Rénal

Polykystose Rénale Autosomique Dominante (PKRAD)

Maladie héréditaire avec kystes rénaux bilatéraux progressifs, HTA précoce et IRC terminale

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La polykystose rénale autosomique dominante (PKRAD) est une maladie héréditaire caractérisée par le développement progressif de kystes rénaux bilatéraux multiples, entraînant une destruction du parenchyme rénal et une insuffisance rénale chronique terminale. L'IDE surveille la pression artérielle, la fonction rénale, les signes de complications kystiques (douleur, hématurie, fièvre) et accompagne le patient dans la gestion au long cours de cette maladie chronique.
Prévalence
Maladie monogénique rénale la plus fréquente, touchant plusieurs dizaines de milliers de patients en France
Âge typique
Diagnostic habituellement entre 30 et 40 ans. IRC terminale plus précoce dans la forme PKD1 que PKD2
Mortalité
IRC terminale nécessitant dialyse ou greffe rénale. Risque de rupture d'anévrisme cérébral associé

Précoces

Signes précoces

Hypertension artérielle précoceHTA avant 35 ans, souvent premier signe clinique de la maladie
Douleurs lombaires chroniquesPesanteur lombaire bilatérale par distension de la capsule rénale (gros reins polykystiques)
Hématurie macroscopique épisodiqueÉpisodes récidivants par rupture d'un kyste dans les cavités pyélocalicielles

Évolutifs

Signes évolutifs

Hépatomégalie polykystiqueFoie augmenté de volume par kystes hépatiques multiples, généralement asymptomatique

Tardifs

Signes tardifs

Signes d'insuffisance rénale chroniqueAsthénie, nausées, oedèmes, anémie traduisant un DFG abaissé
Gros reins palpables bilatérauxReins très augmentés de volume, palpables aux fosses lombaires

Gravité

Signes de gravité

Douleur lombaire aiguë fébrile (pyokyste)Infection de kyste rénal : fièvre supérieure à 38,5 degrés, douleur lombaire intense, risque de sepsis
Hémorragie sous-arachnoïdienneCéphalée brutale en coup de tonnerre, vomissements, raideur de nuque (rupture d'anévrisme intracrânien)
IRC terminale (DFG effondré)Urémie sévère, surcharge hydrosodée, hyperkaliémie : indication de dialyse ou greffe rénale

Mécanisme

Anomalie génétique héréditaire : mutation des gènes PKD1 ou PKD2, entraînant un développement anormal des tubules rénaux avec formation de kystes multiples bilatéraux
Croissance kystique progressive : les kystes grossissent sur des décennies, comprimant le parenchyme rénal sain environnant
Perte progressive des néphrons : la compression par les kystes détruit les unités fonctionnelles du rein, entraînant un déclin progressif du DFG
HTA précoce par activation du SRAA : la compression des vaisseaux intrarénaux par les kystes active le système rénine-angiotensine, causant une HTA avant même la baisse du DFG

Conséquences

HTA précoce : souvent avant la baisse du DFG, premier signe clinique fréquent
IRC progressive : déclin régulier du DFG sur plusieurs décennies
Kystes hépatiques : fréquents, souvent asymptomatiques
Anévrismes intracrâniens : complication extra-rénale grave nécessitant un dépistage ciblé

Évolution

Sans traitement : évolution lente sur plusieurs décennies, phase asymptomatique puis HTA et douleurs lombaires, puis IRC débutante, puis IRC terminale nécessitant dialyse ou greffe. Avec traitement : le tolvaptan ralentit la croissance des kystes et le déclin du DFG.
Hérédité autosomique dominante : un parent atteint signifie un risque sur deux pour chaque enfant
Mutation PKD1 : forme sévère avec IRC terminale plus précoce
Mutation PKD2 : forme modérée avec IRC terminale plus tardive
HTA précoce non contrôlée : accélère la progression vers l'IRC terminale
Sexe masculin : progression légèrement plus rapide vers l'IRC
ATCD familial d'anévrisme intracrânien, rompu ou non : indication de dépistage par angio-IRM

Critères diagnostiques

Critères de Ravine (échographie) : nombre de kystes adapté à l'âge du patient
ATCD familial au premier degré : parent ou membre de la fratrie atteint de PKRAD
IRM volumétrique : VRT augmenté, classification Mayo pour évaluer la vitesse de progression
Test génétique PKD1/PKD2 : confirmé si le diagnostic échographique est incertain
Atteinte extra-rénale associée : kystes hépatiques, anévrismes intracrâniens, valvulopathies

