Maladie d'Alzheimer
Démence neurodégénérative progressive caractérisée par un déclin cognitif touchant d'abord la mémoire épisodique. L'IDE assure le suivi cognitif, l'accompagnement aux activités quotidiennes, la prévention du syndrome confusionnel et le soutien des aidants.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- La maladie d'Alzheimer est la première cause de démence en France et représente la majorité des 1,5 million de personnes atteintes de maladies neurodégénératives non rares identifiées par la Stratégie nationale Maladies neurodégénératives 2025-2030. Santé publique France évalue à environ 1 200 000 personnes vivant avec une démence en 2014, dont la maladie d'Alzheimer constitue la cause principale. Un doublement du nombre de personnes atteintes est projeté d'ici 2050.
- Âge typique
- Plus de 65 ans dans la grande majorité des cas, prévalence croissant fortement après 80 ans. Rare avant 60 ans. Santé publique France estime à environ 24 000 le nombre de personnes de moins de 65 ans vivant avec une démence, toutes causes confondues, sur des données de 2018 : les formes précoces d'Alzheimer en constituent une partie, la plus fréquente, sans que ce chiffre leur soit propre. Démence environ 2 fois plus fréquente chez la femme que chez l'homme, en partie liée à une espérance de vie plus longue.
- Mortalité
- Évolution progressive sur 8 à 12 ans en moyenne. Aux stades avancés, les complications terminales associent infections respiratoires, dénutrition et conséquences de la grabatisation. La maladie figure parmi les principales causes de perte d'autonomie chez la personne âgée.
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Tardifs
Signes tardifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Stade léger : oublis et désorientation, autonomie globalement préservée. Stade modéré : troubles du langage et du comportement, aide aux activités de la vie quotidienne nécessaire. Stade sévère : grabatisation, mutisme, troubles de la déglutition, dénutrition, complications infectieuses.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Tests cognitifs MMSE et MoCA
MMSE coté sur 30 : score < 24 évocateur d'un déclin cognitif. MoCA coté sur 30 : score < 26 évocateur d'un trouble cognitif léger, plus sensible que le MMSEL'IDE administre le test sur prescription, dans un environnement calme avec le patient reposé. Elle note le score brut, le niveau d'éducation et les difficultés observées, puis transmet au médecin pour interprétationImagerie par résonance magnétique cérébrale
Atrophie cérébrale prédominant sur l'hippocampe et le cortex temporal interne, élargissement des ventricules. Élimine une autre cause (tumeur, hématome sous-dural, hydrocéphalie)L'IDE prépare le patient (vérifier les contre-indications, retirer les objets métalliques), accompagne si désorientation ou agitation, et transmet les résultats au neurologueBilan biologique de démence
TSH (hypothyroïdie), vitamine B12 et folates (carences), calcémie, glycémie, NFS, CRP, bilan hépatique et rénal. Recherche les causes réversibles avant d'attribuer le déclin à une démenceL'IDE prélève le bilan sur prescription médicale, en respectant le jeûne si la glycémie est demandée. Elle achemine les prélèvements correctement étiquetés et transmet les résultats au médecinActif
Anticholinestérasiques et mémantine : statut SMR insuffisantLa HAS a déclaré en octobre 2016 un service médical rendu insuffisant pour le donépézil, la rivastigmine, la galantamine et la mémantine, conduisant au retrait du remboursement effectif depuis août 2018. Ces médicaments restent prescriptibles mais ne sont plus pris en charge par la sécurité sociale. Si une prescription est maintenue, l'IDE administre selon la prescription et surveille la tolérance digestive (nausées, diarrhées) et la fréquence cardiaque.Décision du médecin
Actif
Lecanemab (Leqembi) : non accessible en FranceCet anticorps anti-amyloïde a obtenu l'autorisation européenne en novembre 2024. La HAS a refusé l'accès précoce en septembre 2025 puis émis un avis défavorable au remboursement en octobre 2025, en raison d'une efficacité jugée non cliniquement pertinente et d'un profil de tolérance préoccupant (œdème cérébral et microhémorragies). Ce traitement n'est donc pas accessible en pratique courante en France.Non remboursé en France
Support
Approche non médicamenteuse des troubles du comportementStratégie prioritaire selon les recommandations HAS : validation des émotions, redirection de l'attention, routine apaisante, environnement calme, recherche systématique d'une cause somatique. Les neuroleptiques sont à éviter en première intention car ils majorent la confusion, le risque de chute et le déclin cognitif.Continu
Support
