Sclérose en plaques (SEP)
Maladie auto-immune chronique démyélinisante du système nerveux central, première cause de handicap non traumatique du jeune adulte en France, à prédominance féminine.
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical.
- Prévalence
- Environ 134 000 personnes vivaient avec une SEP en France au 31 décembre 2021, soit une prévalence d'environ 197 pour 100 000 habitants (données SNDS 2021), en hausse régulière depuis dix ans. Le registre OFSEP rapporte 4 000 à 6 000 nouveaux cas par an en France et la SEP demeure la première cause de handicap non traumatique chez le jeune adulte. Le registre national suit une large cohorte support des études épidémiologiques françaises de référence.
- Âge typique
- Âge moyen au début des symptômes autour de 30 ans (la plupart des diagnostics entre 20 et 40 ans). Prédominance féminine marquée avec environ trois femmes atteintes pour un homme dans les formes rémittentes (registre OFSEP). Formes pédiatriques rares, formes après 50 ans existent mais minoritaires.
- Mortalité
- Espérance de vie peu réduite par rapport à la population générale, mais retentissement fonctionnel souvent majeur. La SEP reste la première cause de handicap d'origine non traumatique du jeune adulte en France, avec un retentissement professionnel, familial et psychologique fort (recommandation en vigueur).
Précoces
Signes précoces
Évolutifs
Signes évolutifs
Gravité
Signes de gravité
Mécanisme
Conséquences
Évolution
Sans traitement de fond : poussées répétées avec accumulation possible de séquelles, évolution vers une forme progressive après plusieurs années chez une part des patients. Sous traitement de fond bien conduit : réduction marquée de la fréquence des poussées, progression du handicap ralentie, maintien plus durable de l'autonomie. Le pronostic individuel reste hétérogène et nécessite un suivi neurologique régulier.Critères diagnostiques
Diagnostic différentiel
Examens complémentaires
IRM cérébrale et médullaire
Plaques de démyélinisation visualisées dans le cerveau, le nerf optique et la moelle épinière. Lésions actives rehaussées par le gadolinium. L'IRM recherche des lésions compatibles avec une SEP : l'interprétation revient au neurologue ou au radiologueL'IDE prépare le patient (vérification des contre-indications : pacemaker non compatible, corps étranger métallique, claustrophobie), explique la procédure et la durée, transmet les images et le compte-rendu au neurologuePonction lombaire (analyse du LCR)
Liquide clair, présence de bandes oligoclonales IgG dans le LCR absentes du sérum, ou autre marqueur équivalent du LCR validé par McDonald 2024 selon l'analyse du laboratoire et l'interprétation du neurologueL'IDE prépare le matériel stérile, installe le patient en décubitus latéral et l'accompagne. Après le geste : décubitus dorsal, hydratation orale, surveillance de la survenue de céphalées posturales et transmission au médecinPotentiels évoqués visuels (PEV)
Anomalie de la conduction visuelle confirmant une atteinte du nerf optique, parfois utile en l'absence de symptôme visuel francL'IDE informe le patient sur le caractère indolore et non irradiant de l'examen, et transmet les résultats au neurologue dans le dossierÉchelle EDSS
Score validé de 0 à 10 évaluant le handicap global : 0 normal, 3 à 5 gêne fonctionnelle à la marche, 6 canne nécessaire, 7 fauteuil roulant, 8 et plus dépendance majeureL'IDE évalue à chaque consultation le périmètre de marche, l'autonomie quotidienne et les troubles vésico-sphinctériens, trace le score et le transmet au neurologue pour suiviPhase aiguë
Actif
Méthylprednisolone intraveineuse en pousséeL'IDE prépare et administre la corticothérapie sur prescription du neurologue pendant 3 à 5 jours en perfusion brève. Surveillance pendant la perfusion : glycémie capillaire (risque d'hyperglycémie), pression artérielle (risque d'HTA), kaliémie, signes d'agitation ou d'insomnie. Administration matinale recommandée pour limiter les troubles du sommeil.3 à 5 jours en phase aiguë
Traitement de fond
Actif
Traitement de fond de première ligne (immunomodulateurs)Interférons bêta ou acétate de glatiramère sur prescription du neurologue, en injection sous-cutanée ou intramusculaire selon la molécule. L'IDE éduque à la technique d'auto-injection (rotation des sites, asepsie), surveille la tolérance et transmet la NFS et le bilan hépatique trimestriels.Au long cours, réévaluation périodique
Actif
Traitement de fond de seconde ligne (immunosuppresseurs)Natalizumab (Tysabri) en perfusion ou fingolimod oral sur prescription du neurologue après échec ou intolérance de première ligne. L'IDE participe à la surveillance ciblée : sérologie anti-JCV semestrielle sous natalizumab, IRM régulière, NFS, bilan hépatique selon la molécule.Au long cours, réévaluation neurologique
Actif
Anti-CD20 dans les formes actives (ocrelizumab, ofatumumab, ublituximab)Biothérapies par anticorps monoclonaux anti-CD20 sur prescription du neurologue, initiées en centre de compétence SEP comme première ou seconde ligne dans les formes actives (HAS 2025). L'IDE participe à la perfusion ou éduque à l'auto-injection selon la molécule, surveille les réactions à l'administration, l'hypogammaglobulinémie et le risque infectieux.Au long cours, surveillance hospitalière partagée
Support
Rééducation pluridisciplinaireKinésithérapie (spasticité, marche, équilibre, lutte contre le déconditionnement), ergothérapie (autonomie, aménagement du domicile, aides techniques), orthophonie en cas de troubles de la déglutition ou de la parole, soutien psychologique au besoin.Au long cours, intégrée au parcours
Actif
