Respiratoire

Rhinosinusite aiguë

Inflammation aiguë du nez et des sinus, le plus souvent virale, responsable d’obstruction nasale, de rhinorrhée et de douleur faciale, d’évolution spontanément favorable.

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.

Notre méthode

La rhinosinusite aiguë est une inflammation du nez et des sinus, le plus souvent d’origine virale. Elle guérit habituellement en 7 à 10 jours avec un traitement symptomatique. Pour l’IDE, les priorités sont d’évaluer la gêne fonctionnelle, d’éduquer aux soins locaux et aux précautions d’usage des vasoconstricteurs, de repérer les signes de complication orbitaire ou neurologique et de rappeler que l’antibiothérapie est réservée aux formes bactériennes définies par le médecin.
Prévalence
Aucune donnée nationale française robuste d’incidence annuelle n’est disponible dans les recommandations françaises consultées ; la fiche retient uniquement la donnée clinique de majorité virale documentée par les recommandations (SFORL 2009, HAS 2024). La prise en charge est habituellement ambulatoire, en médecine générale ou en cabinet infirmier libéral.
Âge typique
Possible à tout âge, avec une fréquence particulière chez l’adulte jeune et l’enfant d’âge scolaire. Les formes pédiatriques et celles du sujet fragile exposent davantage aux complications locales.
Mortalité
La mortalité est exceptionnelle dans les formes simples. Le risque principal est la survenue rare d’une complication orbitaire, neurologique ou endocrânienne, qui impose une prise en charge urgente (SFORL 2009).

Précoces

Signes précoces

Obstruction nasaleNez bouché uni ou bilatéral, respiration buccale, gêne fonctionnelle au sommeil et à l’alimentation.
RhinorrhéeÉcoulement nasal d’abord clair, parfois plus épais au cours de l’évolution selon le stade et le germe.
Éternuements et irritation pharyngéeToux liée à l’écoulement postérieur, picotements nasaux et irritation de la gorge fréquents au début.

Évolutifs

Signes évolutifs

Douleur faciale unilatéralePesanteur ou douleur infra-orbitaire, majorée à l’antéflexion du crâne, volontiers pulsatile ou maximale en fin de journée.
Rhinorrhée purulenteÉcoulement nasal épais, purulent, parfois unilatéral, évocateur d’une évolution vers une forme bactérienne.
Hyposmie ou anosmieDiminution ou perte de l’odorat pendant la phase inflammatoire, habituellement réversible après guérison.
Fièvre modéréeFièvre en général inférieure à 38,5 °C, associée à une fatigue et à un malaise général.

Gravité

Signes de gravité

Complication orbitaireŒdème palpébral unilatéral, douleur oculaire, rougeur conjonctivale, diplopie, exophtalmie ou baisse visuelle.
Complication neurologiqueCéphalées intenses inhabituelles, raideur de nuque, photophobie, troubles de conscience ou déficit focal.
Sepsis ou altération générale rapideFièvre élevée, frissons intenses, dégradation clinique rapide ou aspect toxique du patient.

Mécanisme

Une infection virale ou une irritation entraîne un œdème de la muqueuse nasale et sinusienne.
L’œdème obstrue les orifices de drainage des sinus (ostia) et les sécrétions stagnent.
La pression intra-sinusienne augmente, provoquant obstruction nasale et douleur faciale.
Une surinfection bactérienne peut survenir secondairement, favorisée par la stase des sécrétions.

Conséquences

Obstruction nasale unilatérale ou bilatérale avec respiration buccale
Rhinorrhée antérieure ou postérieure, d’aspect variable selon le stade
Douleur, pesanteur ou pression faciale localisée sur le sinus atteint
Hyposmie ou anosmie transitoire liée à l’inflammation

Évolution

La majorité des formes évoluent favorablement en 7 à 10 jours avec un traitement symptomatique (lavages nasaux, antalgiques). Plus de 98 % des rhinosinusites aiguës sont d’origine virale et moins de 2 % d’origine bactérienne (SFORL 2009). Une persistance au-delà de 10 jours sans amélioration ou une aggravation secondaire après une phase d’amélioration initiale doivent faire évoquer une forme bactérienne ou une complication et imposent une réévaluation médicale (HAS 2024).
Infection virale récente : la plupart des cas surviennent au décours d’une rhinopharyngite banale
Tabagisme : actif ou passif, favorise l’irritation muqueuse et la stase sinusienne
Terrain allergique : rhinite allergique chronique, allergie saisonnière ou persistante
Anomalie locale : déviation de cloison · polypose nasosinusienne · obstacle favorisant le mauvais drainage
Origine dentaire : foyer infectieux sur une dent maxillaire supérieure dans certaines sinusites maxillaires
Terrain fragile : immunodépression · diabète déséquilibré · exposition professionnelle irritante