Stimulation cognitive et maintien des activitésAteliers mémoire, orthophonie, activités de plaisir préservées, activité physique adaptée. La routine quotidienne stable et rassurante limite la désorientation et l'anxiété.Continu
Support
Sécurisation du domicileSuppression des risques (gaz, produits toxiques, médicaments en accès libre), repères visuels (horloge, calendrier, photos), bracelet d'identification, téléalarme, suppression des tapis et bonne luminosité pour prévenir les chutes et les fugues.Évolutif
Éducation
Soutien et formation des aidantsÉvaluation régulière du fardeau de l'aidant (échelle de Zarit), groupes de parole (France Alzheimer), accueil de jour, hébergement temporaire de répit. L'IDE oriente vers l'assistant social pour l'allocation personnalisée d'autonomie et les dispositifs de répit.Continu
Syndrome confusionnel aigu surajouté
Aggravation brutale de la confusion et de l'agitation, parfois avec hallucinations. Causes fréquentes : infection (urinaire, pulmonaire), déshydratation, iatrogénie, constipation, globe vésical, douleur non exprimée.Prévention
Hydratation suffisante, traitement précoce des infections, prudence avec les psychotropes et les anticholinergiques, environnement stable, recherche systématique d'une douleur inexpriméeSignes d'alerte
Aggravation brutale de la confusion sur quelques jours · Agitation et hallucinations visuelles inhabituelles pour le patient · Fièvre, globe vésical, fécalome : rechercher systématiquement la cause
Chutes et traumatismes
Chutes répétées par désorientation, troubles de la marche et iatrogénie. Risque de fracture du col fémoral, de traumatisme crânien et d'hématome sous-dural chronique.Prévention
Aménagement du domicile (suppression des tapis, barres d'appui, éclairage adapté), aide à la marche prescrite, kinésithérapie d'entretien, revue des médicaments à risqueSignes d'alerte
Chutes fréquentes (plus d'une par mois) · Troubles de la marche progressifs · Hématomes inexpliqués ou douleurs osseuses évocatrices de fracture
Dénutrition
Le patient oublie de manger, peut refuser l'alimentation, présenter des troubles de la déglutition et une perte de poids progressive.Prévention
Pesée mensuelle, accompagnement et enrichissement des repas, adaptation des textures, compléments nutritionnels oraux sur prescription, hydratation régulièreSignes d'alerte
Perte de poids supérieure à 5 % en 1 mois · Albuminémie inférieure à 30 g/L · Refus alimentaire ou fausses routes répétées
Épuisement de l'aidant principal
Charge majeure pour l'aidant principal au domicile. Risque de dépression, de burn-out et de maltraitance réactionnelle. Facteur de placement institutionnel précipité.Prévention
Évaluation régulière du fardeau (échelle de Zarit), orientation vers les groupes de parole et l'accueil de jour, hébergement temporaire de répit, dossier d'allocation personnalisée d'autonomie auprès de l'assistant socialSignes d'alerte
Aidant épuisé, irritable, qui pleure facilement · Score de Zarit supérieur à 60 transmis au médecin · Négligence dans les soins ou agressivité verbale envers le patient
Surveillance prioritaire
Évolution du déclin cognitif
MMSE tous les 6 mois, suivi infirmier au moins mensuel · Stabilité relative du score MMSE, maintien de l'autonomie résiduelle. Toute aggravation doit être documentée et transmise au médecin
Alerte
Troubles du comportement
Évaluation quotidienne par l'entourage, suivi infirmier régulier · Comportement apaisé, sommeil de qualité, participation aux activités de plaisir préservées
Alerte
Autonomie et sécurité du domicile
Évaluation ADL et IADL tous les 3 à 6 mois · Maintien le plus longtemps possible de la toilette, de l'habillage et de l'alimentation autonomes, environnement adapté
Alerte
État nutritionnel
Pesée mensuelle, albuminémie semestrielle sur prescription · Poids stable, albuminémie supérieure à 35 g/L, apports alimentaires suffisants et adaptés à la déglutition
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Guide du parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif associé à la maladie d'Alzheimer ou à une maladie apparentée · HAS · 2018
Médicaments de la maladie d'Alzheimer : un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale · HAS · 2016
LEQEMBI (lécanémab) : avis défavorable au remboursement dans la maladie d'Alzheimer · HAS · 2025
Maladie d'Alzheimer et maladies apparentées : prise en charge des troubles du comportement perturbateurs · HAS · 2009
Maladie d'Alzheimer et autres démences (page hub épidémiologique, mise à jour du 9 décembre 2022, portant des données de 2018) · Santé publique France · 2022
Stratégie nationale Maladies neurodégénératives 2025-2030 · Ministère du Travail et des Solidarités · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.