Méningo-encéphalite
Urgence infectieuse vitale par inflammation simultanée des méninges et du parenchyme cérébral, dominée par l'encéphalite herpétique (HSV) imposant une administration précoce d'aciclovir IV sur prescription
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- L'encéphalite herpétique à HSV-1 représente la principale étiologie d'encéphalite virale sporadique chez l'adulte immunocompétent. L'incidence en France est estimée à environ 2 à 3 cas par million d'habitants et par an au niveau national (2,3/million, étude Sauvage), avec 12 cas par million d'habitants et par an rapportés en Centre-Val de Loire sur la période 2010-2013 (SPILF, JNI 2024, Sauvage). L'absence de registre national consolidé impose une lecture prudente des chiffres.
- Âge typique
- Tout âge. Dans les données françaises récentes d'hospitalisation, l'âge médian est de 67 ans [54-77] (SPILF, JNI 2024) ; les formes pédiatriques existent mais relèvent d'un raisonnement spécifique. Listeria et tuberculose concernent surtout l'adulte de plus de 50 ans et les patients immunodéprimés.
- Mortalité
- La méningo-encéphalite herpétique reste rare mais grave ; les formes sévères nécessitent fréquemment une prise en charge en réanimation et exposent à des séquelles neurologiques prolongées. Sans traitement, l'encéphalite herpétique évolue vers le coma et le décès en quelques jours ; avec un aciclovir débuté précocement, le pronostic s'améliore nettement mais les séquelles restent possibles (SPILF, JNI 2024).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans aciclovir IV, l'encéphalite herpétique évolue vers le coma et le décès en quelques jours. Avec un traitement débuté dans les heures suivant la suspicion, la mortalité diminue nettement mais environ trois quarts des survivants conservent des séquelles cognitives, comportementales ou épileptiques justifiant un suivi neurologique et neuropsychologique au long cours (RFE SPILF 2017).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Ponction lombaire avec PCR HSV
LCR clair, hyperlymphocytose modérée, hyperprotéinorachie sans hypoglycorachie marquée ; PCR HSV sur LCR positive dans la très grande majorité des cas au-delà des premières 48 à 72 heures (RFE SPILF 2017)Examen de référence étiologique. L'IDE vérifie l'absence de contre-indication rapportée par le médecin, prépare le matériel, installe le patient, achemine les tubes (bactériologie, biochimie, cytologie et PCR virale) en urgence et surveille les céphalées post-PL.IRM cérébrale
Hypersignal T2 et FLAIR temporo-frontal uni- ou bilatéral asymétrique, évocateur d'une encéphalite herpétique ; recherche d'une complication (engagement, abcès)Examen de référence pour l'imagerie cérébrale, demandé par le médecin. L'IDE prépare le patient et le dossier, sécurise le transport, recueille les antécédents et les allergies, transmet au radiologue et ne retarde pas l'aciclovir prescrit.EEG
Tracé évocateur : décharges périodiques latéralisées temporales ou ralentissement focal ; utile en cas de doute diagnostique ou de crisesExamen prescrit par le médecin, réalisé à proximité du lit ou en service spécialisé. L'IDE prépare le patient, transmet les antécédents de crises et coordonne l'accès au neurologue.Bilan biologique standard et fonction rénale
NFS, CRP, ionogramme, urée, créatininémie, clairance estimée, hémostase, glycémie ; la fonction rénale conditionne la posologie d'aciclovirPrélèvement sur prescription avant la première dose d'aciclovir. L'IDE transmet les résultats au prescripteur pour adaptation éventuelle de posologie en cas d'insuffisance rénale.Actif
Aciclovir intraveineux empiriqueAciclovir IV sur prescription médicale, débuté rapidement sans attendre la confirmation PCR. L'IDE administre en perfusion lente d'au moins 1 heure avec hydratation IV prescrite pour limiter la néphrotoxicité, note l'heure précise, surveille la créatininémie et la diurèse et transmet toute anomalie au prescripteur.Durée déterminée par le médecin selon l'étiologie, le terrain immunitaire, l'évolution clinique et les résultats virologiques
Actif
Antibiothérapie IV empirique si suspicion bactérienne associéeCéphalosporine de 3e génération (C3G : ceftriaxone ou céfotaxime) par voie IV à haute dose, amoxicilline IV associée si arguments pour une listériose, sur prescription médicale (SPILF 2018). L'IDE prépare et administre après les hémocultures, note l'heure, surveille la tolérance.Selon l'étiologie identifiée et l'évolution, ajustement par le médecin
Actif
Traitement symptomatique et des crisesAntalgiques, antipyrétiques, anticonvulsivants sur prescription en cas de crise, remplissage vasculaire si sepsis, oxygénothérapie si désaturation. L'IDE administre sur prescription, sécurise le patient pendant les crises (PLS si troubles de vigilance, protection des points traumatiques) et signale toute récurrence.Selon la tolérance clinique et la prescription
