Salpingite et infection génitale haute
Infection de l'utérus et des trompes, liée à une infection sexuellement transmissible ou à l'ascension de la flore vaginale. Parfois peu bruyante, elle expose à l'infertilité et à la grossesse extra-utérine ; observance et traitement du partenaire structurent le rôle infirmier.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
Corrigée le le 5 octobre 2026Notre méthode
- Prévalence
- Les sources retenues pour cette fiche ne donnent pas d'incidence française de l'IGH. Ses facteurs de risque sont les IST, les manœuvres endo-utérines et les suites d'un avortement ou d'un accouchement (CNGOF, SPILF 2018). L'infection à Chlamydia trachomatis, l'une des IST les plus fréquentes, passe très souvent inaperçue (HAS 2025, Chlamydia). Pour situer cette IST, et non l'IGH : le nombre d'infections à Chlamydia diagnostiquées en secteur privé a plus que doublé entre 2014 et 2021, de 40 700 à 96 900 chez les 15 ans et plus (HAS 2025, d'après le Système national des données de santé).
- Âge typique
- Femme jeune sexuellement active : chez elle, avoir 25 ans ou moins est un facteur de risque d'IST (CNGOF, SPILF 2018 ; HAS 2024). Hors IST, une IGH peut aussi suivre une manœuvre endo-utérine, un avortement ou un accouchement (CNGOF, SPILF 2018).
- Mortalité
- Les IGH peuvent être graves et laisser des séquelles (CNGOF, SPILF 2018). Leurs complications à distance sont les douleurs pelviennes chroniques, la grossesse extra-utérine et l'infertilité tubaire ; les formes compliquées (abcès tubo-ovarien, pelvipéritonite, plus rarement péri-hépatite ou sepsis) se prennent en charge à l'hôpital (HAS 2024). La rupture d'un abcès, une péritonite généralisée ou un choc septique sont des signes de gravité (CNGOF, SPILF 2018).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Dans les IGH non compliquées, l'antibiothérapie obtient 80 à 90 % de guérison (CNGOF, SPILF 2018). Le retard thérapeutique est associé à un risque accru de grossesse extra-utérine et d'infertilité tubaire ; 15 à 21 % des femmes font une récidive, en bonne part par réinfection, et ces récidives majorent le risque de douleurs pelviennes chroniques comme d'infertilité (CNGOF, SPILF 2018). Les formes compliquées se prennent en charge à l'hôpital (HAS 2024).Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
Prélèvement de l'endocol pour examen direct, culture et TAAN
Examen direct, culture avec antibiogramme, et recherche de Neisseria gonorrhoeae, Chlamydia trachomatis et Mycoplasma genitalium par test d'amplification des acides nucléiques (TAAN) ; à défaut de spéculum, la recherche par TAAN se fait sur un prélèvement vaginal (HAS 2024). Des résultats positifs appuient le diagnostic, des résultats négatifs ne l'excluent pas (CNGOF, SPILF 2018)Le prélèvement de l'endocol au spéculum se fait selon la prescription. L'IDE prépare le matériel et la patiente, participe au prélèvement selon la prescription et l'organisation du service, identifie et achemine les prélèvements au laboratoire, puis transmet les résultats au médecin. Ni l'analyse ni l'interprétation microbiologique ne relèvent de l'IDE.Numération formule sanguine et protéine C réactive
Marqueurs de l'inflammation (HAS 2024). Une hyperleucocytose avec une CRP élevée fait évoquer une forme compliquée ou un autre diagnostic comme l'appendicite ; des valeurs normales n'éliminent pas l'IGH (CNGOF, SPILF 2018)L'IDE prélève sur prescription, achemine au laboratoire et transmet les résultats au médecin, qui les interprète avec la clinique.Dépistage des autres IST
Sérologies du VIH, de l'hépatite C, de l'hépatite B et de la syphilis, inscrites par la HAS parmi les examens complémentaires de l'IGH non compliquée (HAS 2024). Pour une IGH liée à une IST, le CNGOF et la SPILF recommandent de dépister le VIH, l'hépatite B et la syphilis chez la patiente et chez son ou ses partenaires (CNGOF, SPILF 2018). Pour la patiente, la liste de la HAS, postérieure de six ans, prime par sa date et comprend l'hépatite C ; le dépistage des partenaires est porté par le texte de 2018L'IDE prélève sur prescription, informe la patiente du sens de ces dépistages et recueille son consentement, achemine au laboratoire et transmet les résultats au médecin. Elle peut aussi prescrire elle-même les tests de dépistage du VIH, des hépatites B et C, de la syphilis, de la chlamydia et du gonocoque, que lui ouvre l'arrêté du 26 juin 2026 sur les prescriptions infirmières ; le diagnostic d'IGH, l'antibiothérapie et la décision d'hospitalisation restent médicaux. Toute sérologie positive est transmise au médecin pour annonce et prise en charge adaptée.Échographie pelvienne
