Respiratoire

Pneumonie aiguë communautaire

Infection aiguë du parenchyme pulmonaire acquise en ville, associant fièvre, toux et atteinte respiratoire, dont la gravité s'évalue par le score CRB-65.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La pneumonie aiguë communautaire (PAC) est une infection du parenchyme pulmonaire acquise en dehors de l'hôpital ou survenant dans les premières 48 heures d'hospitalisation. Elle est le plus souvent bactérienne (pneumocoque en tête) et associe fièvre, toux, douleur thoracique et atteinte respiratoire. Pour l'IDE, les priorités sont de repérer les signes de gravité (CRB-65), de surveiller l'oxygénation et l'état infectieux, d'administrer rapidement l'antibiothérapie prescrite, d'éduquer sur l'observance et la prévention vaccinale.
Prévalence
La PAC est un motif fréquent de recours aux urgences et d'hospitalisation en France, avec une incidence saisonnière marquée en période hivernale. Il n'existe pas de registre national dédié à la PAC toutes causes ; Santé publique France surveille les infections respiratoires aiguës (grippe, mycoplasme, pneumocoque) via les réseaux Oscour, SOS Médecins, RENAL et 3Labos.
Âge typique
Tout âge, avec une gravité et une fréquence accrues chez les personnes âgées, les nourrissons, les patients porteurs de BPCO, insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance rénale ou immunodépression.
Mortalité
Pronostic corrélé au terrain (âge, comorbidités), à la gravité initiale (score CRB-65) et à la précocité de l'antibiothérapie. La PAC reste une cause majeure de mortalité infectieuse chez les personnes âgées.

Précoces

Signes précoces

Fièvre aiguëTempérature supérieure ou égale à 38 °C, souvent associée à des frissons et à des myalgies.
TouxToux sèche initialement puis productive avec expectoration purulente dans les formes bactériennes.
Douleur thoraciqueDouleur latéralisée, augmentée par l'inspiration profonde et la toux (point de côté).

Évolutifs

Signes évolutifs

DyspnéeEssoufflement qui s'installe ou s'aggrave, polypnée au repos ou pour des efforts modérés.
Altération de l'état généralAsthénie importante, anorexie, amaigrissement récent, pouvant être au premier plan chez la personne âgée.

Tardifs

Signes tardifs

DésaturationBaisse de la saturation pulsée en oxygène au saturomètre si l'atteinte pulmonaire est étendue ou si le terrain est fragile.

Gravité

Signes de gravité

Détresse respiratoirePolypnée supérieure ou égale à 30 cycles/min, cyanose, signes de lutte, hypoxémie sévère.
ConfusionTroubles de conscience, désorientation, souvent premier signe d'alerte chez la personne âgée.
Sepsis ou choc septiquePression artérielle systolique inférieure à 90 mmHg, tachycardie, marbrures, oligurie, acidose lactique.

Mécanisme

Un agent infectieux (bactérien le plus souvent, parfois viral) atteint les alvéoles par inhalation, micro-aspirations ou voie hématogène.
Une réaction inflammatoire se développe dans un ou plusieurs territoires du parenchyme pulmonaire.
Les alvéoles se remplissent d'exsudat inflammatoire (liquide, fibrine, polynucléaires) qui altère les échanges gazeux.
L'infection provoque un syndrome infectieux systémique (fièvre, frissons) et des signes respiratoires (toux, dyspnée, douleur thoracique).

Conséquences

Fièvre, frissons, altération de l'état général
Toux sèche puis productive, douleur thoracique, dyspnée d'intensité variable
Désaturation en cas d'atteinte pulmonaire étendue ou sur terrain fragile
Risque d'extension (bilatéralisation, pleurésie), de sepsis et de décompensation d'une comorbidité sous-jacente

Évolution

Sous antibiothérapie adaptée, l'amélioration clinique est généralement progressive en 3 à 5 jours. Une fièvre persistante au-delà de 72 heures, une aggravation respiratoire ou une altération de l'état général doivent faire rechercher une complication (pleurésie parapneumonique, sepsis, échec thérapeutique).
Âge avancé : supérieur ou égal à 65 ans, gravité et incidence accrues
Comorbidité respiratoire : BPCO · asthme évolué · antécédent d'insuffisance respiratoire chronique
Comorbidité cardiorénale ou métabolique : insuffisance cardiaque chronique · insuffisance rénale · diabète déséquilibré
Immunodépression : traitement immunosuppresseur · hémopathie · pathologie néoplasique · infection VIH évoluée
Terrain de fragilité : alcoolisme chronique · dénutrition · troubles de la déglutition · tabagisme actif
Défaut de prévention : absence de vaccination antipneumococcique et antigrippale à jour

