Rénal

Lithiase Urinaire (Calculs Rénaux)

Formation de calculs dans les voies urinaires : colique néphrétique, hématurie, infection, obstruction

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La lithiase urinaire correspond à la formation de calculs cristallins dans les voies urinaires (reins, uretères, vessie), se manifestant principalement par la colique néphrétique, l'hématurie et le risque d'obstruction avec infection. L'IDE joue un rôle central dans la surveillance de la douleur, de la diurèse, le dépistage des complications infectieuses et l'éducation à la prévention de la récidive.
Prévalence
Pathologie fréquente en France, touchant une part importante de la population adulte. Risque élevé de récidive sans mesures préventives
Âge typique
Pic entre 30 et 50 ans. Risque élevé de récidive sans prévention adaptée
Mortalité
Très faible. Risques vitaux : IRA obstructive bilatérale, pyonéphrose, sepsis urinaire

Précoces

Signes précoces

Douleur lombaire unilatéraleDouleur sourde, intermittente, latéralisée (calcul rénal ou urétéral proximal)
Hématurie microscopiqueSang dans les urines détecté à la bandelette urinaire (BU positive)
Pollakiurie, brûlures mictionnellesMictions fréquentes et douloureuses si calcul urétéral distal ou vésical

Évolutifs

Signes évolutifs

Colique néphrétique typiqueDouleur lombaire intense, paroxystique, irradiation descendante du flanc vers la fosse iliaque puis les organes génitaux. Agitation, pas de position antalgique
Hématurie macroscopiqueUrines rosées à rouges visibles à l'oeil nu lors de la migration du calcul

Tardifs

Signes tardifs

Nausées, vomissementsSyndrome vagal réflexe par stimulation du nerf splanchnique (sueurs, bradycardie possible)

Gravité

Signes de gravité

Colique néphrétique fébrileDouleur associée à une fièvre supérieure à 38,5 degrés : pyélonéphrite obstructive ou pyonéphrose (urgence chirurgicale)
Anurie obstructiveAbsence de diurèse : obstruction bilatérale ou sur rein unique, à l'origine d'une IRA obstructive
Sepsis urinaireChoc septique sur pyonéphrose : hypotension, marbrures, confusion, oligurie

Mécanisme

Urines trop concentrées : quand le patient ne boit pas assez, les substances dissoutes (calcium, oxalate, acide urique) se concentrent et forment des cristaux dans les voies urinaires.
Croissance du calcul : les cristaux s'agrègent progressivement jusqu'à former un calcul visible au scanner, de quelques mm à plusieurs cm.
Rôle du pH urinaire : des urines acides favorisent les calculs d'urate et de cystine, des urines alcalines favorisent les calculs de phosphate.
Manque de protecteurs : certaines substances naturelles (citrate, magnésium) empêchent la formation des cristaux. Leur déficit favorise la lithiase.
Migration et douleur : quand le calcul descend dans l'uretère, il bloque le passage de l'urine et distend le rein, provoquant la colique néphrétique (douleur intense et paroxystique).

Conséquences

Colique néphrétique : obstruction urétérale aiguë avec distension pyélocalicielle et douleur paroxystique intense
Hématurie : lésions de la muqueuse urétérale par migration du calcul (micro ou macroscopique)
Hydronéphrose et infection : dilatation des cavités rénales si obstruction prolongée, stase favorisant pyélonéphrite obstructive
IRA obstructive : obstruction bilatérale ou sur rein unique provoquant une anurie

Évolution

Variable selon la taille du calcul. Les petits calculs s'expulsent souvent spontanément en quelques semaines. Les calculs plus volumineux nécessitent un traitement interventionnel. Récidive fréquente sans prévention adaptée.
Déshydratation chronique : apports insuffisants · climat chaud · professions exposées
Hypercalciurie : absorption intestinale excessive, hyperparathyroïdie primaire
Hyperuricémie : régime riche en purines, syndrome métabolique
Infections urinaires récidivantes : favorisent la formation de calculs struvite
Anomalies métaboliques héréditaires : cystinurie, hyperoxalurie primaire
Antécédents familiaux de lithiase : facteur de risque significatif

Critères diagnostiques

Colique néphrétique typique : douleur lombaire unilatérale, paroxystique, irradiation descendante
Hématurie à la BU : fréquemment retrouvée
Scanner sans injection : visualisation directe du calcul, hydronéphrose associée
Échographie rénale : dilatation pyélocalicielle (signe indirect d'obstruction)
Analyse SPIR du calcul : composition exacte pour orientation étiologique