Recherche d'une collection évoquant une forme compliquée, ou d'un autre diagnostic. Le CNGOF et la SPILF la jugent peu sensible et peu spécifique pour affirmer une IGH non compliquée (CNGOF, SPILF 2018) ; la HAS retient qu'en ambulatoire, associée au tableau clinique, elle contribue au diagnostic (HAS 2024). La HAS prime ici pour deux raisons : sa fiche est postérieure de six ans et vise précisément la prise en charge ambulatoire de l'IGH non compliquée ; elle ne donne d'ailleurs à l'échographie qu'un rôle associé à la clinique, ce qui reste compatible avec la faible sensibilité relevée en 2018. Les deux s'accordent : son attente ne retarde pas l'antibiothérapie (CNGOF, SPILF 2018 ; HAS 2024)L'IDE prépare et accompagne la patiente à l'examen, transmet le compte rendu au médecin. Tout signe de forme compliquée (collection, abcès) est transmis prioritairement au médecin pour décision d'hospitalisation.Test de grossesse (bêta-HCG)
Recherche d'une grossesse, pour écarter une grossesse intra-utérine comme une grossesse extra-utérine (HAS 2024)L'IDE réalise le test selon la prescription et transmet le résultat au médecin. Devant des douleurs pelviennes ou des saignements avec une grossesse connue, méconnue ou suspectée, la HAS demande d'évoquer une grossesse de localisation incertaine (HAS 2019) : un test positif dans ce contexte est transmis au médecin, qui recherche une grossesse extra-utérine.Cœlioscopie
Non recommandée dans le seul but d'affirmer une IGH (CNGOF, SPILF 2018). Elle intervient dans le traitement des formes compliquées : drainage d'un abcès quand la ponction guidée par l'imagerie n'est pas retenue, chirurgie en présence de signes de gravité, avec prélèvements des collections (CNGOF, SPILF 2018)La cœlioscopie est un geste médico-chirurgical. L'IDE prépare la patiente, participe à la surveillance péri-opératoire et à la traçabilité. L'indication relève du chirurgien.Actif
Antibiothérapie probabiliste de première intention (sur prescription)Elle débute dès que l'IGH est suspectée, une fois les prélèvements microbiologiques réalisés, sans attendre leurs résultats ni ceux de l'échographie ; pour une forme simple, elle se conduit en ambulatoire et associe une injection intramusculaire unique de ceftriaxone à la doxycycline et au métronidazole par voie orale (HAS 2024). Ce schéma couvre gonocoque, Chlamydia et anaérobies, ainsi que, sur 24 à 48 h, bacilles à Gram négatif et streptocoques (CNGOF, SPILF 2018). Il est au moins partiellement efficace contre Mycoplasma genitalium (HAS 2025, Mycoplasma genitalium). La présence de gonocoque ou de Mycoplasma genitalium aux prélèvements impose de vérifier la cohérence du schéma initial (CNGOF, SPILF 2018). Une IGH documentée à Mycoplasma genitalium seul relève d'un avis spécialisé, notamment pour la moxifloxacine (HAS 2024), que la HAS retient en relais (HAS 2025, Mycoplasma genitalium) ; si les symptômes ont disparu, traiter ce germe ou refaire un prélèvement de contrôle n'a pas d'intérêt (HAS 2025, Mycoplasma genitalium). L'IDE administre sur prescription, surveille la tolérance et trace l'administration.10 jours de doxycycline et de métronidazole pour la forme non compliquée (HAS 2024) ; 14 jours au total pour une forme compliquée, avec une prolongation possible à 21 jours selon l'évolution (CNGOF, SPILF 2018) ; pour la doxycycline, la HAS retient 14 jours dans les IGH à Chlamydia sévères nécessitant une hospitalisation (HAS 2025, Chlamydia trachomatis)
Support
Suivi entre le 3e et le 5e jourLe suivi à J3-J5 contrôle l'évolution des signes, la tolérance et la régularité des prises, l'antibiothérapie est réévaluée au vu des résultats microbiologiques et la vaccination contre l'hépatite B est proposée et prescrite (HAS 2024). Un rappel individualisé, par SMS par exemple, améliore la venue à ce contrôle (CNGOF, SPILF 2018). L'IDE surveille la douleur, la fièvre et les leucorrhées, recueille l'observance et transmet au médecin en vue de ce suivi.Contrôle à J3-J5, puis selon prescription