Support
Rééducation et suivi neuropsychologiqueAprès la phase aiguë, orientation sur prescription vers la rééducation cognitive, l'orthophonie et le suivi neuropsychologique pour dépister et prendre en charge les séquelles (troubles de la mémoire, aphasie, épilepsie séquellaire). L'IDE participe à la coordination et au soutien du patient et de la famille.Au long cours, plusieurs mois à plusieurs années selon les séquelles
Hypertension intracrânienne et engagement cérébral
Majoration de la pression intracrânienne par l'oedème inflammatoire du parenchyme cérébral, avec risque d'engagement et de décès. Contre-indique la PL immédiate.Prévention
Installer le patient en position semi-assise 30 degrés selon prescription, surveiller le Glasgow et les pupilles, signaler toute aggravation neurologique au médecin ou au réanimateurSignes d'alerte
Aggravation des céphalées · Vomissements en jet · Baisse du Glasgow de 2 points ou plus · Mydriase unilatérale aréactive
Néphrotoxicité de l'aciclovir
Précipitation tubulaire d'aciclovir lors d'une hydratation insuffisante ou d'une perfusion trop rapide, avec risque d'insuffisance rénale aiguë (RCP ANSM).Prévention
Administrer la perfusion IV en 1 heure minimum, assurer l'hydratation IV prescrite, surveiller la diurèse, contrôler la créatininémie selon prescription et signaler toute élévationSignes d'alerte
Diurèse en baisse · Élévation de la créatininémie · Oedèmes ou prise de poids rapide
État de mal épileptique
Crises convulsives prolongées ou rapprochées sans récupération de conscience entre les crises, avec risque d'aggravation neurologique et de séquelles.Prévention
Surveillance rapprochée, administration des anticonvulsivants sur prescription, alerter le médecin ou le réanimateur dès la première crise prolongéeSignes d'alerte
Crises répétées sans reprise de conscience · Mouvements anormaux persistants · Baisse du Glasgow entre les crises
Séquelles cognitives et comportementales
Troubles de la mémoire, aphasie, syndrome dysexécutif, troubles du comportement et épilepsie séquellaire persistants chez environ trois quarts des patients après encéphalite herpétique (SPILF, JNI 2024).Prévention
Dépister précocement par bilan neuropsychologique sur prescription, orienter vers la rééducation adaptée, organiser le suivi pluridisciplinaire et le soutien familialSignes d'alerte
Difficultés de mémoire ou d'attention · Changements persistants du comportement · Crise convulsive tardive
Surveillance prioritaire
Neurologique
Glasgow, pupilles et recherche de nouveaux signes focaux toutes les heures pendant les 24 premières heures, puis selon protocole · Glasgow stable ou en progression, pupilles de taille normale, symétriques et réactives à la lumière, absence de nouveau déficit moteur ou de trouble du comportement
Alerte
Tolérance rénale de l'aciclovir
Créatininémie selon prescription (minimum quotidienne en phase aiguë), diurèse horaire, surveillance du poids journalier · Diurèse supérieure ou égale à 0,5 mL/kg/h, créatininémie stable par rapport à la valeur initiale, absence de prise de poids inexpliquée
Alerte
Paramètres vitaux
Scope continu pendant les 24 premières heures (PA, FC, SpO2, FR), température toutes les 3 heures · PAS supérieure ou égale à 90 mmHg ou PAM supérieure ou égale à 65 mmHg selon prescription ou protocole, SpO2 supérieure ou égale à 94 %, FC 60 à 100/min, FR 12 à 20/min
Alerte
Isolement et protection de l'entourage en cas de co-suspicion d'IIM
Isolement gouttelettes uniquement en cas de suspicion ou confirmation d'IIM associée (pas pour HSV isolé) · Isolement gouttelettes 24 heures après début d'une antibiothérapie efficace si IIM suspectée ou confirmée, avec chambre seule, port du masque pour les soignants et les visiteurs ; pas d'isolement particulier dans l'encéphalite à HSV
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Recommandations formalisées d'experts SPILF 2017 : Prise en charge des encéphalites infectieuses de l'adulte · SPILF · 2017
Résumé des Caractéristiques du Produit Aciclovir Viatris 250 mg poudre pour solution injectable IV · ANSM · 2024
Incidence et devenir à long terme de l'encéphalite herpétique en France (JNI 2024, Sauvage) · SPILF · 2024
Prise en charge des méningites bactériennes aiguës communautaires (actualisation 2017) · SPILF · 2018
Article L.3113-1 du code de la santé publique : transmission obligatoire de données individuelles à l'autorité sanitaire · Légifrance · 2025
Décret n° 2023-716 du 2 août 2023 relatif à la liste des maladies devant faire l'objet d'un signalement en application de l'article L.3113-1 du code de la santé publique · Légifrance · 2023
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.