Diagnostic différentiel

Pyélonéphrite aiguë sans calcul : fièvre d'emblée, pas de calcul au scanner
Dissection aorte abdominale : douleur dorsale, contexte vasculaire, scanner injecté
Torsion testiculaire ou kyste ovarien : douleur pelvienne basse, échographie
Appendicite aiguë : douleur fosse iliaque droite, défense, scanner injecté
Grossesse extra-utérine : femme en âge de procréer, bêta-hCG positif

Examens complémentaires

TDM abdomino-pelvien sans injection

Calcul visible, localisation exacte, taille, hydronéphrose associéePréparer le bon d'examen avec l'indication précise. Alerter le médecin si hydronéphrose ou calcul obstructif confirmé. Transmettre le compte rendu à l'urologue.

Échographie rénale et vésicale

Calcul échogène avec cône d'ombre postérieur, dilatation pyélocalicielle (hydronéphrose)Préparer le patient, noter l'heure d'examen. Alerter le médecin si dilatation pyélocalicielle confirmée. Transmettre le compte rendu au médecin référent.

Bandelette urinaire et ECBU

BU : hématurie, leucocyturie, nitrites. ECBU : germe et antibiogramme si infectionRecueillir l'ECBU selon protocole (mi-jet). Alerter le médecin si leucocyturie et nitrites positifs (infection associée, urgence). Transmettre les résultats pour antibiothérapie adaptée.

Bilan biologique (créatinine, ionogramme, analyse du calcul)

Créatinine, kaliémie, calcémie. Analyse SPIR du calcul expulsé pour orientation étiologiquePrélever sur prescription médicale. Filtrer les urines à chaque miction pour récupérer le calcul. Alerter le médecin si créatinine croissante. Transmettre les résultats au néphrologue.

Phase aiguë

Actif

Paracétamol 1 g et morphine titrationParacétamol 1 g par voie intraveineuse ou orale en complément. Si douleur persistante malgré AINS : morphine en titration intraveineuse sur prescription médicale. L'IDE surveille l'EVA, la fréquence respiratoire et la SpO2.

Phase aiguë

Traitement de fond

Éducation

Prévention de la récidiveHydratation abondante (objectif urines claires), régime pauvre en sel. Traitement médicamenteux préventif selon la composition du calcul sur prescription médicale au long cours.

Au long cours

Actif

AINS en première intention (kétoprofène IVL)Anti-inflammatoire non stéroïdien en intraveineuse lente sur prescription médicale. Contre-indiqué si insuffisance rénale ou grossesse à partir du 6e mois (24 SA). L'IDE surveille l'EVA toutes les 30 minutes et la tolérance rénale.

48 à 72 heures

Actif

Traitement médical expulsif (alpha-bloquant)Alpha-bloquant sur prescription médicale pour calcul urétéral sans complication. Relaxe le muscle lisse urétéral et facilite l'expulsion spontanée du calcul.

4 à 6 semaines maximum

Spécialisé

Lithotritie extracorporelle (LEC)Fragmentation du calcul par ondes de choc. Indiquée pour calcul rénal non obstructif. L'IDE prépare le patient, vérifie le bilan de coagulation et surveille la douleur et l'hématurie après la procédure.

1 à 3 séances

Spécialisé

Urétéroscopie (URS) ou néphrolithotomie percutanée (NLPC)Extraction endoscopique ou percutanée selon la taille et la localisation du calcul. L'IDE assure la préparation préopératoire et surveille la diurèse, l'hématurie et le drain en postopératoire.

Ambulatoire à 5 jours selon le geste

Support

Drainage urinaire en urgenceSonde JJ ou néphrostomie percutanée si colique néphrétique fébrile, IRA obstructive, anurie ou douleur réfractaire au traitement médical maximal.

4 à 6 semaines puis traitement définitif du calcul

Colique néphrétique fébrile (pyélonéphrite obstructive)

Infection en amont de l'obstacle pouvant évoluer vers la pyonéphrose et le sepsis urinaire. Urgence vitale nécessitant drainage en urgence et antibiothérapie.

Prévention

Drainage urgent (sonde JJ ou néphrostomie), antibiothérapie probabiliste sur prescription, ne jamais fragmenter un calcul infecté

Signes d'alerte

Fièvre supérieure à 38,5 degrés avec douleur lombaire · Frissons intenses · BU positive (leucocytes, nitrites) · CRP élevée, hyperleucocytose

Insuffisance rénale aiguë obstructive

Obstruction bilatérale ou sur rein unique provoquant anurie, hyperkaliémie et urémie.

