Menace d’accouchement prématuré (MAP)
Contractions utérines et modifications du col utérin avant terme, exposant au risque d’accouchement prématuré. La prise en charge associe tocolyse, corticothérapie de maturation pulmonaire et, si besoin, transfert in utero vers une maternité de niveau adapté.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- En France, environ 6,9 % des naissances vivantes surviennent avant 37 SA, selon des données européennes 2015-2019 reprises par l’Inserm (Inserm 2023). La MAP est, en nombre, le premier motif d’hospitalisation pendant la grossesse (HAS 2023).
- Âge typique
- Peut survenir entre 22 SA et 36 SA et 6 jours, bornes de la définition de la MAP.
- Mortalité
- Données françaises spécifiques limitées à la MAP elle-même. À retenir pour l’IDE : la prématurité est un déterminant majeur de la mortalité et de la morbidité néonatales, et le pronostic du nouveau-né se dégrade d’autant plus que le terme de naissance est précoce. Une cure de corticoïdes anténatals avant 34 SA s’accompagne en période néonatale de moins de décès, de maladies des membranes hyalines, d’hémorragies intraventriculaires et d’entérocolites ulcéronécrosantes ; à l’inverse, aucun tocolytique n’a fait baisser la mortalité ou la morbidité des nouveau-nés par rapport au placebo (CNGOF 2016).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
La tocolyse retarde l’accouchement de 48 heures en moyenne (HAS 2023), sans qu’aucun tocolytique ait fait mieux que le placebo sur la mortalité ou la morbidité des nouveau-nés (CNGOF 2016). Ce délai sert à administrer la corticothérapie anténatale et, si besoin, à organiser le transfert in utero. À l’issue des 48 heures de tocolyse initiale, il est recommandé de ne pas prescrire de traitement d’entretien (CNGOF 2016, grade A). Le pronostic dépend surtout du terme atteint à la naissance et du niveau de la maternité d’accueil.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Tocométrie externe et enregistrement du rythme cardiaque fœtal
Met en évidence les contractions utérines et apprécie le bien-être fœtal. Un enregistrement cardiotocographique et une échographie fœtale sont recommandés lors de l’admission pour MAP ; sans point d’appel clinique, aucun argument ne justifie de répéter l’enregistrement (CNGOF 2016, accord professionnel).L’IDE installe la patiente, pose les capteurs, surveille le tracé pendant la durée prescrite et transmet à la sage-femme ou à l’obstétricien toute anomalie du tracé fœtal ou toute contracture utérine persistante.Mesure échographique de la longueur cervicale (voie endovaginale)
Chez la patiente symptomatique, le seuil de 15 mm est le plus pertinent pour prédire un accouchement prématuré spontané dans les 48 heures et les 7 jours, et celui de 25 mm pour écarter ce risque (CNGOF 2016, accord professionnel). Le texte ne précise pas comment lire une mesure comprise entre ces deux seuils. La mesure systématique à l’admission n’a pas montré de baisse du taux d’accouchement prématuré, mais elle est proposée avant toute décision de transfert in utero (CNGOF 2016).L’IDE prépare la patiente à l’examen, installe le dossier, accompagne pendant l’échographie et trace les conclusions transmises par le médecin ou la sage-femme. L’IDE ne réalise pas l’examen elle-même.Bilan biologique infectieux et urinaire
À l’admission, la NFS est recommandée pour repérer un syndrome inflammatoire ; NFS et CRP ne sont pas recommandées en prescription conjointe systématique, leur sensibilité étant faible. L’ECBU est systématique, et le prélèvement vaginal recherche un streptocoque B, dont la présence fait prescrire une antibiothérapie pendant le travail (CNGOF 2016).L’IDE prélève les examens sur prescription, vérifie l’identitovigilance, achemine rapidement les échantillons au laboratoire et transmet les résultats à l’équipe dès qu’ils sont disponibles.Échographie obstétricale de surveillance
Évalue la croissance fœtale, la quantité de liquide amniotique et l’insertion placentaire pour orienter la conduite obstétricale.L’IDE coordonne le rendez-vous avec l’échographiste, prépare la patiente et trace les éléments transmis par le médecin dans le dossier obstétrical.Actif