Éducation
Traitement du ou des partenaires et dépistage ISTPour une IGH liée à une IST, le CNGOF et la SPILF prévoient pour le ou les partenaires un antibiotique ciblant l'IST retrouvée chez la patiente (grade B) et le dépistage des autres IST (CNGOF, SPILF 2018). Pour une infection à Chlamydia, la HAS demande que la patiente prévienne systématiquement ses partenaires des 6 derniers mois ; ils sont évalués par un médecin et testés, traités si le test est positif (grade C), et un traitement leur est proposé quel que soit le résultat si le dernier rapport à risque date de moins de 14 jours (HAS 2025, Chlamydia). Les deux textes divergent sur le traitement du partenaire, systématique pour l'un, guidé par le test pour l'autre, sans qu'aucun ne l'emporte : le premier vise l'IGH liée à une IST, le second, plus récent, toute infection à Chlamydia. L'IDE explique l'enjeu de la réinfection et oriente vers une consultation dédiée, dont les CeGIDD, lieux de dépistage préconisés par la HAS (HAS 2018), dans une posture non jugeante et confidentielle.Concomitant au traitement de la patiente
Éducation
Abstinence ou préservatifPour une infection à Chlamydia, la HAS recommande l'abstinence ou le préservatif tant que les symptômes persistent et tant que la doxycycline n'est pas terminée (HAS 2025, Chlamydia, avis d'experts). Après une IGH associée à une IST, le préservatif reste recommandé tant que persistent des facteurs de risque d'IST, pour réduire récidives et séquelles (CNGOF, SPILF 2018). L'IDE reformule ce message avec la patiente et vérifie sa compréhension.Infection à Chlamydia : jusqu'à la fin de la doxycycline et la disparition des symptômes (HAS 2025, Chlamydia) ; IGH liée à une IST : préservatif tant que persistent des facteurs de risque d'IST (CNGOF, SPILF 2018)
Support
Hospitalisation : formes intermédiaires et compliquéesDoute sur le diagnostic, symptômes intenses, antibiotiques impossibles à prendre par la bouche, échec d'un premier traitement ou détresse psychosociale conduisent à une hospitalisation (CNGOF, SPILF 2018) ; la HAS range ces situations parmi les critères de recours, parle de détresse psychologique et y ajoute la grossesse en cours (HAS 2024). Les formes compliquées nécessitent une intervention : un abcès tubo-ovarien de plus de 3 à 4 cm se draine, de préférence par ponction guidée par l'imagerie (CNGOF, SPILF 2018). L'IDE repère ces situations, surveille les constantes et transmet au médecin pour décision d'orientation.Selon la gravité et l'évolution
Support
Discussion du retrait d'un dispositif intra-utérinDans une IGH non compliquée, le retrait du dispositif intra-utérin ne s'impose pas systématiquement ; il se discute dans les formes compliquées ou si l'évolution est mauvaise entre le 3e et le 5e jour d'antibiotiques (CNGOF, SPILF 2018). L'IDE recueille l'information sur le dispositif et la transmet, sans décider de son retrait.Décision médicale au cas par cas
Infertilité tubaire
Séquelle majeure de l'IGH : les lésions cicatricielles des trompes altèrent leur perméabilité et peuvent compromettre la fertilité. Le retard thérapeutique est associé à un risque accru d'infertilité tubaire, et les récidives augmentent ce risque (CNGOF, SPILF 2018).Prévention
Éducation IDE à l'observance de l'antibiothérapie complète, au traitement du partenaire et à la prévention des IST. Après une IGH liée à une IST, le CNGOF et la SPILF recommandent une recherche par TAAN, 3 à 6 mois après le traitement, sur un prélèvement vaginal, pour dépister une infection persistante ou une réinfection (CNGOF, SPILF 2018) ; la HAS parle d'un prélèvement bactériologique vaginal de contrôle dans le même délai (HAS 2024). Pour une infection à Chlamydia, la HAS ne recommande pas de TAAN systématique pour contrôler la guérison (grade A) : ce contrôle, fait à 4 semaines de la fin du traitement, se limite à quelques situations comme la grossesse ou des symptômes qui persistent, tandis qu'un TAAN refait entre 3 et 6 mois après le traitement sert à dépister une réinfection (HAS 2025, Chlamydia). Hors épisode, la HAS recommande un dépistage opportuniste systématique du Chlamydia entre 15 et 25 ans inclus, chez les femmes ayant une activité sexuelle (HAS 2018).Signes d'alerte
Antécédent d'IGH ou d'IST répétées · Douleurs pelviennes persistantes · Difficulté à concevoir signalée par la patiente
