Respiratoire

Légionellose

Pneumonie atypique grave par inhalation d’aérosols d’eau contaminée par Legionella pneumophila, avec atteintes extra-pulmonaires possibles et déclaration obligatoire.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La légionellose est une pneumonie atypique liée à l’inhalation d’aérosols d’eau contaminée par Legionella pneumophila. Elle associe habituellement une pneumonie fébrile à des signes extra-pulmonaires évocateurs : troubles digestifs, confusion, hyponatrémie. Pour l’IDE, les priorités sont de repérer la triade évocatrice, de réaliser les prélèvements prescrits (en particulier l’antigénurie), de surveiller la tolérance respiratoire, la natrémie et la fonction rénale, et de participer à la déclaration obligatoire portée par le médecin.
Prévalence
En France, environ 1 939 cas de légionellose ont été notifiés en 2024, soit un taux de notification de 2,8 pour 100 000 habitants. 91 % des cas notifiés ont été diagnostiqués en première intention par test antigène urinaire (SpF, bilan 2024).
Âge typique
Adulte surtout après 50 ans, avec une augmentation marquée chez les personnes les plus âgées. Prédominance masculine nette (SpF 2024).
Mortalité
La létalité globale est d’environ 9 % (160 décès sur 1 939 cas en 2024). Elle augmente nettement chez les patients fragiles ou en cas de prise en charge tardive (SpF 2024).

Précoces

Signes précoces

Fièvre élevéeFièvre souvent supérieure à 39 °C avec frissons et altération générale
Toux le plus souvent sècheToux irritative ou peu productive, associée à une gêne respiratoire progressive
Signes digestifs évocateursDiarrhée, nausées ou douleurs abdominales accompagnant la pneumonie, très évocateurs sur ce terrain

Évolutifs

Signes évolutifs

Dyspnée progressivePolypnée, désaturation et majoration de la gêne respiratoire

Tardifs

Signes tardifs

Confusion ou ralentissementTroubles de la vigilance, désorientation, surtout chez les patients fragiles ou âgés
Asthénie majeureFatigue importante avec retentissement fonctionnel marqué, persistant parfois plusieurs semaines

Gravité

Signes de gravité

Insuffisance respiratoire aiguëHypoxémie importante, polypnée marquée, tirage ou recours à une assistance ventilatoire
Sepsis ou état de chocHypotension persistante, marbrures, tachycardie, oligurie et altération de la perfusion périphérique
Insuffisance rénale aiguëOligurie, élévation rapide de la créatinine, signes de déshydratation ou hyponatrémie profonde

Mécanisme

La contamination se fait par inhalation d’aérosols d’eau contaminée par Legionella pneumophila.
La bactérie atteint les voies respiratoires profondes et se multiplie dans les macrophages alvéolaires.
Une réaction inflammatoire importante entraîne une pneumonie parfois étendue, avec atteintes extra-pulmonaires possibles.
Il n’existe pas de transmission interhumaine documentée de la légionellose (HCSP 2013).

Conséquences

Fièvre élevée avec altération marquée de l’état général.
Pneumonie parfois rapidement extensive avec hypoxémie.
Atteintes extra-pulmonaires fréquentes : signes digestifs, confusion, hyponatrémie, insuffisance rénale aiguë.
Risque de sepsis et de défaillance multiviscérale dans les formes graves.

Évolution

Sans prise en charge adaptée, l’évolution peut se compliquer d’insuffisance respiratoire aiguë, de sepsis sévère ou d’insuffisance rénale aiguë. Une antibiothérapie adaptée (macrolide ou fluoroquinolone selon le terrain et la gravité) débutée précocement améliore généralement l’état en quelques jours ; la convalescence peut être prolongée plusieurs semaines (CEP/SPLF 2023).
Âge : risque majoré après 50 ans, maximum au-delà de 80 ans (SpF 2024)
Tabagisme actif ou sevré récent : facteur de risque majeur de forme sévère
Pathologie respiratoire chronique : BPCO · cancer pulmonaire · autres atteintes respiratoires chroniques
Immunodépression : corticothérapie prolongée · pathologie hématologique · traitement immunosuppresseur
Comorbidités : diabète · insuffisance rénale chronique · affections cardiovasculaires évoluées
Exposition environnementale : réseaux d’eau chaude sanitaire · tours aéroréfrigérantes · spas et bains à bulles contaminés