Tocolyse par nifédipine ou atosiban sur prescriptionDeux tocolytiques sont retenus : la nifédipine, qui a l’avantage de la voie orale, et l’atosiban (CNGOF 2016, grade B), ce dernier administré par voie intraveineuse (HAS 2023) ; il est recommandé de ne pas les associer (CNGOF 2016). La spécialité MAPAKNA LP (nifédipine) dispose en France d’une AMM dans la MAP entre 22 et 37 SA (avis HAS 2023, MAPAKNA LP). Contre-indications absolues de toute tocolyse : chorioamniotite, suspicion d’hématome rétroplacentaire, anomalie du rythme cardiaque fœtal, situation justifiant une naissance immédiate (HAS 2023). L’IDE administre le traitement sur prescription, surveille la pression artérielle, la fréquence cardiaque et la tolérance, et transmet au médecin tout effet indésirable.48 heures : à l’issue de la tocolyse initiale, il est recommandé de ne pas prescrire de traitement d’entretien (CNGOF 2016, grade A) ; aucun argument ne soutient une tocolyse au-delà de 34 SA (CNGOF 2016)
Actif
Corticothérapie anténatale par bétaméthasoneBétaméthasone par voie intramusculaire, 12 mg par injection, injection « à renouveler éventuellement » (RCP Célestène Chronodose), ce que le CNGOF désigne comme la seconde injection de la cure (CNGOF 2016) ; l’horaire est fixé par la prescription. Une cure est recommandée chez toute patiente exposée à un accouchement prématuré avant 34 SA (CNGOF 2016, grade A) ; le terme à partir duquel la débuter dépend des seuils de réanimation néonatale retenus par la maternité et le réseau périnatal (CNGOF 2016). Quand l’accouchement paraît imminent, avancer la seconde injection n’est pas recommandé (CNGOF 2016, grade C). Chez une patiente diabétique, il est proposé de surveiller étroitement l’équilibre glycémique en hospitalisation et de majorer les doses d’insuline dans les jours suivants (CNGOF-SFD 2026). L’IDE administre sur prescription, trace l’heure de chaque injection, réalise les glycémies capillaires prescrites et adapte l’insuline selon la prescription.Cure unique : la répétition des cures n’est pas recommandée (CNGOF 2016, grade A)
Actif
Sulfate de magnésium intraveineux pour neuroprotection fœtaleAdministré sur prescription quand l’accouchement est imminent avant 32 SA, pour réduire le risque de paralysie cérébrale chez le nouveau-né (CNGOF 2016, grade A). Le RCP du sulfate de magnésium injectable demande de surveiller la pression artérielle pendant l’injection et la perfusion ainsi que la magnésémie, le contre-indique en cas d’insuffisance rénale sévère, soit une clairance de la créatinine sous 30 mL/min/1,73 m², et prévoit du gluconate de calcium en cas de surdosage (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier). L’IDE surveille la pression artérielle, les réflexes rotuliens et les signes de surdosage, et transmet toute anomalie au médecin.Dose de charge de 4 g puis entretien à 1 g par heure jusqu’à l’accouchement, sur 12 heures au plus (CNGOF 2016, accord professionnel)
Support
Transfert in utero vers une maternité de niveau adaptéOrganisé par l’obstétricien selon le terme et le risque néonatal, le transfert in utero permet d’accoucher dans une maternité disposant du plateau technique adapté (niveau IIb ou III). L’IDE prépare le dossier, accompagne le transport et transmet les éléments cliniques à l’équipe d’accueil.Le temps de l’organisation et du transport sécurisé
Support
Hospitalisation sans repos strict au litHospitalisation initiale pour évaluation et traitement. L’hospitalisation prolongée n’est pas recommandée (CNGOF 2016, grade B), pas plus que le repos strict au lit, qui n’abaisse pas le risque d’accouchement prématuré et majore le risque thromboembolique (CNGOF 2016, grade C).Selon l’évolution clinique et la stabilisation des contractions
Éducation
Accompagnement et soutien psychologiqueL’IDE explique la situation à la patiente et à son entourage, propose des temps d’écoute, oriente vers une psychologue ou une sage-femme si besoin et soutient le couple dans cette période d’incertitude.Tout au long de la prise en charge
Accouchement prématuré et complications néonatales
Naissance avant 37 SA, avec une sévérité qui dépend du terme atteint et du niveau de la maternité. Avant 32 SA, le risque de détresse respiratoire, d’hémorragie intraventriculaire et de troubles neurologiques est nettement augmenté.Prévention
Administrer la tocolyse et la corticothérapie sur prescription, organiser le transfert in utero, surveiller le tracé fœtal et transmettre rapidement toute aggravation.Signes d'alerte
Contractions qui ne cèdent pas sous tocolyse · Modifications cervicales rapides à l’échographie · Anomalies du rythme cardiaque fœtal
Chorioamniotite
Infection des membranes et du liquide amniotique, complication redoutée en cas de rupture prématurée des membranes. Elle expose la mère à une infection systémique et le fœtus à une infection néonatale grave.Prévention
Surveiller la température et la fréquence cardiaque maternelles, repérer tout écoulement vaginal anormal, transmettre rapidement et préparer les prélèvements sur prescription.Signes d'alerte