Grossesse extra-utérine
Les lésions tubaires séquellaires augmentent le risque de grossesse extra-utérine lors des grossesses ultérieures, urgence gynécologique à repérer précocement. Le retard thérapeutique est associé à un risque accru de grossesse extra-utérine (CNGOF, SPILF 2018).Prévention
Une femme qui souhaite concevoir après une IGH doit être prévenue du risque de grossesse extra-utérine et des signes qui doivent la faire consulter (CNGOF, SPILF 2018). L'IDE l'informe, l'incite à consulter en cas de retard de règles associé à des douleurs ou à des saignements, et se coordonne avec le médecin.Signes d'alerte
Retard de règles avec test de grossesse positif · Douleur pelvienne latéralisée · Saignements de début de grossesse
Douleurs pelviennes chroniques
Complication reconnue de l'IGH (HAS 2024), dont les récidives augmentent le risque (CNGOF, SPILF 2018) ; ces douleurs peuvent devenir invalidantes et retentir sur la qualité de vie et la sexualité.Prévention
Éducation IDE au traitement complet et au suivi, écoute de la patiente et orientation vers le médecin en cas de douleurs persistantes après la guérison de l'épisode aigu.Signes d'alerte
Douleurs pelviennes au-delà de l'épisode aigu · Dyspareunie persistante · Retentissement sur la vie quotidienne
Abcès tubo-ovarien et pelvipéritonite
Formes compliquées de l'IGH marquées par une collection annexielle ou une infection du péritoine pelvien, prises en charge à l'hôpital (HAS 2024) ; l'abcès volumineux se draine et les signes de gravité font envisager rapidement la chirurgie (CNGOF, SPILF 2018).Prévention
Repérage IDE des signes de gravité (douleur intense, fièvre élevée, altération de l'état général), surveillance des constantes et alerte médicale pour décision d'hospitalisation.Signes d'alerte
Douleur pelvienne intense avec défense · Fièvre élevée et frissons · Absence d'amélioration ou aggravation sous traitement
Surveillance prioritaire
Douleur pelvienne et évolution des leucorrhées
À chaque contact et lors de la réévaluation à J3-J5 sur prescription · Diminution attendue de la douleur et des leucorrhées sous traitement bien conduit ; toute aggravation ou absence d'amélioration à J3-J5 est transmise au médecin
Alerte
Température et état hémodynamique
Selon prescription, plus rapprochée en cas de forme fébrile ou de doute de complication · Disparition de la fièvre et constantes stables attendues sous traitement ; fièvre persistante, frissons, tachycardie ou hypotension sont transmis au médecin
Alerte
Observance de l'antibiothérapie et traitement du partenaire
À chaque contact tout au long du traitement · Antibiothérapie prise en totalité jusqu'au terme prescrit, partenaire prévenu, évalué et dépisté, traité selon la prescription ; pour une infection à Chlamydia, abstinence ou préservatif jusqu'à la fin de la doxycycline et la disparition des symptômes (HAS 2025, Chlamydia) ; tout écart est repéré et transmis au médecin
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
Choix et durées d'antibiothérapie dans les infections génitales hautes non compliquées · HAS · 2024
Les infections génitales hautes : mise à jour des recommandations pour la pratique clinique (texte court) · CNGOF, SPILF · 2018
Traitement curatif des personnes infectées par Chlamydia trachomatis (recommandation validée par le Collège le 10 avril 2025) · HAS · 2025
Réévaluation de la stratégie de dépistage des infections à Chlamydia trachomatis (synthèse de la recommandation en santé publique) · HAS · 2018
Traitement curatif des personnes infectées par Mycoplasma genitalium (recommandation validée par le Collège le 10 avril 2025) · HAS · 2025
Grossesse de localisation inhabituelle : à repérer précocement (article mis à jour le 12 juin 2019) · HAS · 2019
Arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des produits de santé et examens complémentaires que les infirmiers diplômés d'État sont autorisés à prescrire ou à renouveler (rubrique santé sexuelle : tests de dépistage du VIH, des hépatites B et C, de la syphilis, de la chlamydia et du gonocoque) · Légifrance · 2026
Article R.4311-4 du code de la santé publique : rôle propre infirmier (décret n° 2025-1306, en vigueur au 30 juin 2026) · Légifrance · 2025
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.