Rhumatologie

Maladie de Behçet

Vascularite systémique chronique avec aphtose bipolaire, uvéite et atteintes vasculaires multisystémiques

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La maladie de Behçet est une vascularite systémique chronique récidivante touchant les vaisseaux de tout calibre, associant une aphtose bipolaire (aphtes buccaux et génitaux), une uvéite potentiellement cécitante et des atteintes vasculaires. Le diagnostic est clinique selon les critères ICBD 2014 et la surveillance IDE repose sur le dépistage précoce des atteintes oculaires et vasculaires.
Prévalence
Maladie rare en France, nettement plus fréquente en Turquie et le long de la route de la soie
Âge typique
20-35 ans, rare avant 15 ans et après 50 ans
Mortalité
Mortalité liée aux formes sévères vasculaires et au neuro-Behçet

Précoces

Signes précoces

Aphtes buccaux récurrentsAu moins 3 épisodes par an, ulcérations douloureuses à fond jaunâtre et bord rouge
Ulcérations génitalesScrotum ou vulve, douloureuses, cicatricielles, récidivantes
Pseudofolliculite cutanéeLésions papulopustuleuses non centrées sur un follicule, tronc et membres

Évolutifs

Signes évolutifs

Uvéite à hypopionInflammation de la chambre antérieure avec niveau purulent visible
Érythème noueuxNodules sous-cutanés douloureux des jambes, rouges puis ecchymotiques

Tardifs

Signes tardifs

Thromboses veineuses profondesMembres inférieurs, veines caves, sinus cérébraux, récidivantes

Gravité

Signes de gravité

Uvéite postérieureBaisse d'acuité visuelle brutale, risque de cécité définitive
Anévrysme artériel pulmonaireHémoptysie massive, risque de rupture hémorragique fatale
Neuro-BehçetCéphalées sévères, déficits neurologiques, troubles de la conscience

Mécanisme

Vascularite diffuse : inflammation des vaisseaux de tout calibre avec infiltrat périvasculaire à polynucléaires
Susceptibilité génétique : le HLA-B51 favorise une réponse immunitaire excessive aux stimuli infectieux
Hyperactivité neutrophilique : les polynucléaires neutrophiles hyperréactifs causent le phénomène de pathergy
Inflammation chronique auto-entretenue : les poussées inflammatoires récidivent et s'étendent à d'autres organes si le traitement est insuffisant

Conséquences

Muqueuses : aphtose buccale et génitale récurrente par vascularite des petits vaisseaux
Yeux : uvéite antérieure et postérieure avec risque de cécité sans traitement
Veines : thromboses profondes récidivantes par inflammation endothéliale
Artères pulmonaires : anévrysmes avec risque de rupture hémorragique fatale
Système nerveux central : neuro-Behçet par atteinte cérébrale directe ou thrombose des sinus veineux
Terrain génétique : HLA-B51 fréquemment positif
Origine géographique : route de la soie (Turquie · Iran · Japon)
Sexe masculin : formes sévères oculaires et vasculaires prédominantes
Facteurs infectieux : Streptococcus et HSV suspectés comme déclencheurs
Antécédents familiaux : risque accru si cas dans la fratrie

Critères diagnostiques

Critères ICBD 2014 : score supérieur ou égal à 4 points (aphtes buccaux 2, aphtes génitaux 2, uvéite 2, lésions cutanées 1, atteinte vasculaire 1, atteinte neurologique 1, pathergie 1)
Aphtose buccale récurrente : manifestation quasi constante (2 points dans l'ICBD 2014, obligatoire seulement dans les anciens critères ISG 1990)
Diagnostic clinique : aucun examen biologique spécifique ne confirme la maladie
HLA-B51 : argument diagnostique complémentaire, fréquemment positif mais non obligatoire

Diagnostic différentiel

Lupus érythémateux systémique : éruption en ailes de papillon et bilan auto-immun positif
Maladie de Crohn : aphtose buccale isolée avec atteinte digestive prédominante
Herpès récidivant : vésicules groupées en bouquet avec sérologie HSV positive
Sarcoïdose : uvéite granulomateuse avec adénopathies médiastinales bilatérales

Examens complémentaires

Examen ophtalmologique complet

Uvéite antérieure à hypopion, vascularite rétinienne, oedème maculairePréparer le patient et accompagner en consultation ophtalmologique. Transmettre les résultats au médecin référent. Examen systématique trimestriel, conditionne le pronostic visuel.