Critères diagnostiques

Tableau infectieux aigu : fièvre, toux, douleur thoracique, altération de l'état général
Opacité compatible à la radiographie thoracique, en cohérence avec la clinique
Évaluation de la gravité par le score CRB-65 : Confusion, Respiration (fréquence supérieure ou égale à 30/min), pression artérielle Basse (systolique inférieure à 90 mmHg ou diastolique inférieure ou égale à 60 mmHg), âge supérieur ou égal à 65 ans
Score CRB-65 égal à zéro : prise en charge ambulatoire possible ; score supérieur ou égal à un : hospitalisation à discuter selon terrain et comorbidités (SPILF 2025)
Prise en compte du terrain : comorbidités, immunodépression, vaccinations, contexte saisonnier

Diagnostic différentiel

Embolie pulmonaire : dyspnée brutale, douleur thoracique, auscultation souvent normale, contexte thrombo-embolique, D-dimères et angioscanner
Œdème aigu pulmonaire cardiogénique : orthopnée, crépitants bilatéraux, antécédents cardiaques, amélioration sous diurétique et position demi-assise
Pleurésie non infectieuse : douleur pleurétique, matité, frottement pleural, imagerie spécifique
Cancer bronchique surinfecté : altération prolongée de l'état général, hémoptysie, tabagisme, imagerie suspecte, syndrome paranéoplasique
Pneumonie virale (grippe, SARS-CoV-2, mycoplasme) : contexte épidémique, syndrome pseudo-grippal, radiographie parfois peu spécifique ; tests virologiques

Examens complémentaires

Radiographie thoracique

Opacité alvéolaire systématisée (foyer de condensation), parfois épanchement pleural associé ; confirme le foyer pulmonaire avec la clinique.L'IDE prépare le patient et l'installation en respectant la tolérance respiratoire ; l'interprétation relève du médecin.

Bilan biologique

Hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles, élévation de la protéine C réactive et de la procalcitonine, ionogramme, créatinine, lactates selon gravité.Prélèvements réalisés sur prescription ; les résultats sont transmis au médecin qui les corrèle à la clinique et au terrain.

Saturomètre et gazométrie artérielle

Saturation pulsée en oxygène (SpO2) au repos et à l'effort ; gazométrie si désaturation ou terrain fragile (BPCO, insuffisance respiratoire chronique).L'IDE pose le saturomètre, vérifie la fiabilité du signal et transmet la valeur ; la gazométrie est prélevée sur prescription.

Prélèvements microbiologiques

Hémocultures, antigénurie pneumocoque et légionelle, examen cytobactériologique des crachats selon le contexte et la gravité.L'IDE réalise les prélèvements sur prescription, respecte les tubes et délais d'acheminement sans retarder l'antibiothérapie.

Actif

Antibiothérapie probabilistePrescrite rapidement par le médecin selon le terrain et la gravité. En 1re intention sans comorbidité : amoxicilline ; en cas de comorbidités : amoxicilline-acide clavulanique ; en cas d'allergie aux pénicillines : pristinamycine (une céphalosporine de 3e génération injectable, ceftriaxone ou céfotaxime, est une option chez le patient avec comorbidités et allergie non grave) ; en cas d'échec à 72 heures : relais par un macrolide (clarithromycine, spiramycine, azithromycine) (HAS 2025). L'IDE administre aux horaires prescrits, vérifie la voie, surveille la tolérance (allergie, digestif, cutané).

7 jours maximum, avec possibilité d'arrêt à 5 ou 3 jours si stabilité clinique (HAS 2025)

Support

Oxygénothérapie titréeMise en place sur prescription en cas de désaturation. L'IDE titre le débit pour atteindre la cible de saturation prescrite (94-98 % en l'absence de risque d'hypercapnie, 88-92 % en cas de risque, notamment BPCO).

Selon évolution clinique

Actif

Traitement symptomatiqueAntipyrétiques et antalgiques sur prescription pour améliorer le confort et la tolérance. L'IDE surveille l'efficacité et la tolérance, veille à l'hydratation et à l'état nutritionnel.

Quelques jours selon symptômes

Support

Kinésithérapie respiratoirePrescrite en cas d'encombrement bronchique, de difficulté d'expectoration ou de terrain fragile. L'IDE coordonne la venue du kinésithérapeute, installe le patient et surveille la tolérance des séances.

Selon besoin et prescription

Éducation

Prévention et vaccinationL'IDE éduque sur l'observance complète de l'antibiothérapie, le sevrage tabagique, l'hydratation et insiste sur les vaccinations antipneumococcique et antigrippale recommandées chez les personnes à risque.

Pendant l'hospitalisation et à la sortie

Pleurésie parapneumonique

Épanchement pleural associé à la pneumonie, pouvant s'infecter (empyème) et nécessiter un drainage pleural.

Prévention

Surveillance de la dyspnée et de la douleur thoracique, réévaluation radiologique en cas d'évolution défavorable.

Signes d'alerte

Douleur pleurétique persistante · Dyspnée qui augmente · Fièvre prolongée · Matité et abolition du murmure à l'auscultation

Sepsis et choc septique

Réaction systémique grave à l'infection, avec défaillances d'organes possibles (rénale, hémodynamique, neurologique).