Diagnostic différentiel

PKRAR (autosomique récessive) : maladie pédiatrique, gène PKHD1, reins très augmentés dès la naissance
Kystes rénaux simples acquis : fréquents après 50 ans, pas de contexte familial ni d'atteinte hépatique
Sclérose tubéreuse de Bourneville : angiomyolipomes rénaux, tumeurs cutanées, épilepsie
Maladie de Von Hippel-Lindau : kystes rénaux associés à des hémangioblastomes cérébelleux
Néphronophtise : maladie autosomique récessive, petits reins, IRC précoce chez l'enfant

Examens complémentaires

Échographie rénale

Reins augmentés de taille, kystes multiples bilatéraux. Critères de Ravine adaptés à l'âgePréparer le patient et assister à l'examen. Alerter le médecin si complication kystique (douleur, hématurie). Transmettre les résultats au néphrologue.

Créatininémie et DFG estimé (CKD-EPI)

DFG normal longtemps puis déclin progressif. Créatinine augmentant avec l'évolutionPrélever sur prescription médicale. Alerter le médecin si DFG abaissé ou déclin rapide. Transmettre au néphrologue.

IRM abdominale (volume rénal total)

Mesure du VRT pour évaluer la progression kystique et classification MayoPréparer le patient (contre-indications IRM, claustrophobie). Alerter le médecin si VRT très augmenté. Transmettre au néphrologue.

Angio-IRM cérébrale

Dépistage des anévrismes intracrâniens chez les patients PKRAD à risquePréparer le patient. Alerter immédiatement le médecin si anévrisme découvert. Transmettre au neurochirurgien.

Actif

IEC ou ARA2 (contrôle de l'HTA)Antihypertenseur de référence sur prescription médicale. Objectif tensionnel inférieur à 130/80 mmHg pour ralentir la progression de l'IRC.

Au long cours

Actif

Tolvaptan (Jinarc) : traitement spécifiqueAntagoniste du récepteur V2 de la vasopressine, ralentit la croissance kystique. Surveillance IDE : bilan hépatique mensuel les 18 premiers mois (risque hépatotoxicité), diurèse quotidienne (polyurie attendue), hydratation.

Au long cours (surveillance hépatique mensuelle les 18 premiers mois)

Actif

Paracétamol 1 g (antalgique de première intention)Paracétamol 1 g par prise chez l'adulte, 6 heures au moins entre deux prises. Quand la fonction rénale baisse, la prescription espace les prises : vous ne l'adaptez pas, vous vérifiez qu'elle en tient compte. AINS formellement contre-indiqués car néphrotoxiques. Si douleur insuffisamment soulagée : antalgique de palier 2 sur prescription médicale.

Selon symptômes

Actif

Fluoroquinolone (pyokyste)Antibiotique à bonne pénétration intrakystique sur prescription médicale. Durée prolongée. Alternative : cotrimoxazole sur prescription.

4 à 6 semaines

Spécialisé

Drainage de kystes symptomatiquesPonction-aspiration échoguidée avec sclérose éventuelle. Préparation du patient par l'IDE : information, vérification du bilan, surveillance post-geste.

Selon indication clinique

Support

Hémodialyse (IRC terminale)Indiquée quand le DFG est très abaissé. Création de la FAV anticipée. L'IDE surveille la FAV et prépare les séances.

Jusqu'à greffe rénale

Spécialisé

Transplantation rénaleTraitement définitif de l'IRC terminale avec très bonne survie du greffon. L'IDE prépare le patient, coordonne le bilan pré-greffe et l'inscription sur liste d'attente.

Définitif (immunosuppression à vie)

Insuffisance rénale chronique terminale

DFG effondré nécessitant dialyse ou greffe rénale. Complication majeure de la PKRAD.

Prévention

Contrôle strict de l'HTA, tolvaptan si indication, hydratation abondante, suivi néphrologique régulier

Signes d'alerte

DFG en déclin progressif · Créatininémie en augmentation · Asthénie, nausées, oedèmes, anémie

Infection de kyste (pyokyste)

Infection bactérienne d'un kyste rénal entraînant fièvre, douleur lombaire aiguë et risque septique. ECBU parfois négatif (kyste non communicant).

