes ECG, surcharge (crépitants), urémie (confusion)
Classification KDIGO : recueillir la créatinine de base et évaluer le stade

Références

Référentiel de néphrologie, item 348 : insuffisance rénale aiguë · CUEN · 2023

KDIGO Clinical Practice Guideline for Acute Kidney Injury : nomenclature française · SFNDT · 2021

Épuration extrarénale en réanimation : indications et modalités · SRLF/SFAR · 2014

Prise en charge de l'hyperkaliémie aux urgences · SFMU, Ann. Fr. Med. Urgence · 2019

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.