Critères diagnostiques

Pneumonie fébrile évocatrice avec signes extra-pulmonaires (digestifs, confusion, hyponatrémie)
Contexte d’exposition possible à des aérosols d’eau contaminée (voyage récent, spa, tour aéroréfrigérante, réseau d’eau chaude)
Antigénurie Legionella positive ou confirmation microbiologique (culture, PCR)
Opacité radiologique compatible avec une pneumonie alvéolaire ou interstitielle

Diagnostic différentiel

Pneumonie à pneumocoque : contexte communautaire classique, peu de signes digestifs, antigénurie pneumocoque positive
Autre pneumonie atypique (Mycoplasma, Chlamydia) : terrain plus jeune, signes extra-pulmonaires moins marqués
Grippe compliquée : contexte épidémique saisonnier, PCR grippe positive, myalgies au premier plan
Sepsis pulmonaire à autre germe : antigénurie Legionella négative, orientation microbiologique différente

Examens complémentaires

Antigénurie Legionella

Détecte l’antigène soluble urinaire de Legionella pneumophila sérogroupe 1. En 2024, 91 % des cas notifiés ont été diagnostiqués en première intention par test antigène urinaire (SpF 2024)Examen de référence pour l’orientation rapide. L’IDE recueille l’échantillon urinaire, l’étiquette et l’achemine immédiatement au laboratoire ; le résultat, disponible en 1 à 2 heures, oriente l’antibiothérapie probabiliste prescrite.

Radiographie thoracique

Foyer de pneumonie alvéolaire ou interstitiel, parfois étendu ou bilatéralExamen de première intention, réalisable rapidement au lit du patient. L’IDE organise le cliché, maintient l’installation adaptée et transmet toute aggravation respiratoire pendant l’attente.

Bilan biologique inflammatoire et métabolique

NFS, CRP, ionogramme (natrémie), fonction rénale, bilan hépatique et lactates. Hyponatrémie fréquente et évocatrice dans la légionelloseSur prescription, permet de suivre l’évolution et la tolérance du traitement. L’IDE prélève, transmet les résultats et alerte sur toute valeur critique (hyponatrémie profonde, créatinine en hausse).

Gazométrie artérielle

Apprécie l’oxygénation et la gravité respiratoire dans les formes mal toléréesSur prescription si désaturation, polypnée importante ou terrain respiratoire fragile. L’IDE prélève, note l’heure et les paramètres d’oxygénation au moment du prélèvement.

Actif

Antibiothérapie prescriteAntibiothérapie débutée sans délai sur prescription médicale : macrolide ou fluoroquinolone selon la gravité et le terrain (CEP/SPLF 2023). L’IDE administre aux horaires prescrits, surveille la tolérance et trace chaque dose.

8 à 14 jours selon prescription et évolution

Support

OxygénothérapieAdministrée sur prescription en cas de désaturation ou de mauvaise tolérance. L’IDE règle le débit prescrit, surveille la saturation et adapte l’interface sur avis médical.

Selon tolérance respiratoire

Support

Hydratation et correction hydro-électrolytiqueRéhydratation et correction d’une éventuelle hyponatrémie sur prescription. L’IDE perfuse selon prescription, surveille la diurèse, la natrémie et la tolérance hémodynamique.

Selon évolution clinique et biologique

Support

Support hémodynamique sur prescriptionEn cas de sepsis ou de choc, l’IDE met en œuvre les prescriptions (voies d’abord, remplissage, préparation des amines vasoactives), surveille PA, FC et diurèse puis alerte sur l’évolution.

Selon sévérité

Éducation

Éducation et préventionL’IDE explique l’absence de transmission interhumaine, l’importance de l’observance antibiotique et relaie les messages de prévention environnementale (entretien des réseaux d’eau chaude, vigilance vis-à-vis des spas et bains à bulles).