Pathergy test

Papule ou pustule au point de piqûre à 24-48 heuresRéaliser la piqûre intradermique sur prescription et lire le résultat à 24-48 heures. Plus souvent positif en zone endémique qu'en Europe.

Bilan inflammatoire (CRP, VS, NFS)

CRP modérément élevée en poussée, hyperleucocytose à PNNPrélever sur prescription médicale. Transmettre les résultats au médecin. Souvent normal en rémission, permet le suivi de l'activité de la maladie.

Typage HLA-B51

Fréquemment positif chez les patients atteintsPrélèvement sanguin sur prescription. Résultat complémentaire pour le diagnostic, non indispensable. Informer le patient que ce test ne confirme pas seul la maladie.

Angio-IRM cérébrale et vasculaire

Thrombose des sinus veineux, lésions parenchymateuses, anévrysmesPréparer le patient (vérifier contre-indications IRM / allergie gadolinium). Alerter le médecin si céphalées inhabituelles justifiant cet examen en urgence.

Actif

Colchicine per osTraitement de fond continu pour les formes mucocutanées et articulaires. Administration quotidienne sur prescription, surveiller la tolérance digestive (diarrhées fréquentes).

Traitement au long cours, réévaluation trimestrielle

Actif

Corticothérapie systémiqueCorticothérapie pour les poussées sévères : uvéite, atteinte vasculaire ou neuro-Behçet. Administrer sur prescription avec surveillance glycémique et tensionnelle.

Durée limitée selon la réponse, décroissance progressive sur prescription

Actif

ImmunosuppresseursTraitement de fond des formes sévères (uvéite, atteinte vasculaire ou neurologique) sur prescription spécialisée. L'IDE surveille la NFS et le bilan hépatique mensuels.

Traitement prolongé, NFS mensuelle puis trimestrielle

Actif

Biothérapie (anti-TNF alpha)En cas de résistance aux immunosuppresseurs conventionnels. Perfusion en hôpital de jour ou injection sous-cutanée. L'IDE vérifie l'absence d'infection avant chaque administration.

Traitement au long cours, réévaluation semestrielle par le spécialiste

Éducation

Reconnaissance des signes d'urgenceEnseigner au patient les trois signes d'alerte vitaux : baisse de vision (urgence ophtalmologique), hémoptysie (urgence vasculaire) et céphalées inhabituelles (urgence neurologique).

Renforcement à chaque consultation

Éducation

Observance et suivi au long coursÉducation à la prise quotidienne de la colchicine même en rémission. Planification du suivi ophtalmologique trimestriel. Information sur la contraception obligatoire sous immunosuppresseurs.

Éducation continue, réévaluation annuelle des connaissances

Cécité par uvéite récidivante

L'uvéite postérieure non traitée évolue fréquemment vers la cécité. Formes plus graves chez l'homme jeune.

Prévention

Assurer le suivi ophtalmologique trimestriel, alerter le médecin dès la première baisse de vision pour instauration rapide d'un immunosuppresseur

Signes d'alerte

Baisse progressive de l'acuité visuelle · Mouches volantes persistantes · Rougeur oculaire avec photophobie

Anévrysme artériel pulmonaire

L'une des principales causes de mortalité directe (avec l'atteinte neurologique) dans la maladie de Behçet, par rupture hémorragique. Hémoptysie massive. Contre-indication formelle aux anticoagulants.