Prévention

Traitement précoce des infections urinaires, fluoroquinolones (pénétration intrakystique), durée prolongée

Signes d'alerte

Fièvre élevée · Douleur lombaire aiguë unilatérale · CRP élevée, leucocyturie

Hémorragie intrakystique

Rupture de kyste provoquant hématurie macroscopique et douleur lombaire aiguë. Résolution spontanée habituelle en quelques jours.

Prévention

Éviter traumatismes abdominaux et sports de contact, prudence avec les anticoagulants

Signes d'alerte

Hématurie macroscopique brutale · Douleur lombaire aiguë latéralisée · Chute d'hémoglobine si hémorragie importante

Anévrismes intracrâniens et rupture

Complication extra-rénale grave de la PKRAD. La rupture provoque une hémorragie sous-arachnoïdienne potentiellement mortelle.

Prévention

Dépistage angio-IRM (3D-TOF) si antécédent familial d'anévrisme intracrânien, rompu ou non. Traitement préventif si anévrisme significatif (coiling endovasculaire ou clipping)

Signes d'alerte

Céphalée brutale inhabituelle · Anévrisme découvert au dépistage · ATCD familial d'anévrisme intracrânien, rompu ou non

Maladie génétique : transmission autosomique dominante (un risque sur deux pour chaque enfant), orientation vers le conseil génétique familial
Hydratation quotidienne : boire abondamment répartis sur la journée pour ralentir la croissance des kystes, viser des urines claires
Automesure tensionnelle : mesurer la PA à domicile 3 jours consécutifs, ne jamais arrêter les antihypertenseurs sans avis médical
Alimentation adaptée : régime pauvre en sel, protéines modérées, limiter les excès de caféine par prudence, sans preuve établie chez l'homme
Activité physique : éviter les sports de contact et les traumatismes abdominaux (risque d'hémorragie intrakystique)
Dépistage familial : échographie rénale recommandée pour les apparentés au premier degré dès 18 ans

Surveillance prioritaire

Pression artérielle

Mensuelle en consultation et automesure à domicile (3 jours consécutifs) · Inférieure à 130/80 mmHg (néphroprotection)

Alerte

HTA persistante malgré traitement : mesurer la PA debout et couché et vérifier l'observanceHTA réfractaire sous plusieurs antihypertenseurs : noter les valeurs d'automesure et transmettre au néphrologueCrise hypertensive : alerter le médecin en urgence et rechercher céphalées ou troubles visuels

DFG estimé et créatininémie

Tous les 6 à 12 mois si stable, tous les 3 mois si IRC avancée · Ralentissement du déclin du DFG sous traitement

Alerte

DFG abaissé : transmettre le bilan au néphrologue et surveiller la tendance sur les derniers dosagesDFG très abaissé : peser le patient, rechercher oedèmes et asthénie et alerter le médecinDéclin rapide du DFG : prélever créatinine et protéinurie de contrôle et noter dans le dossier

Volume rénal et kystes

IRM ou échographie annuelle · Ralentissement de la croissance kystique sous traitement

Alerte

Kyste volumineux : mesurer le périmètre abdominal et transmettre les données au néphrologueDouleur lombaire aiguë avec hématurie : évaluer la douleur (EVA) et alerter le médecin (hémorragie intrakystique probable)Volume rénal en augmentation rapide : peser le patient quotidiennement et noter la palpation abdominale

Bilan hépatique (sous tolvaptan)

Mensuel les 18 premiers mois, puis tous les 3 mois · Transaminases dans les limites de la normale

Alerte

Transaminases élevées : prélever un bilan hépatique complet et alerter le néphrologueBilirubine élevée associée aux cytolyses : rechercher un ictère cutanéo-muqueux et noter dans le dossierIctère ou asthénie intense sous tolvaptan : surveiller la coloration des urines et transmettre au médecin

Rôle IDE détaillé

Recueillir les ATCD familiaux : arbre généalogique, nombre de membres atteints de PKRAD, âge de début de dialyse
Évaluer les symptômes : douleurs lombaires, hématurie, céphalées inhabituelles, signes d'IRC
Mesurer les constantes : PA, poids, diurèse des 24 h, résultats créatininémie et DFG
Surveiller la tolérance du tolvaptan : polyurie, soif excessive, bilan hépatique mensuel

Références

Référentiel de néphrologie : polykystose rénale (item 266) · CUEN · 2023

Mesures additionnelles de réduction du risque (MARR) tolvaptan : surveillance hépatique · ANSM

JINARC 15 mg (tolvaptan) : résumé des caractéristiques du produit · ANSM

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.