Pendant l’hospitalisation et au suivi

Insuffisance respiratoire aiguë

La pneumonie peut s’étendre et entraîner une hypoxémie sévère nécessitant une assistance ventilatoire.

Prévention

Surveiller la SpO2, la fréquence respiratoire et transmettre toute aggravation respiratoire sans délai.

Signes d'alerte

Désaturation · Polypnée · Tirage ou signes de lutte respiratoire

Insuffisance rénale aiguë

Elle peut être favorisée par la déshydratation, le sepsis ou une rhabdomyolyse associée.

Prévention

Surveiller la diurèse, l’hydratation, la natrémie et la créatinine selon les prescriptions.

Signes d'alerte

Oligurie · Créatinine en hausse · Altération de l’état général ou confusion

Sepsis grave

Certaines formes évoluent vers une défaillance circulatoire et multiviscérale mettant en jeu le pronostic vital.

Prévention

Surveiller PA, FC, température, marbrures et perfusion périphérique à chaque tour.

Signes d'alerte

Hypotension persistante · Marbrures et oligurie · Altération de la vigilance

Expliquer que la légionellose ne se transmet pas d’une personne à l’autre : aucune contagion interhumaine n’est documentée (HCSP 2013).
Prendre l’antibiothérapie prescrite exactement aux horaires indiqués et jusqu’au terme du traitement.
Consulter rapidement en cas d’aggravation de la dyspnée, de nouvelle confusion ou de fièvre persistante.
Comprendre que l’enquête environnementale de l’ARS vise à identifier la source (réseau d’eau chaude, tour aéroréfrigérante, spa) pour éviter d’autres cas.
Reprendre progressivement les activités : une fatigue prolongée est possible plusieurs semaines après l’épisode aigu.

Surveillance prioritaire

Respiration et oxygénation

Rapprochée, renforcée en cas de forme grave · Saturation supérieure ou égale à 94 % (ou cible adaptée selon le terrain), fréquence respiratoire entre 12 et 20/min, absence de tirage et de polypnée

Alerte

Désaturation qui s’aggrave malgré l’oxygène prescritPolypnée supérieure à 30/min ou tirage marquéMajoration rapide des besoins en oxygène

Hémodynamique et hydratation

Régulière, continue en cas de sepsis · Pression artérielle systolique supérieure ou égale à 90 mmHg, fréquence cardiaque inférieure à 100/min, temps de recoloration cutanée inférieur à 3 s, diurèse supérieure ou égale à 0,5 mL/kg/h

Alerte

Hypotension persistante, marbrures ou altération de conscienceOligurie avec diurèse inférieure à 0,5 mL/kg/hSignes cliniques de déshydratation ou de mauvaise perfusion

État neurologique

Régulière, à chaque tour · Vigilance conservée, orientation temporo-spatiale maintenue, absence de confusion nouvelle

Alerte

Confusion d’apparition récenteSomnolence inhabituelle ou ralentissement psychomoteurAggravation rapide de la vigilance ou agitation inhabituelle

Biologie et efficacité du traitement

Selon prescription et évolution · Apyrexie progressive, natrémie tendant à se normaliser au-dessus de 135 mmol/L, créatinine stable ou décroissante sous traitement

Alerte

Hyponatrémie profonde inférieure à 130 mmol/LCréatinine en hausse ou diurèse qui chuteFièvre persistante ou aggravation clinique malgré l’antibiothérapie prescrite

Rôle IDE détaillé

Surveiller les constantes vitales, le retentissement respiratoire et la vigilance.
Repérer une confusion, une oligurie, une déshydratation ou une hyponatrémie clinique.
Évaluer l’efficacité clinique du traitement prescrit et l’évolution du syndrome infectieux.
Identifier les facteurs de risque et le contexte d’exposition environnementale (voyage, spa, bain à bulles).

Références

Légionellose en France : bilan des cas notifiés en 2024 · Santé publique France · 2024

Légionellose : dossier thématique et cadre de surveillance · Santé publique France · 2025

Risque lié aux légionelles : guide d’investigation et d’aide à la gestion · HCSP · 2013

Item 154 Infections broncho-pulmonaires communautaires de l’adulte · CEP / SPLF · 2023

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.