Prévention

Levée d'obstacle en urgence (sonde JJ ou néphrostomie), surveillance créatininémie et kaliémie

Signes d'alerte

Anurie · Créatininémie rapidement progressive · Nausées, vomissements (urémie)

Hydronéphrose chronique

Obstruction prolongée méconnue provoquant une dilatation pyélocalicielle puis une atrophie corticale et une IRC.

Prévention

Traitement précoce des calculs obstructifs, surveillance échographique régulière

Signes d'alerte

Dilatation pyélocalicielle à l'échographie · Douleur lombaire chronique sourde · Infections urinaires récidivantes

Récidive lithiasique

Risque élevé de récidive sans mesures préventives adaptées à la composition du calcul.

Prévention

Hydratation abondante, régime adapté à la composition du calcul, traitement médicamenteux préventif si indiqué, suivi échographique annuel

Signes d'alerte

Nouvelle douleur lombaire ou colique · Hématurie récidivante · Calcul visualisé sur échographie de contrôle

Hydratation : boire abondamment réparti sur la journée (objectif urines claires), augmenter si chaleur, sport ou fièvre
Régime pauvre en sel : limiter les protéines animales, adapter le régime selon la composition du calcul
Aliments riches en oxalate : limiter épinards, rhubarbe, chocolat, thé noir, noix si calcul d'oxalate de calcium
Apports en calcium : maintenir un apport normal, ne pas supprimer les laitages (risque d'aggravation)
Filtration des urines : utiliser un filtre à chaque miction pour récupérer le calcul et l'envoyer en analyse SPIR
Signes d'alerte : douleur associée à de la fièvre, anurie, hématurie abondante : consulter les urgences immédiatement

Surveillance prioritaire

Douleur (EVA)

Toutes les heures en phase aiguë, puis toutes les 4 h · EVA inférieure à 3 sur 10 sous traitement

Alerte

EVA supérieure à 7 malgré antalgiques : évaluer la douleur lombaire (siège, irradiation) et alerter le médecinDouleur lombaire avec fièvre supérieure à 38,5 degrés : réaliser une bandelette urinaire et préparer les hémoculturesDouleur associée à une anurie : vérifier la perméabilité de la sonde urinaire et transmettre au chirurgien en urgence

Diurèse et aspect des urines

À chaque miction, quantification sur 24 h · Diurèse supérieure à 1,5 L par jour, urines claires, filtration systématique

Alerte

Anurie ou diurèse inférieure à 500 mL par 24 h : quantifier la diurèse horaire et alerter le médecin en urgenceHématurie macroscopique abondante avec caillots : noter la couleur et le volume puis surveiller la PA et le poulsUrines troubles et malodorantes : réaliser une bandelette urinaire et recueillir un ECBU

Température

3 fois par jour minimum · Inférieure à 38 degrés

Alerte

Fièvre supérieure à 38,5 degrés : réaliser une bandelette urinaire et alerter le médecin (colique néphrétique fébrile probable)Frissons intenses avec sueurs : prélever des hémocultures et surveiller la PA et la FC toutes les 15 minutesHypotension avec tachycardie ou marbrures : allonger le patient, surélever les jambes, poser une VVP sur prescription et alerter le médecin en urgence

Fonction rénale (créatininémie)

À J1 puis selon évolution clinique · Créatinine stable ou décroissante

Alerte

Créatininémie croissante : prélever un ionogramme complet et transmettre au néphrologue (IRA obstructive probable)Kaliémie élevée : réaliser un ECG 12 dérivations et alerter le médecinOligurie persistante malgré hydratation correcte : quantifier la diurèse horaire et peser le patient

Rôle IDE détaillé

Évaluer la douleur : EVA, siège, irradiation, facteurs aggravants
Rechercher les signes de gravité : fièvre, anurie, hématurie massive, signes de sepsis
Mesurer la diurèse : inspection des urines (couleur, limpidité, calcul expulsé)
Recueillir les antécédents : lithiase antérieure, facteurs de risque (hydratation, régime, profession)

Références

Prise en charge des calculs urinaires de l'adulte · AFU / CLAFU (Association Française d'Urologie) · 2022

Prise en charge de la colique néphrétique aux urgences · SFMU (Société Française de Médecine d'Urgence) · 2008 (actualisation)

Référentiel néphrologie : lithiase urinaire · CUEN (Collège Universitaire des Enseignants de Néphrologie) · 2020

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.