Prévention

Repérage précoce des signes de gravité (score CRB-65, critères sepsis), administration rapide de l'antibiothérapie, surveillance rapprochée.

Signes d'alerte

Hypotension · Confusion · Tachycardie · Marbrures · Oligurie

Insuffisance respiratoire aiguë et SDRA

L'atteinte pulmonaire peut évoluer vers une hypoxémie sévère imposant un support ventilatoire en réanimation.

Prévention

Surveillance rapprochée de la saturation, de la fréquence respiratoire et de la tolérance ; alerte sans délai devant toute aggravation.

Signes d'alerte

Polypnée croissante · Désaturation malgré oxygénothérapie · Épuisement respiratoire

Décompensation d'une comorbidité

La PAC peut décompenser une insuffisance cardiaque, une BPCO ou déséquilibrer un diabète.

Prévention

Surveillance spécifique du terrain, adaptation des traitements de fond avec le médecin.

Signes d'alerte

Œdèmes · Dyspnée de décompensation · Hyperglycémie · Confusion chez le sujet âgé

Expliquer au patient l'importance de l'observance complète de l'antibiothérapie, même après disparition des symptômes (durée prescrite 7 jours maximum selon HAS 2025).
Vérifier la compréhension des signes qui doivent conduire à reconsulter : essoufflement nouveau ou aggravé, fièvre persistante au-delà de 72 heures, confusion, malaise.
Insister sur l'hydratation, le repos adapté à l'état général et la reprise progressive des activités.
Reformuler avec le patient les bénéfices du sevrage tabagique comme prévention des nouvelles infections respiratoires.
S'assurer que le patient connaît les vaccinations recommandées : antipneumococcique et antigrippale annuelle pour les personnes à risque (âge, comorbidités, immunodépression).
Vérifier que l'entourage connaît la conduite à tenir devant une détresse respiratoire : appel du quinze.

Surveillance prioritaire

Respiration et oxygénation

Plusieurs fois par jour, renforcée en cas de forme grave ou à l'initiation de l'antibiothérapie · Saturation pulsée en oxygène (SpO2) entre 94 et 98 % en l'absence de risque d'hypercapnie, entre 88 et 92 % en cas de risque ou conforme à la cible prescrite ; fréquence respiratoire inférieure à 25 cycles/min ; dyspnée en diminution, parole plus aisée.

Alerte

Désaturation persistante malgré l'oxygénothérapieFréquence respiratoire supérieure ou égale à 30 cycles/minSignes de lutte respiratoire ou cyanoseSaturation nettement supérieure à la cible prescrite chez un patient à risque d'hypercapnie

État infectieux

Toutes les quatre à six heures en phase aiguë puis adaptée à l'évolution · Température inférieure à 38 °C à 72 heures d'antibiothérapie efficace ; protéine C réactive en diminution ; amélioration de l'état général et reprise de l'appétit.

Alerte

Fièvre persistante au-delà de 72 heures d'antibiothérapie adaptéeFrissons intenses nouveaux ou pic fébrileAggravation de l'état général, anorexie persistante

Tolérance de l'antibiothérapie

À chaque administration puis régulièrement · Absence d'effet indésirable cutané (rash), digestif (nausée, diarrhée, colite à Clostridioides difficile), hépatique (transaminases) ou allergique.

Alerte

Éruption cutanée, prurit, œdème du visage (allergie)Diarrhée profuse ou glairo-sanglante (colite)Nausées, vomissements intenses empêchant la prise oraleAbsence d'amélioration clinique à 72 heures

État neurologique et hémodynamique

Toutes les quatre à six heures en phase aiguë, continue si sepsis · Patient conscient, orienté ; pression artérielle systolique supérieure ou égale à 90 mmHg ; fréquence cardiaque entre 60 et 100/min ; diurèse supérieure ou égale à 0,5 mL/kg/h.

Alerte

Confusion, désorientation nouvelleHypotension inférieure à 90 mmHgTachycardie supérieure à 120/minMarbrures, extrémités froides, oligurie

Rôle IDE détaillé

Repérer rapidement la gravité respiratoire et infectieuse (score CRB-65).
Surveiller la saturation, la fréquence respiratoire, la température et l'état général.
Évaluer la douleur thoracique, la toux et la qualité de l'expectoration.
Rechercher les signes de confusion (premier signe chez la personne âgée) et de sepsis.

Références

Infections à Mycoplasma pneumoniae en France : point de situation au 24 mars 2024 · Santé publique France · 2024

Choix et durées d'antibiothérapies : pneumonie aiguë communautaire de l'adulte en ambulatoire · HAS · 2025

Actualisation des recommandations de prise en charge des pneumonies aiguës communautaires chez l'adulte · SPILF / SPLF / SRLF / SFM / SFR / SFMU · 2025

Info-antibio n°104 : pneumonie aiguë communautaire (synthèse SPILF) · SPILF · 2025

Item 203 : dyspnée aiguë et chronique · Collège des enseignants de pneumologie (CEP) / SPLF · 2023

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.