Péritonite aiguë
Inflammation aiguë du péritoine, le plus souvent par perforation digestive. Urgence chirurgicale absolue avec risque de sepsis et de choc septique.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Pas de registre français public consolidé sur l'incidence directe. À titre indicatif, environ 60 000 appendicectomies par an en France (SNFGE 2019), dont une part compliquée par perforation, constituent l'une des principales causes de péritonite. S'y ajoutent les perforations diverticulaires et ulcéreuses (SFAR-SPILF 2015).
- Âge typique
- Possible à tout âge, avec deux pics : adulte jeune (appendicite, ulcère sous AINS) et sujet âgé (diverticulite, perforation tumorale).
- Mortalité
- Mortalité élevée en cas de péritonite généralisée et de choc septique, nettement réduite par une chirurgie précoce et une antibiothérapie probabiliste précoce, sans la différer (SFAR-SPILF 2015), administrée dans l'heure en cas de choc septique (recommandations sepsis SRLF-SFAR).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans prise en charge, l'évolution est rapide vers le choc septique et la défaillance multiviscérale. Avec une chirurgie et une antibiothérapie précoces, le pronostic est nettement amélioré.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Bilan biologique
NFS et CRP en faveur d'un syndrome inflammatoire (hyperleucocytose à polynucléaires, CRP élevée), ionogramme, créatinine, lactates et hémostase pour évaluer le retentissement septique.L'IDE prélève sur prescription, transmet les résultats sans délai et signale toute anomalie majeure (lactates en hausse, créatinine, troubles hémostatiques).Hémocultures (deux paires)
Bactériémie fréquente en cas de sepsis associé. Hémocultures positives dans une part significative des péritonites avec sepsis.L'IDE prélève deux paires sur deux sites distincts, en conditions d'asepsie stricte, AVANT la première dose d'antibiotique, et achemine en urgence au laboratoire.Scanner abdomino-pelvien avec injection
Examen de référence si disponible sans retarder la chirurgie chez un patient grave (SFAR-SPILF 2015) : recherche un pneumopéritoine, un épanchement, l'origine de la perforation. L'absence de pneumopéritoine n'élimine pas le diagnostic.L'IDE prépare la VVP, vérifie l'absence de contre-indication à l'iode et à la grossesse, accompagne le patient et transmet le compte rendu sans délai.Ponction d'ascite si cirrhose avec ascite
Recherche d'une infection spontanée du liquide d'ascite (PBS) : PNN supérieurs ou égaux à 250/mm³ dans l'ascite confirment l'infection (AFEF).L'IDE prépare le matériel de ponction, assiste le médecin, achemine les prélèvements (cytologie, bactériologie) en urgence et transmet les résultats au médecin pour démarrage de l'antibiothérapie sans attendre la culture.Support
Réanimation initialePose de deux VVP de gros calibre, remplissage par cristalloïdes sur prescription, oxygénothérapie selon la SpO2, sondage vésical pour surveillance horaire de la diurèse.À l'accueil et avant le bloc
Actif
Antibiothérapie IV probabilisteInitiée sur prescription de façon précoce, sans la différer (SFAR-SPILF 2015) et dans l'heure en cas de choc septique (recommandations sepsis SRLF-SFAR), après prélèvement des hémocultures. L'IDE prépare, administre et trace l'horaire ; adaptation à l'antibiogramme à 48-72 h.Durée définie par le médecin selon l'origine, le contrôle du foyer et l'évolution clinique
Spécialisé
Chirurgie d'urgenceLaparotomie ou cœlioscopie selon le contexte, avec contrôle du foyer infectieux, lavage péritonéal abondant et drainages. Le plus rapidement possible en cas de choc septique (SFAR-SPILF 2015).En urgence dès stabilisation hémodynamique
Support
Vasopresseur en cas de choc septiqueNoradrénaline en pousse-seringue sur prescription si l'hypotension persiste malgré le remplissage. L'IDE surveille la PAM, le débit du pousse-seringue et alerte si dose croissante.En réanimation, jusqu'au sevrage
Support
Surveillance postopératoireSurveillance rapprochée des constantes, des drains, du transit, de la cicatrice et des signes infectieux. Lever précoce et kinésithérapie respiratoire selon le protocole du service.Postopératoire immédiat puis selon évolution
Choc septique et défaillance multiviscérale
Hypotension réfractaire, SDRA, IRA, CIVD. Pronostic réservé sans prise en charge réanimatoire rapide.Prévention
Reconnaître précocement les signes de sepsis, appliquer le protocole de réanimation prescrit (remplissage, antibiothérapie), surveiller la PAM et la diurèse en continu.Signes d'alerte
Hypotension réfractaire au remplissage · Marbrures et oligurie · Lactates en hausse
Abcès intra-abdominaux résiduels
Collection purulente persistante après la chirurgie, suspectée devant une fièvre secondaire ou une CRP qui ne baisse pas.Prévention
Surveiller la température, la CRP et l'aspect des drains. Alerter le chirurgien en cas de fièvre persistante au-delà de J3.Signes d'alerte
Fièvre persistante après J3 · Douleur abdominale localisée nouvelle · Hyperleucocytose persistante
Lâchage d'anastomose ou fistule digestive
Désunion de la suture digestive entraînant une péritonite secondaire. Survient typiquement entre J5 et J7.Prévention
Surveiller les drains à chaque relevé et alerter sans délai en cas d'écoulement purulent ou fécaloïde. Signaler toute défense ou douleur nouvelle après amélioration.Signes d'alerte
Drains purulents ou fécaloïdes · Fièvre secondaire à J5-J7 · Défense abdominale nouvelle
Brides et adhérences postopératoires
Adhérences péritonéales pouvant se compliquer d'occlusion à distance de la chirurgie.Prévention
Mobilisation précoce, kinésithérapie respiratoire, éducation du patient sur les signes d'occlusion à reconsulter.Signes d'alerte
Douleur abdominale récidivante · Vomissements répétés · Arrêt du transit
Surveillance prioritaire
Douleur et abdomen
À l'accueil, toutes les heures en préopératoire, /4 h en postopératoire. · Douleur en diminution sous antalgique sur prescription, EN inférieure ou égale à 3/10 à distance de l'accueil, abdomen souple en post-op.
Alerte
Hémodynamique et sepsis
Continue (scope), diurèse horaire après pose de la sonde vésicale. · PAM supérieure à 65 mmHg, FC inférieure à 100/min, diurèse supérieure à 0,5 mL/kg/h, extrémités chaudes.
Alerte
Fonction respiratoire et rénale
SpO2 et FR continues sous scope, créatinine quotidienne. · SpO2 supérieure à 95 %, FR entre 12 et 20/min, créatinine stable.
Alerte
Drains, cicatrice et transit en postopératoire
/4 h pour les drains, inspection biquotidienne de la cicatrice. · Drainage séro-hématique clair, cicatrice propre, transit qui reprend vers J3-J4.
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Appendicite aiguë (fiche d'information, mise à jour octobre 2019) · SNFGE · 2019
Prise en charge des infections intra-abdominales (RFE) · SFAR-SPILF-SFCD · 2015
Péritonites nosocomiales · SFAR · 2008
Recommandations EASL : Infections bactériennes et cirrhose (page AFEF) · AFEF · 2014
Prise en charge des complications chez les malades atteints de cirrhose · HAS · 2008
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.