Prévention

Surveiller toute hémoptysie même minime, alerter immédiatement le médecin. Rappeler au patient de consulter en urgence si crachats sanglants.

Signes d'alerte

Hémoptysie même minime · Dyspnée d'effort progressive · Douleur thoracique atypique

Neuro-Behçet

Atteinte neurologique centrale rare mais grave : méningoencéphalite ou thrombose des sinus veineux. Risque de séquelles définitives.

Prévention

Alerter le médecin dès les premiers signes neurologiques, préparer le patient pour une IRM cérébrale en urgence si céphalées inhabituelles

Signes d'alerte

Céphalées sévères résistant aux antalgiques · Déficit neurologique focal · Troubles cognitifs d'apparition récente

Maladie chronique : poursuivre le traitement de fond même en rémission, ne jamais l'interrompre seul
Baisse de vision : consulter en urgence ophtalmologique même si minime, risque de cécité
Hémoptysie : urgence vitale, appeler le 15 ou se rendre immédiatement aux urgences
Observance : prise quotidienne de la colchicine pour réduire la fréquence des poussées
Suivi ophtalmologique : consultation trimestrielle pendant au moins 5 ans, même sans symptôme
Contraception : protection efficace obligatoire sous immunosuppresseurs, grossesse programmée

Surveillance prioritaire

Activité mucocutanée et articulaire

Bimensuelle en phase active, trimestrielle en rémission · Moins de 3 épisodes d'aphtes par an, absence d'ulcérations génitales actives

Alerte

Recrudescence des aphtes malgré colchicine bien prise : inspecter la muqueuse buccale et noter le nombre et la taille des lésionsUlcérations génitales profondes ne cicatrisant pas : alerter le médecin pour adaptation du traitement de fondArthrites persistantes malgré traitement : évaluer la douleur par EVA et consigner les articulations atteintes

Acuité visuelle et signes oculaires

Trimestrielle systématique, mensuelle si uvéite active · Acuité visuelle stable, absence d'inflammation intraoculaire

Alerte

Baisse d'acuité visuelle même minime : alerter immédiatement le médecin et organiser la consultation ophtalmologique en urgenceDouleur oculaire avec rougeur et photophobie : tester l'acuité visuelle de chaque oeil séparément et noter les résultatsMouches volantes ou voile visuel récent : recueillir l'heure d'apparition et orienter le patient vers l'ophtalmologue

Signes vasculaires et thrombotiques

Chaque consultation, renforcée si antécédent de thrombose · Absence de signes de thrombose veineuse ou d'atteinte artérielle

Alerte

Hémoptysie même minime : installer le patient en position demi-assise et alerter le médecin en urgence vitaleCéphalées inhabituelles sévères : évaluer l'état neurologique et transmettre les observations au médecin sans délaiOedème unilatéral d'un membre inférieur : mesurer le périmètre des deux mollets et signaler la différence au médecin

Tolérance des immunosuppresseurs

NFS et bilan hépatique mensuel puis trimestriel · Leucocytes > 4 G/L, PNN > 1,5 G/L, transaminases < 2N

Alerte

Leucopénie < 3 G/L ou neutropénie < 1 G/L : surveiller la NFS de contrôle et alerter le médecin pour ajustement posologiqueCytolyse hépatique > 3N : consigner les résultats et transmettre au médecin pour recherche de toxicité médicamenteuseFièvre sous immunosuppresseur : prélever les hémocultures sur prescription et préparer le bilan infectieux

Rôle IDE détaillé

Évaluer les aphtes : nombre, taille et localisation des lésions buccales et génitales
Mesurer l'acuité visuelle : dépistage systématique d'une uvéite à chaque consultation
Rechercher les signes de thrombose : oedème d'un membre, signes neurologiques focaux
Évaluer l'observance : vérifier la prise quotidienne de colchicine et la douleur (EVA)

Références

Maladie de Behçet : protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) · HAS / FAI2R : CeRéMAIA · 2019

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.