Critères diagnostiques

Diagnostic clinique : obstruction nasale, rhinorrhée, douleur faciale et hyposmie évoluant depuis plusieurs jours
Forme bactérienne évoquée si au moins 2 des 3 critères SPILF : persistance ou intensification de la douleur infra-orbitaire malgré 48 h de traitement symptomatique, douleur unilatérale pulsatile majorée à l’antéflexion, écoulement purulent nasal unilatéral en augmentation (HAS 2024)
Forme compliquée évoquée devant fièvre élevée, douleur très marquée, signes orbitaires ou neurologiques
Aucune imagerie systématique dans les formes simples : tomodensitométrie réservée aux complications suspectées

Diagnostic différentiel

Rhinopharyngite virale banale : pas de douleur faciale localisée ni de purulence unilatérale
Rhinite allergique : contexte allergénique, bilatéralité, éternuements en salve, prurit nasal
Corps étranger nasal chez l’enfant : rhinorrhée fétide unilatérale, nécessite un examen spécialisé
Douleur faciale non sinusienne : névralgie du trijumeau, algie vasculaire, pathologie dentaire isolée

Examens complémentaires

Examen clinique ORL

Le diagnostic repose d’abord sur l’examen clinique : rhinoscopie, palpation des points sinusiens, recherche d’une douleur à l’antéflexion (HAS 2024).Aucun examen paraclinique n’est systématique dans les formes simples. L’IDE contribue au recueil des symptômes, à leur chronologie et au repérage des signes d’alerte.

Tomodensitométrie des sinus

Recherche d’une extension locale (cellulite orbitaire, collection) ou d’une complication endocrânienne ; non indiquée dans les formes simples.Examen prescrit par le médecin uniquement si complication suspectée, tableau atypique ou échec de traitement. L’IDE prépare le patient et transmet les conditions du transport.

Avis ORL spécialisé

Évaluation spécialisée en cas d’échec du traitement, de récidives, de forme compliquée ou de contexte particulier (immunodépression, origine dentaire).L’IDE facilite l’orientation vers l’ORL, transmet les éléments cliniques utiles et s’assure du suivi du rendez-vous proposé.

Support

Lavages nasaux au sérum physiologiqueSoin local de base pour diminuer l’obstruction nasale et favoriser l’évacuation des sécrétions. L’IDE explique et démontre la bonne technique : tête inclinée, narine supérieure en premier, moucher doucement sans forcer.

Pendant toute la phase symptomatique

Actif

Antalgique et antipyrétique prescritsParacétamol en 1re intention pour soulager douleur et fièvre selon prescription. L’IDE administre aux horaires prescrits, réévalue l’efficacité et transmet toute douleur insuffisamment soulagée.

Selon les symptômes et la prescription

Actif

Vasoconstricteurs nasaux locaux de courte duréeUtilisation strictement limitée à 5 jours sur prescription pour éviter la rhinite médicamenteuse (rebond de congestion). L’IDE rappelle cette durée, vérifie l’arrêt à l’échéance et relaie par les lavages nasaux.

5 jours maximum

Actif

Vasoconstricteurs oraux : à éviter (ANSM 2023)Les vasoconstricteurs oraux à base de pseudoéphédrine sont déconseillés par l’ANSM en raison de risques rares mais graves (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, PRES, syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible). Leur dispensation nécessite une ordonnance obligatoire depuis décembre 2024. L’IDE relaie cette information et oriente vers les alternatives (lavages nasaux, hydratation, paracétamol prescrit).

À éviter sauf décision médicale dédiée

Actif

Antibiothérapie selon prescription médicaleRéservée aux formes bactériennes définies par le médecin selon les critères SPILF. L’amoxicilline est la molécule de 1re intention dans la sinusite maxillaire ; l’amoxicilline-acide clavulanique est prescrite dans les sinusites frontales, ethmoïdales, sphénoïdales ou d’origine dentaire (HAS 2024). L’IDE administre selon prescription, surveille la tolérance et transmet tout effet indésirable.

Selon prescription, habituellement courte

Éducation

Mesures adjuvantes et éducationHydratation, mouchage doux, repos, arrêt du tabac si pertinent et orientation vers tabacologie si besoin. L’IDE rappelle les signes de complication à reconsulter rapidement.

Pendant la phase symptomatique et au suivi

Complication orbitaire

Extension de l’infection vers les tissus orbitaires (cellulite, abcès sous-périosté, abcès orbitaire) avec risque de retentissement visuel définitif en cas de retard (SFORL 2009).

Prévention

Surveiller les signes oculaires à chaque contact et alerter en urgence dès l’apparition d’un œdème palpébral unilatéral, d’une douleur oculaire, d’une diplopie ou d’une baisse visuelle.

Signes d'alerte

Œdème palpébral unilatéral · Douleur oculaire ou à la mobilisation du globe · Diplopie ou baisse visuelle · Rougeur conjonctivale et exophtalmie

Complication neurologique

Extension plus rare vers les méninges ou les structures intracrâniennes (méningite, empyème sous-dural, abcès cérébral, thrombophlébite cérébrale) (SFORL 2009).