Traitements symptomatiquesAntispastiques, antalgiques des douleurs neuropathiques, traitements des troubles vésico-sphinctériens, anti-fatigue spécifiques sur prescription. L'IDE administre selon la prescription, surveille la tolérance (somnolence, vertiges, hypotension orthostatique) et transmet l'évolution au médecin.Selon symptômes et adaptation médicale
Éducation
Éducation thérapeutique et accompagnementProgramme d'ETP structuré sur la reconnaissance des poussées, la distinction du phénomène d'Uhthoff, la gestion de la fatigue, l'observance du traitement de fond, l'apprentissage des autosondages si besoin et la planification des projets de vie (grossesse, vie professionnelle, voyages).Continue, intégrée au suivi neurologique
Forme secondairement progressive
Évolution possible des formes rémittentes vers une aggravation continue du handicap, avec ou sans poussées surajoutées, et avec une réponse plus limitée aux traitements actuels.Prévention
Soutenir l'observance du traitement de fond au long cours, organiser le suivi neurologique annuel avec score EDSS, encourager une activité physique régulière adaptée et l'arrêt du tabacSignes d'alerte
Aggravation progressive du handicap depuis plus de 6 mois sans poussée individualisée · Périmètre de marche en diminution constante sur plusieurs mois · Fatigue croissante malgré la prise en charge habituelle
Infections urinaires récidivantes
La vessie neurologique (rétention partielle, impériosités) favorise des infections urinaires fréquentes, parfois pyélonéphrites, avec retentissement sur la qualité de vie.Prévention
Éduquer aux autosondages intermittents propres si résidu élevé, maintenir une hydratation suffisante (de l'ordre de 1,5 à 2 litres par jour) et signaler au médecin toute infection à répétitionSignes d'alerte
Brûlures mictionnelles, pollakiurie ou urines troubles inhabituelles · Résidu post-mictionnel élevé documenté à l'échographie ou par bladder-scan
Dépression et anxiété
Comorbidités fréquentes liées à l'annonce, à l'évolution incertaine, au handicap acquis et à l'atteinte cérébrale elle-même. Retentissement direct sur l'observance et la qualité de vie.Prévention
Dépister régulièrement avec une échelle validée (par exemple PHQ-9 ou HAD), proposer une écoute structurée, orienter vers le psychologue et signaler au médecin toute aggravation de l'humeurSignes d'alerte
Tristesse persistante et perte d'intérêt pour les activités habituelles · Troubles du sommeil et anxiété anticipatoire des poussées · Isolement social ou retentissement professionnel croissant
Leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) sous natalizumab
Infection opportuniste sévère du système nerveux central par réactivation du virus JC, complication redoutée du natalizumab. Le risque augmente avec la durée du traitement, un index sérologique anti-JCV élevé et un antécédent d'immunosuppression.Prévention
Vérifier la réalisation de la sérologie anti-JCV régulière selon la prescription, organiser les IRM cérébrales de surveillance demandées par le neurologue et alerter immédiatement devant tout signe d'appel cognitif ou neurologique nouveau (ANSM, guide prescripteur Tysabri)Signes d'alerte
Troubles cognitifs ou troubles du comportement d'apparition rapide · Déficit moteur ou aphasie nouveaux et progressifs sur quelques jours
Surveillance prioritaire
Fréquence et sévérité des poussées
Évaluation à chaque consultation IDE et synthèse annuelle avec le neurologue · Aucune nouvelle poussée rapportée depuis la dernière consultation, récupération documentée après chaque épisode, score EDSS et périmètre de marche relevés à chaque consultation et comparés au suivi précédent
Alerte
Handicap neurologique (score EDSS) et autonomie
Évaluation annuelle du périmètre de marche et de l'autonomie quotidienne ; relevé et traçabilité du score EDSS coté par le neurologue · Score EDSS et périmètre de marche stables d'une consultation à l'autre, autonomie maintenue pour les actes essentiels de la vie quotidienne par rapport au suivi précédent
Alerte
Observance et tolérance du traitement de fond
Évaluation mensuelle les six premiers mois puis trimestrielle, NFS et bilan hépatique trimestriels selon la molécule prescrite · Observance régulière déclarée et tracée, absence d'interruption non signalée, bilans NFS et hépatiques réalisés selon le calendrier de surveillance prescrit, absence d'anomalie biologique signalée par le laboratoire ou le médecin
Alerte
Troubles vésico-sphinctériens et fatigue
Interrogatoire trimestriel sur la symptomatologie urinaire et la fatigue (échelle FSS) · Continence et fréquence mictionnelle stables d'une consultation à l'autre, autosondages réalisés selon la prescription le cas échéant, fatigue compatible avec le maintien des activités essentielles relevée à chaque consultation
Alerte
Rôle IDE détaillé
Références
ALD n°25 : Sclérose en plaques, actes et prestations · HAS · 2016
OCREVUS (ocrelizumab) - Sclérose en plaques, avis Commission de la Transparence · HAS · 2025
BRIUMVI (ublituximab) - Sclérose en plaques, avis Commission de la Transparence · HAS · 2025
GILENYA (fingolimod) : nouvelle contre-indication chez la femme enceinte et en âge de procréer n'utilisant pas une contraception efficace · ANSM · 2019
Actualisation des critères de McDonald 2024 pour le diagnostic de sclérose en plaques · SFMU · 2025
TYSABRI (natalizumab) : guide prescripteur et risque de LEMP · ANSM · 2021
Contenu pédagogique destiné aux étudiants infirmiers. Ne remplace pas un avis médical professionnel ni les protocoles institutionnels en vigueur.
Les recommandations évoluent. Se référer systématiquement aux sources officielles (HAS, ANSM, RCP, sociétés savantes) et aux protocoles de l'établissement avant tout acte de soin.