Fièvre maternelle supérieure ou égale à 38 °C · Tachycardie maternelle ou fœtale · Liquide amniotique malodorant ou trouble
Effets indésirables de la nifédipine et du sulfate de magnésium
Sous nifédipine : hypotension, céphalées, bouffées vasomotrices, malaises, tachycardie, palpitations, et des cas d’œdème aigu du poumon (HAS 2023). Sous sulfate de magnésium : hypermagnésémie en cas de surdosage, avec inhibition des réflexes rotuliens, somnolence et, au maximum, arrêt respiratoire et cardiaque (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier).Prévention
Surveiller la pression artérielle et le pouls sous nifédipine ; sous sulfate de magnésium, la pression artérielle, les réflexes rotuliens et la magnésémie prescrite ; transmettre toute anomalie au médecin.Signes d'alerte
Hypotension ou malaise sous nifédipine · Tachycardie ou palpitations sous nifédipine · Réflexes rotuliens diminués ou somnolence sous sulfate de magnésium
Retentissement psychologique maternel
L’hospitalisation prolongée, l’incertitude sur le devenir du bébé et l’éloignement familial peuvent générer une anxiété importante, des troubles du sommeil et un risque de dépression périnatale.Prévention
Écouter régulièrement la patiente, proposer un accompagnement psychologique, soutenir le lien avec l’entourage et préparer la suite de la grossesse de manière progressive.Signes d'alerte
Anxiété envahissante ou pleurs fréquents · Troubles du sommeil persistants · Sentiment d’impuissance ou de culpabilité
Surveillance prioritaire
Contractions utérines et tracé cardiaque fœtal
Enregistrement recommandé à l’admission ; faute de données, rien n’argumente de le répéter sans point d’appel clinique (CNGOF 2016, accord professionnel). Au-delà, selon la prescription. · Diminution puis disparition des contractions sous tocolyse, tracé fœtal jugé rassurant par la sage-femme ou l’obstétricien. Repère d’alerte : retour ou persistance des contractions douloureuses, tracé non rassurant. Après une cure de corticoïdes, les mouvements actifs du fœtus et son rythme cardiaque peuvent être modifiés : l’équipe doit le savoir pour ne pas décider à tort une extraction fœtale (CNGOF 2016).
Alerte
Tolérance maternelle de la nifédipine et du sulfate de magnésium
Pression artérielle, pouls et signes de tolérance selon la prescription ou le protocole du service ; sous sulfate de magnésium, pression artérielle pendant l’injection et la perfusion (RCP Sulfate de magnésium Lavoisier) · Effets indésirables décrits sous nifédipine : hypotension, céphalées, bouffées vasomotrices, malaises, tachycardie, palpitations (HAS 2023). Les valeurs mesurées sont tracées et comparées à celles de l’admission ; leur interprétation revient au médecin.
Alerte
Signes infectieux et écoulements vaginaux
À chaque évaluation et avant tout examen vaginal · Température maternelle inférieure à 38 °C, absence d’écoulement liquide ou de saignement, ECBU et prélèvement vaginal interprétés par le médecin.
Alerte
État psychologique et vécu de l’hospitalisation
À chaque réévaluation clinique et lors des entretiens infirmiers · Patiente informée, capable de reformuler les signes d’alerte, entourage soutenu, anxiété accompagnée. Repère : verbalisation possible des inquiétudes, absence de signes de détresse psychologique majeure.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Prématurité : des bébés qui arrivent trop tôt (dossier d’information, publié le 13/02/2023) · Inserm · 2023
Prévention de la prématurité spontanée et de ses conséquences (hors rupture des membranes) : recommandations pour la pratique clinique, texte des recommandations · CNGOF · 2016
MAPAKNA LP (nifédipine) : menace d’accouchement prématuré, avis de la Commission de la transparence du 8 novembre 2023 · HAS · 2023
RCP Sulfate de magnésium Lavoisier 15 % (0,15 g/ml), solution injectable (I.V.) en ampoule, page de la base de données publique des médicaments mise à jour le 29/09/2026 · ANSM (BDPM) · 2026
RCP Célestène Chronodose 5,70 mg/ml, suspension injectable (bétaméthasone), page de la base de données publique des médicaments mise à jour le 29/09/2026 · ANSM (BDPM) · 2026
Diabète antérieur à la grossesse : consensus formalisé d’experts du Collège national des gynécologues et obstétriciens français et de la Société française de diabétologie · CNGOF-SFD · 2026
Rupture prématurée des membranes avant terme : recommandations pour la pratique clinique (texte court) · CNGOF · 2018
Code de la santé publique, article R.4311-4 : rôle propre de l'infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur depuis le 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.