Prévention

Surveiller les signes neurologiques inhabituels et transmettre sans délai toute céphalée intense, raideur de nuque, photophobie, trouble de conscience ou déficit focal.

Signes d'alerte

Céphalée intense inhabituelle · Raideur de nuque · Photophobie et vomissements · Trouble de conscience ou déficit focal

Rhinite médicamenteuse

Congestion nasale de rebond liée à une utilisation prolongée des vasoconstricteurs locaux au-delà de 5 jours.

Prévention

Éduquer sur la durée maximale de 5 jours et relayer systématiquement par les lavages nasaux au sérum physiologique.

Signes d'alerte

Obstruction nasale qui s’aggrave à l’arrêt du spray · Besoin d’augmenter la fréquence des pulvérisations · Dépendance fonctionnelle au traitement local

Iatrogénie des vasoconstricteurs oraux

Risques rares mais graves signalés par l’ANSM : infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, PRES, syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible. Ordonnance obligatoire depuis décembre 2024 (ANSM 2023).

Prévention

Ne pas recommander ces molécules en automédication, orienter vers le médecin et proposer les alternatives (lavages nasaux, paracétamol prescrit, hydratation).

Signes d'alerte

Céphalée brutale ou inhabituelle · Déficit neurologique focal · Douleur thoracique d’apparition récente · Troubles visuels ou convulsions

La rhinosinusite aiguë est le plus souvent virale et guérit habituellement en 7 à 10 jours avec un traitement symptomatique.
Les antibiotiques ne sont utiles que dans certaines formes bactériennes identifiées par le médecin, pas en automédication.
Les lavages nasaux au sérum physiologique sont un soin de base à réaliser correctement, plusieurs fois par jour si besoin.
Les vasoconstricteurs nasaux locaux ne doivent pas être utilisés plus de 5 jours pour éviter la rhinite médicamenteuse.
Les vasoconstricteurs oraux contenant de la pseudoéphédrine ne doivent pas être pris sans avis médical : l’ANSM a signalé en 2023 des risques rares mais graves cardiovasculaires et neurologiques, et leur dispensation nécessite une ordonnance depuis décembre 2024.
Reconsulter rapidement en cas d’œdème autour de l’œil, de douleur oculaire, de céphalée intense inhabituelle ou d’aggravation nette de l’état général.

Surveillance prioritaire

Évolution des symptômes

À chaque réévaluation clinique ou contact IDE · Amélioration progressive de la douleur, de l’obstruction nasale et de la fièvre en 7 à 10 jours. Température inférieure à 38,5 °C et retour à l’état général habituel.

Alerte

Persistance des symptômes au-delà de 10 jours sans améliorationAggravation secondaire après une phase d’amélioration initialeApparition d’une fièvre élevée ou d’une douleur faciale très marquéeÉcoulement purulent unilatéral en augmentation

Repérage des complications

À chaque contact clinique · Absence de signe orbitaire, neurologique ou de sepsis : œil indolore et mobile, vigilance conservée, constantes vitales stables.

Alerte

Œdème palpébral unilatéral, douleur oculaire, diplopie ou baisse visuelleCéphalée intense inhabituelle, raideur de nuque, photophobie ou troubles de conscienceFièvre élevée avec frissons, dégradation rapide de l’état généralTuméfaction du front ou de la face évocatrice de complication locale

Observance et risques iatrogènes

À chaque contact éducatif · Bonne compréhension des soins locaux et du traitement ; absence de recours aux vasoconstricteurs oraux non prescrits ; durée des vasoconstricteurs locaux respectée (5 jours maximum).

Alerte

Automédication par vasoconstricteurs oraux non prescrits malgré l’alerte ANSMPoursuite du vasoconstricteur local au-delà de 5 joursArrêt prématuré d’une antibiothérapie prescriteMéconnaissance des signes devant faire reconsulter rapidement

Rôle IDE détaillé

Évaluer l’obstruction nasale, la rhinorrhée, la douleur faciale et le retentissement fonctionnel.
Repérer une durée prolongée au-delà de 10 jours ou une aggravation secondaire.
Dépister les signes orbitaires, neurologiques ou de sepsis à chaque contact.
Identifier les pratiques d’automédication à risque, en particulier les vasoconstricteurs oraux.

Références

Choix et durées d’antibiothérapies : sinusite de l’adulte · HAS / SPILF · 2024

Recommandation pour la pratique clinique : rhinosinusites infectieuses aiguës · SFORL · 2009

En cas de rhume, évitez les médicaments vasoconstricteurs par voie orale · ANSM · 2023

Rhume : ordonnance obligatoire pour toute dispensation de médicament à base de pseudoéphédrine · ANSM · 2024

Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.

Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.